Dixit Nano20 : le juste équilibre

Voici mon 5è petit texte d’après une image du jeu de cartes Dixit et la phrase que celle-ci m’a inspiré :

Le juste équilibre du bien et du mal dans la maison du ciel

Pour qu’un équilibre, quel qu’en soit sa nature, soit juste, il faut en connaître tous les ingrédients. Voici la recette de mon équilibre. Quand j’y arrive, je suis sur mon petit nuage de bonheur, je l’appelle donc le juste équilibre dans ma maison du ciel.

Préparons tout d’abord les ingrédients, leur quantité, leur poids :

  • Une bonne tasse d’écoute attentive
  • Une cuiller remplie de sourire sincère
  • Une bonne poignée de patience
  • Un verre d’honnêteté
  • Une pincée d’énergie
  • Une poigne de volonté
  • Un soupçon de combattivité
  • Une soucoupe d’empathie
  • Un souvenir du passé (s’il n’est pas exagéré, refaçonné ou embelli, il peut être doublé la puissance de la source de gratitude pour celles et ceux qui ont connu des difficultés dans leur enfance)

Placer tous les ingrédients dans l’ordre que vous souhaitez. Attention à mettre ceux qui sont le plus volatile dans un récipient fermé afin qu’ils ne prennent pas la poudre d’escampette.

Comme pour tout évènement, toute action, toute aventure, tout projet, il ne faut pas oublier de laisser une place pour un ingrédient qui n’est pas dans la liste et qui pourtant se trouve en chacun de nous. Celui-ci étant différent pour chaque personne, je ne peux le citer précisément. Néanmoins, sachez que le vice… pique ! Prévoyez donc des gants afin qu’il ne vous fasse pas mal quand vous le mettrez dans sa boîte hermétique. La jalousie pince. Là aussi, soyez prévoyant et protégez votre cœur ou votre tête. L’avarice est une vilaine voleuse. Voleuse dans tous les sens du terme, elle vous prend sans votre consentement vos biens matériels ou immatériels comme le temps et les amis, mais elle a des ailes et vole littéralement comme un oiseau. Soyez prêt à l’attraper avec votre filet (un égouttoir dans la cuisine fera très bien l’affaire) et à la mettre dans un bocal hermétique et insonore. D’autres ingrédients dits « méchants » ou « mauvais » existent. Sans dévoiler mon secret, je peux vous dire que le mien s’appelle La Nostalgie. Attention à ne pas confondre cet ingrédient, la nostalgie, avec celui dans la liste « un souvenir du passé ». Bien qu’ils se ressemblent très fort, on peut dire que la nostalgie laisse des empreintes parfois douloureuses, des traces indélébiles, alors que le souvenir du passé, s’il est choisi à point, peut se révéler un super ingrédient bénéfique. Le souvenir du passé a une force insoupçonnée, il a une saveur prononcée qui souvent laisse un premier arrière-goût amer, mais qui donne, après qu’on l’a laissé mariner quelques instants à l’air du présent, un parfum de réussite et un fumet de super pouvoir !

Ce dernier ingrédient de ma liste est le plus difficile à trouver. On peut en avoir tout un stock en nous. Toujours est-il que je vous recommande d’écouter votre cœur, de suivre votre instinct ; et si le premier choix est souvent le meilleur, parfois, je dis bien parfois, il vaut mieux attendre un peu, dormir dessus une bonne nuit, et y revenir le lendemain. Certains souvenirs du passé peuvent se comporter comme La Nostalgie. C’est en ça qu’ils sont le plus difficile à trouver.

Une fois tous les ingrédients réunis, sans oublier celui qui nous est propre et différent à chacune et à chacun, préparer votre balance à trouver son bon équilibre.

Pour ce faire, il vous faudra prendre du recul, laisser reposer la pâte à l’air ambiant, parler à votre recette (non, non, n’ayez crainte, personne ne vous entend, personne ne vous observe). Certains trouvent naturellement le juste milieu entre tout ce mélange. Il arrive que pour d’autres, cela prenne plus de temps. Mais cela n’est pas un problème, à la condition que vous ne baissiez pas les bras. Visez toujours la lune qui est accrochée au-dessus de votre tête et qui flirte avec vos nuages de bonheur. Tout le monde n’atteint pas son parfait équilibre du premier coup, d’autres ne parviennent pas à le garder bien longtemps. Qu’importe. Le principal, le plus important, c’est que vous y prenez plaisir, que vous essayez encore et encore, que vous vous amusiez.

Si vous avez du mal à atteindre la lune, ce n’est pas grave, car vous atterrirez parmi vos étoiles, vos nuages personnels.

Peut-être est-ce là votre équilibre ? Parmi les nuages, parmi les étoiles.

N’oubliez pas, où que vous arriviez, quelle que soit votre destinée, vous trouverez votre propre équilibre avec les ingrédients de ma liste, car nous sommes tous … différents.

Dixit Nano 2020 : jour 4

La mélodie enchantée du vieil arbre souriant

Il était une fois une forêt. Elle avait tout ce qu’il y avait de plus normal pour une forêt : beaucoup d’arbres aux multiples essences différentes, deux ou trois chemins pour les promeneurs, mais aussi pour les cavaliers et beaucoup d’animaux y venaient pour s’y reposer, se poser, jouer, se nourrir ou y trouver refuge. On ne comptait plus les oiseaux de toutes sortes, mais on se régalait de les voir, de les entendre et pour certains de les photographier.

D’autres habitants avaient aussi la primeur des amoureux de la nature : écureuils, renards, cerfs et même les insectes voyaient leur portrait s’afficher sur les écrans des appareils photo.

Un jour, lors d’un petit matin brumeux mais ensoleillé, on entendit une musique voyager entre les branches des arbres, passer sous des buissons, tourner autour des oiseaux. Ce jour-là, le 4 novembre, il faisait très froid au réveil. Les animaux avaient connu une gelée nocturne, la première de la saison. Et c’est aux alentours des 8h30 qu’on pu entendre les premières notes flotter dans cette forêt. Les oiseaux, les bons chanteurs, s’étaient tus. On ne sait s’ils écoutaient la mélodie pour l’enregistrer et pour, plus tard, la chanter. Vu la fraîcheur matinale, tous s’activaient, bougeaient, grimpaient, pour ne pas laisser le froid engourdir leurs fines pattes et ailes fragiles.

Sur un chemin tracé par les nombreux promeneurs, se trouvait-là un petit bonhomme, pas plus haut que sept pommes. Cet enfant, un garçon, avait l’étrange mais non moins extraordinaire faculté de faire chanter… les arbres ! Oui, les arbres. Pas les animaux, pas les oiseaux, ni les chiens ou les chats domestiques, non, les arbres. Ces gigantesques végétaux qui n’avaient ni bouche, ni oreille ! Comment s’y prenait-il ? Nul ne le sait. Mais c’est bien lui que je vis ce matin-là, chuchoter à l’écorce d’un vieil arbre souriant. Et l’arbre, par son tronc rugueux et noueux, lui répondait en sifflant. Il faisait tellement froid que je pouvais voir par où sortaient les mélodies : par des milliers et microscopiques trous de l’écorce. Aéré de la sorte, l’arbre chantait littéralement par tous les pores de son tronc. C’était très agréable à entendre. J’en était tellement absorbée et envoutée par le son que j’en oubliai d’immortaliser cette scène.

Dixit Nano 2020 : mon histoire grâce à une phrase

Voici mon 3ème texte écrit d’après une phrase inspirée d’une photo du jeu Dixit. Je vais essayer, vu le challenge Nanowrimo, d’écrire tous les jours un petit texte. J’ai 45 cartes du jeu qui m’ont « parlé », j’ai donc largement de quoi écrire ces trente prochains jours.

Pour cette histoire, j’ai eu plus de mal à trouver l’inspiration. J’ai alors pris la carte qui m’a inspiré la phrase « La musique est ma prison » et grâce à l’objet principal qui est sur cette carte et que j’ai pou de vrai à la maison, j’ai trouvé cette idée :-)

La musique est ma prison

Un jour, j’étais encore petit, j’ai voulu voir ce qu’il y avait dans la boîte à musique que maman m’avait rapportée du magasin. La boîte était métallique, ronde, de couleur bleue et elle avait un chapeau rond et rouge en son sommet. Une petite tige en métal sortait de ce chapeau. Au bout de la tige, une petite perle rouge, en plastique. Je me souviens de l’instant magique où maman a pris la petite perle rouge entre deux doigts, puis avec un mouvement du poignet a commencé à tourner la tige métallique. Une musique sortait de la boîte. Au début, je croyais qu’elle sortait du poignet de maman. Plus elle tournait vite, plus vite la mélodie était jouée. C’était toujours la même et pourtant je la trouvais différente à chaque fois.

Un jour donc, j’ai voulu découvrir ce qu’il y avait à l’intérieur de la boîte. Je voulais voir la musique, voir qui jouait ces notes si plaisantes. La boîte semblait bien fermée, un peu comme si son créateur ne voulait pas que l’on découvre le secret de son fonctionnement musical. Il n’y avait pas de vis où de clip que je pouvais soulever pour ouvrir la boîte. Pour le fond, comme pour le sommet, le métal était plié avec minutie et semblait incassable ou tout du moins c’est ce qu’il me semblait d’un premier coup d’œil. Je ne pouvais ouvrir la boîte sans l’abîmer irrémédiablement. Quel dilemme ! Heureusement, j’étais patient et à la lumière du lendemain, j’avais découvert que dans le fond du fond, quand je retournais la boîte dans ma main, il y avait bien deux minuscules vis, pas plus grande qu’une tête d’épingle. Et, quand je penchais l’objet, je discernais un fin liseré rond autour de ces deux vis. Je pris ma patience entre mes dix doigts et m’attaquai délicatement à une première vis. J’ai dû chercher longtemps le bon outil, car à la maison, on n’avait qu’un seul tournevis qui soit assez minuscule pour que son embout rentre parfaitement dans la toute, toute petite croix creusée de la vis. Du haut de mes dix ans, je n’avais pas beaucoup de force pour dévisser la chose aisément. L’embout du tournevis était lui aussi tout petit et ne m’assurait pas une prise agréable entre mes doigts tout fins, tout lisses. Finalement, au bout d’un temps qui m’a paru interminable, deux vis minuscules reposaient la tête sur le sol, juste à côté de ma boîte à musique. J’étais tellement fier d’y être arrivé que je ne me rendis pas tout de suite compte que cela n’avait servi strictement à rien !! En effet, les attaches n’étaient là que pour décorer ou pour renforcer le système de sécurité. J’avais beau glisser mes ongles (ou ce qu’il en restait, car j’ai toujours eu la sale manie de les ronger) tout autour du rond métallique, le fond ne bougeait pas d’un iota. Je sentais les larmes monter dans ma gorge et une certaine impatience me gagner doucement. Las et déçu, je reposai le moulin musical magique sur le sol de ma chambre. Pour ne pas perdre les vis, je les revissai rapidement.

La boîte à musique par terre, je l’observai comme si elle avait vraiment un pouvoir magique, comme si elle était vivante ! Je tournai distraitement la tige métallique pour la faire chanter. Mais le cœur n’y était pas. Après avoir obligé l’appareil à jouer au moins dix fois la même mélodie au ralenti, une ampoule s’éclaira tout à coup dans ma petite tête : les trous ! Oui, tout au sommet de mon jouet, à la base de la tige, il y avait au moins dix trous qui laissaient sortir la musique. C’est par là que j’allais une nouvelle fois tenter de pénétrer l’objet de toute ma curiosité enfantine. Pour ne pas aller trop vite et encore risquer d’être déçu par le probable échec de cette nouvelle tentative, je fis une pause bien méritée.

Il était seize heures, l’heure du goûter. En chaussettes, je descendis les escaliers en bois de la maison et me glissai dans la cuisine comme une petite souris. Papa était encore dans son bureau aménagé dans la cave et maman parlait avec mamy au téléphone. Autrement dit, j’avais la cuisine pour moi tout seul, certain d’être tranquille pour les prochaines dix minutes. J’ouvris la porte des biscuits et des ingrédients pour faire de bons gâteaux et autres pâtisseries. Hier, maman et moi on a fait un délicieux cake à la banane et aux pépites de chocolats. Je n’ai pas pu en manger, car il était encore un peu chaud et c’était déjà l’heure du souper. Mais moi, j’aime quand la pâte est encore tiède et le chocolat fondant dans ma bouche. Je coupe un morceau du cake, rajoute discrètement une cuiller à café de pépites de chocolat (chocolat noir, au lait et blanc, le trio gagnant) et le passe au four cinq minutes. Mila, mon chat, tourne autour de moi en pensant que c’est pour elle. Le temps que mon cake se réchauffe et que les pépites aux trois chocolats commencent à fondre, je prends mon chat dans les bras pour lui faire un gros câlin.

  • Ah, ma petite Mila, si seulement tu pouvais m’aider à ouvrir cette boîte à musique, je serais le garçon le plus heureux de la terre.

Je lui dis ça comme je dirais une formule magique ou un mantra. Je la caresse, elle ronronne, j’émets ce vœu silencieux en m’imaginant que je parviens à ouvrir la boîte et que je découvre le secret de sa musique magique.

Un paquet de ronrons plus tard, c’est-à-dire une poignée de minutes, Mila s’échappe de mes bras et j’éteins le four. Avec une manique, je prends ma part de cake à la banane. Je souffle à peine dessus, pour pas que le chocolat brûle mes lèvres, et mords à pleines dents dans ce moelleux chocolaté et fruité.

  • Huuummmm, trop bon, trop doux.

Dans la tasse que j’avais préparé, je verse du lait de soja dedans. Je trempe un bout du cake dans le lait, déguste avec un plaisir non dissimulé le mélange du cake, de la banane, des pépites de chocolat, trois saveurs je vous rappelle, et du lait. Le tout fond dans ma bouche. Mon impatience à ouvrir la boîte à musique s’envole comme par magie. Je récupère un peu de patience, un peu de bonne humeur et un soupçon de joie énergique. Après sept bouchées du cake, oui je les ais comptées, je m’en retourne dans ma chambre, gonflé à bloc pour affronter mon problème que je ne considère plus comme une épreuve insurmontable.

A chaque marche d’escalier que je monte, je me dis « je vais y arriver, je vais y arriver. Je vais rentrer dans cette boîte à musique et m’émerveiller. Oui, je vais y arriver, je vais y arriver. » L’ascension jusque dans ma chambre me prend un peu plus de temps, car je tiens absolument à me répéter tous ces mots à chaque marche. Mila, mon chat, me suit comme un petit chien. Elle n’est plus toute jeune, et est donc toute contente que je monte aussi lentement qu’elle. Je la laisse me coller. Si elle ronronne encore très fort, elle ne miaule presque plus. Elle et moi, on s’entend super bien. Je ne suis donc pas surpris quand elle se frotte à ma boîte à musique dès qu’elle entre dans ma chambre. Elle penche la tête vers le sol et frotte ses joues, son front et son museau sur l’objet de métal. Avec ce frottement, mon moulin glisse sur le linoleum. J’arrête sa progression avant que Mila ne le pousse sous mon lit. Je m’assois en tailleur, caresse ma meilleure amie ronronnante et attrape mon jouet. Un peu rêveur, je caresse les petits trous au sommet de la boîte à musique.

Tout à coup, mon index qui passe sur chacun des trous devient tout mou, s’étire et rentre par un trou !

  • AAAaaah ! Je crie de surprise en enlevant mon doigt.

Celui-ci a retrouvé toute sa forme et sa normalité. La surprise passée, je touche mon doigt, je le frotte, je le pince histoire d’être certain que j’ai rêvé. D’un regard interrogateur vers le moulin, c’est avec un sourire malicieux que je renouvelle rapidement le geste. Mon index passe au-dessus des trous et puis, hop, pffffuiiit, il rétrécit, devient tout mou, s’allonge. L’étrangeté de la situation s’amplifie et c’est à présent toute ma main droite qui se trouve dans mon jouet ! Oui, DANS la boîte à musique !! Cela ne me fait pas mal, c’est comme des picotements, comme quand je reste assis avec une jambe sous mes fesses quand je mange, elle s’endort rapidement et donne des picotements pareils à ceux-ci.

Je retire ma main pour être certain que je ne crains rien, que l’opération est renouvelable à souhait. Je me lève et ouvre la porte pour entendre maman parler à mamy. Elles en ont des choses à se raconter ! Je cache ma bouche avec ma main magique pour pas que maman m’entende rire. Mila est restée à côté du moulin. Je referme la porte et court m’asseoir en tailleur à côté de mon chat. Rassuré par le temps qu’il me reste avant que maman vienne me voir dans ma chambre, je passe une troisième fois mon index droit sur les petits trous de mon jouet et hop ! cette fois-ci, plus franchement, c’est tout mon bras, puis mon épaule droite, ensuite ma tête, mon autre épaule, tout mon bras gauche et enfin mon corps entier qui passe dans ma boîte à musique !!

Il fait sombre là-dedans. Il me faut un temps certain avant que mes yeux s’habituent à l’intérieur de la pièce. Je me déplace en tâtonnant partout, marchant centimètre par centimètre, les bras tendus pour ne pas heurter quelque chose. Enfin, je distingue des ombres, des contours, des formes. La pièce est quasiment vide hormis un objet rectangulaire, aussi en métal, au centre de la pièce. Juste au milieu du rectangle, un cylindre métallique avec de petits picots dans la même matière repose tranquillement. A l’une des extrémités du rectangle et du cylindre, des petites dents de peigne, aussi en métal, touchent les petits pics. Ce serait donc ça qui fait la musique quand on tourne la tige métallique de mon jouet ?

Pour me donner raison, Mila qui est restée « dehors », tend une patte et tourne la petite tige métallique de ma boîte à musique !

« CLING », aïe ! Le bruit est assourdissant ici !

  • Merci Mila, tu as raison, c’est bien ça qui fait la musique, mais par pitié arrête, je vais devenir sourd.

Le temps s’écoule de la même façon, dans et hors de cet instrument. Il est bientôt dix-huit heures quand j’entends maman monter les escaliers et m’appeler. Tous les sons sont amplifiés ici à l’intérieur. Bien sûr, j’ai essayé de sortir de là, mais je n’ai pas encore trouvé la formule magique pour cela ! Je n’ose pas le dire à maman, elle risque de défaillir.

Quand j’entends la porte de ma chambre grincer, je sais que c’est elle qui l’a ouverte.

  • Maxime ? Tu dors mon grand ? C’est bientôt l’heure du souper. Tu veux… Maxime ? Maxime !

Oups, la troisième fois qu’elle m’appelle, son cri s’est abîmé dans sa bouche. C’est le stress, l’inquiétude de ne pas me voir. Mila se relève alors et va se frotter à ses chevilles.

  • Tu sais où il est ? Hein dit Mila, tu sais où Maxime se cache ?

Maman a toujours parlé à Mila. À Mila et à tous les chats qu’elle croise dans la rue, qui passe dans notre jardin… Je crois qu’aucun ne lui a jamais répondu, mais là, j’en reste sans voix !

  • Il est ici ? Dans sa chambre ? M’enfin ma puce (Mila est un grand chat style Main Coon, mais maman l’a toujours appelée « ma puce »), tu vois aussi bien que moi qu’il n’est pas là. Ou alors, il se cache fort bien !

Mila a miaulé très brièvement, je l’ai à peine entendu, un murmure de miaulement, un chuchotement de miaulement. Puis elle s’est dirigée vers la boîte à musique et s’est frotté dessus. Maman a pris machinalement la boîte dans ses mains. D’un automatisme, elle a fait tourner la tigette métallique pour faire chanter la boîte. J’ai aussitôt enfoncé mes doigts dans mes oreilles pour atténuer le vacarme, pour pas que mes tympans ne crèvent sous le bruit intense. Dans le mouvement, dans les mains de maman, la boîte a penché et j’ai été propulsé dans un coin arrondi de la boîte enchantée. Je pouvais voir le décor de ma chambre et Mila bondir pour attraper les notes de musique qui s’échappaient du jouet ! Le chat qui est plus âgé que moi, qui a de l’arthrose aux pattes, fait des bonds prodigieux pour attraper chacune des notes qui s’envolent. Et une par une, le félin englouti la musique jusqu’à ce que la boîte soit vide ou que maman arrête de tourner la manivelle.

  • Maxime ! Montre-toi, arrête de te cacher, ce n’est plus marrant. Tu me fais peur !

Je n’ai pas le temps de répondre, Mila a mal au ventre et régurgite toutes les notes de musique par terre ! Chacune des notes avalées se trouvent par terre, étalées et inertes. Noires et muettes.

Je vois bien au silence de maman qu’elle ne sait pas comment réagir, ni que faire. Alors dans le silence revenu, j’ose l’appeler :

  • Maman ? Je suis là, dans la boîte à musique que tu tiens entre… Aaaaah !

Maman a pris peur, elle m’a laissé tomber, moi son fils, enfin la boîte qui renferme son fiston ! Heureusement, plus de peur que de mal, j’atterris sur mon lit moelleux.

  • Maman, n’ai pas peur. Je ne sais pas comment j’ai fait, mais je suis bel et bien coincé dans cette boîte à musique. Tout ce que je voulais, c’était voir comment c’était fait à l’intérieur.
  • Maxime ? C’est bien toi mon chéri ? Oh ! Tu sais pourtant que je te l’ai toujours dit : la curiosité est un vilain défaut ! Maintenant la boîte à musique est ta prison, c’est malin !
  • Mais… Maman ! Tu ne sais pas m’aider ? Me guider ? Me sauver ?
  • La magicienne dans cette maison, ce n’est pas moi ! Demande à ton chat !
  • Mi… Mila ?

Nano 2020 : Témoignage d’une autodesctruction florale

2 novembre 2020 : deuxième texte écrit à partir d’une phrase inspirée par une carte du jeu Dixit

Témoignage d’une autodestruction florale

Hier, j’étais assise sur une chaise, face au soleil. Sur la terrasse de ma maison. En face de moi, le jardin. Petit jardin, sans fleur, terrain de dispute de nos chats et de ceux des voisins. Fin octobre, mais quel beau temps ! C’était un nouveau printemps. Alors que j’avais les yeux fermés, qui emmagasinaient avec bonheur ce soleil merveilleux, j’entendis des cris d’oiseaux. Pas des chants, ni des pépiements. Non, des cris. Consciente que j’allais bientôt ouvrir les yeux pour regarder à qui appartenait ce cri et surtout pour connaître la raison de cette panique, je profitai au maximum de cette lumière chaude et bienvenue. Cinq, quatre, trois, deux, une seconde. Mes paupières s’ouvrent comme un volet automatique, en douceur, lentement, sans un bruit. (nouvelle automatisation, ultra-silencieuse). Je mets quand même quelques secondes à imprimer l’image de mon jardin dans mes rétines. Il fait très lumineux. L’herbe me paraît claire et des ronds blancs clignotent dans mon regard. Les tentures de mes yeux s’ouvrent et se ferment. Je plisse les yeux, je les frotte, je bâille, je me lève, je m’étire, me détend.

Tchip ! Tchip ! Tchiiiiip ! L’oiseau s’égosille. On dirait même qu’il m’interpelle. Qu’il me prend en témoin. Qu’il demande mon aide. C’est un merle. Tout noir. Ou presque. Son bec est couleur orange comme une mandarine. Tout comme ses pattes. Perché dans notre arbre mort tout au bout du jardin, à deux mètres cinquante environ de hauteur, il tchippe et tchippe avec force et vigueur. S’il avait pu me montrer du bout d’une aile ce qui le mettait dans tous ses états, je suis sûre qu’il l’aurait fait ! Mais il reste un oiseau. Un vrai oiseau. Alors, il continue à s’égosiller en sautillant parfois sur la branche qu’il agrippe de ses fins et robustes doigts articulés.

Je me mets à sa place, dans sa tête, pas pour de vrai hein, il partirait aussitôt, et je projette mon regard au ras du sol, dans l’herbe haute qui n’a pas été tondue depuis la mi-août. Et là, je la vois ! Je vois ce qui met mon petit merle dans tous ses états : une fleur ! Mais pas n’importe laquelle. Une belle et grande fleur, à la tige longiligne, aux pétales blancs, au feuilles vertes à souhait. L’une des dernières survivantes en cette saison, en cet automne chaud, cet été indien.

La fleur a des formes généreuses, gonflées de trente, quarante ou même cinquante pétales nacrés, doux au toucher. A la belle saison, son cœur d’or fait le régal des insectes butineurs. D’ailleurs, à bien y regarder, on en voit encore certains lui voler autour. Des insectes, des abeilles, des syrphes, des mouchettes. Mais point de papillon. Trop froid, trop venteux pour eux.

Arrêt sur cette observation.

Monsieur le merle hurle toujours. Et il y a de quoi ! Sous ses yeux ébahis, autant que sous les miens, on voit la fleur s’arracher littéralement les pétales ! Se servant de l’une de ses feuilles comme d’un bras et d’une main, elle tire sur un pétale jusqu’à ce que celui-ci se détache de son cœur et tombe à son pied. A chaque fois qu’un pétale s’étale au sol, la feuille en choisi un autre et recommence son manège.

De là où je suis, depuis ma terrasse, je commence à apercevoir un tapis blanc de pétales morts. Intriguée et surtout surprise par ce comportement d’autodestruction, j’avance dans sa direction tout en parlant au merle :

  • M’enfin, qu’est-ce qui lui prend à celle-là ? T’as déjà vu un tel comportement ?
  • Tchip, tchip, tchiiiip ! me répond-il dans sa langue.
  • Ça va, ça va t’excite pas comme ça. J’y vais, j’y vais.

C’est qu’il est exigeant et pressé ce merle !

Quand j’arrive sur le lieu du… crime, oui on peut appeler ça un crime, la fleur suspend son geste, sa feuille-main agrippée a un pétale tout tremblant. Là où il y a un espace, une goutte de nectar goutte du minuscule trou causé par le geste mortel. Il ne lui reste qu’une dizaine de pétales tout au plus ! Elle est plus légère, mais jolie. Je lui en fait la remarque.

  • Eh ben jolie demoiselle, que se passe-t-il ? Vos pétales vous font-ils mal ?
  • … (évidemment, elle ne me répond pas, avez-vous déjà entendu une fleur parler ?)

Je prends entre mon index et mon pouce, le plus délicatement possible, les pétales arrachés. Un à un, je les dépose au creux de ma main. Ils sont encore doux, mais ont perdu leur éclat.

La fleur n’a plus bougé d’une feuille. Tout doucement, très lentement, sa feuille est redescendue, sans arracher le pétale innocent qui peut enfin souffler. Il est sauvé ! Dans un effort floral, la tige se redresse de toute sa hauteur et affiche un sourire pétalien triomphal. Sa scoliose n’est plus. Sa cambrure n’est plus. Elle est à présent droite comme un i, fière d’être grande et légère comme un souffle de pinson.

Les genoux à terre, je me penche tout à fait pour être à sa hauteur. Elle est peut-être grande pour une fleur, mais ça reste une fleur de maximum trente centimètres de haut !

  • Et ben ma cocotte ! Toute cette souffrance pour voir du paysage ? C’est pour ça que tu t’es arraché les pétales ? Pour être plus légère, pour pouvoir te redresser et enfin voir au-delà de la barrière ?

La fleur ne me répond pas et le merle s’est tu lui aussi. Ce dernier n’a pas bougé de son poste d’observation et me regarde la tête penchée, bec bé. Il ne comprend pas ce qu’il s’est passé. J’ai un peu de mal à le lui expliquer, on ne parle pas la même langue et dans le genre têtu, on peut dire que le merle me bat… Il s’ébroue comme s’il devait chasser toutes ces horribles images qu’il a vu, puis s’en va à tire d’aile.

Nanowrimo ou pas… j’écris tous les jours

Mon envie de participer au Nano 2020 s’en va et revient… Tout comme l’envie de corriger un roman écrit précédemment. Ainsi que de me remettre à l’écriture.

Et j’ai beau le savoir et le conseiller à d’autres personnes, je suis toujours surprise du bienfait, du moment de détente et de plaisir que je ressens quand je me mets à écrire.

Et… c’est en écrivant régulièrement que l’envie revient, arrive, augmente.

Cette année, je ne me mets pas la « pression » en annonçant ma participation au Nano. Même si, officiellement, il n’y a aucune autre pression que celle que l’on se met soi-même, même s’il n’y a rien à gagner si ce n’est la fierté d’avoir réussi ou d’être allé jusqu’au bout, la pression et un petit stress (sympa ou non) vient s’immiscer dans ce challenge sympathique d’écriture.

Non, cette année, je me dit que je vais écrire tous les jours. Et si à la fin du mois de novembre, j’arrive à 50.000 mots, j’en serais contente, ça sera une victoire personnelle non désirée mais bienvenue :-)

Voici donc mon premier texte, écrit ce matin du 2 novembre, imaginé à partir de la phrase qui m’a été inspirée par une carte du jeu Dixit :

La clé de la mémoire est en moi

Ces derniers temps, j’oublie tout ! J’oublie de fermer la porte à clé, j’oublie d’éteindre le gaz quand j’ai fini de préparer à manger, j’oublie de me laver les dents, j’oublie de faire les courses. Mais le pire, c’est que quand je n’oublie pas, je suis distrait : je range le fromage dans les couverts et jette les miettes dans le frigo (et le couteau dans la poubelle) !

C’est la cata, cata, catastrophe !

Mon psy me dit que la clé de ma mémoire, eh ben, il paraîtrait que je l’ai en moi ! Facile à dire…

J’ai déjà fait des tas de choses pour tenter de remédier à ce problème. J’ai dressé des listes des choses à faire, sur papier que j’ai accroché partout sur tous les murs de mon appartement. J’ai fait cette même liste dans mon smartphone, avec des rappels, des alarmes qui sonnent une heure ou quinze minutes avant. J’ai essayé de n’attacher de l’importance qu’au moment présent. Tout ça pour alléger ma mémoire, qu’elle ne soit pas saturée et que je n’oublie pas tout un tas de trucs à faire.

Tenez, j’ai même oublié de noter mon rdv chez mon psy ! On dit que ce genre d’oubli, ça s’appelle un « acte manqué », ou un « lapsus révélateur ».

Notez, le psy, c’est moi ! Oui, non, je ne me prends pas pour un psy, je suis le psy !

Bon, qu’est-ce que je disais déjà ?

Écrire un texte d’après une phrase inspirée par des images du jeu dixit

Je vous propose de choisir parmi l’une de ces 5 propositions pour écrire un texte, poème, histoire :

  1. La clé de la mémoire est en moi
  2. Témoignage d’une autodestruction florale
  3. La musique est ma prison
  4. La mélodie enchantée du vieil arbre souriant
  5. Le juste équilibre du bien et du mal dans la maison du ciel

Pour ceux et celles qui ont le jeu à la maison, je vous invite à trouver les images correspondant à ces phrases ;-)

Bon amusement !