Écrire en pleine conscience avec ses sens en éveil

Ou comment partager une tranche de vie de manière plus… comment dire ? Plus poétique ? Plus émotionnelle ? Plus émerveillée ? Plus en lien ?

Ce matin, très très tôt, j’ai pu prendre du recul avec le monde qui m’entoure. J’ai pu faire un saut dans le passé. Oui, dans le passé. Le temps que j’écrive ce que je « ressentais », ce que je « voyais » en repensant simplement à un moment précis, hier soir.

En réalité, nous faisons toutes et tous cela : un saut dans le passé en évoquant des souvenirs, un saut dans le futur en imaginant l’avenir.

Depuis peu, j’essaie de profiter chaque jour de l’instant présent. Et petit à petit, j’y arrive !

Avant-hier, dans la fin de l’après-midi, j’étais là au bon endroit, au bon moment. C’est-à-dire chez moi, assise au salon, dans le fauteuil une place placé face à la fenêtre. Je ne faisais rien de spécial. J’ai du mal à « ne rien faire ». En réalité, je naviguais sur mon téléphone dans le dossier « photos » et je supprimais, et je regardais, et je recadrais et je classais… En réfléchissant à mes collages créatifs et expressifs, je lève la tête un instant et je vois. Je me doutais qu’il devait apparaître. Je l’avais dit quelques minutes plus tôt à mon fils : avec cette pluie et ce soleil, on devrait voir un joli arc-en-ciel. Je n’ai pas réfléchi longtemps avant d’abandonner mon activité, de me lever, de sortir mon appareil photo, d’ouvrir la fenêtre de mon salon et de capturer ces couleurs du bonheur, cette magie impalpable, cette vue que nous aimons toutes et tous.

Et puis hier soir, j’ai encore vécu un présent, un cadeau de la nature. Encore une fois, j’étais dans mon salon, dans ce fauteuil à une place placé face à la fenêtre.

3 novembre 2021. Bientôt 21h. C’est déjà la nuit. J’entends la pluie frapper le sol dans la rue, les gouttes s’écraser sur le toit de ma voiture garée devant la maison. Sur les fenêtres du salon double vitrage, c’est le silence. Le lampadaire sur le trottoir éclaire le bitume et le métal des voitures d’une lumière jaunâtre, fausse, humide de nuages trop lourds.

Au salon, ma pièce préférée pour son usage multiple, son confort et sa créativité foisonnante, je m’installe en tailleur dans le fauteuil à une place. Ma position change rapidement pour me sentir plus à l’aise. Le dos contre un accoudoir, les fesses parallèles à ce dernier sur le coussin d’assise et les jambes par-dessus l’autre accoudoir, je me glisse dans ce mobilier vieux de plus de 12 ans, dont le tissu est recouvert d’un plaid tout doux.

Et j’ouvre mon livre. Lecture du soir, rituel habituel, quotidien, pour me préparer à une nuit rapide peuplée de songes extraordinaires, bizarres, angoissants ou merveilleux.

Le livre, mon trésor, mon voyage, mon ami. Malgré sa taille et son volume plutôt imposant pour mes doigts remplis d’arthroses avancée, n’est pas trop lourd entre mes mains. Le papier est léger, d’un blanc cassé qui ne me fait pas mal aux yeux. Lecture agréable d’une histoire pour enfants remplie de magie. Un livre que j’ai trouvé dans une grande librairie au rayon jeunesse au centre de ma ville. Un livre, une histoire que je ne cherchais pas à avoir. Ce jour-là, frustrée de ne pas avoir pu aller flâner dans une autre boutique de livres, spécialisée dans les bandes-dessinées et les mangas neufs et d’occasion qui était fermée pour cause d’inventaire, j’ai dépensé sans compter dans ce magasin reconnu de la ville et bien au-delà.

Je lis ce livre avec plaisir. L’histoire m’emmène dans un monde étrange, doux mélange d’une réalité possible et de l’univers d’Harry Potter. Un monde où magiciers et quiétons (des gens normaux quoi, vous et moi) se côtoient, où la magie existe, mais est gardée secrète et où elle ne se voit pas par les « autres ». Dans cette histoire, un chat génial et particulier, une grand-mère extraordinaire et un adolescent, des adolescents, attachants.

Ce sont principalement ces deux-là, le chat et la grand-mère, dans cet univers fantastique qui m’a fait dépenser près de vingt euros pour ses 400 pages. Mais la couverture est tout aussi magnifique. Avec son titre et le nom de l’auteur en relief. Avec les couleurs dorées de certaines lettres, ça pétille dans le regard. Et puis les illustrations sont tout aussi magiques : un chat blanc aux longs poils et au sourire coquin, des livres précieusement gardés par une végétation vivante et foisonnante, un manoir aux pièces éclairées dans une nuit de pleine lune et un personnage représentant la mort qui a le dos tranquillement posé tout contre un sablier gigantesque.

J’arrive sur la fin. Page 333 sur les 409, chapitre 25 sur 30 de « Magic Charly, l’apprenti » ; de Audrey Alwett.

«  Pendant deux heures, ils tentèrent de désherber la boutique. Sapotille tâcha aussi de prélever des livres dans la bibliothèque et se fit mordre. Quelques ouvrages s’étaient déjà accrochés à des branches et se prenaient pour des fruits. Sapotille parvint à en cueillir trois ou quatre qu’elle disait être particulièrement précieux.
– À mon avis, Maître Lin va très mal, dit-elle avec angoisse. Sinon, sa boutique ne serait pas dans un état pareil. »

Et puis, alors que je lis le nom de « Maître Lin » et pense aussitôt à cet autre livre « La petite fille de Monsieur Linh », de l’auteur Philippe Claudel, j’entends comme des trompettes légères et discrètes.

Dans ce salon silencieux où je suis seule à profiter de cet instant magique, je referme temporairement mon livre en glissant un index entre les pages 352 et 353 et tend mon oreille droite vers la source de ce bruit familier mais que je ne reconnais pas immédiatement, mon cerveau étant encore immergé dans une autre dimension…

Ces cris ressemblent un peu à ceux des oies dans le film « Donne-moi des ailes », de Nicolas Vanier que j’ai enregistré plus tôt à la télévision et regardé il y a quelques jours (et livre que j’ai lu il y a quelques mois !). Mais ces cris sont un rien plus aigus, plus brefs, plus claquants je dirais. Je tends mon oreille droite vers la fenêtre du salon. La droite car la gauche est légèrement défectueuse et entend moins bien. Je sais que cela ne sert à rien de me lever pour tenter d’apercevoir, d’identifier ces oiseaux en plein vol migratoire. Mes stores sont abaissés, les lampadaires dans la rue sont allumés et il aussi noir que dans un four éteint. Ma vue exceptionnelle, spécialisée et entraînée à remarquer la moindre petite bestiole rampante, courante ou volante ne me sera d’aucune utilité en ce moment précis. Alors, je ferme les yeux, l’index droit toujours dans mon livre et je profite de cet instant magique. Et je me les imagine. Un groupe de grues cendrées en vol, formant un « V », passant au-dessus de ma maison, de celle de mes voisins de gauche, de mes voisins de droite, de mes voisins d’en face. Puis, le « V » se disperse. Il y a deux groupes. C’est le désordre. Il y a des retardataires. On s’attend. On s’appelle. On essaie de se mettre d’accord, de remettre de l’ordre dans la formation.
Je suis auprès d’elles un instant. Un bref instant. Quelques secondes. Deux ou trois tout au plus.  Mais je suis là. Avec elles. Dans le ciel. Le vent est froid. La pluie n’est plus qu’un crachin et elle glisse sur mes grandes ailes. J’ouvre le bec pour donner la direction à suivre, pour m’assurer que toute la troupe, mes amies, ma famille, est bien derrière moi. Et on me répond. Et cela me rassure. Alors je le dis et je réponds à mon tour.

L’instant est passé. Les grues se sont éloignées. Le silence est revenu. Comme ma conscience est redescendue.

Je suis à nouveau au salon. Je ressens les pages du livre qui enserrent doucement mon doigt-marque-page, je dis au-revoir à ces oiseaux voyageurs et j’ouvre les yeux. Mon chat, le gros matou roux et blanc n’a pas bougé d’un poil, ignorant sans doute le voyage merveilleux que je viens de faire juste à côté de lui. Il est bienheureux lui aussi sur ce fauteuil, couché tranquillement dans une position apaisante, peut-être même est-il déjà dans un rêve…

Alors sans faire de geste brusque, pour ne pas le réveiller, j’enlève mon index de mon livre, inséré le vrai marque-pages à sa place, tends le bras vers mon smartphone-appareil-photo et immortalise cet instant.

En moins de dix minutes, j’ai rencontré Maître Lin, grand magicier et ai découvert sa bibliothèque magique, j’ai côtoyé des grues cendrées en plein vol d’une soirée d’automne et j’ai capturé le rêve d’un chat bienheureux.


Les photos des grues cendrées en vol ne datent bien sûr pas d’hier soir, mais de fin novembre 2020 (et les deux photos les plus proches datent de début février 2021). Je me souviendrai toujours de ce moment, car le ciel était bien bleu et comme pour à chaque fois que je fais cette observation, je les entends d’abord puis les cherche du regard. J’abandonne toute activité pour contempler ce ballet aérien jusqu’à ce qu’il n’y ai plus une seule grue visible.

Voici en images les livres et le film dont je parle plus haut.


Et les deux petits haïkus composés hier soir, juste avant de dormir, avec le son des trompettes des grues dans la tête :

soir de novembre
écoute les grues chanter
migration d’automne

dans le ciel de la nuit
j’écoute les grues chanter
magie d’automne

Elle est morte devant moi

Petit délire d’un soir, lors d’une balade à pied dans un chemin mal éclairé.

Contexte, Tombe, Feuille, Morte, Décès, Surface, Sombre

Elle est morte devant moi

Elle est morte là, juste devant moi.

Juste devant moi, je l’ai entendue tomber.

Je l’ai entendue tomber, frapper le sol. Ne plus bouger. Ne plus bruisser. Ne plus vivre. A-t-elle souffert de sa chute ou bien était-elle déjà morte avant de cogner si durement le sol ? Je ne le saurai jamais. Je peux supposer des tas de choses. Je préfère croire qu’elle a rendu son dernier souffle dans le murmure du vent, doucement, sans mal, sans maladie, sans mal à dire.

Je l’ai entendue frapper le sol dans un bruit bien distinct et pourtant pas sonnant, mais trébuchant, raclant, grattant le chemin de ma destination.

C’est la nuit. Il fait noir d’encre.

La saison fait son automne. La nuit tombe tôt comme cette chose qui est morte là devant moi.

Il fait nuit, noire d’encre, dans ce petit chemin peu fréquenté par les voitures. Et sur ce chemin, des lampadaires. Certains sont inconscients, d’autres seulement endormis ou malades. Rares sont ceux qui sont vaillants, vigilants et éclairants.

Et pourtant, dans ce sombre chemin, je l’ai vue tomber, choir à deux pas de mes chaussures. Pour dire la vérité vraie, je ne l’ai pas vue réellement tomber des airs, du ciel ou d’un arbre. Je l’ai seulement entendue.

Tchac. Son bref, court, droit, sec. Et puis plus rien. Pas un souffle, pas un murmure de vent pour la déposer sur le bas-côté. J’ai dû l’enjamber pour ne pas l’écraser, pour ne pas la piétiner, pour ne pas la briser, la déchirer, la craquer. Pourtant elle est déjà morte. Morte mais entière. Morte mais pas enterrée. Tombée sur le sol, jetée distraitement. Abandonnée à son triste sort. À sa solitude, à son indifférence obscure dans cette nuit débutante d’automne de fin octobre.

Visage de couleur indéterminée. Il fait nuit, il fait noir d’encre, tout est sombre, tout est contour flou, mal déterminé. Forme recroquevillée de la taille d’une main d’humain adulte. La taille de ma main. Sans odeur ni couleur, sans cri et sans vie. Elle est insignifiante, invisible. Je ne l’ai même pas touchée ni palpée, mais je l’ai devinée sèche, rigide et fragile au bruit qu’elle a fait quand son corps pourtant aussi léger qu’une plume, en moins doux, a fait lorsqu’il a rencontré le bitume devant mes pieds.

C’est ce bruit, cet instant précis, ce moment figé qui m’a donné envie de vous partager la tranche infime de cette vie de feuille morte d’automne…

Une feuille, quelques centimètres de nature qui raconte tout un cycle, qui conte mieux que personne une saison.

Dark Parc, Le Parc De La Nuit, Horreur, Lanternes

Photos PIXABAY

Photos et haïkus dans le brouillard

Le week-end dernier, je suis allée à pied à ma formation contes. J’avais le dos raide, mais dès que j’ai mis les pieds dehors, je n’ai absolument pas regretté d’avoir mordu sur ma chique. Un paysage magnifique a fait taire la douleur tout le temps des trajets !

Brouillard et soleil
Un dimanche d’octobre
Les sens en éveil
Je vais conter
Dans la brume du matin
Au château Sartay

La légende du pingouin du Sartay

Lors de mon deuxième week-end de formation d’initiation aux contes, par et avec Stéphane Van Hoecke, au château du Sartay à Embourg, il y a eu un exercice d’impro. Exercice que j’ai complètement loupé, car l’impro orale et moi, ça fait deux. Il fallait raconter une histoire avec un objet que nous avions reçu. L’objet a d’abord été déposé dans nos mains, les yeux fermés. Puis, yeux ouverts, une histoire devait défiler dans notre tête avec l’objet en question, qu’il soit objet principal de l’histoire ou de passage. J’avais tiré mon épingle du jeu en utilisant les objets et les histoires des personnes avant moi. Mais mon histoire a tourné au vinaigre, elle n’avait plus ni queue ni tête, je me suis emmêlée les mots et les objets… Pourtant, j’avais l’objet parfait pour moi !

J’ai été tellement admirative des histoires et de l’imaginaire des autres participantes et participant (un seul homme pour neuf femmes) que j’ai voulu rejouer le jeu, mais à ma manière : par l’écrit.

Les 10 objets en questions étaient :

  • une toute petite amphore
  • deux clés de différentes tailles, modèle réduit
  • un petit caillou arrondi sur lequel il était peint des fleurs et où il y avait une inscription faite de 4 lettres (j’ai oublié les lettres)
  • une fiole avec un liquide transparent à l’intérieur
  • une petit cloche avec un autre objet en métal accroché à la cloche (de manière fortuite)
  • une chaise en osier, modèle miniature
  • une autre clé, plus grande
  • un nain avec son capuchon rouge, sa barbe blanche et un panier sur son dos avec des boules rondes, foncées, dedans
  • un minuscule train rouge en bois (juste la locomotive)
  • une minuscule bouteille avec quelques gouttes de…
  • un petit pingouin en plastique (mon objet !)

Il y a bien onze objets, car l’animateur a joué le jeu lui aussi :-)

En commençant à écrire mon texte, des contes, des images, des mots sont venus s’intégrer dans cette histoire. Des contes, des images, des mots qui ont été racontés, dits, partagés à l’occasion du week-end. Certains contes m’ont marqué plus que d’autres. Je n’ai pas tout retenu et je n’ai pas réussi non plus à parler de tous ceux que j’ai retenus. Mais c’est ma manière de faire un petit clin d’œil à ce groupe qui était super chouette, bienveillant, créatif, sympa, extra ;-)

Sans doute que cette histoire ne vous parlera pas. Car en plus d’être aussi étrange et mal foutue, j’ai intégré des mots qui me rappellent certains contes qui ont été dits, partagés, racontés durant ce weekend. Je ne me souviens pas de toutes les histoires, et je n’ai pas pu aborder tous celles dont je me souvienne.

Pour vous aider à y voir un peu plus clair, voici d’autres détails du week-end qui peuvent expliquer, en partie, mon petit délire :

  • 3 ou 4 contes ont duré exactement 17 minutes, ce 17 octobre !
  • deux participants sont arrivés avec leur instrument de musique et ont joué Des roses d’automne, de Julos Beaucarne, ce conteur, comédien, écrivain, chanteur et sculpteur belge qui est décédé le 18 septembre, soit une semaine avant notre premier week-end de formation. On avait pu entendre cette chanson le premier week-end, en hommage à Julos Beaucarne. Et le week-end dernier, nous l’avons chanté.
    Pour les paroles, clic ici
  • le prénom Deneb existe bien. Deneb nous a raconté l’origine de son prénom, un véritable conte magnifique, j’en ai eu des étoiles pleins les oreilles et pleins les yeux
  • Luc a utilisé l’expression « Vas te faire cuire un œuf ». Il l’a utilisé au pied de la lettre et j’ai adoré cette mise en bouche dans son histoire, moi qui suis fan des expressions :-)

La légende du Pingouin du Sartay

Il était une fois un pingouin. Ce n’était pas n’importe quel pingouin. On l’appelait ici le Pingouin du Sartay.

Il était connu pour pondre des histoires tantôt bien ficelées tantôt abracadabrantes.

En ce dimanche 17 octobre, il avait décidé d’apparaître sous sa forme principale, un petit pingouin de plastique, noir et blanc, haut de 5,1 centimètres. Une étrange taille me direz-vous, mais c’est que ce pingouin était bien spécial à plus d’un titre. Et je vais vous raconter tout ce que je sais à son sujet.

La légende raconte qu’il était né de la rencontre entre une vache rousse, sa mère, qui elle-même était la fille de la doyenne Yvette L’Incroyable, et un étrange petit lutin cueilleur de raisins noirs, son père. Ce petit lutin, fils de Nathalie Oshi, avait du sang japonais dans ses veines. On savait que le lutin, de par ses origines maternelles, avait la faculté de se métamorphoser en n’importe qui et en n’importe quoi : en un amoureux de Noël, en un magicien qui peut rendre sa jeunesse à une superbe vieille princesse, en un crabe au visage humain et même en un samouraï trancheur d’oreilles. Pourquoi avait-il choisi de garder sa forme originale, ça, la légende ne le raconte pas. Toujours est-il qu’un jour, le lutin, aussi grand qu’un nain de jardin miniature, sauva la vache Roussette d’une mort certaine en faisant apparaitre un train à vapeur sorti de nulle part. Ce train, un vieux train à vapeur, un vieux train rouge, arracha la vache de la lame acérée d’une hache tueuse de bétail. Emmenée dans son ventre, un wagon tout propre qui sentait bon l’amitié et le foin frais, la vache Roussette, protégée ainsi de la cruauté des hommes, monta jusqu’au septième ciel. Au septième étage du ciel, entre des nuages de coton tout doux, tout polis, Roussette pu en effet faire connaissance avec son sauveur. Le petit lutin cueilleur de raisons noirs avait eu le coup de foudre bleu pour cette vache au destin exceptionnel. Pour le remercier de lui avoir sauvé la vie, la petite vache lui donna tous les trésors qu’elle avait reçus de son précédent fiancé, un taureau bourru : une longue-vue qui permet de voir jusqu’à 20.000 lieues à la ronde, un mini cheval qui galope si vite qu’on n’a même pas le temps de dire ouf et une bouteille qui, en une gorgée, une seule, permet de recouvrer une santé de fer.

Après cette aventure extraordinaire (personne n’a jamais su ce qu’il s’était passé au septième étage du ciel, cette histoire est classée « x » dans les archives généalogiques de cette espèce de Pingouin du Sartay), qui n’était autre que la première histoire de sa vie, le pingouin, né quelques 17 semaines plus tard de cette rencontre incroyable, commença à s’émanciper et alla à la rencontre des habitants extraordinaires du château en marchant sur des feuilles mortes et sèches. Ça faisait scritch ! scritch !

Oui, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm était né dans un château, un matin de roses d’automne : le château du Sartay.

À quelques instants de vie, on racontait qu’il se glissa dans l’oreille d’une femme pour lui chuchoter quelques mots doux, ronds, quelques mots chauds comme des marrons. Deneb, l’une des châtelaines, une étoile montante, se mit alors à raconter une étrange histoire de marrons difformes.

Le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm n’était pas peu fier de sa première participation, de sa première réalisation. Encouragé par la mise en bouche de ce petit marron tout rond tout chaud en forme d’amphore, il sautilla bien vite pour se blottir au creux du ventre de Véronique. Là, entre vents et marées, il lui parla de clés, de serrures, de cœur. Les vagues de mots emmenaient des algues d’émotions, roulaient dans les tripes de Véronique comme autant de bras qui ne demandaient qu’à être serrés, touchés, aimés.

Un petit peu tourneboulé, chamboulé par l’histoire portée par les vagues et le vent, le pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm se tourna vers Sarah. Sarah semblait transporter dans ses yeux pétillants, le froid du pôle Nord. Des images de banquises, de neige flottaient autour d’elle comme des flocons de vie portés par le chant hurlant d’une louve lors d’une pleine lune ronde et lumineuse. À Sarah, il déposa des mots tout aussi ronds comme des cailloux, des mots fleuris de sagesse avec quatre pétales lettrés, source de mystère, comme cette aura qui la suit comme un ange de fourrure.

On disait que ce petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm ne se laissait jamais voir. Ne se laissait jamais entendre. Ne se laissait jamais toucher.

La légende racontait aussi que certains jours, il grandissait, nourrit de toutes ces histoires merveilleuses qui naissaient grâce à un mot, une image, un son qu’il offrait, qu’il donnait, qu’il partageait. Très humble, le petit pingouin se taisait toujours, il se cachait tout le temps dès qu’il entendait les passeuses et passeurs d’histoire dire « je ne sais pas pourquoi, ça m’est venu comme ça »…

Et ce jour-là, au château, il avait envie d’entendre des tas et des tas d’histoires. Qu’importe s’il devait courir à gauche, à droite. À droite, à gauche… il ne se lassait pas de voyager dans le pays des mots, le pays Imaginaire et Extraordinaire des Contes en Partage.

Quand il arriva, bondissant, tout excité aux pieds d’Ariane, il grimpa à son fil, un fil magnifique, solide comme un roc qui ne trembla pas quand il s’y accrocha. De là où il se trouvait, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm, le bec en l’air, il remarquait qu’Ariane ressemblait à une déesse, que si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer. Une déesse des mots, déesse de l’humour, avec une voix qui vous emmène par par-delà les pâturages et les montagnes, par-delà les prés du monde Jenesaispas où paissaient des vaches noires et blanches, par-delà les jardins des oiseaux aux deux becs ! Alors pour elle, il se hissa sur une chaise et lui souffla une histoire de tendresse. Oui une histoire de famille. Une histoire de souvenirs qui lui donna des papillons dans son ventre d’oiseau.

Mais très vite, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm, dû poursuivre son travail et chasser ses papillons distrayants, envoûtants. C’est qu’il y en a du monde à émerveiller, à emmener en voyage, au pays des rêves éveillés…

Aussitôt ses mots choisis et déposés, aussitôt les papillons envolés, notre héros de plumes polaires, s’en alla se poser délicatement, discrètement, invisiblement, sur la monture de lunettes d’Abigaël. Du bout de ses ailes arrondies, le petit pingouin caressa l’épaule de la conteuse et lui souffla qu’elle devait absolument arrêter le Temps. Sur le champ ! Il lui souffla quelques mots sonnant comme des cloches, des mots précis comme les aiguilles d’une horloge qu’un forgeron amoureux lui aurait fabriquée. Il lui souffla une étrange incantation, faite de magie ou de sorcellerie. Comme il était noir et blanc, notre petit pingouin, il pensait que dans son corps d’oiseau pêcheur, devait couler de la magie noire et blanche.

Mais le temps s’était remis à couler, doucement, assurément, lentement. Vite, notre petit pingouin se pressa pour ne pas arriver en retard chez Luc. Luc, c’était le seul conteur en devenir qui était homme. Quand il l’avait croisé peu de temps auparavant, il avait vu qu’il allait se faire cuire un œuf ! Pas un œuf de pingouin, rassurez-vous, mais un œuf de poule. Une poule a deux pattes. Une poule qui caquetait, une grande poule assurément car avec un seul œuf, Luc avait pu se faire un repas gigantesque. La légende raconte que le Pingouin du Sartay adorait les œufs de poules car cette espèce refusait de manger une nourriture qui sortait de la bouche d’un animal. Alors, quand Luc s’était frotté les paupières pour enfin pouvoir voir ce qu’il se préparait à manger, zou, notre pingouin mis tous ces œufs dans le même panier, sauf un qu’il avait laissé, et s’empressa de les déguster tout crus.

Le Pingouin du Sartay n’avait pas sa langue dans sa poche. Réputé meilleur pondeur d’histoires, il l’avait à maintes de fois démontré durant ce week-end partagé. Après avoir gobé tous les œufs, le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm était rassasié. Il avait peur de parler, car il avait trop mangé. Il avait peur de tout dégobiller s’il devait encore bondir ou sauter pour, au creux d’une oreille, quelques mots déposer. Alors, il s’approcha à pas feutrés mais le ventre lourd, de Gaëlle. Comme il n’avait pas ses yeux dans les poches, notre petit oiseau avait vu qu’elle dissimulait dans la paume de sa main musicale, un petit flacon magique. Il aimait à penser qu’il s’agissait là d’un quelconque remède digestif pour les petits pingouins gourmands. Car à Gaëlle, il avait tout à l’heure susurré quelques mots gourmands comme soupe, ventre rond, plein, repas. Et la lune avait avalé ses paroles comme on boit du petit lait. Alors forcément, à force de s’être goinfré de soupe, la lune, la pleine lune, devait aussi avoir le ventre bien tendu, si pas distendu comme le sien en ce moment. L’élixir digestif tombait donc à point nommé.

Alors que le petit pingouin, noir et blanc, haut de 5,1 cm allait s’octroyer une bonne sieste digestive, bien méritée, voilà-t-il pas qu’il entendit de petits pleurs. Des reniflements. Des gémissements.

Dois-je vous préciser que le Pingouin du Sartay, est comme toutes les créatures intelligentes, très curieux ?

Non, bien sûr que non.

En soufflant un peu, il se releva tant bien que mal, se frotta les yeux comme Luc tout à l’heure, à s’en déchirer les paupières, bouscula un petit Schtroumpf, pardon, une petite Schtroumpfette, c’était la Schtroumpfette Excitée, et se planta devant Stéphane l’animateur, conteur, le maître d’orchestre de la petite troupe du conteur et de conteuses en devenir et lui dit exactement ces mots :

  • Arrête un peu de secouer tes larmes de crocodiles, elles ont le mal du transport ces larmes ! Elles n’arrêtent pas de gémir, de pleurer, de chouiner depuis que tu les as exposées à tous les regards. Les larmes de crocodiles sont sensibles, oui Monsieur le Conteur, sensibles.

Mais comme vous le savez, le Pingouin du Sartay est invisible et personne ne peut le voir ou l’entendre ! Ni vous, ni moi, ni même le Maître d’orchestre que voici.

Comment est-ce que je sais tout ça, comment est-ce qu’on sait tout ça sur lui, me demanderez-vous ?

Eh bien, ça ! C’est une autre histoire…

NB : la taille de 5,1 cm, vient tout simplement du fait que, à sa naissance, le petit pingouin mesurait 1,7 cm. La taille adulte d’un Pingouin du Sartay se mesure en triplant sa taille à sa naissance.

Photo d’une rose d’automne en octobre 2019 (by me) et images du site Pixabay

Conter, c’est…

Je suis en plein week-end de contes. Oui, avec Stéphane Van Hoecke, me voici dans mon quatrième et dernier jour de stage « initiation aux contes »

Et j’ai conté ! À deux reprises ! Deux minis contes sur les animaux.

Pour moi, conter, c’est…

Et pour vous, c’est quoi conter ?

En texte ou image, en mot ou en photo, exprimez-vous 😉

Mes Projets créatifs pour fin 2021

Novembre n’est pas loin et j’ai longtemps hésité à participer au Nanowrimo. Mais mon livre « La petite fille du Togo » est à l’impression et le dernier trimestre 2021 sera surtout consacré à vendre ce livre. Les bénéfices des ventes seront reversés pour des AGR (Activités Génératrices de Revenus) dans les pays de mes filleuls : Togo, Bénin et Burkina Faso.

Néanmoins, depuis le mois d’août, j’apprécie dessiner. Et j’ai reçu pour mon anniversaire plusieurs livres pour apprendre à dessiner des animaux. J’ai envie de poursuivre ce chemin et j’ai choisi de dessiner deux animaux par semaine (ou 3) jusqu’à la fin décembre 2021. Pour ce faire, je vais utiliser le deuxième livre d’Anne Kubik : Dessins en 5 étapes.

Voici la liste de tous les animaux représentés dans les deux livres.

Et mes derniers dessins. Tous ne sont pas inspirés des livres cités ci-dessus.

L’écriture passe en second plan pour le moment, même si je me suis inscrite à différents ateliers d’écriture en novembre ! Je partagerai avec vous mes textes imaginés à ces occasions.

Si l’inspiration vient, je ne la chasserai point, loin de là ! Jouer avec ma boîte de « Story Cubes » me titille les doigts de temps en temps. Entre deux collages créatifs, entre deux dessins d’animaux, pourquoi pas une jolie petite histoire née d’un jet de dés ;-)

A bientôt, ici ou ailleurs.

Le collage créatif

Sans réfléchir, juste en piochant des images et des mots qui me font de l’oeil à ce moment-là.

Pour le dernier collage, la couleur bleue est dominante. Couleur apaisante, réconfortante, agréable.

Le collage créatif, comme pour le dessin, le coloriage et même l’écriture permet de me libérer de mes tensions, de mes doutes, de mes questions. Naturellement, mes pensées s’en vont dans un ailleurs et elles se classent, elles se rangent toutes seules comme des grandes.

La marche me fait le même effet. Et j’ai découvert qu’écouter de la musique aide aussi dans une certaine mesure à me détacher de mes angoisses.

Le collage créatif sans contrainte (de faire joli, de composer quelque chose de logique, de découper droit, de coller harmonieusement, etc.) je j’ai essayé et je l’ai adopté.

Simple d’utilisation, pas trop onéreux (images et mots à découper dans des revues, de la publicité gratuite, de vieux magazines), ce loisir zen est facile d’accès tant pour les enfants que pour les plus grands.

Et vous, vous avez déjà essayé ?