La neige

Dans le soleil, sur fond de neige immaculée, une tache orange. Un rouge-gorge sautille de branche en branche. Un deuxième arrive près de lui. Lequel en premier se met à chantillonner ? Siffler doucement. Un roucoulement aigu, qui roule et qui chante. Qui rebondit dans ce silence hivernal. Il n’aurait pas dû. Le chanteur est chassé. Les deux oiseaux sont au sol et des coups de pattes et de bec sont donnés. Ils roulent littéralement dans la neige. J’ai froid pour eux.

Le conflit semble terminé. Ils remontent dans l’arbre, non loin du sol. Mais ils n’ont pas dit leur dernier mot. La scène recommence. Course poursuite dans les airs, se posent au sol, les pattes tendues, les ailes dans la poudreuse fraîche et lumineuse.

Un samedi matin pas comme les autres.

En Belgique, Liège, nous n’avons pas souvent autant de neige. Alors, autant en profiter. Marcher comme sur de la glace. À petits pas. S’arrêter pour observer. S’arrêter pour ne pas glisser. Et sourire aux oiseaux.

Écrire d’après 5 mots

6 dés ont été lancés avec l’application « Story Dice ». Deux sont les mêmes. Je prends donc ces cinq mots et j’écris une petite histoire. Sans l’aide de l’IA, of course. Moi, mon imagination et mon histoire.

  • Livre
  • Vélo
  • Marteau
  • Cloche
  • Araignée

Ce matin, je suis allée en vélo jusqu’à la petite librairie de mon quartier. Je cherchais un livre sur les techniques non mortelles pour chasser une araignée de ma maison. Voilà près de dix jours qu’une araignée d’horrible belle taille s’est installée au plafond de mon salon. Elle ne fait pas de bruit, elle ne fait pas de tache ni de dégâts, mais elle est énorme. Grande, ronde, toute noire avec au moins autant d’yeux qu’elle a de pattes, si pas davantage ! Si je ne m’encours plus dès que j’en vois une, il ne faut pas exagérer ! Elle pousse bobone dans les orties, là !

Sur le net, j’ai lu toutes les idées et idioties possibles. Rien ne vaut un bon livre pour me garantir du sérieux de la chose. De la chose, de la chasse.

C’est dans cette petite librairie naturaliste que j’ai trouvé mon bonheur. Trente-six idées pour inviter une araignée à se carapater. C’est le titre du bouquin. Je n’invente rien. Heureusement, ce livre ne parle pas d’écrabouiller ces petites bestioles. Sur le Net, dans un forum, j’ai lu des inepties telles que « tuer une araignée avec un marteau », y en a qui sont complètement timbrés.

Au chapitre sept, il y est fait mention d’une légende qui raconte que les araignées sont sensibles au son d’une cloche d’église de village. Il paraît, c’est la légende qui le dit, qu’au treizième coup de cloche, un jour de pleine lune, que toutes les araignées à six cent soixante-six mètres à la ronde, deviennent folles. Au treizième dong, les bestioles prennent leur huit pattes à leur cou et s’en vont, cahin-caha, trouver refuge dans un trou éloigné de la maison, berceau de leur enfance. Sans prendre leur clic ni leur clac, on ne les voit plus dans ce périmètre.

Je réfléchis bien vite. J’habite dans un village. Il y a bien une église qui sonne toutes les heures du jour. Quand tombe la pleine lune ? Bientôt ? Est-ce que la maison rentre-t-elle dans ce périmètre de 666 mètres ?

Je me demande si je ne vais pas sortir pour mesurer. Histoire d’être sûre.

Prise dans cette idée loufoque et rigolote, je ne pense même pas à « maps Google » qui pourrait me donner la réponse, la distance. Et je ne fais même pas attention que je ne verrai probablement pas la pleine lune en plein jour. Et puis la cloche sonne treize heures en journée, pas la nuit.

Y aurait-il anguille sous roche ?

Les chiffres belges, une fois, mais pas deux

Ni une ni deux, je vais vous parler une fois de mon petit pays, de ses particularités, de ses perles langagières.

Je ne vais pas le crier sur tous les toits, mais plutôt vous le dire, d’accord, deux tons plus bas.

De rien (prononcé « deux rien »), ça me fait plaisir de vous faire voyager en stoemeling.

Promis, je ne vous raconte pas de carabistouille !

Allez, hein ! Je vous laisse, sinon après, je vais encore caffouiller.

Je suis au service de mes chats

C’est bien connu : ce sont les chats les maîtres du monde (lisez Bernard Werber, si ce n’est déjà fait, et vous comprendrez) !

Ne vous faites aucune illusion. Ce sont bien les chats qui choisissent leur serviteur, et non l’humain qui adopte un chat.

Ne croyez pas que les chats sont comme les bébés humains ou comme les chiens : adaptables, on peut les éduquer et les élever de façon à ce qu’il comprennent que le rythme de vie est diurne. Les chats sont des animaux nocturnes ET sauvages. Il existe des nuances pour certaines races, mais ce sont ces exceptions qui confirment la règle générale.

Il n’est plus à prouver que les félins sont des êtres intelligents, menteurs, joueurs, fripouilles.

C’est pour ça et pour tout un tas de raisons différentes qu’on les aime… ou pas.

Mais il y a un truc qu’ils n’ont pas et que nous, oui : se plaindre. Râler. Rouspéter. Se mettre en pétard. S’énerver la nuit.

Après plus de vingt ans à vivre auprès d’eux, avec eux, pour eux, je n’ai toujours pas compris la leçon. Au contraire, on dirait que j’aime me faire du mal. Certains penseront que je suis maso, je me plaignais déjà de mauvais traitements subis par deux chats, voilà que j’en ai quatre à présent !

La palme d’or revient incontestablement à Miss Héra. C’est la seule femelle du quator et la reine des emmerdeuses :

  • Championne d’évitement pour essuyer ses pattes boueuses,
  • Reine du réveil nocturne, par la création d’astucieux bruits horripilants (arrive au sommet, le CLAC CLAC émit par un élastique tiré avec les dents et relâché subitement)
  • Impératrice de la crotte qui pue, non recouverte, et émise dans le bac à litière, à l’intérieur, entre deux sorties dans le jardin
  • Princesse sensible qui refuse de rentrer alors qu’elle en a émis le souhait en frottant ses deux pattes avant sur la vitre de la porte. Précision : elle rentre quand elle en a envie, comment elle en a envie (souvent en boulet de canon, glissant au sol et salissant tout particulièrement les marchés en bois des escaliers sur lesquelles elle aime se reposer après une course folle), et de préférence quand c’est son copain humain préféré

Orion, troisième arrivé, le plus petit et plus léger du groupe arrive en deuxième position, avec une Moustache d’argent pour une seule action mais qui compte double :

  • Président câlin ronronnant de la nuit.. Par mauvais temps ou en cas de fatigue, Maître Orion s’endort à la maison. Entre minuit et deux heures du matin, il vient réveiller la servante la plus malléable, manipulable en sautant sur elle dans la nuit; ce faisant, il démarre le moteur à ronrons, la chatouille délicatement du bout de ses moustaches. Quand le sujet est réveillé, il descend l’escalier tel un hippopotame, puis se dirige vers la porte de sortie qui n’est pas pourvue de chatière (vitres). Au préalable, après s’être assuré que le service sera présent et actif, il remplit sa panse. Un Président de la nuit ne peut pas sortir le ventre vide. Un Président de la nuit doit montrer à ses sujets qu’il se nourrit. Un Président de la nuit ne mange pas les croquettes mises à volonté sans spectateurs. Durée du service : entre 10 et 15 minutes.
  • Le trait de caractère suivant ne rentre pas en compte dans le prix, mais il faut quand même que je le dise. Orion est un peu soupe au lait. Quand Loki, (voir plus bas) l’embête, comme il a rarement le dessus avec lui, Orion se venge sur… Miss Héra ! Une course poursuite est engagée, avec celui ou celle qui fera le plus de bruit dans les escaliers en sautant plusieurs marches. Parfois, des coups de pattes ou de dents se perdent. Ils crient et chahutent, de préférence quand la maisonnée est encore toute somnolente.

La Moustache de platine est réservée à Loki, le « petit dernier », le plus jeune ET le plus dominant. Son arrivée chez nous nous a été imposée par Maître Loki. Il n’y a pas de plus belle preuve de ce que j’explique au début de l’article : c’est le chat qui choisit son foyer. Son foyer ET son humain. Pourtant, il y avait déjà trois chats, mais ce défi de taille ne l’a absolument pas effrayé ni freiné dans son dessein.

Maître Loki excelle dans :

  • Maîtrise de son corps et de son espace. Il ne s’appelle pas Maître pour rien. On peut le caresser quand il l’a décidé et uniquement quand il l’a décidé. Ni avant. Ni après. Et pas trop longtemps. Il ne faudrait pas abuser des bonnes choses. Ses pattes sont chasse gardée. Si je veux lui couper les griffes, je vais chez le docteur vétérinaire et advienne que pourra. Essuyer ses pattes quand il revient trempé et boueux ? Vous n’y pensez pas ! Je tiens à mes doigts. Mais sur ce coup, il m’a expliqué qu’il tolérait que je le dépose sur un essuie à condition de l’apater avec de la nourriture pour qu’il reste dessus.
  • Maître séducteur. Quand il veut quelque chose, il l’exige. Il se frotte aux jambes, il s’intercale entre les pieds quand vous marchez, il parle tout en vous regardant bien fixement droit dans les yeux. Si le message n’est pas passé, vous n’avez rien compris et vous êtes stupide. (Si vous n’êtes pas tombé entre-temps)
  • Maître des chats qui fait régner sa loi dans la maison. Il ordonne. Il crie. Il s’impatiente. Il érige les lois. Les autres chats, souvent Orion, doivent jouer avec lui quand il le veut, et surtout, comment il le veut. Morsures de rappel si le camarade n’écoute pas attentivement. Par très mauvais temps, s’il débute sa nuit à l’intérieur, à minuit pile, il fait comprendre à celle qu’il a choisie, qu’il est temps de le libérer. Mais cet instant, heureusement pour la disciple, est assez rare, car sortir à minuit, pour Maître Loki, c’est un jeu. Il est l’inventeur du jeu chat-humain « attrappe-moi si tu peux ». Dessous de chaises, dessous de fauteuil, cachette secrète, endroit inaccessible pour la disciple, il les visite tous et s’amuse de voir sa servante lui courir après en pleine nuit. Ça c’est du jeu ! Après un temps que lui seul à déterminer, il fonce vers la sortie, sans un regard en arrière.

Sur le podium, il n’y a que trois places. Mon gros bébé Minos est hors catégorie. Savoureux et mystérieux mélange entre un chat et un chien, bébé Minos est franchement chadorable. Même âge que sa sœur Héra, même portée, il est plus grand et plus lourd qu’elle. Il est très amitieux, me considère comme son égal, cherche ma présence et mes câlins. Très farouche et trouillard avec tous les bruits environnants, il est néanmoins le premier et le seul à défendre son territoire. Malheureusement, comme il ne craint aucun chat (sauf Maître Loki), même celui qui lui a déjà donné des raclées et causé de sacrées blessures, il revient souvent abîmé. Heureusement, avec le temps, il sort moins souvent et moins longtemps. La seule chose qui m’embête vraiment chez lui, c’est qu’il aime autant les oiseaux que moi ! Encore une fois, heureusement que ce n’est pas souvent qu’il me ramène un cadeau pareil. Bon, pour tout vous dire, il a quand même reçu une petite médaille : ouvre porte indécis. En journée uniquement, quand je suis à proximité de la dite porte. C’est le champion du « je rentre ou pas » et des « je viens de sortir mais j’ai encore envie de faire un mini tour. Ou peut-être pas ».

Je suis une faible femme. Je craque toujours et me plie à ses désirs et lubies.

Abeilles d’hiver

Rien senti. Rien prévu. Les signes avant-coureurs étaient pourtant là : mauvaise nuit, mal au dos, dispute avec mon mari (pour une histoire de propriété de couette et de jambes trainantes) et vent violent sévissant et s’imiscant par les fenêtres ouvertes.
Tension palpable. À fleur de peau.
La faute à qui ? À quoi ?
La pleine lune n’est pas encore là. Je le sais, je l’ai vue hier et avant-hier, elle était au trois-quart pleine. Mes menstrues sont encore loin. Alors quoi ? Qui ? Pourquoi ?

Un regard par la fenêtre du salon. Il fait clair. Cela ne me mets pas la puce à l’oreille. Un insecte. Jaune et noir. Tout plat.  Une abeille entre. Puis une autre. La première, est mal identifiée. C’est un syrphe. Une espèce de petite mouche qui se fait passer pour une guêpe grâce à ses couleurs. Ce qui est étrange, c’est qu’elle se rapproche de la vraie abeille. Elle la suit. Elle veut lui tenir compagnie. Garde rapprochée. Couple improbable. Cette histoire d’amour impossible ne me choque pas plus que ça. Il faut de tout dans la nature. Pour la diversifier. Pour l’enrichir.
Soudain, des dizaines, des centaines d’abeilles sont dans le salon, à se bousculer par l’interstice de la fenêtre restée entrouverte. Ça bourdonne. Et ce bruit d’ailes, ce bizutement, m’inquiète. Me fait peur. M’angoisse. D’habitude, je ne crains pas les abeilles. Sauf quand elles tournent autour de moi, se posent sur moi. Leurs minuscules et fines pattes me fouille. Me tâte. Elles se collent à mes chevilles. Elles s’agglutinent sur ma peau sensible. Et là, c’est la frayeur assurée. Qui monte. Crescendo. La boule qui me tord le ventre grimpe dans mon corps : estomac, œsophage, trachée, cordes vocales. J’étais aphone juste avant. Un virus. Une laryngite qui me tient depuis des jours et des jours. Quand mon mari m’a poussée du lit sans ménagement, avec un grognement d’ours mal léché, j’ai râlé et rouspèté, mais en silence. Il n’a rien entendu, les boules de cires vissées dans ses oreilles chaque nuit faisant leur job. Là, le cri qui sort m’étonne. Clair. Net. Puissant. Affolant.
Et il acourt. Mon protecteur. Mon sauveur.
Moi, je suis devenue statue. Immobile. Les yeux agrandis par la frayeur. Les mains tremblantes. Les larmes ruisselantes. Le bourdonnement, le bizutement s’est arrêté pour laisser place à un silence de mort. Précurseur d’un terrible événement.
Les insectes posés et tranquilles sur mes pieds nus cogitent. Ils papotent. En silence dérangeant. Un conciliabule dont je suis exclue, moi leur victime qui n’ai pourtant rien demandé, qui ne leur ai strictement rien fait.
Mon mari est un peu désemparé devant la situation. Devant le nombre de bestioles. Devant le risque potentiel de multiples piqûres que je pourrais subir. Finalement, avec une douceur infinie qui le caractérise si bien, il ouvre en grand les fenêtres et, avec un objet que je n’identifie pas, invite les abeilles d’hiver, ces longues abeilles plates, jaune et noire, à s’en aller par la sortie dirigée.
Je crois qu’elles sont toutes parties, sans me piquer. Pas une seule ne m’a laissée un souvenir horrible de sa visite. Je peux respirer. Je peux souffler. Je peux m’effondrer. Mais il en reste deux qui trainent un peu. Les deux premières. Le couple improbable, le syrphe et l’abeille. Elles sont près de la fenêtre, et discutent. Comme si de rien n’était. Je les pousse un peu pour pouvoir refermer la fenêtre.

Incipit avec un livre

– Mademoiselle Bertignac, je ne vois pas votre nom sur la liste des exposés.

Première phrase du livre  » No et moi », de Delphine de Vigan.

Que vous ayez lu le livre ou non (ou vu le film), jouez le jeu et écrivez la suite.

Pourquoi l’adolescente n’a-t-elle pas mis son nom sur la feuille de papier qui précise les sujets des exposés qui vont être travaillés ?

  • Pas envie
  • Pas trouvé de sujet
  • Elle avait noté mais un ou une camarade a effacé son nom (et mis le sien à la place)
  • Pas le temps
  • N’ose pas dévoiler son sujet
  • Elle trouve que les exposés, c’est pour les bébés
  • Etc.

Les idées et les raisons ne manquent pas.

Bon amusement.

Et si vous n’avez pas lu le bouquin, je vous le recommande vivement !