Histoire d’une vie. Histoire d’une mort annoncée. La mouche.

C’était un damier. Une mouche à damier. Elle était. Elle ne l’est plus.

Fenêtres grandes ouvertes dès le lever du soleil. C’est l’été. Il fait beau. Temps idéal pour les mouches. Les petites, les grosses, les noires, les brunes, les noires et blanches.
Trente degrés annoncés. À l’ombre.
Les chats et moi — et comme moi, des milliers d’êtres vivants — on n’aime pas les fortes chaleurs. Trop, c’est trop.
Fenêtres grandes ouvertes, donc. Une grosse mouche en a profité. Elle est entrée. Elle a regretté.

Il fait plus chaud dedans que dehors. L’effet serre, version deux-pièces. Elle cherche une sortie. Mais voilà, quelques jours plus tôt, le laveur de vitres est passé. Travail d’orfèvre. Les vitres sont transparentes. Trop transparentes.
Bzzz bzzz bz. Toc. Toc. Toc.
La mouche vole et se cogne.
Et recogne.
Et recommence.

Le bruit de sa vie — un petit bourdonnement entêté entre deux baffes contre la vitre — réveille une curiosité féline.
Le chat.
Héra.
Tricolore, caractère affirmé, peste du matin, chipie à temps partiel, emmerdeuse à temps plein.
Et surtout : tueuse de mouches certifiée. Spécialité : voltige intérieure.

La mouche, têtue comme un bouchon, s’obstine. Elle croit sans doute à un super-pouvoir. Invisibility mode on. Ou alors un don de phase traversante. Elle cogne, cogne, cogne encore.
Elle ne voit pas Héra.
Erreur fatale.

Bzzz bzzz bz. Et soudain, plus rien.
Plus de toc-toc.
À la place : un chaos félin.

Sauts. Bonds. Salto avant. Cumulet. Appuis muraux, demi-pirouettes.
Héra entre en scène. À 7h45. Dimanche matin. Le monde dort ? Pas grave. Elle va le réveiller. Une mouche, c’est une affaire sérieuse.

Et là, la détente. Phénoménale. Le chat claque les deux pattes avant contre la vitre (propre, toujours). La mouche est prise en sandwich.
Mais ! Contorsion de l’extrême !
Elle passe entre les pattes.
Héra frotte la vitre comme si elle tentait de percer un tunnel vers la Suisse. Elle récupère la bestiole, qui s’écrase au sol. Légèrement sonnée.

Hop ! D’un coup de langue, la mouche est happée. La gueule de Héra mâche, mâche, mâche… puis recrache.
Pas à son goût. Trop croustillant ? Pas assez de sauce ?
La mouche, toujours vivante, trotte, claudique, mais trotte. Six pattes, un peu bancales, mais en service. Elle s’éloigne du monstre à poils. Et décolle !
Oui, oui, elle vole. Pas très haut, pas très droit, mais elle vole.

Héra, motivée comme jamais, redéploie tout son arsenal.
Chasse express. Capture nette. Hop, en bouche.
Et… beurk.
Recrache. Encore.
Mais cette fois, la mouche ne bouge plus. Six pattes en l’air. Fin de la mission.

C’était la courte histoire d’une vie, et d’une mort, d’une mouche damier.

Autobiographie d’une enfance au Maroc, par Zineb Mokhtari

Liens sans frontière

Zineb M., vous la connaissez peut-être déjà. C’est elle qui me confie ses poèmes (clic si vous ne les avez pas encore lus), que j’ai le plaisir de partager ici, sur ce blog. Aujourd’hui, elle me fait un honneur encore plus grand : celui de m’autoriser à publier, à sa demande expresse, son autobiographie.

Quand les mots voyagent par-delà les écrans, ils n’ont plus besoin de passeport. Ils tissent des ponts, ouvrent des fenêtres sur d’autres mondes, d’autres enfances, d’autres sensibilités. C’est exactement ce que propose le récit de Zineb : un retour sincère, délicat et vivant sur ses premières années au Maroc.

Son écriture est simple, directe, lumineuse. Elle donne à voir, à sentir, à entendre. Elle ne cherche pas l’effet, elle cherche la vérité. Une vérité à hauteur d’enfance, puis d’adolescence, dans une vie façonnée par les sons, les saisons, les mots, et peu à peu, la poésie.

Voici maintenant, dans ses propres mots, la quatrième de couverture qu’elle a rédigée. Et pour ceux qui souhaitent lire l’ensemble de son autobiographie, vous trouverez le lien pour la télécharger en PDF à la fin de cet article.


Il y avait la maman, le père, les frères et sœurs, la maison. A la ferme, il y avait la vache, le veau, le lait. J’aimais me réveiller pour regarder le soleil se lever, sentir la nature fraîche, écouter les oiseaux chanter.

A la garderie, ce qui me faisait plaisir, c’était la répétition des chansons.

Frère Jacques

Frère Jacques, (2)
Dormez-vous ? (2)
Sonnez les matines ! (2)
Ding, dong, dong ! (2)

Frère Jacques, (2)
Levez-vous !(2)
Sonnez les matines, (2)
Ding, dong, dong ! (2)

Ma première école, c’était à six ans. Les sapins s’élevaient tout autour et les fleurs ornaient les parterres. Les élèves de ma classe étaient bavards, bruyant, je les regardais jouer en criant, j’étais très timide, six ans.

Avec mes yeux d’adolescente, j’ai aimé tout ce qui est beau, charmant…

Au collège j’ai découvert la langue française.

J’aimais l’odeur de l’encre, les mots en bleu, noir, rouge.

Mes premières rencontres ont eu lieu en 1991 avec le conseiller culturel Alain Germain, ainsi qu’avec Jean Charles Dorges en 2012.Ils m’ont encouragé à écrire des poèmes .Mes participations aux concours poétiques sur la chaîne Française TV5Monde et l’Institut Français à Oujda m’ont donné l’occasion en 2017 de rencontrer Ali Massou, ce dernier m’a fait ouvrir bien des livres de poésie, il m’a aidée à approfondir mon écriture .Pour mieux me connaître, il m’a incité à écrire mon autobiographie.

La poésie est une autre terre que Zineb Mokhtari travaille avec la même patience, le même enthousiasme, la même joie, car elle sait qu’écrire ouvre l’esprit, le cœur .Le poète donne vie, il apprend à aimer.

Tortue dans le train, fourmi dans la ville

Tortue.
Carapace.
Lenteur.

Le train n’a rien d’une tortue. Il est rapide. Pressé.
Le train, pour moi, s’apparente à une torture : monde, foule, bruit, boucan, promiscuité, bousculade, visages fermés, écrans partout, frontières invisibles, vitesse imposée.
Tout ce que je déteste.

Le train.
Bruxelles.
Retour en arrière. Berceau de mon enfance. Nuisances. Souvenirs de violences.

Alors je me mets en mode tortue.
Je ralentis.
J’avance lentement.
Je rentre dans la gare comme je rentre dans ma carapace.

Je me coupe du monde, de la foule.
J’étouffe le bruit, le boucan.
J’agrandis ma bulle de protection.
Je solidifie mes épaules.
Je fuis les inconnus.
Je ferme les yeux devant les écrans lumineux.
Je trace les frontières à ne pas franchir.
Je respire.

Casque vissé sur les oreilles, une douce musique berce mon cerveau embrumé.
Je suis dans ma bulle.
Bien.
Confortable dans cette carapace personnelle, unique, sécurisante.
Une heure durant.

Je respire.
Je ralentis.
Je fuis le réel.

Bruxelles Midi.
Je sors du train.
Je quitte ma bulle.
Le monde me heurte aussitôt.
Foule grouillante. Coups d’épaules. Visages flous.
Je me faufile. Je glisse entre les corps.

Fourmi dedans. Tortue dehors.

Perdue dans les rues.
Paumée dans les travaux, par milliers.
Je tourne. Je cherche. Rien n’est plus familier.

Je respire. Mal.
Agressée par cette puanteur de pisse qui se déverse dans les recoins de la ville.
Narines inondées. Écœurée.

Fourmi dedans. Tortue dehors.

Et puis, enfin, une porte.
Ma destination.
J’y suis.
Arrivée.

Je respire. Mieux.
Je souris.
Victoire.

Juste une loupe et tout s’éclaire

Ce matin, sur ma fenêtre
Une mue légère, laissée par l’éphémère.
Clic-clac ! Une photo vite prise,
Mais le rendu manquait de surprise.

Alors j’ai pensé à ma loupe chérie,
Celle du botaniste, bien choisie.
Je l’ai posée devant l’objectif,
Et là, miracle : le détail devient intensif.

Maintenant je souris,
Devant cette image embellie.
Petit coup de pub bien mérité
Pour cette loupe que j’ai adoptée.

Et merci à mon GSM complice,
Pour ce cliché plein de malice.
Clin d’œil aux collègues passionnés
De la librairie où tout est à observer.

mue d’un insecte : éphémère
02/06/2025 – Liège

Ce matin-là, sur le rebord de ma fenêtre, une mue. Légère. Oubliée là par une éphémère.
Un fragment de vie. Une trace du passage. Une seconde peau, abandonnée, presque invisible.

D’instinct, j’ai pris une photo.
Clic-clac. Mais l’image était floue, sans éclat.
Alors j’ai sorti ma loupe — celle du botaniste — et je l’ai glissée devant l’objectif.
Tout a changé.
Les nervures sont apparues, le dessin délicat, la beauté discrète.
Et moi, j’ai souri.

Parce que parfois, il suffit juste de regarder autrement. De prendre un petit recul. De changer d’angle.
La loupe, c’est ce recul. L’outil simple qui agrandit le réel, qui nous pousse à voir ce qu’on ne regarde plus.
L’appareil photo, c’est la mémoire. Celle qu’on garde pour avancer.
Et la mue ?
C’est ce qu’on laisse derrière. Une peau trop étroite, un passé qui a fait son temps.
Ce n’est pas une perte, c’est une libération. C’est la place faite à du neuf, à plus solide, plus vivant.

Quand quelque chose se termine, ce n’est pas toujours une fin.
C’est peut-être juste une transformation. Une métamorphose discrète, à peine visible à l’œil nu… sauf si l’on prend le temps. Sauf si l’on s’équipe d’une loupe, d’un regard curieux, et d’un cœur ouvert.

Alors oui : juste une loupe… et tout s’éclaire.

Loupe du botaniste disponible en doublet 10x ou 15x ou triplet 10x à la librairie Regards Nature – Jardin botanique ;-)


L’éphémère. Ce petit insecte à la vie si brève qu’il en devient symbole.
Parfois, quelques heures à peine.
Et pourtant, il naît, il se transforme, il s’élance, il vit.

L’éphémère nous rappelle que le présent ne dure pas.
Qu’il faut parfois s’arrêter, ralentir, poser le regard.
Observer. Patienter. Ressentir.
Parce que ce qui est là maintenant ne le sera peut-être plus demain.
Parce que le beau se cache dans l’instant.

Mon projet d’écriture est né de là : d’un regard sur une mue oubliée, d’un détail presque invisible, d’un moment suspendu.
Un détail que j’aurais pu ignorer.
Mais j’ai pris le temps. J’ai observé. J’ai vu.
Et à travers l’éphémère, j’ai compris : chaque instant est une chance.
Une mue, une loupe, une photo… et tout devient clair.

Ecrire pour pousser l’ombre

Quand l’écriture devient jardin intérieur. Quand l’écriture révèle le mouvement de l’ombre vers la lumière : écrire pour faire exister, pour libérer, pour métamorphoser.

Introduction : Verdombre, la plante que nous portons tous

Quand j’ai inventé Verdombre, je croyais écrire une fiction étrange. Une créature végétale, mobile, quasi mythologique, qui pousse là où la peur s’installe, qui se nourrit des traumatismes d’enfance et des émotions refoulées. Je pensais que c’était une histoire de genre, un récit fantastique. Un jeu d’imagination.

Mais plus j’écrivais, plus j’avançais dans le cœur végétal de cette chose, et plus je comprenais : Verdombre, c’est exactement ce que je cherche à accompagner dans mon métier.
Cette créature, elle n’est pas malveillante. Elle est là pour capter ce que nous n’arrivons pas à dire. Elle absorbe nos non-dits, nos colères rentrées, nos douleurs d’enfance. Elle pousse dans les angles morts de la mémoire. Et plus on la laisse faire, plus on s’allège.

Verdombre, c’est l’image vivante de l’écriture thérapeutique : une plante intérieure qui pousse dès qu’on commence à dire, à déposer, à transformer.
Non, elle ne fait pas peur. Elle fait place.

Dans ce texte, vous rencontrerez une légende, des scientifiques, une photographe ratée, un chevalier un peu saoul, un stage improbable et une petite fille qui ne sait pas lire.
Mais ce que vous croiserez, surtout, c’est une vérité invisible : ce que nous ne disons pas continue de pousser en nous.
Et c’est peut-être le moment, enfin, de faire de la place à Verdombre.


Comment Verdombre a poussé en moi ?

Tout a commencé un vendredi après-midi. Un atelier d’écriture entre amis. Pour le plaisir. Pour ne pas rouiller. Pour continuer à imaginer, à créer, à jouer ensemble avec les mots.

J’avais préparé quelques propositions, des images, des textes à détourner, des cartes à piocher. Rien de sérieux, rien de planifié. Juste une envie de laisser émerger ce qui vient quand on écoute vraiment.

Et ça a pris.

  1. Un extrait de conte, tiré d’un recueil de nouvelles sur Brocéliande. Une histoire suspendue, que j’ai arrêtée net à un moment clé : un chevalier, un tableau, un cri venu d’ailleurs. J’ai proposé qu’on invente la suite. De là est né Philippe, le tableau hanté, et une créature verte, encore floue.
  2. Trois images découpées dans des magazines : un jeune homme dans un train, une adolescente contre des casiers, une maison lumineuse. J’ai proposé de relier un personnage à un lieu. Frédéric est né. Et avec lui, un stage improbable.
  3. Un souvenir d’enfance : “Enfant, je rêvais de…”. Le début était le mien, mot pour mot. Et sans vraiment y penser, j’ai glissé vers mes expériences réelles : aider un vétérinaire, soigner des animaux, vendre des photos à une hostellerie pour rembourser une chambre que je ne pouvais plus payer. J’ai écrit ça, pour de vrai. Et Verdombre s’est invitée dans mes souvenirs en ce dimanche après-midi.
  4. Des cartes Dixit et un jeu de débat, une consigne comme un choc : “Votre ancien voisin était un tueur en série.” Et sur la carte, un couteau caché dans des herbes. J’ai démarré aussitôt. Mon voisin s’appelait Michel. Il tuait des mauvaises herbes… tout est parti de là.

Et puis, Camomille. Elle est apparue aussi ce dimanche. Toute seule. Une fin inattendue. J’avais lu un article sur la puberté précoce. Ma belle-sœur m’en avait parlé. Et ce prénom — Camomille — s’est imposé, comme un lien discret avec le végétal, avec la douceur, avec la transmission.

Tout ça, c’étaient des fragments. Et en relisant mes textes, j’ai senti une liane.
Quelque chose de rampant, d’unifié, de vivant. Verdombre était là depuis le début.
Et je ne l’avais pas inventée : je l’avais révélée.

J’aime consigner. J’aime observer. J’aime inventer des comportements d’animaux — réels ou imaginaires. Et cette créature-là, Verdombre, incarne peut-être ce que je fais depuis toujours : nommer ce qui est tapi, créer du lien entre les choses, transformer l’étrange en matière vivante.

Ce récit est né d’un jeu.
Mais il m’a ramenée exactement là où je voulais aller : à l’endroit où l’imaginaire rejoint la mémoire, où l’ombre se dit enfin, et où l’écriture peut, doucement, panser les racines.


Araignée du matin, verre en main

Un pholque dans mes cheveux !
Je n’en crois pas mes yeux.
C’est affreux, c’est monstrueux !
Avec ses huit longues pattes,
Elle glisse, légère, et s’échappe.
Dans mon regard, elle s’abat,
Je hurle, je fuis, je me débats.
Mais où est-elle ? Je ne la vois pas…
Quelle idée pour cette araignée
De s’emmêler dans mes pensées
Et surtout dans mes cheveux tout ondulés !
Zou ! Je la fais tomber par terre,
Toute fine, invisible, elle erre.
Elle cherche un coin, un abri,
Je l’éblouis d’un coup, sans bruit.
Hop ! Dans un verre, elle vacille,
Moins fière, mais toujours fragile.
Pas bien maligne, ni méchante,
Juste une invitée surprenante…

Pour capturer, déplacer et libérer cette toute fine araignée qui m’a fichu la trouille de ma vie (j’étais occupée à réécrire un texte sur un traumatisme d’enfance, écrit lors de mon week-end d’écriture thérapeutique), j’ai utilisé un verre. Pas n’importe lequel, celui qui garde en son ventre des dizaines de petites pierres colorées. Verre vidé, araignée enfermée, il me fallait trouver une « porte » pour la déplacer en toute sécurité. Et j’ai choisi, à porté de main (lisez le joli jeu de mots), un marque-page personnalisé que voici.

Comment gagner en objectivité ?

Et donc, comme cette frayeur n’était pas justifiée, j’ai voulu jouer le jeu et répondre à ces questions :

  1. Quelle est la pire chose qu’il puisse se passer ?
    * que j’écrase sans le faire exprès la petite créature
    * que je me cogne à force de me secouer dans tous les sens
    * que je réveille mes enfants ou mon compagnon par des cris horribles (que je n’ai pas poussés finalement)
  2. Quelle est la probabilité qu’elle se reproduise ?
    * vu le nombre de pholques à la maison, je dirais qu’il y a au moins 20% de chance que je revive une scène pareille (j’exagère à peine)
  3. Quelle est la meilleure chose qui puisse arriver ?
    * que je déplace l’auteur de cette frayeur et qu’il aille vivre sa vie ailleurs
    * que je surmonte ma peur et que j’apprenne à la maîtriser
    * que je sauve une vie
  4. La dernière fois que j’ai vécu une situation comme celle-ci, que s’est-il passé ?
    * C’était une plus grosse araignée et elle était sur l’interrupteur sur lequel je voulais appuyer. J’ai hurlé. J’avais ma fille dans les bras. C’était il y a des années. Dans une autre maison.
  5. Que dirais-je à un ami dans cette situation ?
    * Cool, relax, c’est une araignée, certes, mais inoffensive. Elle a de longues pattes, mais c’est une excellente chasseuse de moustiques
    * Tu sais c’était quoi comme espèce d’araignée ? tu as su l’identifier ?
    * Il serait temps que tu soignes cette phobie. Tu as déjà fait de grands progrès, mais vu ta panique, je crois qu’il y a encore un peu de travail
    * La prochaine fois, tu fermes ta bouche et tu la prends délicatement dans tes mains pour la poser ailleurs. Car là, tu lui as peut-être brisé une patte. Le diamètre du verre n’était pas bien grand.
    * Ce n’était pas celle que tu as embêté la veille au soir et que tu croyais qu’elle était morte ? Si ? Ah ben, elle vient se venger et rendre des comptes, c’est normal. Mais rassure-toi, elle ne peut pas te faire grand mal.
  6. Qu’ai-je ressenti les fois où mes inquiétudes ne se sont pas confirmées ?
    * Beaucoup de bruit pour rien, je me suis sentie bête à réagir de la sorte
    * J’ai réagi avec exagération. Je dois savoir prendre du recul. (Tellement plus facile à dire, à écrire, qu’à faire)
  7. Si je m’inquiète par habitude, quel raisonnement plus nuancé pourrais-je adopter ?
    * Ouah ! Pour le coup, je tire mon chapeau à cette araignée. Elle a dû grimper le fauteuil (ou pire, sur moi !) pour arriver jusqu’à mes cheveux. Car je l’avais vue se déplacer à terre quelques minutes avant, pensant naïvement qu’elle allait trouver refuge dans le meuble derrière moi…
    * Les araignées qui sont dans la maison ne m’ont jamais mordue (des moustiques oui, des araignées, non. Elles préfèrent mes enfants et mon compagnon hihi).
    * Ce n’est pas une si petite créature qui va effrayer une grande créature telle que moi.
Voici la coupable, victime sauvée. Elle a toutes ses pattes et a trouvé refuge… à la cuisine

Formation en écriture thérapeutique


Ma première journée de formation en écriture thérapeutique : une évidence, un élan, une certitude

Hier, j’ai vécu une journée forte. Intense. Lumineuse.
Ma toute première journée de formation pour devenir praticienne en atelier d’écriture thérapeutique.
Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre, mais ce que j’ai trouvé a dépassé mes espérances.

Nous étions six participant·es, accompagné·es par un duo de formateurs bienveillants, dans une atmosphère où les cœurs étaient à nu. D’entrée de jeu, nous avons écrit. Écrit sur nous-mêmes, sur nos émotions, nos blessures, nos ressentis du moment. Des textes bruts, sincères, parfois déchirants. Il a été très difficile de ne pas pleurer avec les autres.

Mais je ne suis pas restée en surface pour autant.
Je suis venue avec autre chose. Non pas un masque, mais une détermination nouvelle.
Je n’étais pas là pour revivre mes anciennes douleurs, je n’avais pas besoin de replanter encore mes souvenirs les plus lourds. Non, cette fois, j’étais venue pour autre chose : pour apprendre à accompagner, à comprendre comment aider les autres à s’élever à travers les mots, à se réparer doucement, à leur rythme.

Et ce que j’ai compris hier, c’est que je suis tout à fait à ma place et que j’ai déjà des outils en main pour aider mon prochain ! Je peux aider, à se libérer, à aller mieux. Lui, elle, eux, nous, vous. Chacune, chacun, avec ses histoires, ses failles, ses cicatrices.
J’ai été frappée par cette réalité simple : nous avons tous besoin de mots pour guérir. Et aussi différents que nous soyons, nous sommes unis par nos épreuves, liés par un fil invisible d’humanité.

L’un des exercices de la journée m’a profondément touchée.
Il fallait écrire une sorte de « carte d’identité émotionnelle » d’un·e autre participant·e. Sans se connaître. Sans se parler. Juste en observant, en écoutant ce qui se dégage.
J’ai choisi la femme assise à ma gauche. Une femme qui pourrait être de la génération de ma mère, et qui dégageait une aura douce, chaleureuse, enveloppante. Même quand elle s’éloignait, je la « sentais » encore à mes côtés.
Les mots sont venus sans effort. Et ce qui m’a bouleversée, c’est que toutes les cartes écrites par le groupe ont résonné juste, profondément, puissamment.
Comme si chacun·e de nous avait vu au-delà des apparences, au-delà des peaux.

Je suis rentrée chez moi le cœur gonflé. Avec cette joie silencieuse, profonde, presque sacrée, de me dire :
« Je suis à ma place. C’est ici. C’est ça. C’est moi. »

L’écriture a été ma boussole, mon refuge, ma lumière depuis tant d’années.
Hier, elle est devenue aussi ma voie.
Pas juste un outil, pas seulement une passion. Une mission de vie.

Et même si je n’ai pas encore tous les outils pour guider les autres, même si je ne suis qu’au début du chemin, je ressens déjà la puissance du lien, de la présence, de l’écoute.
Et je suis prête.
Prête à apprendre, à transmettre, à semer à mon tour.

Merci, la vie, pour ce cadeau.


Aujourd’hui, dimanche soir, deuxième et dernière journée de formation

Parfois, la vie nous invite sans faire de bruit.
Elle place un mot sur une page, une main sur une épaule, un regard dans le miroir…
Et tout change.

Ce week-end, j’ai vécu une expérience transformatrice, une révélation douce et puissante. Deux jours de formation à l’écriture thérapeutique, deux jours hors du temps, hors du doute. Deux jours à écrire nos douleurs, nos espoirs, à déposer ce qui pèse, ce qui vibre, ce qui cherche encore à se dire.

Et ce que j’ai trouvé là…
Ce que nous avons créé là…
C’est une alchimie de cœurs, une danse de mots et d’âmes.

Ce groupe, c’était plus qu’un groupe.
C’était un cercle. Un cercle vivant. Un cercle de guérison.

Des connexions immédiates, intimes, profondes.
Des histoires partagées comme des éclats de vérité, des reflets de soi dans les parcours des autres.
Des miroirs tendres qui ne jugent pas.
Des regards qui comprennent.
Des silences pleins.
Des larmes qui soignent.
Des mots qui rassemblent.

La magie était là. Vraiment. Pas une magie de spectacle.
Une magie terrestre, enracinée, lumineuse.
Le lieu lui-même vibrait différemment, comme si les murs et les arbres s’étaient mis d’accord pour nous protéger, pour que l’on puisse se dire, se déposer, se révéler.

J’ai été accueillie comme jamais.
Et j’ai accueilli, moi aussi. Avec tout ce que je suis.
J’ai vu la beauté dans chaque blessure.
J’ai vu l’amour dans chaque faille.
J’ai vu la lumière dans chaque voix tremblante.

Et ce que j’ai compris…
Ce que j’ai ressenti dans chaque cellule de mon corps, c’est que je suis à ma place. Je suis exactement là où je dois être. Au moment juste. Entourée des bonnes personnes. Sur le bon chemin.

Je ne cherche plus ma voie. Je la marche.

Mon appel a été entendu. Mon énergie, reçue. Mon engagement, reconnu.
Même mon offre d’emploi décalée a touché quelqu’un.
Les astres sont alignés.
L’univers me répond. Et moi, je réponds présente.
Je n’ai plus peur.
Je n’ai plus à prouver.
Je suis là. Je suis en vie.
Et je suis prête à offrir, à transmettre, à accompagner.

Je rentre boostée comme jamais.
Ma confiance en moi vient de franchir un palier.
Ma mission se précise : écrire, soigner, relier, avec des mots vrais, avec des mots doux, avec des mots puissants.

Et toi qui me lis, toi aussi tu portes des graines de lumière en toi.
Tu as peut-être peur, des doutes, des douleurs anciennes.
Mais crois-moi : tout peut changer.
Une rencontre. Une heure. Un mot. Un regard. Un silence.
Et c’est toute une vie qui s’ouvre.

À vous, mes formateurs, mes compagnons et compagnes de route,
à vous tous qui passez par ici, je vous envoie une brassée d’amour, d’énergie, de courage.
Recevez ces mots comme un sortilège de soins. Qu’ils s’enracinent en vous. Qu’ils vous fassent du bien. Qu’ils vous rappellent que vous aussi, vous avez votre place dans ce monde. Et que vos mots, même les plus discrets, peuvent tout changer.

À bientôt pour la suite du voyage,

Cécile
Un merci tout particulier à l’Asbl Racont’Art, à Béa et à Joël, mais aussi à Edwige et Patrick, à Sabine, à Noémie, à Elodie sans oublier Sanji (il saura se reconnaître)

PS : pour l’image de couverture, il faut lire le texte de haut en bas, d’abord. Puis, de bas en haut. C’est cadeau ;-)