Scar l’escargot, son histoire

Voici encore une histoire que j’ai écrite il y a quelques temps et qui est parue dans mon recueil « Un oiseau peut en cacher un autre » (et autres contes pleins d’animaux)

Scar l’escargot

       Scar est un escargot infortuné. Mal voyant de naissance, il vexe à plusieurs reprises sa mère en l’appelant parfois « papa ». En effet, Scar ne parvient pas à différencier un mâle d’une femelle escargot même celle-ci lui a dit et répété qu’il ne verrait sans doute plus jamais son père.

       Il y a quelques jours, quand sa coquille n’était pas encore fortifiée, il a reçu un caillou sur le dos. Chez d’autres jeunes, cela n’aurait rien fait. Mais chez Scar, cet incident eut des conséquences désastreuses. Le malheureux en est marqué à vie.

       Les jours passent et il craint l’arrivée de l’hiver avec cette fissure sur son dos.

       « Je suis sûr que la pluie, le froid et la neige trouveront la faille pour pénétrer dans ma peau. Il faut que j’imagine un stratagème pour imperméabiliser ma coquille. », pense-t-il. »

       Scar réfléchit à ce sujet. Frileux comme il est, il ne survivra pas aux rigueurs de la saison. Il pense demander de l’aide à l’oncle Lim.

       « Il a toujours des idées. Il pourra certainement m’aider. Il a plus d’un tour dans sa vieille coquille. », sourit-il.

       Tout en suivant lentement les traces de sa maman, le jeune escargot pense à l’oncle Lim. Soudain, perdu dans ses pensées, il ne regarde pas où il met le pied et se cogne à sa mère. Celle-ci se retourne et lui dit :

       — Mon petit garçon, tu es devenu grand. Il est temps pour toi de commencer ta propre vie, d’avoir tes amis, ta maison. Arrête donc de me suivre partout.

       — Mais maman, tu n’y penses pas, je suis encore bien trop jeune ! Comment vais-je survivre aux nombreux prédateurs ? Sans toi, je vais mourir ! lâche-t-il presque en sanglotant.

       — Scar, tu es peut-être malvoyant, mais tu n’es pas idiot ! Au contraire, tu es un escargot très intelligent. Je suis sûre que tu trouveras des astuces pour échapper à tous les gourmands du quartier. Et arrête de t’accrocher à moi comme tu le fais, tu sais que j’ai horreur quand tu grimpes sur ma maison.

       — Pardon maman. Ne m’abandonne pas, j’ai besoin de toi.

       — Allons, allons, ne fais pas l’enfant, tu as déjà deux ans. Regarde donc ta peau, elle n’est plus si pâle, elle a de très jolies couleurs.

       — Mais tu m’as dit que je serais adulte quand j’aurais deux rayures sur ma coquille, mais je n’en ai qu’une !

       — Oui, en effet. Mais cela doit être à cause de ton accident. Le principal, c’est que ta maison soit solide, et, toc toc, elle l’est ! Elle n’est plus molle. Arrête de chercher le moindre prétexte à rester accrocher à mes tentacules.

       Scar est dans tous ses états. Il se voit déjà grelottant, insomniaque, ne pouvant hiberner à cause de son insalubrité.

       « Si je suis encore vivant d’ici là » pense-t-il.

       Depuis cette discussion avec sa maman, des visions d’horreur occupent son esprit. Son sommeil est coupé par de nombreux cauchemars de hérissons dévoreurs, de grives décortiqueuses et d’insectes affamés.

       — J’ai une lune pour abandonner le nid, pleure-t-il. Jamais je ne survivrai tout seul.

       Scar a peur de quitter sa maman. Le délai que lui a laissé celle-ci pour se détacher d’elle est court, bien trop court au goût du petit escargot.

       Et pourtant…

       Bien des lunes plus tard, lors d’une nuit noire et silencieuse, Scar se réveille en sursaut. Il a entendu le souffle caractéristique du nez fouisseur de la taupe !

       — Oh non ! Je… j’avais presque… ou… oublié celle… celle-là, bégaie-t-il de terreur.

       Heureusement pour notre petit escargot, il a plu en journée. Il peut s’échapper en glissant aisément sur le sol encore humide.

       Depuis qu’il vit seul, Scar a énormément travaillé son unique muscle et, après tous ces exercices, il est même prêt à participer à la course annuelle des gastéropodes. Mais pour cela, il lui faut d’abord sauver sa chair…

       La taupe derrière lui, Scar grimpe sur le premier muret qu’il rencontre. Lors de sa progression, il trouve une petite crevasse, juste à sa taille. Il y pénètre bien vite.

       — Ouf ! Sauvé.

       Le lendemain matin, il risque un œil tendu vers la sortie.

       Avant de le quitter, sa maman a pris soin d’inverser ses tentacules. À présent, son œil droit était à gauche et vice-versa. Grâce à ce système ingénieux, tenu délicatement par un fil solide, mais doux d’araignée, Scar voit nettement mieux.

       — Point de taupe à l’horizon. Le hérisson dort sûrement à cette heure. Quant à la grive, je sais qu’elle est occupée à couver. Je peux donc sortir en toute sécurité.

       L’escargot avait été à l’école des détectives privés. Les cours étaient accessibles à toute proie potentielle, autrement dit, beaucoup d’animaux avaient pu suivre cette formation.

       Scar avait appris énormément de choses. Il était à cette époque le petit escargot myope qui n’avait jamais grandi à la vue de son unique strie sur sa carapace. Malgré ces problèmes de santé, il était sorti le meilleur élève de l’année scolaire !

       Hélas, la théorie n’a rien de comparable à la pratique dans la vraie vie sauvage.

       Scar décide donc de se montrer. Fini les cachettes. À force de rentrer dans un trou à n’importe quel bruit ou vision, identifié ou non, il n’a plus mangé depuis trois jours.

       — J’en ai marre d’être considéré comme une poule mouillée. Aujourd’hui, je vais aller explorer le jardin du voisin. Il paraît qu’il y a de bonnes feuilles à se mettre sous la langue.

       Affamé, il baisse sa garde. Il n’a pas le temps de poser pied sur un autre territoire qu’il est happé par une patte d’oiseau. Sa tête est rentrée immédiatement dans sa carapace au moment même où il a vu l’ombre volante fondre sur lui. Il sait qu’il a peu de chance d’échapper à une chute de plusieurs mètres dans le vide.

       — Oh maman ! Si tu me voyais. J’ai perdu neuf grammes et là je vais m’écraser sur le sol comme une vulgaire fiente d’oiseau.

       Scar parle souvent à sa mère, même s’il ignore où elle est. Cela le réconforte.

       À cet instant, il s’efforce de se remémorer les techniques de secours en cas de danger pareil. Il l’a appris grâce à Monsieur Lapie. Le comble pour un escargot d’avoir eu un cours de sauvetage donné par un professeur-prédateur !

       Le déclic est immédiat. Après la première tentative, ratée, d’écrasement, la grive se pose dans un arbre et cherche à déloger sa proie à coups de bec violents.

       Scar a un instinct hors du commun. Avant de recevoir le premier coup, il balance tout son poids d’un côté de sa carapace et provoque le roulement attendu.

       — Et ça marche ! Ouah ! Maman, maman ! Tu devrais voir ça. C’est génial. Même la sensation est extraordinaire. On dirait que je suis dans un ballon. Je roule, je roule. Ha ! Ha !

       Et Scar roule pendant quelques secondes avant d’atterrir dans un buisson touffu, à l’abri du regard de l’oiseau.

       — Sauvé. Je suis sain et sauf. Tête de linotte que je suis, j’ai pensé à la femelle qui couve, mais j’ai oublié le mâle !

       Il n’en revient pas de s’en être sorti vivant d’une attaque de Grive ! Très brièvement, il s’examine :

       — Point de coquille cassée et mon corps n’est pas égratigné ! Le nœud de maman a même résisté au choc, mes yeux ne se sont pas démêlés.

       Au moment où il pousse un soupir de soulagement, il voit une boule piquante foncer droit sur lui.

       — Un hérisson ! Sauve qui peut ! Mais que fait-il ici ? Réveillé en cette heure si avancée du jour ? Non d’une limace, je porte la poisse !

       Sous le buisson, il ne peut aller de l’avant rapidement. Des branches et des feuilles entravent sa progression. Scar sait qu’il ne gagnerait pas cette course-ci.

       Il n’a pas le temps de se remémorer un autre cours du professeur Lapie, le hérisson l’arrête d’un coup de patte griffue.

       — Un jeune ! C’est un petit. Faites que sa maman ne lui ait pas encore expliqué comment se nourrir d’un escargot. Pitié, pitié, faites qu’il ne sache pas comment me déloger de ma maison !

       Scar ne peut qu’espérer que son vœu va s’exaucer.

       Il transpire de peur. Il sent une langue gluante lui caresser la tête. Il met aussi loin qu’il peut ses yeux derrière lui. Soudain, il se rend compte que le hérisson s’est pris d’affection pour lui ! Il ne veut pas le manger, mais lui donne des bisous baveux.

       « Je dois déjà être au paradis pour m’imaginer une blague pareille ! » se dit Scar, à moitié mort de rire de penser à une telle relation amicale.

       Mais il ne rêve pas. Le pressentiment qu’il a eu tout à l’heure sur le fait que le jeunot ne sache pas comment s’y prendre pour dévorer un escargot n’est pas tout à fait faux. Le petit hérisson, orphelin, ne comprend pas comment il doit faire pour décortiquer une bête comme Scar. Et à dire vrai, il ne peut concevoir de tuer un autre animal… notre boule piquante est végétarienne… pour le plus grand bonheur de notre ami.

       « Finalement, j’ai beaucoup de chances. En une seule matinée, j’ai échappé deux fois à une mort certaine. Je dois avoir une bonne fée avec moi, ce n’est pas possible autrement. », pense-t-il tout ému de sa nouvelle connaissance.

       Le petit hérisson n’a pas beaucoup de relations. En fait, Scar est son seul et unique ami. Aussi, quand, quelques jours plus tard, Scar est menacé par un insecte mangeur d’escargot, le hérisson lui suggère de grimper sur la tige d’un chardon.

       — Mais tu es fou ? Tu veux que je grimpe là-dessus ? As-tu bien regardé cette tige ? Elle est truffée d’épines !

       — Justement, mon ami, justement. Tu ne le sais sans doute pas, mais ton corps est aussi souple que de la gelée. Ces épines ne te perceront pas. Tu ne sentiras rien, crois-moi. J’en ai vu d’autres faire ça et ils n’ont même pas eu une seule griffe. Aie confiance en moi, Scar… ou essaie d’échapper à ces pinces puissantes !

       Scar voit l’insecte avancer vers lui à une vitesse incroyable. Il n’a aucun autre moyen de l’éviter.

       — J’espère que tu as raison. J’espère surtout que lui, il ne me suivra pas.

       — Vas-y, dépêche-toi un peu.

       — Si seulement tu n’étais pas végétarien, tu aurais pu le manger…

       — Mais si je peux le manger lui, je peux te manger toi aussi alors…

       — Bon, bon c’est d’accord, je n’ai rien dit, finit-il par lui répondre essoufflé d’avoir grimpé si vite sur le chardon.

       Comme l’a bien conseillé son nouvel ami, Scar ne ressent pas la moindre gêne à glisser sur ces épines.

       — Merci Heriss, du fond du cœur merci ! Sans toi, je n’aurais sans doute jamais eu l’idée de grimper ici.

       Le hérisson sourit. Il s’amuse de la délicate position de l’insecte. Ce dernier essaye de suivre Scar mais les épines piquent son ventre sensible. Têtue, la bête tente à plusieurs reprises de monter sur la tige, mais en vain, elle finit par abandonner au grand soulagement des deux compères.

L’épouvantail, le tournesol et la mésange

Voici mon petit texte d’après ma liste de ce mot choisis hier. Le thème des fantômes n’est pas trop respecté. Mais il y a une gentille et adorable créature à la fin :-) Si l’inspiration revient, j’écrirai un autre texte d’après cette même liste de mots en essayant de mieux coller à l’ambiance que j’ai suggéré.

C’est l’histoire d’une petite graine qui avait un grand projet : faire de sa vie, une aventure extraordinaire.

Fleur, Tournesol, Plantes, Jaune

Arrière-petite-fille d’un tournesol géant, la petite graine avait comme marraine une mésange et comme parrain le vent du sud. Elle aimait se planter dans un sol gorgé de soleil, germer dans une terre remplie de rire et de musique et pousser près d’un épouvantail. Les épouvantails étaient ses amis. Mais cette amitié n’était pas toujours réciproque, car si la petite graine devenue grande adorait attirer abeilles, bourdons et oiseaux, le job de l’épouvantail était justement tout l’inverse : repousser toutes ces bestioles, surtout les plus grandes, ailées.

Au vu de son rang et de sa destinée de tournesol géant, la petite graine aimait embêter son « ami ». Poussant lentement mais sûrement tout contre lui, lui faisant de l’ombre, anéantissant à zéro tous ses efforts, le pauvre épouvantail ne savait plus vers quel vent se tourner. D’un côté, il aimait bien cette « petiote », elle devenait de plus en plus jolie avec ses pétales de différentes nuances de jaunes. Avec elle, ses rêves prenaient des teintes de citron, de blé, d’ambre, de champagne, de maïs, de poussin, de bouton d’or, de safran, d’impérial, de chamois et même de miel, de banane ou de canari. Quand le parrain de la petiote, le vent du sud, venait lui rendre visite, il s’efforçait de bouger le plus possible, c’était un peu sa façon à lui de l’accueillir.

Dessin Animé, Bande Dessinée

Mais voilà, depuis la fin du mois, son amie n’était plus. Après avoir germé, poussé, grandi et atteint la taille respectable de trois mètre trente-trois, après lui avoir donné mille rêves colorés, après lui avoir fait fondre son cœur de paille, l’épouvantail s’était réveillé un jour avec des pétales jaune olive, tout mous, tout flasques sur son chapeau brun chocolat. L’ensemble ne se mariait pas.

Une mésange, la marraine de la petite graine-qui-n’est-plus, passa un jour par là. C’était une marraine spéciale, une fée comme on en fait plus. Habillée de bleu, de jaune et de violet, le petit oiseau fit plusieurs allers-retours entre le cœur du tournesol et les poches de l’épouvantail. La fée marraine, à chaque fois qu’elle déposait un petit bout de son amie dans l’une de ses poches, se grattait la tête avec une patte. Chaque graine ainsi déposée était enveloppée d’une poudre magique, tantôt jaune, tantôt bleue, tantôt violette. La graine sentait la mésange. La mésange sentait l’épouvantail. L’épouvantail sentait la graine-de-mésange.

Après plus de treize trajets du petit passereau, les poches de l’épouvantail étaient gonflées d’une amitié nouvelle à renaître. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, l’épouvantail se senti pousser des ailes ! Et comme si cela n’était pas suffisant, sa figure de paille se transforma elle aussi pour devenir un cercle alvéolé de brun : un nouveau cœur de tournesol, un cœur géant !

La fée-marraine-mésange ne savait jamais par avance en quoi allait se transformer ses graines-filleules. Elles avaient toutes des rêves différents. Cette amitié entre un tournesol et un épouvantail n’était pas nouveau, mais de mémoire de mésange, c’était la première à être aussi forte et étrange. C’est donc avec émerveillement et joie non dissimulée qu’elle découvrit la créature prendre forme devant elle :

Un épouvantail avec une tête de cœur de tournesol, des ailes bleues, jaunes et violette de mésange (elle ! elle !) et un corps jaune safran.

Quand la créature ouvrit la bouche pour exprimer sa joie, il chanta comme un canari la plus belle des mélodies du bonheur. Son régime alimentaire était encore une énigme, car il aimait aussi bien les maïs que le blé ou le miel ! Il appréciait aussi la pluie, mais pas n’importe laquelle : celle qui faisait tomber des zestes de citrons. Enfin, quand il battit des ailes pour s’envoler et flirter avec les nuages, il vit que ses plumes étaient gorgées de poussière d’or !

La fée-marraine-mésange était fière. Aucune autre créature ne lui ressemblait et elle était sûre qu’elle allait gagner au concours d’Halloween, du monstre le plus joli, tendre et affectueux.

Le tout à présent était de lui trouver un petit nom…


Les images proviennent du site Pixabay. J’ai juste rajouté un filtre rouge sur la mésange bleue pour lui donner une coloration violette sur ses ailes.


Inspiration pour les différentes teintes de jaune et l’épouvantail

Romans lus :

  • Les maîtres de la lumière, de Jacques Anquetil
  • Le château de Hurle, de Diana Wynne

Écrire un texte sur les fantômes et autres monstres à partir d’une liste de mots

Je vous propose de jouer avec moi. Écrivez un petit texte, poème ou plus longue histoire en respectant le thème des monstres, fantômes et autres revenants. Le ton sera le vôtre : humoristique, horreur, énigmatique, façon enquête, décalé, etc.

Les 7 mots à intégrer :

  • graine
  • vent
  • musique
  • rire
  • violet
  • lentement
  • gonfler

Vous avez jusqu’au 31 octobre pour jouer le jeu. Le 1er novembre, je mettrai tous vos textes reçus en commentaire ou par email sur le blog.

Vous pouvez bien sûr adapter un mot à condition que l’on puisse retrouver le mot du début et/ou conjuguer un verbe. Pas de limite à votre imagination.

Le luthier de Venise, Conte

Livre trouvé d’occasion ! Et si je dois recoller quelques pages, je le trouve magnifique !

Le luthier de Venise est un conte de Claude Clément, illustré par Frédéric Clément et édité chez Pastel, collection École des Loisirs.

Tout commence ainsi :

« Il y avait dans une ruelle de Venise une boutique de luthier, dont une porte s’ouvrait sur un canal très animé et l’autre sur un jardin tranquille, à peine plus grand qu’un tapis déployé. Au milieu de ce jardin, un arbre avait poussé. Il était si haut et si large qu’il prenait presque toute la place.

Quand il cessait de modeler le bois de ses instruments, l’artisan aimait à contempler cet arbre.
Ses branches se balançaient dans la brise surgie du fond de la lagune.
Des kyrielles d’hirondelles, de moineaux et de tourterelles venaient se poser sur elles.
Il s’élevait alors du jardin une musique plus ensorcelante que celle qui enchantait les bals et les théâtres de Venise.
(…) »

Ce conte, qui date de 1988, reste intemporel. A sa découverte, à sa lecture, il y a la musique, il y a l’odeur du bois, les chants des oiseaux, le souffle du vent dans les branches de cet arbre majestueux.

Papoteuse en crèche, raconter des histoires

Youpeee, je vais pouvoir reprendre mon activité bénévole de papoteuse !

Qu’est-ce qu’une papoteuse ? Comment cela se passe-t-il ? Pour qui ? Quand ? Comment ? Où ?

Papoteuse, bibli-mamies ou mamy conteuse / papy conteur est une personne adulte qui vient raconter des histoires dans une crèche, milieu d’accueil de la petite enfance, école maternelle ou primaire. Activité généralement bénévole, ce sont beaucoup de personnes retraitées qui viennent une, deux ou trois fois par mois dans ces lieux passer trente minutes à une heure avec les bébés ou jeunes enfants. L’activité se fait dans le cadre d’un contrat établi soit avec la bibliothèque de la région ou une asbl spécifique à cette activité. L’animatrice et l’animateur vient soit seul soit en duo pour raconter des histoires grâce à des livres issus des bibliothèques du coin et ainsi proposer aux tout-petits une diversité d’histoires et une accessibilité aux livres que certains ne connaissent pas ou peu. Comme il est difficile d’amener les bébés à la crèche, c’est la bibliothèque qui vient à eux, le temps d’une animation.
Pour les plus jeunes, on chante aussi des comptines et autres jeux de doigts ou de rimes entre chaque livre.

Fin du mois d’octobre, je vais dans une crèche que je ne connais pas encore. Je me prépare à cette activité que j’aime particulièrement : faire rire, étonner, surprendre les petits, chanter avec eux, les faire voyager dans un univers remplis de belles images (à voir ou à naître dans leur tête), susciter leur intérêt, entendre leurs applaudissements et les « encore ! encore ! »

Cause Covid, la lecture individuelle ne pourra pas se faire et c’est avec une visière que je vais animer.

Une histoire à plusieurs mains

Durant le confinement, j’ai eu l’occasion d’écrire une petite histoire avec d’autres personnes, par email et FB interposé ;-)

Grâce au jeu de dés Story Cubes, à un jeu de cartes « Il était une fois », nous avions chacune de nous six, deux mots à caser dans notre texte. Et nous avons écrit cette histoire à la manière d’un cadavre exquis, c’est-à-dire que nous écrivions chacune à notre tour une partie de l’histoire.

La superbe illustration du petit écureuil, vient du site Pixabay, libre de droit.


Un jour, au jardin

C’était une petite pomme qui poussait sur un pommier …en ce printemps 2020. C’était un plaisir de la savourer des yeux en pensant au moment où on pourrait la croquer à belles dents !

Depuis mon jardin, je pouvais la voir, rouge, grosse et ronde à souhait. Elle n’attendait qu’une chose : que je la cueille. Tout à coup, un mouvement roux, furtif, me fit tourner légèrement la tête : un écureuil s’approchait de mon fruit convoité ! Oh ! Le coquin, il allait me le voler assurément. Je me levai doucement de mon fauteuil. Mon geste le fit s’arrêter net. Nous étions à même distance de la pomme, lui derrière elle, moi devant. Ou inversement selon son point de vue… J’estimais qu’il devrait faire au moins dix ou douze petits bonds ; quant à moi, en trois grands pas, je devrais pouvoir arriver à mettre la main dessus. La suite des événements me sembla passer comme au ralenti. Nous étions deux tortues, à avancer d’une lenteur effroyable, à tenter de deviner quand l’autre passerait à la vitesse supérieure.

C’est alors que tous deux nous restâmes bouche bée, une ombre de plus en plus épaisse … de plus en plus proche, descendait du ciel comme par magie. Figés sur place, alors que tous les animaux alentour fuyaient et qu’un silence d’hiver s’installait, nous observions, tout autant effrayés que fascinés par ce voile aux mille couleurs prêt à accoster. Accroché à un énorme parachute, un tout petit lutin nous apparut, nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait d’une lutine. Elle se faufila entre les branches du fruitier.

Au fil des ondulations délicates de ce petit être d’une branche à l’autre, comme si elle obéissait à je ne sais quoi, je ne sais qui, presque comme si elle était … vivante, l’énorme soie arc-en-ciel se rétrécissait rapidement et méthodiquement. Elle termina son étrange cérémonie de pliages rangée dans un minuscule sac suspendu au dos de la lutine au moment même où celle-ci s’assit délicatement … sur le fruit convoité !

Éberlués, bouche bée, l’écureuil et moi étions comme transformés en statues de sel. Incapables de bouger, c’est à peine si nous respirions. Le sortilège prit fin lorsque la lutine commença à parler.

« Bonjour, quelle chance, c’est le bon jour et la bonne heure, j’avais tellement peur d’arriver en retard et de ne pas vous trouver ».

Sa voix était comme la soie colorée qui avait réintégré le petit sac à dos : douce et lumineuse, souple et solide, on croyait entendre le murmure fascinant d’une rivière quand la lumière joue à cache-cache avec le mouvement de l’eau.

Elle secoua la tête et un rire de grelots retentit, rendant l’instant encore plus magique. « Bonjour et bienvenue … enfin, si tu n’es pas là pour me voler ma pomme, déjà qu’on est deux sur le coup, trois, ce ne serait plus marrant du tout ! », répondit l’écureuil, d’une petite voix aiguë et parsemée de « cric » et de « crac », comme si en parlant, il continuait à croquer une noisette. « Ta pomme ? Non, elle est belle à croquer, mais ce n’est pas pour elle que je suis ici, c’est pour vous rencontrer, toi et … elle » poursuivit la lutine en pointant son petit index en la direction. Elle continua : « c’est vous qui avez été choisis pour m’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible, il faut vraiment que vous m’aidiez » C’est alors que je m’entendis répondre : « oui » …

Comment dire non à une créature aussi fascinante !

Pourtant, aussitôt ce petit mot sorti de ma bouche, un train de questions s’ébranla dans ma tête, comme un défilé de wagons où s’accrochaient des points d’interrogation : oui-mais…oui-mais…oui-mais…oui-mais…

— Pourquoi cette lutine nous avait-elle choisis ?

— Cette façon de nous appeler les “élus” ne me plaisait guère…N’y avait-il pas là une manipulation démagogique ?

— Pourquoi fallait-il un gardien des rêves ?

— S’il y avait un gardien, c’est bien que les rêves étaient emprisonnés : ne devaient-ils pas être libres et accessibles à tous ?

— Qui avait installé une grille autour du monde des rêves ?

— La lutine n’était-elle pas envoyée par celui qui se désignait comme le propriétaire de ce lieu ?

— Bref : avions-nous devant nous une fée ou un être maléfique au solde d’un
despote ?

— Et enfin : le confinement ne m’avait-il pas tourneboulé l’esprit ?

Avec toutes ces questions qui me venaient à l’esprit et qui partaient dans tous les sens, j’avais l’impression que ma tête battait la campagne ! Je ne savais plus où j’en étais ! Peut-être que c’était le confinement effectivement qui me mettait dans cet état de ruminations, d’interrogations et de rêveries sans fin ! Qu’en penser ? ! Est-ce que la lutine n’était pas simplement un effet de mon imagination débridée ?!

Bien sûr il y avait la pomme qui était réelle et l’écureuil aussi mais le reste ?

En fait j’avais regardé ce qui se passait dans le jardin parce que j’en avais par-dessus la tête de lire et relire ce manuel  » comment utiliser un boulier en 10 leçons ». Encore une fameuse idée que j’avais eue ! Confinée avec mon petit bout de 5 ans qui n’allait plus à l’école, j’avais eu le projet de lui apprendre à compter avec un boulier mais ça s’était avéré plus difficile que je ne l’aurais cru au préalable. En fait j’étais dépassée. Et oui même les choses les plus simples ! Et puis finalement après tout, la petite allait retourner à l’école, donc…plus besoin de se tracasser avec ce boulier. Mais c’était la lutine qui me turlupinait à présent ! Je me voyais déjà consultant google pour en savoir plus sur le monde
(imaginaire ?) de ces petits elfes !

Que faire ? Pourquoi n’avais-je pu tout simplement croquer cette petite pomme ?

Soyons honnête, dans ma petite tête, c’était un véritable dialogue de sourd. Toutes ces questions et ces interrogations. Et tout ça, pourquoi ? Pour une pomme, pour un écureuil ou pour un petit lutin ?

Je dois bien l’admettre, à force de rester confinée chez moi, mes actions et les événements ont pris un tout autre sens. J’ai davantage de temps pour réfléchir et surtout pour agir. Même si je crois à d’autres mondes, tels celui des fées et des lutins, je ne peux pas mettre tous mes œufs dans le même panier : la pomme, l’écureuil et la lutine, tous les trois, dans mon jardin ! Non.

— Eh bien, si ! Me répond l’écureuil.

Je fronce les sourcils : après la lutine que je comprends, le langage de l’écureuil me serait-il soudain devenu accessible ?

— Oui et non ! Hi ! Hi ! Dit-il en se moquant de moi.

Je ne comprends rien à son petit manège et je perds royalement patience. L’animal doit le voir, car aussitôt, il s’explique :

— Tu me comprends, car je fais partie de l’espèce « télépathe ». Je sais lire dans tes pensées et je te donne accès aux miennes par ma seule volonté. Si je parlais à voix haute, tu ne me comprendrais pas, nous n’avons pas le même langage.

— Ah ! Ok ! Je comprends tout à présent. Merci pour tes éclaircissements Maître Écureuil Télépathe.

— Tu te moques de moi ? crie-t-il aussitôt dans ma tête ! Maître, je ne suis pas un maître, je suis un simple disciple. Un disciple, le seul et l’unique qui n’a pas froid aux yeux et qui ose affronter les géants à la peau lisse.

— … Les géants à la peau… lisse ?

— Les bipèdes, les géants, les humains, ceux de ton espèce, toi quoi ! Pfff je ne suis pas tombé sur la plus futée des géants…

— Je t’entends ! lui rétorque-je.

— Oups, pardon !

L’écureuil semble demander que je l’excuse et il fait une grimace qui je suppose doit être prise pour un sourire contrit. Il est bien mignon et je veux bien croire qu’il fasse partie du même monde que le mien, ainsi que la pomme. Et la lutine ?

— Faut vraiment tout t’expliquer à toi, rouspète mon nouvel ami télépathe. À ton avis, si la lutine est arrivée pile au moment où on allait se disputer la pomme, c’est que la pomme est… ?

— La pomme est… ? Quoi ? Il me demande de terminer la phrase ?

— Oui, banane, je te demande de terminer la phrase. C’est facile pourtant ! Simple comme un bonjour. La pomme, est pour la lutine, l’a…

— La pomme est l’amie de la lutine me communiqua l’écureuil en pensée. Toutes les pommes sont ses amies, les arbres aussi, les fleurs, les oiseaux … tout dans la nature est l’ami des lutins Je te rappelle qu’elle est venue pour que nous l’aidions. Et pour te rassurer, oui, nous faisons partie du même monde, celui de l’amour. Mais beaucoup l’ont oublié, perdu ou simplement donné. Nous avons été choisis il y a très longtemps pour l’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Tu te souviens, le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible. Et sans rêves, pas d’amour.

— Alors la pomme tu comprends mieux maintenant ? me dit la bestiole.

— Euh, non, je n’y comprends rien à votre histoire de clé, de pommes et de rêves. D’ailleurs, tout ça n’est qu’illusion ! Je parle avec un écureuil par télépathie et une lutine nous appelle au secours pour des rêves dont je ne me souviens même jamais !

— Justement ! surenchérit l’écureuil, c’est bien parce que la clé a disparu. Quand tu étais enfant tu ne te souvenais pas de ce dont tu rêvais ?

Oups, me voilà bien mal prise, il a raison ce vaurien, je me souviens que je rêvais souvent d’un jardin, un superbe jardin rempli de fleurs. De sublimes fleurs de toutes les couleurs, de toutes les senteurs, de toutes les douceurs. Et aussi une jolie balançoire sur laquelle je virevoltais, de grands arbres sur lesquels je grimpais auprès des oiseaux dont le chant me berçait. Il y avait aussi un cerisier énorme que j’adorais escalader. Je me souviens d’une fois, m’approchant de la fontaine … Ah on y est, me dit l’animal en me coupant dans mes douces pensées. Et ensuite, insista-t-il en se glissant sur mon épaule, que s’est-il passé ?

Allez, ne me regarde pas comme si j’étais un extra-terrestre, je suis juste un écureuil, juste un peu spécial car je n’ai pas peur de toi mais je suis simplement un gentil écureuil. D’ailleurs, je m’appelle Cannelle … tu me suis ? Pomme … Cannelle … Et toi, tu ne devines pas pourquoi on te prénomme Cléa ? … Clé-a ! … Parce que tu “as” le pouvoir de retrouver la “clé” !

Mais tu as besoin de moi, de la pomme et de la lutine, elle son prénom est Rêve … tu me suis ?

Rien de tout cela ne me paraissait logique mais … logique quand même. J’étais vraiment perturbée, rien à voir avec le confinement, j’étais confondue, perdue, emmêlée dans des milliers de pensées mais, au fond de moi, je sentais que Cannelle avait raison. Je réalisai soudain que cette petite peluche autour de mon cou était une fille. Elle capta, bien sûr, ma pensée et me regarda tendrement puis me dit, enfin, me pensa : tu sais, je suis une écureuil, toi une petite fille, Rêve une lutine et la pomme a la graine. Nous sommes toutes destinées à semer les rêves, les histoires, les contes, l’amour ! … Si nous ne retrouvons pas la clé, tout cela sera perdu et le monde sera gris, sans sourires, sans plaisir, sans imagination, sans histoires … sans rêves, sans amour. Tu le sais que cela a déjà commencé, tu ne rêves plus … et bientôt, tous les enfants du monde ne rêveront plus si nous ne récupérons pas la clé du cadenas.

Un long silence s’ensuivit, nous nous regardions, puis nous avons regardé Rêve, toujours assise sur la pomme. Elle nous adressa un grand sourire calme et apaisant, ses petites ailes d’or se mirent à battre doucement, ses grands yeux violets s’illuminèrent elle s’approcha doucement de nous et, en s’adressant à moi, elle chuchota : tu nous racontes ce qui est arrivé près de cette fontaine Cléa ?

« A la claire fontaine, m’en allant promener … » comment pouvait-elle savoir ? Était-ce donc écrit ? Gravé ? Oh mon dieu, comme cette simple question remuait en moi de multiples souvenirs … était-ce donc pour cela que j’étais devenue passeuse d’histoires ? Était-ce parce qu’un jour j’aurais à transcender ce statut d’adulte qui m’avait semblé si difficile à acquérir, pour me rendre compte que c’était l’enfant qui avait accompagné l’adulte et vivait toujours à travers lui qui était ma force ? C’était donc pour cela qu’à la question posée par un « géant à peau lisse », un jour, au bord d’un lac … en mangeant une pomme, une pomme, déjà … « quelle est ton super pouvoir ? » j’avais répondu « celui de ramener les adultes à l’enfance par le pouvoir des histoires » … cela me tomba dessus comme la foudre, un éclair traversant ma conscience : depuis toujours et à jamais ce sont les histoires qui sauvent le monde …

— « Oh, hé, la géante, ça va ? Tu en as mis un temps … » me réprimanda doucement Cannelle … tu nous raconte, la fontaine … je pense que c’est un indice « 

— « Ah, oui, la fontaine … bon … des dizaines de fontaines me passaient par l’esprit, des images en 3D … mais une seule chanson « à la claire fontaine … »

— « Ok, dis Rêve, rendez-vous à la claire fontaine », et, se drapant dans sa soie multicolore sortie tel un diablotin de son sac à dos, pfffffiuuuuuu, Rêve disparut.

Disparue…sans me laisser le moindre caillou blanc ! Sans la clé…pourrais-je retrouver le chemin de mes rêves ? J’étais embarquée dans une histoire sans fin !

A moins que…

Enfant, je rêvais souvent de cette fontaine les nuits de pleine lune, entre veille et sommeil. Ce n’était pas par hasard que la lutine était arrivée aujourd’hui !

Je m’allongeai sous le pommier, prête à traverser la toile tissée par les premiers rayons de lune pour rejoindre le monde de mon enfance.

Hop !

La fontaine gazouillait au milieu d’un champ de fleurs…des fleurs extraordinaires, dignes du pays de Philémon ! Celles-ci ressemblaient à de petits parachutes multicolores (tiens donc!), celles-là à des réverbères, d’autres encore à des serrures. Des diablotins couraient dans tous les sens à la recherche de la clé des rêves. Ils allaient la trouver avant moi et la cacher à jamais dans une grotte obscure !

C’est alors que je découvris une petite enveloppe, éclairée par une fleur réverbère, je m’en emparai…

Hop !

J’étais revenue au pied du pommier : la lutine sur mon épaule, Cannelle sur mes genoux. Une clé dépassait de l’enveloppe que je tenais encore en main, brillante sous les rayons de lune.

Nous en deviendrions les gardiens…

Quant aux diablotins, ils auraient beau la chercher partout, ils ne la retrouveraient jamais !

FIN


Pour la télécharger, c’est ici :