Le souffle de la mer

J’ai fui l’agitation pendant cinq jours. La mer m’attendait avec son vent violent, ses vagues bruyantes, ses ciels changeants. Tout a tremblé, tout a été secoué : mes idées, mes envies, mes rêves, mes colères. J’ai oublié mon appareil photo, comme si je devais accepter de voir autrement. Alors j’ai pris le monde dans la paume de mon smartphone, j’ai écrit quelques mots au fil des vagues, et j’ai laissé les paysages parler pour moi.

Ce séjour m’a montré une chose essentielle : je ne suis obligée de rien, sinon de prendre soin de moi. J’ai pris une décision, fragile, mais importante : accepter de me faire aider, même avec un argent que je n’ai pas, même avec des doutes sur l’avenir. Parce qu’aujourd’hui, m’aider, c’est déjà choisir de continuer. Je m’aide, comme je peux, quand je peux, si je veux.

Ces photos sont des traces de ce chemin-là. Elles ne disent pas la fatigue, ni les larmes, ni la tristesse de l’automne…

Ces photos sont des pauses volées, fragiles, honnêtes, pleines d’un désir simple : prendre soin de soi, même quand tout semble lourd. Mais elles portent l’espérance discrète que, demain, peut-être, la lumière changera.

L’amitié à travers les mots: Zineb et Ali

Il est des rencontres qui ne passent pas par les regards mais par les mots.
Des amitiés qui naissent à distance et pourtant se tiennent tout près du cœur.

C’est ainsi avec Zineb Mokhtari. Ses poèmes, ses pensées, sa présence silencieuse et fidèle sont devenus un fil précieux que je garde « ouvert », comme une page toujours prête à accueillir ses écrits et notre amitié.

Il y a quelques jours, le grand poète Ali Massou, dont je vous ai déjà parlé ici, a écrit un texte et me l’a adressé. Zineb, messagère lumineuse, m’en a envoyé la photo. Ce geste, si simple et si tendre, a traversé les frontières pour venir jusqu’à moi.

Preuve que l’adage « loin des yeux, loin du cœur » n’a pas lieu d’être. Nous ne nous sommes jamais vues, et pourtant nous pensons souvent l’une à l’autre. Les mots abolissent la distance et tissent des ponts invisibles.

Pour entrer dans leur univers, il vous suffit de cliquer sur leur nom et de vous laisser porter.

Zineb Mokthari

Ali Massou

Photo prise par Zineb Mokhtari 09/2025

Secrets d’écriture: l’âme de l’enfant chez l’adulte

Quand je croyais écrire pour les enfants…

Il m’a fallu une lecture à voix haute devant un couple du quatrième âge, six moments pleins de partages et d’émotions, pour comprendre quelque chose d’essentiel à propos de mon écriture. (lire aussi l’article sur « L’art de lire à voix haute« )

Je croyais, sincèrement, que j’écrivais pour les enfants. Mais à travers leurs regards, leurs silences attentifs, leurs sourires parfois émus… j’ai compris que ce n’était pas tout à fait le cas.

À la fin, je leur ai posé quelques questions, un peu comme une “évaluation” (c’était la première fois que je lisais à voix haute, et en plus l’un de mes propres livres). Leurs réponses m’ont beaucoup appris.

👉 Ont-ils aimé ces moments de lecture ? “Oui, beaucoup !”
👉 Qu’ont-ils ressenti ? “Un peu de stress et d’inquiétude, il y a beaucoup de passages sombres, peu de moments joyeux. Le thème est peut-être un peu lourd pour moi (grande sensible).”
👉 Quel passage les a marqués ? “Le comportement d’André, qui se plonge dans son travail pour masquer ses émotions. Les animaux, petites crevettes utiles, chien au flair infaillible. Et l’épicier, si intrigant et inquiétant.”
👉 Et la lecture en elle-même ? “Très expressive, comme au théâtre, pleine d’intonations, de pauses, de sentiments.”
👉 En un mot ? “C’est une fantasmagorie ébouriffante !”

Leurs mots ont confirmé ce que je commençais à pressentir : je n’écris pas pour les enfants. J’écris pour les adultes qui ont gardé une âme d’enfant, ou peut-être pour ceux dont l’enfance a été un peu cabossée.

Mon dernier roman, Le puits aux secrets, met en scène un petit héros de 8 ans, mais il ne s’adresse pas vraiment aux enfants de son âge. L’histoire est trop sombre, trop mystérieuse, trop inquiétante peut-être. Pas qu’elle soit violente ou inappropriée. Mais parce qu’elle demande un certain regard. Une certaine maturité émotionnelle. Ou une enfance marquée par ses propres ombres.

Et pourquoi ai-je toujours pensé qu’à 10 ans on pouvait lire des histoires sombres, angoissantes ? Peut-être parce que moi, à cet âge, mon enfance l’était déjà. Aujourd’hui, l’adulte que je suis écrit ce genre de récits comme pour recoudre quelque chose, pour apaiser l’enfant d’hier.

C’est l’enfant en moi qui parle quand j’écris, j’en suis désormais convaincue. Cet enfant qui n’a jamais eu de refuge dans la légèreté se fabrique aujourd’hui des mondes de fiction où les ténèbres sont traversées, comprises, apprivoisées.

Alors, amis lecteurs, amies lectrices : non, Le puits aux secrets n’est pas un livre pour vos enfants de moins de 15 ans, même si son héros a 8 ans. Ce livre parle de secrets enfouis, de silences qui hantent, de lumière qu’on cherche dans le noir.

Et je suis heureuse de pouvoir enfin l’assumer :
Mon écriture est une écriture “enfantine pour adultes”.
Mes histoires reflètent une enfance vécue dans une certaine gravité, et tentent de la sublimer.
Mes lecteurs adultes m’ont révélé la véritable destination de mes textes.

Et ce moment de lecture avec ce couple de grands lecteurs m’a offert bien plus qu’une simple relecture (où j’ai d’ailleurs repéré quelques fautes, mea culpa !) : il m’a permis de vivre mon texte différemment, de le ressentir dans une autre dimension, dans la respiration du récit. Et surtout, il m’a permis de mieux me connaître moi-même.

Cette découverte ouvre une nouvelle voie : celle de l’acceptation et de l’affirmation de ma voix.

Mon style n’est pas un style jeunesse classique, mais une écriture « enfantine pour adultes ».
Mes histoires reflètent une enfance vécue dans une certaine gravité, et mon écriture sert à la comprendre et la sublimer.
Le retour d’un public adulte m’a fait prendre conscience de la profondeur et de la destination réelle de tes textes.
Cette découverte m’ouvre une nouvelle voie dans mon parcours d’écriture : celle de l’acceptation et de l’affirmation de ma voix.

Pour découvrir mon livre, clic sur l’image de couverture :-)

Le puits aux secrets et son marque-page

Rituel du matin

5h30, un matin ordinaire… ou presque.
Le jour dort encore à moitié, et moi, j’ouvre doucement mon cahier d’écriture pendant que mon thé infuse. Un thé vert au citron, comme souvent. Dans son bain à 80°, il se repose avec un bâton de cannelle et une fine tranche de citron (chut…la cuillère, c’est pour le sirop d’agave, j’essaie de dire adieu au sucre. Difficile, oui, mais j’essaie. Je le remplace pour le moment pour espérer, un jour, m’en passer).

Et puis, pendant que le parfum chaud du thé s’installe dans la pièce, j’ai pensé à vous.
Oui, vous.
Celles et ceux qui me lisent, me suivent, m’encouragent.
J’ai eu envie, pour une fois, de partager un petit bout de moi, un éclat de ces instants du matin, ceux où je suis encore un peu floue, encore un peu rêve.

Ce que je ne vous montre jamais ou presque.

J’ai zappé le cerveau qui s’active à 4h05 (oui, ça pique, insomnie quand tu nous tiens..).
J’ai sauté le passage aux toilettes et la distribution de nourriture à ma petite troupe féline affamée (priorité à mes quatre chats).
Mais je vous montre ce moment-là : le tout début de l’écriture, quand j’ai noté la date du jour et que j’ai lancé, sans réfléchir :
« Pour moi, écrire, c’est… »

Un exercice que j’ai déjà fait, mais qui revient souvent quand je n’ai pas envie de penser.
Quand je veux juste laisser les mots couler, sans retenue.

Et pendant que j’essayais de capturer tout ça en photo, pas facile d’écrire et de photographier en même temps, soit dit en passant, je me suis dit :
Et si je vous montrais ce moment-là ?

Ce n’est pas grand-chose.
Juste un rituel, une tranche de vie. Mais c’est aussi une porte entrouverte sur mon univers.

Alors dites-moi…
Est-ce que ça vous parle ?
Est-ce que vous aimez découvrir ces petits fragments du quotidien, là où tout commence ?


Pour moi, écrire, c’est …

Comme un souffle,

Comme une respiration.

Pour moi, écrire, c’est …

Me poser, mettre de la distance

Entre moi et le monde,

Rêver à d’autres possibles,

D’autres ailleurs.

Pour moi, écrire, c’est …

VIVRE

Vivre, même quand l’encre de mes pensées est noire; chaque mot, comme une absence.

Vivre, même quand je n’ai plus d’ancre à jeter; ça tangue tellement autour de moi.

Vivre, même quand la couleur s’estompe,

Quand elle est rouge de violence ou d’amour,

Quand elle est verte de colère ou de liberté,

Quand elle est bleue de tristesse ou de rêves.

Écrire, c’est rester debout quand tout vacille.

L’art de lire à voix haute : transformer son histoire

Lire à voix haute mon propre livre : une émotion inattendue, un retour à la source

Je ne m’attendais pas à ça.

Quand j’ai commencé à lire mon livre jeunesse à voix haute à cette dame malvoyante et à son compagnon, je pensais simplement partager une histoire. Ce que je n’avais pas anticipé, c’est que cette lecture réveillerait en moi quelque chose de beaucoup plus profond.

Mon histoire, je l’ai commencée en 2016. Je l’ai portée longtemps, par fragments, avec mes enfants comme toile de fond, mon compagnon comme source d’inspiration, et même mon chat Vicky (aujourd’hui disparue) comme muse silencieuse. C’est un récit tissé de vie réelle et de fantaisie, de souvenirs et d’imagination. Et pourtant, au fil des années, certains détails s’étaient estompés. J’avais oublié des scènes, des dialogues, des rebondissements… jusqu’à ce que ma propre voix me les restitue, comme s’ils étaient neufs, comme si je les découvrais moi-même.

Lire à voix haute, c’est redonner chair à une histoire. C’est une rencontre sensorielle et vivante avec le texte. Et quand ce texte est le tien, c’est un miroir tendu à ton passé, à tes émotions, à la personne que tu étais quand tu l’as écrit, et à celle que tu es aujourd’hui, qui le redécouvre.

Ce moment de lecture m’a bouleversée. Parce que j’ai vu mon histoire toucher. J’ai vu des sourires, de l’inquiétude, de l’attente. J’ai senti l’attention palpable, les silences qui disent plus que les mots. Et moi, j’étais à la fois autrice et conteuse, spectatrice et actrice, guidée par ma propre plume comme si je ne la connaissais pas.

Je croyais écrire pour des enfants de 8 ans (l’âge de mon petit héros, et celui de mon fils à l’époque), mais aujourd’hui, je me rends compte que mon livre parle aussi aux cœurs plus âgés, plus sensibles, plus expérimentés. Ce n’est pas une erreur, c’est une révélation. Mon histoire a grandi avec moi.

Demain, je termine la lecture. Et j’ai hâte, non pas parce que c’est la fin, mais parce que j’ai envie de connaître cette fin, de la vivre avec eux, avec mes auditeurs devenus compagnons d’aventure. Je suis émue, honorée, émerveillée. Car pour la première fois, peut-être, je prends pleinement la mesure de ce que signifie écrire : créer quelque chose qui continue de vivre en dehors de soi, qui nous revient transformé, amplifié, éclairé par les autres.

Lire à voix haute mon propre livre, c’est lui avoir redonné vie. Mais c’est aussi m’être redonné, à moi, en tant qu’autrice, la joie pure d’émerveiller, d’émouvoir, de transmettre. Et cette joie est infinie.

Mon roman jeunesse : Le puits aux secrets
et son marque-pages

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Un bruit dans la nuit

3h48. Boum badaboum !

Réveillée,
Déboussolée,
Mais pas paniquée.
Le vacarme venait de l’escalier.
Pas de mots chuchotés,
Ni de voix étouffées,
Pas plus que d’objets fouillés ou balancés,
Quelque chose a dû tomber.

3h48. Boum badaboum !
Je me suis levée,
Les yeux encore fatigués,
A moitié fermés
Et je suis allée vérifier
L’origine du bruit à identifier.
Pas bien loin à aller,
Héra, le chat, m’a montré
De son regard, un endroit bien fixé,
Un cadre photo gisait à mes pieds
Couché sur le palier, encore tout entier.

3h48. Boum badaboum.
Quelle mauvaise heure pour me réveiller.
J’aurais bien du mal à me recoucher.
Mon cerveau bouillonnant s’est activé
Les pensées et les questions se sont bousculées,
Les scénarios, les doutes, les idées
Ne m’ont plus quittées :
Projet à, encore, changer, à modifier, à peaufiner ?
Projet à abandonner ?
Nouveau métier à étudier ?
Projection de vie à jeter, à oublier ?

4h25. Héra commence à s’agiter.
4h25, les autres chats, dehors, doivent s’impatienter.
4h25, j’arrête de ruminer.
Enfin, je vais m’activer,
Le temps de donner à manger
A mes quatre chats soi-disant affamés.
Le temps pour mes cogitations de s’envoler
Le temps pour le sommeil, à nouveau me gagner.

Minos se rendort à mes côtés,
Il veille sur mes élucubrations troublées.
De ses ronrons feutrés
Il a su m’apaiser
Et mes cellules grises survoltées
Ont enfin arrêté
De me tenir, malgré moi, éveillée
Le temps d’une heure écoulée.

Nature et Sérénité : une promenade fluviale

Balade du matin 28/08/2025

Je longe la berge, le pas tranquille.
D’abord, une silhouette brune qui glisse sur l’eau, une canne colvert, solitaire.
Rien d’un castor, juste la vie ordinaire du rivage.

Puis, soudain, un éclat turquoise, vif comme une flèche :
le martin-pêcheur fend l’air et disparaît déjà,
me laissant ce battement de cœur surpris.

Un peu plus loin, au milieu des pigeons ternes,
une présence claire attire mon regard :
la mouette rieuse, éclat pâle au-dessus des reflets sombres.

Le gris me fait penser à mon ami, je cherche le héron.
Mon regard s’accroche à une masse couleur de pierre, figée sous le pont.
C’est lui, le maître de la patience,
fondu dans l’ombre comme un fragment de roche vivante.

Autour de moi, le grondement des machines et des moteurs
enveloppe le fleuve d’un manteau sonore pesant.
Alors je m’arrête.
Je respire le temps présent un peu trop pollué
Sous ce ciel gris bleuté, uniforme comme une toile lavée,
et j’attends, immobile comme une statue.

Le héron s’est envolé,
il déploie ses ailes longues, ardoisées,
et s’élève lentement.
Sa place vide appelle aussitôt une autre visiteuse :
la mouette revient, légère, se poser sans un cri, à sa place.

Le vent se lève,
il froisse l’air,
les nuages s’épaississent, lourds comme du plomb clair.
Une odeur de pluie flotte un instant.
Je crois bien que nous allons être trempés…

Mon regard porte au loin : un mouvement sur l’eau attire mon attention.
Un oiseau plonge, sombre éclat furtif.
Trop loin pour l’identifier.
Je retiens mon souffle, espérant qu’il remonte près de moi.
Mais il s’éloigne,
et je reste dans l’incertitude : grèbe au cou roux ? cormoran au plumage lustré ?
Le doute m’accompagne et je ne pourrai trancher, il restera non identifié.

Devant moi, sous la surface, de petites têtes argentées percent l’onde,
redescendent aussitôt,
laissant derrière elles des cercles,
de fins dessins mouvants, offerts à mon regard curieux et amusé.

Des cris au-dessus de moi.
Je relève les yeux :
neuf bernaches du Canada traversent le ciel,
plumes sombres et poitrines claires,
leur formation résonne comme une phrase en plein vol.
Elles parties, une bergeronnette jaune, rapide,
tranche l’air d’un éclat vif dans l’autre sens,
avant de disparaître aussi vite qu’elle est venue.

Je poursuis le chemin.
Le rivage se peuple :
mouettes éclatantes par-ci, par-là,
cormorans noir de jais au loin, certains se sèchent ailes ouvertes,
canards aux teintes sombres et mates,
poules d’eau au bec rouge et jaune,
une bergeronnette grise sur le bord d’une pierre, éclair délicat de noir et blanc,
puis, encore un autre héron, plus en retrait, m’offre son dos,
et arrive en cancanant tout un cortège de bernaches.
Parmi elles, deux oies différentes,
plus claires, plus menues,
pattes d’orange vif qui tranchent dans le groupe.

Soudain, un cri aigu fend le silence.
Deux appels secs, presque métalliques.
Je scrute, je cherche…
et les voici : deux chevaliers guignettes,
de la taille de « nos » merles bien connus,
brun clair avec une ligne blanche sur les ailes, filant au ras de l’eau.
Leur vol est bref, saccadé,
mais mon cœur s’emballe :
c’est eux que j’attendais, eux que j’espérais.

Alors je souris,
et je laisse cette matinée m’imprégner tout entière :
ses bruits, ses couleurs, ses présences.
Et quand je rentre, je réalise :
pas une seule goutte de pluie n’est venue délaver
mes souvenirs gais.

Face à la gare d’Angleur, le long du Ravel 5


Ce matin, les oiseaux m’ont rappelé que les fissures du ciel laissent toujours passer la lumière. C’est ce chemin que je propose : marcher, observer, écrire, et laisser émerger sa propre clarté.

Une plume après l’autre, une marche après l’autre… écrivez votre chemin → clic pour retrouver mes activités et ateliers de reliance.