Cette petite histoire a été écrite en novembre 2019. Elle était destinée à rejoindre mon recueil « Raconter des salades… de contes », mais comme elle est différente de toutes les autres histoires, je l’ai enlevée.
Je vous l’offre à présent. Lisez jusqu’au bout, après l’histoire, j’explique un peu comment m’est venue cette idée… quand on vous dit que parfois les auteurs sont happés par leur propre histoire, que leurs personnages vivent leur vie… c’est tout à fait ce que j’ai ressenti en écrivant ce petit conte.
J’aimerais bien connaître votre avis sur ce petit bout de sagesse :-)
Bonne lecture.
La petite boule roule
Il est des gens et des objets différents. Nous sommes tous différents, mais nos actions et nos réactions sont parfois identiques. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’en lisant cette histoire, vous oubliiez tout ce que vous avez appris. J’aimerais vous embarquer dans une aventure bien différente de celle que l’on connaît à propos du célèbre conte de La Petite Poule rousse.
Ici, nous sommes dans un autre univers, un autre monde, une autre dimension.
Pour rappel, La Petite Poule rousse parle d’une poule, rousse, qui demande de l’aide à ses amis de la ferme pour cultiver des graines pour pouvoir se faire une bonne tarte. Mais tous ses amis sont trop occupés pour l’aider et elle finit par faire elle-même tout le travail, depuis sa plantation des graines jusqu’à la confection de la tarte. Évidemment, à la fin, la bonne odeur de la tarte fait saliver ses amis qui ne l’ont pas aidée et là, tous veulent déguster cette délicieuse tarte, avec elle. La petite poule rousse, rancunière, mais honnête, coupe autant de parts pour tous ceux qui l’ont aidée à confectionner cette merveille. Il s’avéra que toutes les parts étaient… pour elle ! Et ses amis râlent, ne comprennent pas la raison pour laquelle elle ne partage pas.
À présent, nous avons une boule ordinaire. Une boule de bowling, une boule de glace, une boule de friandise, une boule au ventre… bref, une boule de ce que vous voulez. L’objet est rond. Donnez-lui une couleur, celle que vous voulez, mais gardez-la en tête jusqu’à la fin. Votre boule est donc ronde. Elle est belle. Elle est plutôt lisse. Oui, elle peut briller. Elle peut être bruyante, gentille, agaçante, parlante. Laissez libre cours à votre imagination. Il n’y a pas de limite ! Soyez créatif !
La seule caractéristique qu’elle n’a pas, c’est l’ouïe ! Est-elle sourde à vos propos ? Est-elle simplement trop occupée à vivre sa vie de boule ronde, lisse et jolie ? Peut-être. Elle n’a pas d’oreilles, pas de conduits auditifs. Mais le truc, c’est bien connu, quand on a un sens en moins, les autres se développent de façon exceptionnelle. Votre boule – de bowling, de glace, de friandise, de ventre – est hypersensible. Elle ressent le moindre changement dans la façon dont vous vous comportez avec elle : elle perçoit votre impatience, elle devine votre souffrance, elle comprend votre angoisse, elle sourit à votre bonheur, elle frétille de joie à votre état d’amour. Bref, elle est très intelligente et le fait qu’elle soit sourde ne dérange en rien vos échanges. Vous vous débrouillez très bien sans.
Un jour, alors qu’elle roule vers une destination lointaine et élevée, vous vous demandez si elle va arriver entière à sa destination. Le haut de cette piste remplie de quilles, la pointe de cette montagne en cornet en biscuit, le bout de la route sucrée, le couloir étroit de cette gorge à haute altitude avec la glotte en son sommet. Toutes ces destinations sont hautes, lointaines. On pourrait croire que chacune des destinations est inaccessible. Pourtant votre boule ronde, lisse, de couleur, poursuit son roulement paisiblement. Lentement, mais sûrement, elle avance. Petit à petit elle progresse. Elle voit bien que d’autres boules comme elle, mais peut-être un peu plus petites, peut-être un peu moins rondes, peut-être légèrement moins robustes, peut-être moins lisses, plus granuleuses, en tout cas moins confiantes en elles, ont du mal sur ce chemin. Certaines se reposent, d’autres se dégonflent, d’autres encore fondent comme neige au soleil. Plus votre petite boule roule et progresse sur son chemin, moins elle rencontre du monde. Parfois, elle peut apercevoir de la triche. Tirées par une ficelle, certaines jouent au yoyo pour avoir l’impulsion nécessaire pour franchir la première côte. D’autres n’hésitent pas à se coller à des plus grandes, plus fortes, pour profiter de la carrure de celle de devant afin qu’elles n’aient pas de vent contraire et soient aspirées vers le haut sans fournir le moindre effort. Malgré le fait que cela peut parfois fonctionner pour ces vilaines tricheuses, elles se retrouvent coincées après, bloquées qu’elles sont par de nouvelles barrières insurmontables.
Et votre boule à vous continue de rouler. Elle avance. Elle progresse à son rythme. Elle dépasse les tricheuses. Vous avez beau vous époumoner, l’avertir des dangers, des difficultés qui s’accumulent sur sa route, dire que vous ne serez pas fâché si elle abandonne, sur ce coup, elle ne vous entend pas, elle ne vous “sent” pas. Elle est tellement concentrée sur sa tâche que le monde peut s’écrouler autour d’elle, elle ne quitte pas de vue son objectif !
Après un temps qui vous a paru long, très long, vous réalisez qu’elle n’est plus si loin de la ligne d’arrivée. Elle est à la moitié de son parcours, de son but tant convoité. À cet instant, elle aimerait bien recevoir des encouragements, des félicitations ou des applaudissements, mais vous êtes tellement abasourdi par sa prouesse, tellement subjugué par sa volonté, tellement ahuri par son entêtement que vous oubliez de communiquer avec elle. Vous la regardez un peu comme un spectateur extérieur. Ou comme un témoin impuissant. Bouche bée, vous en perdez votre langue. Vous ne pensez plus par vous-même. Vous laissez faire. Elle semble de toute façon sourde à vos avertissements, alors naturellement, vous ne l’encouragez pas. Elle va bien finir par y arriver toute seule, non ? Un peu à la manière de l’histoire de Stephen King, soit votre boule roule jusqu’au bout, soit elle va mourir. Soit elle roule, soit elle crève.
— Roule ou crève ! Ce sont peut-être là les seuls mots qui franchissent la frontière de vos pensées et de votre bouche.
Votre boule, rappelez-vous, est intelligente. Elle pourrait presque se suffire à elle-même, mais elle a quand même besoin de vous pour exister. Alors, vous ne le voyez pas, mais tous les sept tours, quand elle roule, elle prend ce dont elle a besoin. Oui, elle englobe, elle aspire, elle aimante toutes les poussières de souvenir qu’elle peut croiser. Comme ce sont de toutes petites choses, des choses si insignifiantes qu’on en oublie souvent qu’elles ont le mérite d’être là, on ne les voit pas. En effet, nous sommes tellement habitués à parler des événements choquants, traumatisants, douloureux, que ceux qui se passent bien sont considérés comme « normaux ». Par exemple, discutez-vous avec vos amis de votre souvenir de votre première boule de glace dégustée ? Laissez-moi en douter. Partagez-vous avec vos parents, vos enfants, le souvenir de votre première boule de chewing-gum mâchouillée ? Sûrement pas ! Vous rappelez-vous cette première boule au ventre que vous avez eue à votre naissance ? Moi, non. Et de cette autre boule quand vous avez marché pour la première fois ? Perdus. Oubliés. Effacés de notre mémoire. Ce ne sont pas les enfants perdus de Peter Pan, mais les souvenirs perdus de votre enfance…
Heureusement, votre petite boule, elle s’en souvient. Elle sait. Elle prend tout ça. C’est son énergie. Sa raison de vivre. Tout ce qu’elle trouve, elle prend, elle ne garde que le bon côté, même si pour vous tout est à jeter, elle, votre boule ronde, sait faire la différence. Avec patience, précision et justesse, elle démêle le vrai du faux, elle trie et ajuste. De votre chute à vélo, vous en gardez un mauvais souvenir, elle, votre boule, met la douleur et le sang d’un côté et puis la joie d’avoir descendu pour la première fois la bosse du trottoir d’un autre. Et c’est ce petit bout de plaisir, de fierté infantile dissimulée qu’elle absorbe. Et elle fait ça avec tous vos souvenirs.
De tout cela, vous ne voyez rien. Elle a tellement fait de chemin toute seule que vous ne voyez pas tout le travail qui se cache derrière, toute la force qui se dissimule dans cette minuscule ou plus grosse boule lisse, colorée et inoffensive.
Vous voyez le but à atteindre ? L’objectif de votre belle boule ronde est le même que le vôtre. N’essayez pas de la ralentir, de la dissuader d’aller jusqu’au bout de son envie, ne tentez pas de la freiner dans sa progression. Mais encouragez-la. Ensemble, vous allez y arriver. Ensemble, vous pourrez atteindre des sommets inimaginables. N’oubliez pas qu’elle a besoin de vous pour exister. Même si elle peut faire des miracles toute seule, sans vous, elle n’est rien. Et sans elle, vous n’avez pas de plaisir, ni d’envie, pas plus que de souhaits ou de souvenirs à partager.
Ni elle ni vous ne devez écouter ceux qui sont jaloux. Ceux-là, leur boule ne va pas bien loin et ils n’aiment pas voir les boules des autres les dépasser…
Cette boule peut changer bien sûr ! C’est vous qui l’habillez, la colorez, la faites bouger. Si vous voulez savoir comment on fait pour la modifier, écoutez-moi, lisez-moi.
Votre boule était une boule au ventre ? Elle était grosse et rouge ? Très bien. Le rouge est la couleur de l’amour, de la passion, mais aussi de la douleur, de la colère, du sang. Tout dépend du ton du rouge. Et si votre boule était bruyante ou non. Et si elle était d’humeur à jouer avec vous ou non.
Donc nous voici au moment de la transformation. Votre boule est rouge, grosse et bruyante. Quand elle parle, elle crie. C’est sa voix. Elle est faite ainsi. Très bien. À présent, placez-vous devant une armoire avec un tiroir, derrière une porte fermée. Vous la voyez ? Ouvrez la porte. Tirez le tiroir. Devant vous se trouvent plusieurs pots colorés. Ce sont d’anciens pots de chocolat bio. Vous les reconnaissez, car ce sont les mêmes que vous, vos enfants, vos collègues ou vos amis mangez. À l’intérieur de chacun de ces pots, de la peinture. Peinture à l’huile, à l’eau, de la gouache ou de l’acrylique, peu importe. C’est de la peinture. Vos yeux pétillent devant ces couleurs toutes plus belles les unes que les autres, toutes brillantes, intenses, lumineuses ! Oui, même le noir est beau, profond et scintillant ! Prenez un pot. Pas n’importe lequel. Celui dont la couleur vous fait sourire, que vous aimez, que vous avez envie de toucher, de regarder, de plonger dedans !
Prenez votre temps, mais n’hésitez pas. Votre choix doit être sincère.
Du bleu azur ? Bon choix. Excellent. Il est magnifique, je trouve. Ouvrez le pot. À présent, prenez votre boule rouge. Parlez-lui doucement et dites-lui que vous avez trouvé une magnifique couverture pour elle. Expliquez-lui que vous allez la couvrir de cette couverture, qu’elle n’aura pas mal. Rassurez-la, dites que vous l’aimez, que non vous n’allez pas l’abandonner, mais que vous avez vu qu’elle n’était pas en forme. Terminez en lui chuchotant qu’à présent, grâce à cette couverture, elle et vous, vous allez être bien, heureux, tranquilles.
Versez doucement le contenu du pot au-dessus de votre boule. La peinture, la couleur glisse sur la boule comme un super glaçage qu’on déposerait sur un gâteau délicieux.
Vous pouvez tout vider. Le pot va se remplir automatiquement une fois que vous le refermerez. N’ayez crainte. Je l’ai déjà fait, le pot se remplit à nouveau, je vous le promets.
À présent, remettez le pot avec les autres, poussez le tiroir, fermez la porte de l’armoire et revenez près de votre boule.
Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? N’est-elle pas belle ainsi ? Ça lui va plutôt bien cette nouvelle couleur, non ? On dirait même qu’elle sourit, non ?
Allez. On recommence le voyage ? On va gravir de nouvelles montagnes ?
La petite boule roule

Je ne sais pas quoi dire sur ce texte. Les mots se sont accumulés, l’histoire s’est formée, toute seule. Je suis partie sur le conte de La Petite Poule rousse, et phonétiquement, j’ai démarré avec le titre de La Petite Boule roule.
Les images se formaient devant mes yeux ouverts. Je n’avais plus qu’à écrire ce que je voyais. Au moment où une montagne s’est dressée devant mes yeux écarquillés, j’ai vu le conte de La Course des grenouilles se jouer ! Spectatrice, j’observais cette grenouille particulière qui continuait à gravir la montagne, sourde aux non-encouragements des autres. Puis la grenouille s’est transformée en petite boule, qui roule, qui roule. Et l’histoire s’est poursuivie au bout de mes dix doigts.
C’est un petit conte de sagesse, pourrait-on dire. Une fois l’histoire terminée, je l’ai relue. J’avais l’impression que ce n’était pas moi qui l’avais écrite ! Et, à la fin, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma belle-maman ! En effet, un jour elle m’a fait une séance de PNL qui ressemblait beaucoup à mon histoire.



























































































