Deux petits chats-d’orage

23h48.
Deux petits chats dehors.
Par temps d’orage, je compte les crocodiles comme d’autres comptent les moutons.
Le rose, le bleu et le blanc se disputent le ciel tandis que les coups de tonnerre grondent au dessus de ma tête.
Ça grogne, ça éclate. Dehors, les éclairs illuminent tant le jardin que les intérieurs.
Deux.
Deux petits chats dehors.
Deux autres à l’intérieur.
Une heure passe et repasse. Couchée, je ne dors pas. Et je compte les crocodiles comme d’autres comptent les moutons.
25, un paquet de crocodiles… je pense à me rendormir.
20, 15, 10. Ils reviennent. Les crocodiles se rapprochent. Menaçants. Gueules ouvertes. Gorges déployées. Dents acérées.
Deux petits chats dehors.
7, 5, 3. Je ne me rendors pas. Impossible.
Minuit dix. Ils sont là tout proches. Flash et crack ! Il est là pile au dessus de nous. Le crocodile est un monstre. Un monstre bruyant. Il est en colère. Il pleure. Il crie. Il hurle. Sa queue fouette les arbres. Immensité, il trône et maîtrise les éléments en fureur. À grands coups de zebrures, il nettoie les extérieurs, il déchire le silence.
Flashs et éclats lumineux à répétition. Les crocodiles sont regroupés et dansent parmi les étoiles apeurées. Ils chantent à tue-tête, couvrent mes appels.
Deux petits chats dehors.

Un chat à l’intérieur. Tout contre moi, sursaute. Il se décolle de mes jambes alors que ça claque au-dehors.
L’autre est couché en bas, face à la porte vitrée. Besoin d’être rassurée. Câlins et ronrons dedans, valse de lumières dehors.
Le bruit assourdissant vibre dans mes tympans.
La pluie, le vent frappent les fenêtres, secouent les parasols, inondent mes pensées, fouettent mes craintes.
2 petits chats dehors.
Je ne compte plus les crocodiles mais égraine le temps violent.

Il pleut, il cogne sur les vitres comme autant de sanglots libérés, expulsés, déchirés.
00h41 les mots frottent ma tête dans un froufrou désordonné. Ils chuchotent et se bousculent gentiment. Ils demandent à sortir. À vivre. À exister de leur côté.

Deux petits chats dehors poursuivis par des crocodiles juvéniles.
Les petits chats ne sont pas là. Ils ne se montrent pas. Je ne leur en veux pas. C’est leur choix.
Bientôt une heure du matin. Vont-ils bien ?
Les petits chats ne sont toujours pas ici.
Les crocodiles sont partis aussi.
Ne laissent derrière eux qu’une trace imaginaire. Un rêve. Des images. Des mots.
Et la pluie. Leurs sanglots longs et bruyants.

L’orage est terminé. La pluie continue à tomber. Il est temps de se recoucher. Et de ne plus compter. De ne plus penser. De ne plus rêver. Il faut à présent me poser. Me reposer. Ne plus rien imaginer. Me fermer aux doutes et aux espoirs pour laisser le sommeil me gagner.

Je compte les moutons quand les crocodiles reviennent ! Pas le temps de les voir arriver ni de les compter. Subitement. Soudainement.
00h58 ça recommence ! Les crocodiles sont roses et reviennent pour la dernière danse effrénée… endiablée.
1h00.
Deux petits chats dehors et un crocodile à la traîne.

Photo personnelle de l’année dernière

Une histoire à partir de trois mots

L’écureuil en mots et en images

C’est en forgeant qu’on devient forgeron, dit-on. C’est en écrivant qu’on écrit des histoires et que l’imaginaire se débride.

Pour préparer un atelier d’écriture que je vais donner dans un foyer pour adultes en situation de handicap, je donne un exemple et je joue à mon propre jeu. Et voilà qu’avec trois mots, cette histoire vient de prendre vie dans ma tête. Une histoire, un personnage (moi), et deux ou trois animaux pour ne pas changer.

Et pour illustrer cette historiette, des images issues de mes applications coloriages sur mon gsm ;-)

Les mots « écureuil » et « kilomètre » proviennent des mots de mon acrostiche NOM + PRÉNOM. « Aurore » vient du nom d’un papillon. Dans les papillons que j’ai choisis, il y avait « Aurore, Citron, Tortue, Paon », car leur nom peut aussi vouloir dire autre chose. Un mot, deux significations. Un mot, deux identités.

 Écureuil – Kilomètre – Aurore

Ce matin, quand je me suis levée, j’ai croisé un écureuil. L’aurore venait de se réveiller elle aussi, le ciel était parsemé de petits moutons gris souris sur un fond unis rose bonbon. Je faisais ma balade matinale quand une petite boule de poils rousse m’a dépassée à la vitesse de l’éclair. J’ai à peine eu le temps de lui dire bonjour, que l’animal était déjà presque en dehors de mon champ de vision.

  • Mais où cours-tu ainsi ? Tu as le feu à ta queue en panache ? Les questions, c’était plus à moi que je me les posais, car bien sûr, l’écureuil n’allait pas me répondre et puis de toute façon, il était déjà bien trop loin pour les entendre.

Aussi, quel ne fut pas mon étonnement quand, deux cents mètres plus loin environ, un autre écureuil, ou le comprendrais-je plus tard, le même, me parla et me dit en ces mots :

  • Non, pas le feu aux fesses, mais je m’entraîne pour le marathon des quatre pattes.

Le marathon des quatre pattes ? Jamais jusqu’ici je n’en avais entendu parler. Des questions, j’en avais plein à lui poser à ce petit écureuil, mais il était déjà parti et n’était plus qu’un point roux au loin.

Bien plus loin, ignorant que ma balade suivait le même parcours que l’entraînement de l’écureuil, je remarquai la petite bête bien avant qu’elle n’arrive à mon niveau.

  • Quels autres animaux ? lui criais-je tandis qu’il passa au-dessus de moi, dans les airs, surfant sur les branches des arbres comme seuls les écureuils savent le faire.

Je savais que je n’aurais pas beaucoup de temps ni beaucoup de choix pour lui poser plusieurs questions, car il ne s’arrêta pas pour me répondre.

  • Tous les mammifères du quartier ! dit-il en haletant entre deux sauts.

Ainsi, la suite de ma balade fut plus lente. J’étais désormais attentive aux moindres mouvements, sur le sol, mais aussi dans les arbres ou les haies qui longent les maisons. Je supposais que l’écureuil avait un circuit bien prédéfinit et que je risquais donc de le croiser encore au moins une fois avant de terminer ma balade et de revenir chez moi. Je me demandais quels autres animaux j’allais bien pouvoir croiser quand j’entendis une petite voix fluette chanter :

  • Un kilomètre à pattes, ça use, ça use, un kilomètre à pattes, ça use les coussinets.

Une minuscule souris, peut-être bien une musaraigne, trottait d’un bon pas en rasant les haies et les murs des maisons, à ma droite. Tout à coup, la toute petite bestiole au long museau pointu passa à la vitesse supérieure et fonça tête la première dans le premier trou qui se présenta à elle. En cause, l’arrivée silencieuse de Maître Velours, un chat ! Celui-ci s’arrêta face au trou et dit à la musaraigne :

  • Voleuse ! Tu peux pas chanter cette chanson, t’as pas de coussinet !

La voix du chat était grave, son miaulement énervé. Même sa queue se balançait de manière sèche, par à-coup. Ce chat était clairement irrité par le comportement du petit insectivore. Pour venir en aide à la petite bête, je m’adressai au chat :

  • Bonjour joli minou. Que vous êtes beau, si votre langage ressemble à la beauté de votre pelage, je vous nomme Prince des Poilus Domestiques de ce quartier.

La flatterie n’était pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Le chat se détourne du trou de souris, fait demi-tour, s’assied d’une manière très élégante en entourant ses pattes avec sa queue fine et lustrée. Puis, il lève sa tête. Ses moustaches frisent sous les compliments. Son regard est droit, fier. Je le caresse sous le menton, plaisir extrême à beaucoup de félins et continue à lui louer ses qualités. La musaraigne en profite pour se carapater sans demander son reste, poursuivant son entraînement de marathon désormais aussi muette qu’une carpe.


Des histoires où il y a un ou des écureuil(s), j’en ai quelques-unes à la maison. Les deux grands albums « Au lit mon petit » et « Mon amie la Lune » appartiennent à mes enfants, ils étaient abonnés à l’école maternelle, une excellente sélection pour les tout-petits (et leur maman :-) )


Chez nous, en Belgique, nous pouvons voir plusieurs sortes d’écureuils, mais le seul à être indigène « bien de chez nous », c’est le grand roux avec sa queue en panache. Tous les autres sont exotiques, importés ou provenant d’un lâché (volontaire ou accidentel) d’animaux domestiques; les NAC ou Nouveaux Animaux de Compagnie…

Pour plus d’infos sur les écureuils, en Wallonie, clic ici

Il était une fois un conteur passionné par les marionnettes

Interview de Roger Janssen,
Président de La Maison du Conte et de la Parole de Liège

Lors d’un après-midi d’été, un petit lutin devait se glisser dans le jardin de Roger. Le petit lutin cherchait du rêve, de la magie, des histoires à raconter, à partager. Et tout ça, il l’a trouvé ici. Voici son histoire.

Le petit lutin espiègle passe par la boîte aux lettres. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La fenêtre donnant sur le jardin est pourtant grande ouverte. Mais le coquin a voulu prendre un autre chemin, pour surprendre des secrets et surtout pour qu’on ne le surprenne pas, lui !

Ni vu, ni connu, ni même entendu, le petit lutin saute sur le sol carrelé du hall d’entrée. Déjà, là, son voyage promet d’être extraordinaire : des marionnettes par-ci, par-là, en haut, en bas, l’observe. De gentils pantins aux regards malins et aux sourires bienveillants, pas du tout méchants. Si, si, même pour le loup !

Après quelques pas, le petit lutin trouve une porte ouverte à sa droite. Il entend des voix. Discrètement, sur la pointe de ses chaussons pointus, il se glisse sous une chaise puis sous un meuble. De là, il peut tout entendre et surtout tout voir, sans être vu. Hypnotisé par les centaines de marionnettes de toutes les tailles, de toutes les formes, de toutes les couleurs, de toutes les matières, il se couche sur le ventre. Les coudes sur le sol, il pose son menton au creux de ses deux mains et se laisse emmener au pays de Roger et de son épouse.

« … il y a ici plus ou moins 300 marionnettes de 20 pays différents ! La collection a débuté après ma pension, en 2003-2004. Oh non ! Je ne suis pas marionnettiste mais quand j’avais une dizaine d’années, j’ai reçu pour mon anniversaire, un vrai théâtre. Sans doute cela a-t-il été le début de cette passion. Je suis toujours émerveillé par tout le travail que cela demande, d’une précision, d’une manipulation extraordinaire. Quand je conte, j’en utilise parfois, surtout dans les écoles, avec les enfants. De temps en temps, je fais aussi des expositions.  

(…) Avant, j’étais éducateur et je passais mon temps avec les enfants, leurs parents, les familles. C’est une de mes filles, qui travaillait dans une école des devoirs, qui m’a soufflé l’idée de devenir conteur. Je craignais tellement d’être en manque de contact à ma retraite… Quelle belle idée elle a eue ! J’ai entamé ma première formation à Chiny, avec Yvan Couclet et Etienne Piette, de La Maison du Conte et de la Parole de Liège. Après trois jours de formation, il y avait deux jours de contes, de mise en pratique. C’était en 2004. Depuis, je me suis senti tellement bien accueilli à la Maison du Conte avec une ambiance un peu familiale que j’ai été de suite régulier dans les veillées du 7 qui se faisaient en Pierreuse.

(…) J’ai tellement aimé cette formation que 18 ans plus tard, en juillet dernier, en 2022, j’ai remis le couvert : formation à Chiny avec les mêmes formateurs. C’était extraordinaire. »

Le petit lutin a les yeux qui brillent. Il a bien fait de faire sa halte ici, à Seraing. Il sent qu’il va avoir un tas d’histoires à raconter au village, un tas d’histoires à ramener, à partager avec son petit peuple féérique.

Le petit lutin change de position, il se met sur le dos, les bras derrière la tête. Pour mieux voyager. Pour mieux rêver. Pour mieux s’évader.

« (…) Ce que j’aime dans le conte, c’est de raconter une histoire qui existe déjà, mais à ma façon. Avec mon imaginaire. Avec ma voix. Avec mes idées.

Je me souviens d’un conte que j’ai travaillé en formation avec notre regrettée Michelle Dispa : « La petite grand-mère ». C’est sans doute le conte que j’ai le plus travaillé, qui a le plus de vies, que j’ai conté le plus de fois et qui me plait le plus. « La petite grand-mère » raconte l’histoire d’un loup qui veut attaquer la grand-mère dans sa maison. Mais la grand-mère n’est pas seule. Elle est entourée d’une foule d’objets vivants qui la défendent. Dans ce conte, il y a des répétitions et je crois que c’est ça qui plaît aux enfants. Au fil du conte, les enfants en viennent même à dire la suite, grâce aux répétitions. C’est une histoire pour laquelle j’ai grand plaisir et beaucoup de bonheur à conter. »

Le petit lutin s’imagine très bien la scène avec une casserole, des couverts, un tableau qui pourchasse le loup sans répit et la grand-mère qui sourit, tranquillement. Une grand-mère un peu espiègle peut-être même qui rirait doucement dans son châle.

« (…) Il y a deux lieux où je me rends toujours : le marché du monde à Seraing, qui chaque année, le 11 novembre, organise des activités. Cette association qui organise ce marché et dans laquelle je suis bénévole, s’occupe des immigrés. Le second lieu est une autre association qui organise, chaque année également, début août, un camp. Ce camp, pour une quinzaine d’enfants placés par le juge, est une véritable bulle d’oxygène. L’animateur m’appelle chaque année, et chaque année, j’y viens avec mes contes et mes marionnettes. »

A ces mots, le petit lutin se remet sur le ventre et observe à loisir toutes les marionnettes accrochées ici et là aux murs et d’autres posées sagement sur un meuble, une table, un fauteuil. Il se perd dans cette contemplation et n’a pas réalisé immédiatement que Roger continue de raconter une histoire. Une autre.

Une marionnette du Togo !

« (…) Je pense qu’aujourd’hui, il y a beaucoup plus de troupes de conteurs qu’avant. Mieux admis pour adultes, les mentalités changent, le conte n’est plus réservé qu’aux enfants.

Pour moi, le conteur doit aimer son histoire et avoir envie de la partager. Partager une histoire, c’est bien plus que raconter, c’est transmettre quelque chose, c’est dépasser le spectacle. Surtout, ne pas rester sur l’écrit. Sinon, on reste figé dans le texte. D’ailleurs, moi, je ne relis ni ne répète un conte. Quand je choisi un conte, je note quelques idées et je regarde (dans ma tête) si je connais l’histoire. Si c’est ok, je la conte.

(…) Et oui ! Moi aussi, j’ai toujours le trac avant de « monter » sur scène. je ne sais pas comment je fais pour le gérer, mais je dirais qu’une heure ou deux avant de conter, je sens la petite boule au ventre, mais dès que j’entends mon prénom, je me lève et hop ! Plus rien ne compte que le conte. Tout va bien. La présence de mon épouse (qui donne des formations sur la dentelle) ml’aide. Mais elle ne sait jamais ce que je vais conter à l’avance. »

Le petit lutin rigole dans ses petites mains. Son rire fait diling diling comme un carillon. Il rigole, mais il admire cet homme qui ne répète jamais un conte avant de le dire devant son public. Tout est dans sa tête et à chaque prestation, l’histoire change. Le conte vit et se peaufine, s’affine, s’affirme.

Le petit lutin se demande s’il doit aussi être le Président de son village pour pouvoir raconter aussi bien que Roger. Et, aussi étrange que cela puisse paraître, voilà que l’homme parle en deux-trois mots de son rôle de Président à La Maison du Conte et de la Parole de Liège.

« Cela doit faire à peu près 3 ans que je suis Président. Mon job, c’est un peu celui d’un chef d’équipe qui a pour principale tâche de préserver la cohésion du groupe et l’intercommunication entre les membres. Dans ma façon de faire à moi, c’est de laisser à chacun le pouvoir de faire ce qu’il a envie de faire. Je ne suis pas pour établir un programme et obliger à s’y tenir. Chacun a la possibilité de s’exprimer et de proposer, le tout est de garder une ligne de conduite. »

Le petit lutin qui est un peu moins jeune que Roger s’assied en tailleur et se plonge dans une réflexion profonde. La pointe de chacune de ses deux oreilles frétille, comme à chaque fois que ce petit lutin réfléchit. Mais, très vite, il est tiré de cette introspection, car la voix de Roger l’emmène déjà vers un autre voyage avec un conte particulier qu’il a écrit à une occasion spéciale.



Raconter

Offrir

Grande famille

Enchanter

Rêver


Roger et son épouse

Les P’tits D’jes chez « Simone »…

Vous connaissez Simone ?

C’est une petite dame bien de chez nous… de la rue du Molinay.

Un chignon au-dessus de la tête, une jupe trois quart, des grosses chaussettes on n’en distingue plus très bien la couleur, parfois le petit orteil montre son nez, autour de la taille un tablier à carreau bleu et blanc. Toujours souriante, sourire qui laisse apparaître ses dernières dents.

Son homme, à Cockerill… il fait les pauses. 6-2, le matin il travaille, 2-10 le matin il dort jusque midi, 10-6 il rentrer pour aller dormir.

Que faire de sa matinée, Simone commence sa journée le matin à partir de 6 heures. Simone fait son petit ménage, balaye son trottoir en chantant et c’est ici que tout à commencé. Les voisines, il y a Georgette une Ardennaise à droite, à gauche Anna l’Italienne, en face Marieke la flamande. Je vous assure que quand elles se parlent d’un trottoir à l’autre… les maris qui sont rentrés ne savent plus dormir. Alors c’est d’un trottoir à l’autre et d’un étage à l’autre que ça gueule. La police est intervenue plusieurs fois. La semaine dernière Simone a été emmenée, manu militari en combi, pour rébellion et injures à un agent dans l’exercice de ses fonctions.

Elle en est ressortie avec interdiction de faire le trottoir entre 6 heures et midi du lundi au lundi, ils n’ont ainsi oublié aucun jour. Vous vous rendez compte une fille sérieuse comme Simone, accusée de faire le trottoir, c’est une honte.

Rue Molinay ce n’est pas la rue Marnix. Simone ne s’en remettra jamais.

Depuis cette interdiction, chaque matin à 6 heures, Georgette, Anna et Marieke, se retrouvent chez Simone.

La première semaine elles papotent dans le corridor, Giovanni, le marie de Simone est réveillé.

La semaine suivante elles sont rentrées dans la cuisine.

La semaine après elles se sont assises dans la cuisine.

La semaine après, après la suivante, elles ont déjeuné ensemble.

La semaine après après après la suivante la moitié de la rue va prendre « Son P’tit D’jes chez Simone »

Vous connaîtrez la suite le mois prochain.

Roger Janssen

Être ailleurs et maintenant grâce aux mots

Les mots écrits, dits, vivants, d’encre et de papier ou de pensée sont puissants. On ne le dira jamais assez, mais lire et écrire sont des thérapies, des refuges, des amis, des voyages, des médicaments, des confidents.

Mon médecin s’étonne que j’ai toujours une tension basse. Mais comment voulez-vous que cela en soit autrement avec 4 chats à la maison et deux heures de lecture par jour (rires). La ronronthérapie, je la pratique quotidiennement. Caresser un chat permet à l’humain de diminuer sa tension artérielle, de se relaxer, de baisser son rythme cardiaque, de réduire le stress. Ces propriétés pas si magiques que ça, on les retrouve dans la lecture. Lire 6 minutes par jour permettrait tout ça (lire 6 min/j réduit le stress de 68%). Alors, imaginez-vous avec deux heures de lecture + des câlins à mes chats : zéro stress, plus aucune tension, ou juste le minimum pour vivre calmement :-)

Ces dernières semaines, je lis énormément. Dès qu’un livre me plait, je lis dès que je le peux, n’importe où, n’importe quand et généralement, après deux ou trois jours (moins de deux heures parfois), le livre est fini. Je ne laisse même pas l’histoire reposer en moi 24h que j’entame déjà un autre livre. Mes lectures sont variées, ça va de la littérature jeunesse, en passant par un policier, thriller, feel good, développement personnel, etc. Mes objectifs quand je lis sont l’évasion, la déconnexion totale, l’espoir, l’intrigue, la curiosité et l’apprentissage. Il m’est arrivé de lire 20 ou 70 pages et de refermer le livre, car pour une raison ou une autre, je ne « rentre » pas dedans. En fonction de ce que j’ai ressenti en lisant ces quelques dizaine de pages, le livre rejoint la pile « à donner » ou « à vendre », celle pour ma fille qui lit aussi beaucoup ou ma PAL (Pile À Lire).

En me plongeant dans ces univers et ces mondes pour la plupart imaginaires, fantastiques, inventés mais pas si déjantés que ça, je ne suis plus « ici et maintenant ». Je suis plutôt ailleurs. Je n’ai jamais pris de drogue, je n’ai jamais été saoule, mais quand je suis prise dans un livre, cela me procure un effet étrange. Je plane, je suis vraiment ailleurs, déconnectée de ma vie réelle, tout en y gardant quand même un pied sur la Terre ferme. Et j’ai ressenti, je le ressens encore maintenant, cet état où je plane à moitié, à chaque fois que je me plonge dans une lecture.

Mais attention, cet état bien que plaisant est dangereux également. En effet, vivant à moitié dans une fiction consciente, quand je lis quelque chose de réel, de triste, ça me percute à une vitesse incroyable. Cela me touche en plein fouet. Mon hypersensibilité n’a plus de filtre, plus d’armure. Une gifle. Une claque. Un choc.

Les mots ont plusieurs vies. Il y a les mots que l’on lit. Les mots que l’on écrit. Les mots que l’on entend. Les mots que l’on dit. Les mots que l’on pense. On peut jouer avec eux, les faire chanter, les faire rimer, rythmer, danser. On peut les découper, les coller, les inventer. On peut aussi les oublier, les cracher, les chuchoter, les taire. On peut s’en souvenir, on peut en inventer, en créer. Oui, on peut faire tout cela avec les mots.

D’ailleurs, combien de fois n’ai-je pas lu « mort » pour « mot ». Ou panser les maux par les mots.

Les mots peuvent en effet tuer. Les mots peuvent aussi guérir, soigner, sauver.

Dans mon boulot, mes mots sont mes amis. Tantôt, ils représentent un nom (de personne, de médicament, de maladie), tantôt, ils sont les messagers d’une douleur, d’une souffrance, d’une question. Dans mon boulot, oui, les mots peuvent soigner les maux, mais ils peuvent aussi faire beaucoup de mal. Lire, entendre que l’on a découvert une maladie, faire part d’un décès (naturel ou non), s’inquiéter pour la vie d’une personne que l’on aime, c’est difficile.

Alors, moi, pour ne pas rester avec ces MoMo (Mots-Maux), j’écris. Même si personne ne me lis (l’avantage des milliers (millions ?) de blogs existants, on peut passer inaperçu sans problème), le simple fait d’écrire, de voir ces mots, mes mots, mémos, sortir de ma tête, de les lire sur mon écran blanc d’ordinateur, m’aide à m’exprimer. Il ne faut pas garder ces choses qui font mal en dedans de nous. Et quand je n’ai pas envie d’écrire, je lis. Je lis pour penser à autre chose. Je lis pour oublier. Je lis pour m’évader. Je lis pour m’échapper. Je lis pour vivre d’autres vies. C’est là que je me rends compte que je lis beaucoup en ce moment pour fuir une réalité. Réalité d’une guerre, réalité de violences quotidiennes, réalité d’un monde que je n’aime plus, réalité d’un futur inquiet pour mes enfants, réalité d’une économie qui va tuer des gens, réalité d’un espoir éteint.

Retour aux sources par un chemin de traverse

La vie est faite de petites (et de grandes) coïncidences !

Voici d’ailleurs une sage réponse de notre ami Nasreddin Hodja, dans son conte intitulé « Un conseil d’ami« :

 » Venus l’interroger dans l’espoir de trouver des réponses à leurs questions, des hommes se présentent devant Nasreddin.

Quelle est la chose la plus précieuse au monde ? lui demandèrent-ils.

C’est facile ! Un conseil d’ami n’a pas de prix, répond Nasreddin.

Et la chose qui a le moins de valeur ?

C’est aussi un conseil d’ami, répond-il à nouveau.

Devant l’étonnement de la troupe, il s’empresse d’ajouter :

Le conseil d’un ami peut s’avérer sans prix s’il est suivi. Par contre, il est sans valeur si on n’en tient pas compte. »

J’aime dire « C’est quand tu ne cherches pas, que tu trouves ». Cela a été souvent le cas pour mes jobs, pour des rencontres, pour des observations d’histoires naturelles, pour l’arrivée de nos (mes) chats à la maison, etc.

Je vais bientôt rencontrer de nouvelles personnes, dans un cadre particulier, pour faire quelque chose de particulier, avec et pour elles.

Ce que je m’apprête à faire, c’est un peu comme les contes : j’ai toujours imaginé faire cela un jour, dans un tel cadre, avec un tel public, mais je n’ai presque jamais osé franchir le pas, demander, proposer… souvent sentie illégitime pour aller jusqu’au bout de mes idées, de mes envies. Parfois, quelques mots d’encouragements ont manqués. Parfois, un soutien espéré a tardé à se manifester. Quelques fois aussi, j’ai dû essuyer des critiques causées par tantôt de la jalousie, tantôt par incompréhension, ou encore par malhonnêteté. Toutes les excuses sont bonnes pour tenter d’expliquer pourquoi je n’ai pas fait ceci ou cela.

Peut-être attendais-je seulement le signe, le bon moment, le bon contact ?

Mais force est de constater que j’ai toutes les cartes en mains, aujourd’hui, pour réaliser non pas un rêve, mais un projet qui me tient à cœur.

Certes, ce n’est pas ça qui va payer le loyer dirait mon amoureux. Non, ni les factures, ni les livres que je n’arrête pas d’acheter avec (son) argent 😄 mais ça va me donner une bouffée d’oxygène, ça va me donner de bons moments à partager, ça va me booster dans mon énergie et ma créativité. Cela ne me coûtera rien, car quand même, je serai rémunérée pour faire cela et mes frais annexes seront remboursées. Et surtout, je vais pouvoir progresser dans ce domaine, acquérir de l’expérience, envisager d’autres activités comme celle-ci.

Savoir profiter de l’instant présent n’a jamais eu plus de sens que maintenant. J’ai un job à temps partiel que j’aime et qui paye le loyer. Mon amoureux a un job qu’il aime et qui nous permet de payer toutes les factures, nourriture et loisirs de toute la famille. Autant continuer sur cette voie qu’est de joindre l’utile à l’agréable. 🥰

J’aime les routines, mais j’apprécie encore plus les événements, rencontres et activités ponctuelles qui me poussent à sortir de ma zone de confort. Ceci pour ne pas m’endormir sur mes lauriers. Pour progresser. Pour approfondir mes connaissances. Pour partager. Pour me surpasser.

Ce que je vais faire est un peu comme un « retour aux sources », si ce n’est qu’aujourd’hui, la (re)source, c’est moi. Avant, j’ai reçu. J’ai pris. J’ai puisé. Ca m’a porté, transporté. 25 à 30 ans plus tard, je partage, je donne, je transmets.

Cet acte, ces rencontres m’ont nourrit, m’ont soignée, m’ont sauvée.

Un juste retour des choses pour les autres.

Ce n’est pas le chemin habituel. Mais rien n’est « normal » chez moi et ce sont ces différences qui font ma-notre-richesse et force !

J’étais sur ce même genre de petit nuage il y a 3,5 ans. C’est maintenant, quand j’écris tout ça, que je le réalise ! Je suis tombée bien bas. Ça m’a fait mal. J’ai souffert. J’ai fait confiance et je me suis confiée à une personne. Trop vite. Trop bête (naïve) j’étais. Heureusement, ce n’est pas tout à fait la même chose ici. Cadre différent. Objectifs différents. Contrat différent. Et je suis seule, pas de binôme. Pas de multiples déplacements. Liberté bien plus grande dans tous les domaines : thèmes, animations, durée, temps, matériels, investissement personnel. 😉

Le livre que je lisais au moment où une connaissance m’a envoyé sa question par message’air 😁
Mon carner personnalisé pour l’occasion

La Tourterelle turque : en mots et en images

Avant-hier, j’ai eu le grand plaisir de voir en direct, le nettoyage minutieux et attentionné d’un couple de Tourterelle turque. J’étais assise sur ma chaise, au salon, devant les fenêtres. Devant les deux fenêtres qui se trouvent juste au-dessus de la porte d’entrée, un arbre. Devant l’arbre, l’avenue. Devant l’avenue, d’autres maisons.

L’épisode m’a tenu émerveillée durant une bonne demi-heure. Je ne me lassais pas de les observer, à moitié cachés parmi les feuilles, avec une fenêtre entre nous et quelques deux ou trois mètres tout au plus.

Les dix premières minutes, je n’ai rien fait d’autres que les regarder. Puis, comme je voyais qu’ils restaient là, tranquillement, j’ai sorti mon appareil photo, un hybride avec un grand zoom. C’est là que je me suis félicitée d’avoir enfin nettoyé mes fenêtres pour pouvoir prendre des photos sans trop de crasses (rires) sur les images.

Les Tourterelles font partie de la famille des colombidés, famille qui regroupe les pigeons et les tourterelles avec quelques 350 espèces. Ce sont d’ailleurs mes « pigeons » préférés. Je les appellent toujours « belles demoiselles », qu’ils soient mâles ou femelles. Elles sont délicates, un plumage doux, unis, de magnifiques yeux rouges hypnotiseurs, un roucoulement agréable, un vol que j’aime contempler…

L’on confond souvent la Tourterelle avec une colombe. Pour faire un peu d’étymologie, voici ce que dit mon livre de chevet « L’étymologie des noms d’oiseaux », de Pierre Cabard et Bernard Chauvet :

 » Le nom tourterelle vient du latin turtur d’origine onomatopéique (il faut prononcer tourtour). (…) En vieux français, on trouve tortre, tourte et tourtrelle. Signalons qu’en latin, turturella signifie « homme efféminé ». De turtur, outre tourterelle, sont nés l’anglais turtle, l’allemand Turtel et l’espagnol tortola.
L’anglais turtle désigne non seulement les tourterelles mais encore les tortues marines (…). Tortue vient du bas latin tartaruca (qui appartient au Tartare), c’est-à-dire l’enfer !
Comme on le sait, les tourterelles (confondues avec les colombes) sont symboles de fidélité du couple.

Streptopelia decaocto –> Tourterelle turque
Streptopelia vient des mots grecs stréptos (collier) et péléia (le pigeon ramier). Il s’agit du demi-collier noir.
Decaocto signifie dix-huit. L’origine de l’attribution de ce chiffre remonte à un mythe grec. Une servante, accablée de travail et payée dix-huit pièces par an, suppliait d’être débarrassée de sa tâche. Les dieux l’entendirent et la changèrent en tourterelle. Depuis, elle fait retentir à tous les échos sa lugubre plainte : « hou, hou, hou« . Quand elle chante ainsi, on dit en français que la Tourterelle gémit. (…) cri de l’oiseau, trisyllabique avec accentuation de la deuxième syllabe (…)
Turque, car la Turquie est son origine. Elle est protégée en pays musulman car on pense qu’elle dit ses prières en chantant à heures fixes comme un bon croyant.
On sait que cette tourterelle a envahi l’Europe depuis 1930, où elle est maintenant sédentaire. Seul l’anglais n’indique pas sa provenance et préfère tourterelle à collier. L’italien choisit une voie complète avec tourterelle orientale à collier. »

Février 2019, au fond de notre jardin, de l’autre côté de la maison

Pour en savoir plus sur la belle demoiselle qu’est la Tourterelle turque, clic pour aller sur le super site de oiseaux.net.

Photos ci-dessus, au refuge Animal sans toi…t

Voyez la construction de son nid : un enchevêtrement (sommaire) de branches et de brindilles. Ce nid peut être construit n’importe où : entre des câbles, dans une jardinière sur une terrasse, au-dessus de lampadaires de rues ou plus classiquement, dans un arbre :-)