Vendredi passé, les participants à mon atelier d’écriture ont tiré des mots au hasard dans ma pochette surprise et ils ont écrit un petit texte à partir de cette phrase :
« Chez le coiffeur, un géant offre un miroir au feu ».
Je ne sais pas vous, mais pour moi, j’ai trouvé le truc pour me relaxer sans frais : le dessin. Je dessine sans chichi, sans me mettre la pression, sans viser la perfection. Parfois, je colorie aussi. Mes dessins principalement, mais pas que.
Mes deux derniers dessins de septembre.
Sur mon gsm, j’ai une application « coloriage par numéro », et ça doit bien faire deux ans que deux à trois fois par semaine, je tapote mon écran pour colorier des images que j’aime bien partager. Mais pour moi qui essaie de prendre du recul avec les écrans et surtout l’écran de mon smartphone, je trouve des trucs et astuces.
C’est ainsi que l’application « dessiner des animaux kawaii » que j’avais téléchargée mais quasi jamais utilisée, s’est retrouvée sur papier ! J’ai donc détourné l’application pour m’en faire un petit livret DIY.
Les p’tis animaux du froid
Et puis, le week-end dernier, une idée m’est venue aussi étonnante que subite : essayer de dessiner une couverture de livre que j’aime bien. Bon, j’ai mis en application cette idée dès le réveil du dimanche matin avec un livre que je viens de commencer à lire : « Vers la beauté », de David Foenkinos. La couverture me paraissait à portée de crayons. À ma portée de crayons (rires).
Colorié aux crayons aquarellablesMis à l’eau, des couleurs et des coups de pinceaux
Je ne sais pas ce que vous, vous en pensez, mais moi je trouve que c’est pas mal pour un premier essai ! Je suis étonnée moi-même :-) Je vais continuer à dessiner des animaux, des paysages et … des couvertures de livres. Ne dit-on pas qu’un débutant s’inspire par des choses qui existent déjà et quand il maîtrise la technique, il peut se lâcher et essayer lui-même de créer ses propres œuvres ? Qu’il s’agisse de dessin, d’écriture, de peinture, de céramique, de chanson, tous les artistes commencent par imiter puis par imaginer, créer et signer de leur nom.
Sans savoir exactement ce que c’était, ou comment cela s’appelait vraiment, j’avais déjà écrit des fanfictions !
Tout lecteur, quand il est mordu d’un livre, d’une série, d’une bande-dessinée ou de manga, s’est déjà retrouvé à penser « ah mais non, ça ce n’est pas une fin », « jamais je n’aurais cru ça possible », « si c’était moi, j’aurais écrit ça autrement »… ou alors, on se retrouve en train de rêver à une suite, à une autre fin, à faire vivre d’autres aventures, d’autres rencontres à nos personnages préférés. Eh bien ! Ces pensées, si on les mets en pratique, qu’on écrit ce qu’on veut en se basant sur les personnages déjà existants, c’est une fanfiction.
Certaines et certains le savent déjà, j’aime beaucoup les BD Bob et Bobette, du créateur Willy Vandersteen, un génie des séries illustrées décédé dans les années ’90. Il est le papa de nombreuses BD, et la plupart sont des séries.
Une aventure inspirée par un conte écrit par feu notre Reine Fabiola !
La série a été reprise et continue ses aventures à raison de 4 à 6 titres par an 😱 Depuis une poignée d’années, les personnages ont reçu un lifting, ils ont changé physiquement, ils ont grandi, ils ont mûri. Cette série, c’est toute ma jeunesse, ce sont des souvenirs précieux. Et si je n’ai pas adhéré à 100% à ce relooking, certains nouveaux titres me séduisent encore aujourd’hui, tantôt par leur histoire, tantôt par leurs illustrations.
Je suis une gentille passionnée qui ne collectionne pas grand-chose, si ce n’est les histoires qui me font vibrer et dont j’aime parler autour de moi.
En Belgique, il existe désormais un fan club francophone « Le Monde Magique de Willy Vandersteen ». Et 2x par an, hors Covid, il y a la journée des membres, des passionnés qui se retrouvent dans une commune de Liège quasi toute une journée.
Ce club est extraordinaire à tous les points de vue. Il édite une revue, deux fois par an. Une revue de grande qualité tant par son contenu que par son impression. Et c’est grâce à ce club, à ses membres fondateurs, aux autres membres adhérents et à l’existence de cette revue que cette passion prend davantage de place, occupe toujours un peu plus mon esprit, me pousse toujours plus loin dans la découverte de cet univers fabuleux.
Clic pour retrouver le club sur FB
Je lis cette série de bande-dessinée plusieurs fois. La première fois en mode détente et découverte de la nouvelle aventure. La seconde fois parce que j’ai repérée des jeux de mots ou autres techniques d’écriture que j’affectionne. La troisième fois, je détaille les scènes dessinées qui sortent de l’ordinaire par les détails, par la mise en en page, par la recherche d’un lieu, bâtiment ou personnage particulier.
Il y a quelques années, j’ai commencé à compiler plusieurs thèmes que j’aime particulièrement et que je retrouve dans cette BD : expressions, clin d’œil au lecteur, réparties particulières, coquilles, etc. Mais vous imaginez bien qu’avec près de 400 titres différents, la tâche n’est pas facile ni rapide 😄
J’ai donc un peu mis ça de côté. Et en lieu et place, j’ai commencé à écrire des articles pour la revue du club. C’est Ombeline, alias « Bobette » qui fait l’extraordinaire travail de la mise en page et qui rend mes articles magnifiques !
Mon prochain article qui va paraître dans la revue que tous les membres vont recevoir en octobre est consacré aux oiseaux que l’on peut voir dans ces albums. J’ai dû faire des choix, car la nature, les animaux et les oiseaux ont souvent une belle place dans cette série illustrée.
J’ai aussi imaginé un quiz géant avec des questions et des jeux de mon cru.
Cette année, pour la prochaine journée des membres, j’ai envie de jouer à ce que j’aime le plus faire : écrire, adapter, inventer des histoires avec mes héros préférés : Bob, Bobette, tante Sidonie, Lambique, Jerôme et le professeur Barabas. Sans oublier la poupée fétiche de Bobette : Fanfreluche.
Je suis donc occupée à relire et à corriger deux adaptations écrites en 2017. À insérer des jeux divers et à mettre en page ce cahier spécial. Il sera mis à libre disposition pour une lecture directe, lors de cette rencontre, de cette journée dédiée aux membres du club. J’aime échanger, partager et admirer tout ce qui se fait autour de cette série.
Depuis le 10 septembre, jour de mon anniversaire, j’ai commencé à écrire une fanfiction. Une toute nouvelle. Pas une adaptation d’un titre existant. Avec tous les personnages principaux. Et je continuerai à l’écrire là-bas. Je pense que ça sera le début d’une série de cross-over, car dans cette aventure, je fais intervenir des personnages d’un roman, roman qui a déjà été adapté en manga. Et donc, j’ai repris dans ma tête ces deux histoires, roman & manga, et intégré le personnage principal et les créatures qui en sont les héroïnes dans cette nouvelle fanfiction.
J’ai également commencé à écrire une adaptation d’un titre qui n’existe pas en français, uniquement en néerlandais. C’est donc un travail de traduction et d’adaptation. Avec des oiseaux, des cygnes noirs et des cygnes blancs. 🦢
Et vous, avez-vous déjà eu envie d’écrire une nouvelle fin ou une suite à un roman qui vous a passionné ?
Je suis là et ailleurs. Assise sur une chaise. En cercle. Avec d’autres personnes. En connaitre certaines. Ne pas me sentir à l’aise, mais ne rien dire. Effet de déjà vu. Mal dans ma peau, je me raccroche à ses visages familiers. Pour ne pas pleurer. Pour ne pas m’inquiéter. Être là et ailleurs. Parler dans un atelier. S’exprimer. Par de faux semblants. Ne pas tout dire. Ne pas blesser. Se souvenir d’un passé. Se rappeler d’avoir aimé cet instant. Le passé est dépassé. Le présent compte-t’il vraiment davantage ? Un cadeau. Un poison ? Manipuler pour mieux éviter ? Être ici et ailleurs. Voir l’être aimé quitter le cercle. Discrètement. Un trou. Une chaise vide. Ni vu ni connu. Le cercle n’est plus parfait, il est laid. Délai passé. Se sentir dépassée. Sortir à mon tour. Pour le suivre. L’entendre vomir. Porter la main à ma bouche. Calmer mon estomac. Le remettre à l’endroit. Ici. Ailleurs. S’inquiéter pour l’être aimé. Mais ne pas le montrer. Cacher. Dissimuler. Simuler. Mentir et souffrir. Courir et haïr pour ne pas mourir. Aimer et vivre. Changer. Partir. Fuir. Déménager. Encore ? Rien que d’y penser, avoir la nausée. Répétition d’un moment. Aucune excitation à cet instant. En être malade. À s’en rendre malade. Lui non plus ne veut pas rester là. Remettre ses tripes pour s’en remettre au destin. Changer de vie, changer de main. Pour de meilleurs lendemains. Pour un avenir incertain. Être ici et ailleurs. Dans mon lit, dans un rêve. Faire mes bagages, vivre intensément, courir, nager, respire sous l’eau. Tout est faux. Mensonges et manipulations de mon cerveau. N’y voir que du feu. Boire la tasse. S’épuiser. Se lasser. Souffler et soupirer. Des petits bouts de vérité. Tout est mélangé. Me sentir perdue tout en reconnaissant des bribes d’une vie passée. Me sens dépassée. Fatiguée. Ici. Ailleurs. Me réveiller. Et respirer. Enfin. Rêve et illusion. Avoir du mal à émerger. À revenir dans la réalité. Dans ma réalité. Ouvrir les yeux. Les frotter. Bâiller. Et surtout, respirer. Atterrir dans cette nouvelle vie, ce nouveau jour naissant, dans la nuit. M’asseoir sur le bord du lit et hésiter. Me sentir déconnectée. Être ici vraiment mais encore ailleurs. Dans les nuages. Dans un brouillard. Soupirer. Expirer. Se forcer à sortir de lit. À sortir d’ici. Crever le rêve, l’espoir, le désespoir. Y croire. Se détendre. Lever la tête. Grande inspiration et sourire à l’aube encore endormie. M’activer pour chasser des images qui collent encore à mes rétines ensommeillées, signe d’une nuit agitée. De quelques secondes d’hésitation, le temps d’un rêve, le temps d’un mensonge, d’une manipulation. Manifestation de mon inconscience chamboulée. Résoudre ses cogitations de la journée sur l’oreiller de la nuit. Une idée. Une envie. Un désir inasouvi. Être ici et maintenant. Me lever gentiment. Calmement. Doucement. Et oublier les rêves, les mensonges et les manipulations de mes réflexions qui n’ont pas abouti dans cette étrange vie de la nuit.
La nuit. L’ennui. La vie. Inouïe.
Un texte sur un rêve, sur les traces d’un rêve. Des images éphémères aux couleurs oubliées. Des émotions et des sentiments encore présents. Dérangeants. Réveil lent, pénible et difficile.
Après mon texte « Deux petits chats-d’orage« , comme une envie de continuer à m’exprimer, à libérer les mots qui viennent à moi quand je ne les y attends pas.
23h48. Deux petits chats dehors. Par temps d’orage, je compte les crocodiles comme d’autres comptent les moutons. Le rose, le bleu et le blanc se disputent le ciel tandis que les coups de tonnerre grondent au dessus de ma tête. Ça grogne, ça éclate. Dehors, les éclairs illuminent tant le jardin que les intérieurs. Deux. Deux petits chats dehors. Deux autres à l’intérieur. Une heure passe et repasse. Couchée, je ne dors pas. Et je compte les crocodiles comme d’autres comptent les moutons. 25, un paquet de crocodiles… je pense à me rendormir. 20, 15, 10. Ils reviennent. Les crocodiles se rapprochent. Menaçants. Gueules ouvertes. Gorges déployées. Dents acérées. Deux petits chats dehors. 7, 5, 3. Je ne me rendors pas. Impossible. Minuit dix. Ils sont là tout proches. Flash et crack ! Il est là pile au dessus de nous. Le crocodile est un monstre. Un monstre bruyant. Il est en colère. Il pleure. Il crie. Il hurle. Sa queue fouette les arbres. Immensité, il trône et maîtrise les éléments en fureur. À grands coups de zebrures, il nettoie les extérieurs, il déchire le silence. Flashs et éclats lumineux à répétition. Les crocodiles sont regroupés et dansent parmi les étoiles apeurées. Ils chantent à tue-tête, couvrent mes appels. Deux petits chats dehors.
Un chat à l’intérieur. Tout contre moi, sursaute. Il se décolle de mes jambes alors que ça claque au-dehors. L’autre est couché en bas, face à la porte vitrée. Besoin d’être rassurée. Câlins et ronrons dedans, valse de lumières dehors. Le bruit assourdissant vibre dans mes tympans. La pluie, le vent frappent les fenêtres, secouent les parasols, inondent mes pensées, fouettent mes craintes. 2 petits chats dehors. Je ne compte plus les crocodiles mais égraine le temps violent.
Il pleut, il cogne sur les vitres comme autant de sanglots libérés, expulsés, déchirés. 00h41 les mots frottent ma tête dans un froufrou désordonné. Ils chuchotent et se bousculent gentiment. Ils demandent à sortir. À vivre. À exister de leur côté.
Deux petits chats dehors poursuivis par des crocodiles juvéniles. Les petits chats ne sont pas là. Ils ne se montrent pas. Je ne leur en veux pas. C’est leur choix. Bientôt une heure du matin. Vont-ils bien ? Les petits chats ne sont toujours pas ici. Les crocodiles sont partis aussi. Ne laissent derrière eux qu’une trace imaginaire. Un rêve. Des images. Des mots. Et la pluie. Leurs sanglots longs et bruyants.
L’orage est terminé. La pluie continue à tomber. Il est temps de se recoucher. Et de ne plus compter. De ne plus penser. De ne plus rêver. Il faut à présent me poser. Me reposer. Ne plus rien imaginer. Me fermer aux doutes et aux espoirs pour laisser le sommeil me gagner.
Je compte les moutons quand les crocodiles reviennent ! Pas le temps de les voir arriver ni de les compter. Subitement. Soudainement. 00h58 ça recommence ! Les crocodiles sont roses et reviennent pour la dernière danse effrénée… endiablée. 1h00. Deux petits chats dehors et un crocodile à la traîne.
C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit-on. C’est en écrivant qu’on écrit des histoires et que l’imaginaire se débride.
Pour préparer un atelier d’écriture que je vais donner dans un foyer pour adultes en situation de handicap, je donne un exemple et je joue à mon propre jeu. Et voilà qu’avec trois mots, cette histoire vient de prendre vie dans ma tête. Une histoire, un personnage (moi), et deux ou trois animaux pour ne pas changer.
Et pour illustrer cette historiette, des images issues de mes applications coloriages sur mon gsm ;-)
Les mots « écureuil » et « kilomètre » proviennent des mots de mon acrostiche NOM + PRÉNOM. « Aurore » vient du nom d’un papillon. Dans les papillons que j’ai choisis, il y avait « Aurore, Citron, Tortue, Paon », car leur nom peut aussi vouloir dire autre chose. Un mot, deux significations. Un mot, deux identités.
Écureuil – Kilomètre – Aurore
Ce matin, quand je me suis levée, j’ai croisé un écureuil. L’aurore venait de se réveiller elle aussi, le ciel était parsemé de petits moutons gris souris sur un fond unis rose bonbon. Je faisais ma balade matinale quand une petite boule de poils rousse m’a dépassée à la vitesse de l’éclair. J’ai à peine eu le temps de lui dire bonjour, que l’animal était déjà presque en dehors de mon champ de vision.
Mais où cours-tu ainsi ? Tu as le feu à ta queue en panache ? Les questions, c’était plus à moi que je me les posais, car bien sûr, l’écureuil n’allait pas me répondre et puis de toute façon, il était déjà bien trop loin pour les entendre.
Aussi, quel ne fut pas mon étonnement quand, deux cents mètres plus loin environ, un autre écureuil, ou le comprendrais-je plus tard, le même, me parla et me dit en ces mots :
Non, pas le feu aux fesses, mais je m’entraîne pour le marathon des quatre pattes.
Le marathon des quatre pattes ? Jamais jusqu’ici je n’en avais entendu parler. Des questions, j’en avais plein à lui poser à ce petit écureuil, mais il était déjà parti et n’était plus qu’un point roux au loin.
Bien plus loin, ignorant que ma balade suivait le même parcours que l’entraînement de l’écureuil, je remarquai la petite bête bien avant qu’elle n’arrive à mon niveau.
Quels autres animaux ? lui criais-je tandis qu’il passa au-dessus de moi, dans les airs, surfant sur les branches des arbres comme seuls les écureuils savent le faire.
Je savais que je n’aurais pas beaucoup de temps ni beaucoup de choix pour lui poser plusieurs questions, car il ne s’arrêta pas pour me répondre.
Tous les mammifères du quartier ! dit-il en haletant entre deux sauts.
Ainsi, la suite de ma balade fut plus lente. J’étais désormais attentive aux moindres mouvements, sur le sol, mais aussi dans les arbres ou les haies qui longent les maisons. Je supposais que l’écureuil avait un circuit bien prédéfinit et que je risquais donc de le croiser encore au moins une fois avant de terminer ma balade et de revenir chez moi. Je me demandais quels autres animaux j’allais bien pouvoir croiser quand j’entendis une petite voix fluette chanter :
Un kilomètre à pattes, ça use, ça use, un kilomètre à pattes, ça use les coussinets.
Une minuscule souris, peut-être bien une musaraigne, trottait d’un bon pas en rasant les haies et les murs des maisons, à ma droite. Tout à coup, la toute petite bestiole au long museau pointu passa à la vitesse supérieure et fonça tête la première dans le premier trou qui se présenta à elle. En cause, l’arrivée silencieuse de Maître Velours, un chat ! Celui-ci s’arrêta face au trou et dit à la musaraigne :
Voleuse ! Tu peux pas chanter cette chanson, t’as pas de coussinet !
La voix du chat était grave, son miaulement énervé. Même sa queue se balançait de manière sèche, par à-coup. Ce chat était clairement irrité par le comportement du petit insectivore. Pour venir en aide à la petite bête, je m’adressai au chat :
Bonjour joli minou. Que vous êtes beau, si votre langage ressemble à la beauté de votre pelage, je vous nomme Prince des Poilus Domestiques de ce quartier.
La flatterie n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Le chat se détourne du trou de souris, fait demi-tour, s’assied d’une manière très élégante en entourant ses pattes avec sa queue fine et lustrée. Puis, il lève sa tête. Ses moustaches frisent sous les compliments. Son regard est droit, fier. Je le caresse sous le menton, plaisir extrême à beaucoup de félins et continue à lui louer ses qualités. La musaraigne en profite pour se carapater sans demander son reste, poursuivant son entraînement de marathon désormais aussi muette qu’une carpe.
Des histoires où il y a un ou des écureuil(s), j’en ai quelques-unes à la maison. Les deux grands albums « Au lit mon petit » et « Mon amie la Lune » appartiennent à mes enfants, ils étaient abonnés à l’école maternelle, une excellente sélection pour les tout-petits (et leur maman :-) )
Chez nous, en Belgique, nous pouvons voir plusieurs sortes d’écureuils, mais le seul à être indigène « bien de chez nous », c’est le grand roux avec sa queue en panache. Tous les autres sont exotiques, importés ou provenant d’un lâché (volontaire ou accidentel) d’animaux domestiques; les NAC ou Nouveaux Animaux de Compagnie…
Pour plus d’infos sur les écureuils, en Wallonie, clic ici
Interview de Roger Janssen, Président de La Maison du Conte et de la Parole de Liège
Lors d’un après-midi d’été, un petit lutin devait se glisser dans le jardin de Roger. Le petit lutin cherchait du rêve, de la magie, des histoires à raconter, à partager. Et tout ça, il l’a trouvé ici. Voici son histoire.
Le petit lutin espiègle passe par la boîte aux lettres. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La fenêtre donnant sur le jardin est pourtant grande ouverte. Mais le coquin a voulu prendre un autre chemin, pour surprendre des secrets et surtout pour qu’on ne le surprenne pas, lui !
Ni vu, ni connu, ni même entendu, le petit lutin saute sur le sol carrelé du hall d’entrée. Déjà, là, son voyage promet d’être extraordinaire : des marionnettes par-ci, par-là, en haut, en bas, l’observe. De gentils pantins aux regards malins et aux sourires bienveillants, pas du tout méchants. Si, si, même pour le loup !
Après quelques pas, le petit lutin trouve une porte ouverte à sa droite. Il entend des voix. Discrètement, sur la pointe de ses chaussons pointus, il se glisse sous une chaise puis sous un meuble. De là, il peut tout entendre et surtout tout voir, sans être vu. Hypnotisé par les centaines de marionnettes de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les matières, il se couche sur le ventre. Les coudes sur le sol, il pose son menton au creux de ses deux mains et se laisse emmener au pays de Roger et de son épouse.
« … il y a ici plus ou moins 300 marionnettes de 20 pays différents ! La collection a débuté après ma pension, en 2003-2004. Oh non ! Je ne suis pas marionnettiste mais quand j’avais une dizaine d’années, j’ai reçu pour mon anniversaire, un vrai théâtre. Sans doute cela a-t-il été le début de cette passion. Je suis toujours émerveillé par tout le travail que cela demande, d’une précision, d’une manipulation extraordinaire. Quand je conte, j’en utilise parfois, surtout dans les écoles, avec les enfants. De temps en temps, je fais aussi des expositions.
(…) Avant, j’étais éducateur et je passais mon temps avec les enfants, leurs parents, les familles. C’est une de mes filles, qui travaillait dans une école des devoirs, qui m’a soufflé l’idée de devenir conteur. Je craignais tellement d’être en manque de contact à ma retraite… Quelle belle idée elle a eue ! J’ai entamé ma première formation à Chiny, avec Yvan Couclet et Etienne Piette, de La Maison du Conte et de la Parole de Liège. Après trois jours de formation, il y avait deux jours de contes, de mise en pratique. C’était en 2004. Depuis, je me suis senti tellement bien accueilli à la Maison du Conte avec une ambiance un peu familiale que j’ai été de suite régulier dans les veillées du 7 qui se faisaient en Pierreuse.
(…) J’ai tellement aimé cette formation que 18 ans plus tard, en juillet dernier, en 2022, j’ai remis le couvert : formation à Chiny avec les mêmes formateurs. C’était extraordinaire. »
Le petit lutin a les yeux qui brillent. Il a bien fait de faire sa halte ici, à Seraing. Il sent qu’il va avoir un tas d’histoires à raconter au village, un tas d’histoires à ramener, à partager avec son petit peuple féérique.
Le petit lutin change de position, il se met sur le dos, les bras derrière la tête. Pour mieux voyager. Pour mieux rêver. Pour mieux s’évader.
« (…) Ce que j’aime dans le conte, c’est de raconter une histoire qui existe déjà, mais à ma façon. Avec mon imaginaire. Avec ma voix. Avec mes idées.
Je me souviens d’un conte que j’ai travaillé en formation avec notre regrettée Michelle Dispa : « La petite grand-mère ». C’est sans doute le conte que j’ai le plus travaillé, qui a le plus de vies, que j’ai conté le plus de fois et qui me plait le plus. « La petite grand-mère » raconte l’histoire d’un loup qui veut attaquer la grand-mère dans sa maison. Mais la grand-mère n’est pas seule. Elle est entourée d’une foule d’objets vivants qui la défendent. Dans ce conte, il y a des répétitions et je crois que c’est ça qui plaît aux enfants. Au fil du conte, les enfants en viennent même à dire la suite, grâce aux répétitions. C’est une histoire pour laquelle j’ai grand plaisir et beaucoup de bonheur à conter. »
Le petit lutin s’imagine très bien la scène avec une casserole, des couverts, un tableau qui pourchasse le loup sans répit et la grand-mère qui sourit, tranquillement. Une grand-mère un peu espiègle peut-être même qui rirait doucement dans son châle.
« (…) Il y a deux lieux où je me rends toujours : le marché du monde à Seraing, qui chaque année, le 11 novembre, organise des activités. Cette association qui organise ce marché et dans laquelle je suis bénévole, s’occupe des immigrés. Le second lieu est une autre association qui organise, chaque année également, début août, un camp. Ce camp, pour une quinzaine d’enfants placés par le juge, est une véritable bulle d’oxygène. L’animateur m’appelle chaque année, et chaque année, j’y viens avec mes contes et mes marionnettes. »
A ces mots, le petit lutin se remet sur le ventre et observe à loisir toutes les marionnettes accrochées ici et là aux murs et d’autres posées sagement sur un meuble, une table, un fauteuil. Il se perd dans cette contemplation et n’a pas réalisé immédiatement que Roger continue de raconter une histoire. Une autre.
Une marionnette du Togo !
« (…) Je pense qu’aujourd’hui, il y a beaucoup plus de troupes de conteurs qu’avant. Mieux admis pour adultes, les mentalités changent, le conte n’est plus réservé qu’aux enfants.
Pour moi, le conteur doit aimer son histoire et avoir envie de la partager. Partager une histoire, c’est bien plus que raconter, c’est transmettre quelque chose, c’est dépasser le spectacle. Surtout, ne pas rester sur l’écrit. Sinon, on reste figé dans le texte. D’ailleurs, moi, je ne relis ni ne répète un conte. Quand je choisi un conte, je note quelques idées et je regarde (dans ma tête) si je connais l’histoire. Si c’est ok, je la conte.
(…) Et oui ! Moi aussi, j’ai toujours le trac avant de « monter » sur scène. je ne sais pas comment je fais pour le gérer, mais je dirais qu’une heure ou deux avant de conter, je sens la petite boule au ventre, mais dès que j’entends mon prénom, je me lève et hop ! Plus rien ne compte que le conte. Tout va bien. La présence de mon épouse (qui donne des formations sur la dentelle) ml’aide. Mais elle ne sait jamais ce que je vais conter à l’avance. »
Le petit lutin rigole dans ses petites mains. Son rire fait dilingdiling comme un carillon. Il rigole, mais il admire cet homme qui ne répète jamais un conte avant de le dire devant son public. Tout est dans sa tête et à chaque prestation, l’histoire change. Le conte vit et se peaufine, s’affine, s’affirme.
Le petit lutin se demande s’il doit aussi être le Président de son village pour pouvoir raconter aussi bien que Roger. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, voilà que l’homme parle en deux-trois mots de son rôle de Président à La Maison du Conte et de la Parole de Liège.
« Cela doit faire à peu près 3 ans que je suis Président. Mon job, c’est un peu celui d’un chef d’équipe qui a pour principale tâche de préserver la cohésion du groupe et l’intercommunication entre les membres. Dans ma façon de faire à moi, c’est de laisser à chacun le pouvoir de faire ce qu’il a envie de faire. Je ne suis pas pour établir un programme et obliger à s’y tenir. Chacun a la possibilité de s’exprimer et de proposer, le tout est de garder une ligne de conduite. »
Le petit lutin qui est un peu moins jeune que Roger s’assied en tailleur et se plonge dans une réflexion profonde. La pointe de chacune de ses deux oreilles frétille, comme à chaque fois que ce petit lutin réfléchit. Mais, très vite, il est tiré de cette introspection, car la voix de Roger l’emmène déjà vers un autre voyage avec un conte particulier qu’il a écrit à une occasion spéciale.
Raconter
Offrir
Grande famille
Enchanter
Rêver
Roger et son épouse
Les P’tits D’jes chez « Simone »…
Vous connaissez Simone ?
C’est une petite dame bien de chez nous… de la rue du Molinay.
Un chignon au-dessus de la tête, une jupe trois quart, des grosses chaussettes on n’en distingue plus très bien la couleur, parfois le petit orteil montre son nez, autour de la taille un tablier à carreau bleu et blanc. Toujours souriante, sourire qui laisse apparaître ses dernières dents.
Son homme, à Cockerill… il fait les pauses. 6-2, le matin il travaille, 2-10 le matin il dort jusque midi, 10-6 il rentrer pour aller dormir.
Que faire de sa matinée, Simone commence sa journée le matin à partir de 6 heures. Simone fait son petit ménage, balaye son trottoir en chantant et c’est ici que tout à commencé. Les voisines, il y a Georgette une Ardennaise à droite, à gauche Anna l’Italienne, en face Marieke la flamande. Je vous assure que quand elles se parlent d’un trottoir à l’autre… les maris qui sont rentrés ne savent plus dormir. Alors c’est d’un trottoir à l’autre et d’un étage à l’autre que ça gueule. La police est intervenue plusieurs fois. La semaine dernière Simone a été emmenée, manu militari en combi, pour rébellion et injures à un agent dans l’exercice de ses fonctions.
Elle en est ressortie avec interdiction de faire le trottoir entre 6 heures et midi du lundi au lundi, ils n’ont ainsi oublié aucun jour. Vous vous rendez compte une fille sérieuse comme Simone, accusée de faire le trottoir, c’est une honte.
Rue Molinay ce n’est pas la rue Marnix. Simone ne s’en remettra jamais.
Depuis cette interdiction, chaque matin à 6 heures, Georgette, Anna et Marieke, se retrouvent chez Simone.
La première semaine elles papotent dans le corridor, Giovanni, le marie de Simone est réveillé.
La semaine suivante elles sont rentrées dans la cuisine.
La semaine après elles se sont assises dans la cuisine.
La semaine après, après la suivante, elles ont déjeuné ensemble.
La semaine après après après la suivante la moitié de la rue va prendre « Son P’tit D’jes chez Simone »