Lipogramme en o, Le petit chaperon rouge revisité

Deuxième jeu pour Devenir Ecrivain.  But de ce jeu : faire un lipogramme en o (ne pas mettre de lettre « o » dans tout le texte) à partir du conte bien connu du Petit Chaperon Rouge. Pour ne pas « juste changer » quelques mots, je me suis amusée à garder le fond de l’histoire mais en changeant pas mal de choses… à vous de me dire si cela vous plaît ou  non. Dans tous les cas, je me suis bien amusée, c’est la première fois que je fais un lipogramme !

Il était un matin…

Une petite taupe, que j’appelais Taupi-Taupa parce que j’aimais bien ça, se baladait dans un jardin. Elle habitait la campagne ; elle aimait cela car il y avait des grands espaces et de belles superficies de terre qu’elle creusait avec énergie et entrain…

Taupi-Taupa avait une grand-mère très âgée qui vivait seule dans le champ du fermier, à dix minutes à pattes de chez elle.

Fin de matinée, la maman de Taupi-Taupa lui dit :

–          Ta grand-mère se fait vieille, très vieille, elle devient aveugle. Je lui ai fabriqué cette paire de lunettes ainsi que cette mini-canne rétractable. Tu veux être gentille et lui faire un prix ?

–          Bien sûr maman ! dit la petite taupe, ravie d’aider sa grand-mère.

–          Mais ne quitte pas le chemin des haies, papa a vu le chat gris se balader près d’ici.

–          Ne t’inquiète pas maman, je ferai très gaffe.

Taupi-Taupa jura de se méfier du chat puis, très heureuse, prit le petit panier avec dedans les lunettes et la mini-canne rétractable.

–          Ne traîne pas en chemin, ne bavarde pas avec le cheval, ni avec les fleurs ni même avec le vent, et reviens avant la nuit, l’averti sa maman.

La jeune taupe lui fit un gigantesque baiser humide sur le nez et partit en sautillant gauchement.

Mais, près de là, le vilain félin faisait les cent pas dans le champ. Brusquement, il vit l’enfant-taupe.

–          Miam, miam, j’ai de la chance, dit-il en salivant.

Le chat se lécha les babines en pensant au succulent dîner qu’il allait manger.

« Mais pas ici, la grand-mère risquerait d’entendre les petits cris plaintifs », pense-t-il.

Il se planta devant Taupi-Taupa.

–          Salut ! lui dit-il.

La petite taupe se mit à trembler en apercevant le prédateur, mais celui-ci reprit calmement :

–          Qui es-tu ?

–          Je m’appelle Taupi-Taupa, dit-elle sur ses gardes.

–          Et tu te balades seule, sans papa, sans maman  ? demande-t-il très gentiment afin de la mettre à l’aise.

–          Cela ne te regarde pas ! se défendit-elle vivement. Tu prends tes désirs pour la réalité… si tu penses que je vais te dire que je vais chez ma grand-mère tu te mets la griffe dans le nez ! lui crache-t-elle en pleine figure (mais la petite taupe n’est vraiment pas très à l’aise, elle espère qu’en criant, il va piger qu’elle ne va pas se laisser faire)

Le félin rit en silence. Il sait le chemin le plus rapide qui mène jusqu’au terrier de la grand-mère. Il lui lance un défi :

–          Tu veux faire un jeu ? Celui qui arrive en premier chez ta grand-mère gagne une friandise. Qu’en dis-tu ?

Taupi-Taupa, qui en est très friande, a une idée derrière la tête : creuser et éviter de rencontrer les arbres qui peuvent la ralentir…

Elle relève le défi :

–          Que le meilleur gagne, ricane-t-elle en creusant la terre.

La taupe a beau être très intelligente, elle est plus lente que le chat qui file à la vitesse de l’éclair. Il est vraiment supercat !

Ce dernier arrive chez la grand-mère rapidement. Il se faufile dans le terrier qui est vachement petit, saute sur la pauvre vielle taupe qui n’a le temps de rien distinguer, lui griffe si méchamment le derrière que la grand-mère prend les pattes à sa nuque et se réfugie dans sa cachette préférée : la cave à vins de l’humain, pratiquement entièrement immergée d’eau de pluie.

« Celui qui ne sait pas que les chats détestent l’eau, est un imbécile », pense la vieille taupe en priant afin que ce vilain Pacha ne la chasse pas davantage.

Aveugle et apeurée, la grand-mère ne dit plus rien. Elle chante dans sa tête, espérant que le chat, s’il la cherche jusqu’ici, se perde dans l’immensité de l’eau stagnante !

Taupi-Taupa arrive ensuite, haletante et de la terre pleine les griffes. Naïvement, elle s’imagine être la première. Ne prenant pas la peine d’enlever les crasses qu’elle a dans ses yeux fragiles, elle avance, tête la première, dans le piège.

Quand sa patte caresse le dessus de la tête du chat, elle s’écrie :

–          Aw ! Grand-mère, que tu as de grands rei-reilles !

–          Je t’entends mieux ainsi, dit le chat avec sa gueule béante.

La jeune taupe avance un peu et s’exclame ensuite :

–          Diable ! Que tu as de grands yeux ! Je n’en reviens pas.

–          Je suis devenue aveugle, chère enfant. J’ai beau écarquiller mes mirettes, je ne discerne plus une seule miette, dit le vilain félin prêt à refermer sa gueule sur sa victime.

–          Dis, j’hallucine ? Tu parles bien bizarrement…

–          En effet, ma délicieuse petite, je suis devenue allergique, j’ai un très vilain rhume.

A présent, Taupi-Taupa est à un millimètre des dents. Le museau de la taupe atteint l’extrémité d’une canine du chat.

Pic !

–          Aïe ! As-tu limé tes dents, mère grand ? demanda-t-elle en mettant une patte sur son museau blessé.

MIAAAW, lance le chat dans un cri de guerre. Je veux te manger, je VAIS te manger…. Miam miam… ah ah ah !

Clac ! Il referme sa gueule sur … de la terre !

Heureusement que l’enfant des humains est arrivé à temps. Sans cela, la pauvre Taupi-Taupa ne serait plus de ce jardin.

Pendant que le malheureux Pacha se fait câliner, caresser et trimbaler la tête à l’envers par le petit enfant, Taupi-Taupa essuya sa peur et alla chercher sa grand-mère réfugiée dans la cave.

Dans cet unique refuge des taupes malmenées, Taupi-Taupa fit jaillir les lunettes et la mini-canne fabriquées par sa maman.

–          Fichtre ! dit la grand-mère en mettant les lunettes sur le nez, une canne multi-tâches !

–          Et elle s’illumine même si tu le lui demande… maman exige dix vers de terre, c’est un sacré travail tu sais.

–          Dix ? J’suis de la famille, elle devrait diminuer le tarif ! râle-t-elle un peu.

–          J’ai quand même failli me faire manger, j’ai aussi risqué ma vie, cela en vaut bien la peine, n’est-ce pas grand-mère ?

–          Vu ainsi, je suis du même avis…

Monsieur Rouge-gorge a froid

– Papa, tu as vu ? Il neige ! Il neige pour Noël ! Ça, c’est la fête.- Oui, fiston, j’ai vu. Si tu veux, on peut faire un petit bonhomme de neige !

–  Oh oui, chouette alors ! »

 Alors que Pierre s’apprête pour sortir, un petit oiseau brun et orange se pose sur la table du jardin et, de ses petits yeux, regarde sur la table et par terre s’il n’y a rien à se mettre dans le bec. Dehors, il fait froid et les flocons de neige tombent et fondent sur le petit corps de l’oiseau.

– Tu es prêt, Pierre ? Je t’attends

– Oui mais, papa, tu as vu à la fenêtre ? Un Rougegorge. Il a l’air d’être malade, il ne bouge pas beaucoup.

– Oui, en effet, il a certainement froid…et peut-être aussi faim ! Tu veux l’aider ou tu préfères ton bonhomme de neige ?

– Je veux l’aider, papa ! Dis je peux ?

– Bien sûr ! Tiens, demande à maman si elle a quelques graines pour les oiseaux. Elle doit sûrement avoir fait des provisions en pensant à eux, à présent que le froid est là.

Petit Pierre revient bien vite, les mains remplies de graines et autres boules de graisse. 

– Et maintenant, qu’est-ce que je fais ?

– Tu vas déposer quelques graines par terre, tout doucement. Lentement, pour ne pas l’effrayer. Moi, je vais accrocher les boules de graisse.

Le petit oiseau ne bouge pas d’une plume, frigorifié. Il regarde attentivement la nourriture qu’on lui offre. Les graines rebondissent à terre. La porte se ferme et le petit oiseau, réchauffé à l’idée qu’il va manger, a le regard plus vif.

Après que l’enfant soit rentré, le Rougegorge bouge une, puis les deux pattes. Trois petits bonds et le voilà à terre picorant les premières graines, puis s’envolant sur la boule de graisse.

Sans le faire exprès, petit Pierre a jeté les graines tout près de la grille d’évacuation pour le sèche linge. La vapeur chaude réchauffe par la même occasion le Rougegorge. La chaleur et la nourriture étant là, il retrouve bien vite toutes ses forces.Un sourire immense illumine le visage du petit garçon.

– Joyeux Noël à toi aussi, monsieur Rougegorge.

Pour le remercier de sa bonté, l’oiseau ouvre le bec et lui chante une douce mélodie.

Toute la famille observe avec plaisir ce petit volatile et les oreilles se laissent aller au gré de cette musique si naturelle, si pure.

Et pour le plaisir des yeux, une autre petite photo :-)

Noël pour les méchants enfants

Voici un petit conte de Noël écrit à l’occasion du concours de Web Book Edition… pour la catégorie « décalé ». Je n’ai pas gagné mais j’ai pris plaisir à écrire cette petite histoire. Bonne lecture et merci à WBE pour leur travail et initiative !

Cette année, Noël va être unique. Exceptionnel. Extraordinaire. Un Noël qu’on ne va pas oublier de sitôt.

En effet, ce soir, le père Noël prend l’étrange et incompréhensible décision de s’occuper d’autres enfants. Sur un coup de tête, ou coup de folie, cela ne peut en être autrement, il choisit de faire plaisir à des enfants méchants !

Vous ne rêvez pas : le père Noël veut gâter ces petits monstres que tout le monde « enguirlande », ces petits diables qui nous cassent les « boules », ces sales mômes qui ne sont pas des « lumières », ces vilains que l’on ne voudrait surtout pas avoir chez soi pour tous les « sapins » du monde.

Le soir du réveillon, les gentils enfants attendent patiemment la venue du gros bonhomme sympa.

Or, à la surprise générale, Tom, Karim, Jeremy, Esther et Sara ont, eux, déjà un beau papier à déchirer.

Dans le foyer de ces cinq garnements, peu d’adultes sont là pour découvrir l’hallucinante nouvelle.

Les enfants reçoivent le présent dans leur chambre. Aucun des cinq n’entend le moindre bruit. Aucun ne voit l’arrivée du père Noël. D’ailleurs, ils n’y croient même plus. Ils aiment dire que le père Noël n’existe pas, que ce n’est qu’une légende pour demander aux bébés d’être gentils.

Vous devriez voir leurs têtes quand ils veulent quitter leur chambre pour aller faire quelques mauvais coups.

Tom se précipite sur le cadeau sans se poser la moindre question. Il déchire l’emballage aussi vite que superman l’aurait fait. Et quand il voit l’image sur la boîte, il n’en revient pas :

OUAH ! Un coffret de petit chimiste rien que pour moi ! Génial, je vais pouvoir faire péter la baraque, rigole-il à gorge déployée.

De son côté, Karim est aussi enthousiaste que Tom. Même s’il croit d’abord à une plaisanterie, il n’attend pas le réveil de sa petite soeur malade pour déchirer bruyamment le papier doré. Et quand il repère une toque blanche, il s’exclame aussitôt:

Le manuel du parfait cuisinier ! Je vais enfin pouvoir faire comprendre à ma mère que ce qu’elle prépare, c’est de la bouffe pour chien… ah ah ah.

Jeremy, lui, reste méfiant. Cela dure une bonne partie de la nuit. Affalé dans son lit, un biscuit au chocolat écrasé sur son oreiller et un verre de lait renversé sur le sol, le gamin scrute le paquet en s’imaginant que c’est une farce de son voisin qu’il déteste.

Mais il n’est pas assez intelligent pour ça. Et puis surtout, il n’oserait pas, il sait que je lui casserais la figure à l’école s’il osait faire ça.

Sur cette conclusion, Jeremy ouvre doucement la feuille de papier rouge et verte. Quand il lit « La sorcellerie pour les nuls », il prend la boîte à pleine main, la lève au-dessus de sa tête et s’écrie :

Arf ! Je vais pouvoir empoisonner tous mes amis. Harry Potter peut aller se recoucher, c’est moi le meilleur !

Esther, à la fausse allure de petite fille modèle, ricane quand elle aperçoit le colis qui trône devant sa porte :

Hi hi hi, c’est sûrement encore un coup de tante Agathe. Elle est tellement idiote qu’elle n’a une fois de plus rien compris. Tant mieux, je ne vais pas me plaindre.

Quand elle découvre la boîte à bijoux, ses yeux s’illuminent. Son regard en dit long. On peut presque croire qu’elle a d’autres idées pour ce collier splendide et ces magnifiques boucles d’oreilles. Ce ne serait pas la première fois qu’elle enfoncerait des corps étrangers dans l’oreille de son pauvre chat.

Enfin, chez Sara, la tension est palpable. Toute la famille est réunie au rez-de-chaussée tandis que la petite fille, punie dans sa chambre, doit subir les rires de ses soeurs sans rien dire. D’ailleurs, elle est carrément surprise de ce cadeau. Elle ne sait pas quelle attitude adopter. Est-elle punie ou non ? Lui en veut-on vraiment d’avoir invité tous ses amis « comme elle » sur tweeter ? Sa maison est assez grande pour pouvoir accueillir quelque dix-huit autres enfants supplémentaires, non ?

Elle attend donc que la musique batte son plein pour découvrir son cadeau mystérieux.

Un journal intime ? Un vrai ? Rien que pour moi ? C’est pas possible, dit-elle émue.

Émue ! Oui la gosse est émue ! Car voyez-vous, elle fait tellement de bêtises qu’elle ne les retient pas toutes. Pourtant, à la croire, certaines valent un prix au Guiness Book des bêtises les plus cruelles.

La fillette note vite tous ses mauvais coups dans son premier journal intime. Celui-ci est protégé non seulement par un cadenas à codes, mais aussi par une empreinte digitale (mais ce dernier système n’est valable que si la peau des doigts n’est pas maculée d’encre… ou de sang !)

Ces cinq petits monstres sont donc heureux en ce réveillon de Noël. Incroyable mais vrai !

À des milliers de kilomètres de là, au pôle Nord, le père Noël embrasse la sorcière allergique au bonheur de Noël !

Cette expérience n’est pas renouvelable l’année prochaine, vilaine sorcière. Une fois par vingt années suffit amplement. Il ne faudrait pas que les enfants sages soient punis pour rien deux fois de suite. Est-ce entendu ? demande le gentil papa d’une voix ferme que l’on ne connaît pas.

Bien sûr très cher, bien sûr. Mais, avoue, cela te fait bien plaisir de penser un peu à ces enfants ? lui répond-t-elle d’un sourire malicieux.

Le père Noël ne dit rien, mais son petit rire étouffé parle pour lui.

Le lendemain matin, les enfants sages, eux, se réveillent tristes.

Toutefois, au moment où tous rejoignent leurs familles pour déjeuner, on peut entendre par endroits : « MAIS, MAIS, QUE SE PASSE-T-IL ? »

Et dans la cabane du Père Noël, la sorcière éclate de rire.

Après deux cent cinquante ans à jouer les vilaines, elle a des envies de changements, de renouveau. Elle va se reconvertir et pas en n’importe qui : en une gentille sorcière, à l’écoute des plus grands enfants qui ne croient plus trop en la magie de Noël.

Grâce à Tom qui va être son premier assistant pour les adolescents garçons, elle va inaugurer la boutique du petit chimiste. Grâce à Karim, elle va ouvrir un chaîne de restaurants que pour les enfants. Grâce à Jeremy, l’école des Sorciers va connaître un immense succès, et grâce à Esther, une nouvelle gamme de bijoux extraordinaires va voir le jour. Enfin, Sara sera son bras droit, sa chef en communication et elle sera responsable des éditions Gentils Sorciers.

Désormais les grands et les méchants enfants écrivent aussi un courrier à l’approche des fêtes de fin d’année, non pas à Papa Noël, mais à Sorcière de Noël. Les plus gentils sont conseillés et guidés. Les plus méchants disparaissent mystérieusement et ne redescendent sur Terre qu’une fois un stage de travaux et d’intérêts généraux effectué chez la Sorcière de Noël.

– Et moi, qu’est-ce que je fais maintenant ? Et mes petits enfants sages ? demande papa Noël.

– Vous, écrit l’auteur, c’est une autre histoire… Si vous êtes sage, je vous la raconterai ce soir…

Neige de Feu

Chapitre 1 : Neige de Feu

Dans le pays des dragons se trouve un dragonnet malheureux. Il est petit, vraiment petit, blanc aux yeux jaunes, et ne sait pas cracher du feu.

Aller Neige de feu, fait encore un petit effort. Inspire profondément, bloque l’air dans tes petits poumons, pense aux flammes que tu vas donner et crache ! lui conseille fermement sa mère.

Mais maman, c’est ce que je fais depuis le coucher du soleil, j’essaie, j’essaie, je ne fais que ça, mais je n’y arrive pas ! pleurniche le dragonnet.

« Et puis quelle idée de m’avoir appelé Neige ! Comme si ce nom allait me donner de la force et du caractère ! Neige ! Pourquoi ne m’ont-ils pas appelé Petit Flocon tant qu’ils étaient dans des noms ridicules ? » pense-t-il.

Ses parents ne savent plus quoi faire avec lui. Sa mère finit par le laisser rentrer dans sa grotte. Elle regarde les minuscules ailes sur le dos de son fils et soupire.

Courage ma reptile d’amour, l’année prochaine, l’œuf sera meilleur. Je suis sûr que notre second enfant sera grand, beau, et un cracheur de feu exceptionnel ! l’encourage Dragon Impérial, son compagnon.

Mais maman dragon n’y croit pas. Voilà des semaines qu’elle désespère de voir son fils grandir, même ses ailes de chauve-souris n’ont pas pris un centimètre. Quant à sa peau, elle sait qu’avec des écailles de pareilles couleurs, jamais il ne pourra sortir en plein soleil.

Fin de nuit, Neige de feu fait un cauchemar. Il se réveille peu avant l’aube. Il sort de sa grotte et observe le ciel chargé de nuages.

Avec un peu de chances, la saison des pluies va commencer et je vais enfin pouvoir sortir sans risquer une insolation, dit-il tout bas pour ne pas réveiller ses parents.

Effectivement, le soleil peine à percer les nuages pour annoncer le lever du jour. Neige de feu profite de ce temps maussade pour aller au village chercher des petits pains de pierre pour le petit déjeuner. Peut-être qu’avec cette surprise, son papa lui donnera enfin un sourire.

Hélas, il n’est pas encore arrivé au village qu’il croise la route de Vert Bouteille. Vert Bouteille est aussi un dragonnet, à peine plus âgé que lui. Sauf que lui, il est trois fois plus grand, a des écailles vert crocodile et qu’il sait cracher du feu depuis longtemps. Même la technique du vol, il la maîtrise.

Neige de feu est heureux de rencontrer un autre enfant. Il s’avance vers lui un grand sourire aux lèvres.

Salut, je m’appelle…

Il n’a pas le temps de se présenter qu’un jet jaune et rouge lui roussit le bout du museau !

Ouuuais ! J’ai réussi du premier coup et sans trop te brûler. Ah ! maman serait fière de voir que je sais enfin cracher les flammes d’avertissement, dit fièrement Vert Bouteille.

Oh tu sais déjà faire tout ça, lui répond tristement Neige de feu. Tu en as de la chance. Moi, je suis petit, blanc et je ne sais pas encore crach…

Shhhhh

Vert Bouteille remet ça. Il s’amuse à faire peur à ce petit dragon tout blanc. Il dose sa force et crache ses flammes d’avertissement les unes sur les autres.

Neige de feu volette maladroitement, finalement, il ne veut plus faire la connaissance de ce dragonnet-là. Et son vol un peu gauche lui vaut un éclat de rire de la part de deux autres dragonnets.

Plus il avance dans le village, plus on se moque de lui, on le prend pour un fantôme, on lui jette des bouteilles de peinturagon et on lui crie d’aller voir ailleurs s’il n’existe pas un pays pour dragonnetus, un pays pour les dragons minus.

Neige de feu est triste, il pleure, il vole, il court. Chemin faisant, il s’éloigne du village et dépasse même sa caverne. Il laisse derrière lui ses parents et s’en va en s’imaginant qu’il ne manquerait à personne.

Chapitre 2 : Violette et la fée

Le temps s’écoule inexorablement. Alors que le dragonnet continue péniblement sa route, les nuages se dissipent. Tout à coup, un rayon de soleil déchire l’obscurité et stoppe net la progression de Neige de feu. Du regard, le petit dragon cherche un abri. Il doit à tout prix se protéger, il ne veut pas en plus avoir à affronter une douleur physique.

Il n’a plus de force. Les moqueries et les méchancetés qu’il a essuyées à l’occasion de sa toute première sortie en plein jour l’ont complètement vidé de ses maigres forces. Malheureusement, il ne trouve qu’une vieille pierre, taillée comme une délicate fée. Ce travail qui semble être l’œuvre d’un sorcier, intrigue le petit dragon. Lorsque Neige de feu manipule la pierre pour l’observer sous toutes les coutures, le soleil immerge la vallée et le frappe de plein fouet.

Snif, snif, pourquoi faut-il que je sois comme ça ? Sanglote le petit dragon meurtri par l’astre chauffant.

Timidement, une larme du dragonnet roule sur la pierre de fée, puis une seconde et une troisième aussi. Humidifiée de la sorte, la pierre devient moins solide. Elle semble se craqueler dans la main de Neige de feu. Très vite, une véritable fée émerge dans sa paume.

Ne pleure plus petit dragon. Je suis là à présent. Tes larmes blanches de dragon m’ont sauvée de mon triste sort. À présent, je te dois un coup de fée. Ensemble, nous allons pouvoir faire quelque chose pour toi, lui dit-elle de sa voix mélodieuse.

C’est vrai ? Vous pouvez me changer en un vrai dragon, un grand, vert et puissant ? lui demande le petit dragon plein d’espoir.

Non, je n’ai pas beaucoup de pouvoirs malheureusement. Sinon, je ne me serais pas fait attraper par ce vilain sorcier ! Sais-tu que je suis restée deux années dragonnières entières coincée dans cette pierre ?

Oh ! soupire Neige de feu. Alors que peux-tu faire pour moi ?

La fée s’étire encore puis fait apparaître une bouteille blanche entre les pattes du dragon.

Étale cette crème sur tout ton corps, c’est un lait hydratant qui protège des UV. Et mets aussi ça sur ta tête, lui dit-elle en montrant une casquette venue de nulle part.

Neige de feu obtempère sans discuter, il sent déjà une brûlure sur ses épaules.

Et aussitôt la crème étalée, les douleurs disparurent comme par enchantement. Il n’a plus mal à la tête et se sent déjà mieux.

Merci, merci beaucoup, ça fait du bien, lui dit-il.

Mais ceci n’est que trois fois rien. Comprends-tu, ma magie à moi, ce sont les objets. Je peux faire apparaître tout ce que tu veux, mais je ne peux rien faire disparaître. Je ne peux pas donner non plus la vie éternelle, pas plus que des couleurs, des sentiments ou toute autre chose qu’on ne peut pas toucher.

Mais moi j’ai besoin d’écailles vertes, j’ai besoin de grandir et j’ai besoin de force pour pouvoir voler et cracher comme il faut. Petite fée, tu ne peux donc rien me donner de tout ça ?

Je regrette. Toutefois, je pense que je peux t’aider autrement.

Neige de feu ne comprend pas le sens de sa dernière phrase. Au moment où il va déposer cette fée par terre, celle-ci s’envole dans les airs. Bizarrement, elle n’a pas retrouvé ses couleurs, elle est toujours aussi pâle que lorsque la pierre l’avait libérée. Sans doute les larmes blanches de Neige de feu ont-elles déteint sur elle ? Toujours est-il qu’elle tient à remercier ce petit dragon. Elle veut lui rendre la vie meilleure. Alors, d’un claquement de doigts, elle fait apparaître une étrange petite machine. L’engin se met à grésiller puis des dizaines de voix fusent des haut-parleurs.

Mais, c’est une radio, dit Neige de feu surpris.

Oui ! C’est ça, une radio ! dit la petite fée en riant. J’avais oublié son nom, je l’ai rebaptisée « boîte à voix », dit-elle fièrement.

Et en quoi est-ce qu’elle pourra m’être utile ? lui demanda alors le dragonnet.

Écoute plutôt, lui répond-elle.

La fée change de fréquence en tournant un petit bouton. Tous deux peuvent alors entendre :

« Mais où est-il ? Où a-t-il pu voler ? Il est si petit, si faible. »

Maman ! C’est la voix de maman. Elle me cherche donc ? dit Neige de feu en prenant la radio dans ses mains.

Oui elle te cherche, elle est triste que tu sois parti…
Attends un peu, écoute ceci à présent.

La fée tourne encore le bouton.

« Laissez-moi tranquille, je ne vous ai rien fait ! Mais laissez-moi ! Maman ! Maman ! » Peuvent-ils entendre crier un dragonnet ?

Qui c’est ? Qui l’embête ? On ne peut pas laisser faire, dit Neige de feu.

C’est Violette, une dragonnette du village plus loin. Tu vois, toi, tu es blanc, elle, elle a le ventre et les ailes mauves. Et comme toi, elle subit les moqueries des autres dragonnets. Vous n’êtes pas les seuls à être différents, vous êtes nombreux, mais vous ne vous connaissez pas encore…

Peut-on l’aider ? Je ne sais pas encore comment, mais je ne peux pas la laisser seule, on est un peu pareils elle et moi, on doit pouvoir s’entraider, pense-t-il tout haut.

Alors que la fée lui explique comment il peut voyager grâce à la radio, Neige de feu ne pense plus à devenir vert, grand et excellent cracheur de feu, mais à aider cette pauvre Violette que l’on maltraite.

Tu as bien compris ? Ne te trompe pas de bouton, sinon tu perds la fréquence, lui disait la fée pour la troisième fois.

Oui, c’est bon, j’ai compris. Je ne touche à aucun des boutons sauf à celui qui est sur le côté, en dessous de l’antenne, répète-t-il impatient.

Oui, c’est ça ! s’extasie la fée.

Et sitôt dit, sitôt fait. Neige de feu appuie sur le bouton en question et tout à coup, un nuage mauve se forme, l’engloutit puis le fait disparaître.

De l’autre côté de la radio, dans un village plus loin, Violette se fait jeter dans une rivière par deux dragovoyous. Ses grandes et soyeuses ailes mauves se retrouvent soudainement trempées et chiffonnées.

Dans un nuage, Neige de feu apparaît pile à côté d’eux. Profitant de l’effet de surprise, il pousse durement les deux dragovoyous dans l’eau et tend sa main à Violette pour l’aider à se remettre debout.

Les deux dragodolescents ont la peur de leur vie en voyant ce petit dragonnet blanc apparaître comme par magie.

Un dragofantôme ! Aaaahhh ! s’envolent-ils dans un cri de terreur.

Merci beaucoup, dit Violette à son sauveur. Je pense qu’ils n’oseront plus m’embêter à présent.

Je n’ai presque rien fait, répond-il en rougissant jusqu’à ses oreilles pointues.

À l’instant même où Neige de feu explique sa venue en prononçant le mot « fée », il disparaît à nouveau dans un nuage coloré.

De retour devant la « boîte à voix », la fée lui explique les conséquences de son geste de bravoure.

Grâce à cet engin, tu vas trouver tout ce dont tu as besoin pour devenir un grand et fort dragon. Constate-le par toi-même, regarde-toi dans ce miroir, lui dit-elle en le faisant apparaître.

Ouah ! C’est génial ! s’est-il exclamé en voyant son ventre devenu… violet ! mais heu…

Il n’a pas le temps d’en dire davantage, la fée lui coupe la parole :

Oui, bon, on ne peut pas tout avoir, du violet, c’est déjà mieux que du blanc, non ? Et puis, tu n’as pas encore vu tes ailes, tourne-toi un peu.

Neige de feu laisse sortir un immense cri de joie. Ses ailes ont grandi et sont devenues aussi soyeuses que celles de Violette. C’est en y songeant qu’il angoisse :

Violette ! J’espère qu’elle n’a pas attrapé mes écailles blanches et que ses ailes n’ont pas rétréci ?

Ne t’inquiète pas, la rassure la fée. Rien n’a bougé de son côté, si ce n’est qu’elle a gagné à te connaître, elle s’est fait un ami.

Neige de feu se sent plus fort, plus sûr de lui. Il exhibe ses ailes et ne cesse de s’admirer dans le miroir.

Pour la première fois, il passe une bonne nuit.

Chapitre 3 : Capucine

Le lendemain, fier d’avoir pu aider quelqu’un, il veut à nouveau écouter la radio. Avec la compagnie de la fée, Neige de feu se sent… pousser des ailes. Il est enthousiaste à l’idée d’avoir d’autres couleurs sur son corps.

Il tourne le bouton et la machine à voix se met en état de fonctionnement. Il entend rapidement un nouvel appel à l’aide. C’est une autre dragonnette qui a des problèmes avec des dragodolescents de mauvaises fréquentations.

« À l’aide, ils me démantibulent les jambes ! »

D’un signe de tête, la fée approuve son geste. Une fumée plus tard, et voilà notre petit dragon blanc et mauve qui apparaît dans un brouillard rouge.

Une fois encore, Neige de feu garde l’effet de surprise pour lui et attrape la dragonnette en danger par ses bras levés. Les trois dragodolescents qui se disputent le cœur de la belle Capucine n’osent rester accrocher à leur dulcinée. Ils sont tellement impressionnés par la visite de cet étrange dragofantôme à moitié violet qu’ils restent tous trois aussi immobiles que des statues de pierre.

Du cou de Capucine se dégagea un parfum envoûtant. C’est une fragrance si ensorcelante qu’il fait tourner la tête de son sauveteur. Neige de feu s’envole avec la dragonnette tout en lui racontant comment il a pu entendre son appel à l’aide d’aussi loin. Puis, pour la seconde fois, il disparaît aussi soudainement qu’il est apparu dès qu’il parle de sa bonne fée.

À son retour, la fée l’attend. Dès qu’elle l’aperçoit, elle a un sourire aux lèvres. Neige de feu n’a pas besoin de miroir pour admirer la superbe teinte rouge à chacune de ses quatre pattes. Ses ailes ne sont pas plus grandes que la veille, mais pour avoir pu voler avec Capucine dans ses bras, il sait qu’elles sont beaucoup plus musclées. Une toise faite de galets plats et lisses lui montre qu’il a pris quelques centimètres. Ce n’est pas beaucoup, mais Neige de feu ne peut retenir sa joie :

Ouah ! c’est extraordinaire, et c’est, c’est…

Oui, vas-y recommence ton cri de joie, je crois que nous ne sommes pas au bout de nos surprises pour ce sauvetage.

Ouah ! Ouah ! Ouah !

De la fumée sort des naseaux de Neige de feu. Au bout du dixième cri de victoire, une flamme rouge et chaude comme la braise jaillit de sa bouche !

Yahou !

Il ne peut plus se retenir. Le dragonnet vole de bonheur et crache pour le plaisir en faisant des figures dans le ciel.

Après avoir passé tout l’après-midi à travailler son feu et sa puissance, il se couche complètement ivre de joie.

Demain, j’essaierai de cracher les flammes d’avertissement, dit-il à sa fée en fermant déjà les yeux.

Chapitre 4 : Poussin et le Dragocteur

Le troisième jour, il n’attend pas que la petite fée se réveille.

La radio ne grésille même plus, la voix est nette et suppliante :

« Mais où suis-je ? Oh pour l’amour des dragons, je crois que je me suis perdue ! » pleure Poussin, une dragonnette au désespoir.

Une fumée jaune prévient Neige de feu que celle qu’il va aider doit avoir du jaune sur son corps.

Il arrive dans un bois, à une longueur de flamme de Poussin.

Bonjour mademoiselle. Je me présente Neige de feu et je suis là pour vous aider à retrouver votre chemin.

Oh ! Vous m’avez fait peur. Mais comment … ?

C’est une très longue histoire. Si vous me permettez, je vais tâcher de trouver un petit coin de ciel d’où nous puissions nous envoler, vu de là-haut, cela devrait être plus facile de savoir où nous sommes.

Poussin est ravie de faire la connaissance de Neige de feu pour deux raisons. La première bien sûr est qu’il va l’aider à pouvoir rentrer chez elle et la seconde est qu’il est le premier dragonnet à ne pas faire de remarque quant à sa taille un peu démesurée pour une jeune dragon comme elle.

La forêt est dense et Neige de feu ne voit aucun trou vers la cime des arbres qui peu lui permettre de prendre de la hauteur. Il ne perd pas espoir et cherche plutôt à savoir par où est venue Poussin.

Je ne sais même plus. Je pense que j’ai du faire trois fois le tour de ce buisson, je retombe toujours sur cet arbre effrayant.

C’est vrai qu’il ne manque plus que la parole à cet arbre pour nous faire peur de bon. Son tronc est déformé et on pourrait presque lui donner un visage, brrr frisonne Neige de feu.

Il ne veut pas trop traîner par ici. Il ne connaît pas la forêt et il existe une légende qui parle d’un vieux dragon, cracheur de flammes colériques, et qui…

Atchoum !

À tes futurs dragonneaux, souhaite Neige de feu.

Mais ce n’est pas moi qui ai éternué ! s’étonne Poussin.

Ils n’ont pas le temps de comprendre qui se cache derrière ce rhume qu’un second « atchoum » résonne dans les bois, rapidement suivi d’un chemin de feu impressionnant.

Vite, allons par là si nous ne voulons pas que nos écailles grillent sur place, suggère Neige de feu en encourageant Poussin à courir plus vite.

Mais comme la dragonnette en a fait l’expérience, ils tournent en rond, sans s’en rendre compte. Ils arrivent ainsi juste derrière celui qui éternue depuis quelques minutes.

Le dragon vert qui est malade les a vus venir, mais ne peut s’arrêter d’éternuer pour autant.

Attention les enfants, a, a, aaatchoum ! Ne restez pas là, je ne contrôle pas mes flammes.

Mais vous allez finir par brûler toute la forêt de la sorte, compati Neige de feu. Vous ne connaissez pas un bon médidragment qui pourrait stopper cette crise d’éternuement aiguë ? lui demanda-t-il.

Ah si seulement. Figurez-vous que je suis dragocteur, j’ai terminé mes études de médecine voilà bien des années et pourtant le remède que j’administre à mes patients et qui fonctionne chez eux, ne marche pas chez moi.

Poussin a beau être très grande, elle a les pattes qui tremblent de peur. Les écailles de son dos sont couvertes de cendre de bois, on ne distingue presque plus leur couleur jaune.

Neige de feu ne sait pas très bien que faire quand subitement, il se rappelle un remède de grand-dragmère.

Sapin des bois, avez-vous déjà essayé de vous toucher le front avec votre langue fourchue ?

Comment ? C’est une blag’ tchoum ?! lui demanda le dragocteur, en crachant une petite flamme de microbes.

Non, c’est ma grand-dragmère qui a donné ce truc à ma mère. Il paraît que ça marche parfois. Essayez pour voir. Vous ne risquez rien.

Sapin des bois, le dragon vert qui est pourtant docteur, ignore tout de cette astuce. Il essaye une fois. Deux fois. Trois fois. Il essaye, encore et encore. Il ne parvient pas à toucher plus loin que le sommet de son nez. Et, en attendant, il n’éternua plus !

Il essaye encore, car il est presque arrivé. Finalement, il abandonne.

Je n’y arrive pas. Ma langue n’est plus ce qu’elle était autrefois. Elle se fait vieille, elle n’est plus aussi souple que dans ma jeunesse. Je ne bois pas assez d’eau, elle serait certainement moins rigide si je l’humidifiais plus, non ? Qu’en dites-vous jeunes gens ?

J’en dis que vous n’avez pas éternué une seule fois pendant toute cette explication ! rigole Poussin.

Hé ! Mais c’est vrai ! Super, merci petit pour ce conseil. Je le note dans mon carnet de prescription, un médicament gratuit, très efficace et sans aucun effet secondaire.

Et quand Sapin des bois leur demande ce qu’ils font dans ce bois, Poussin lui raconte toute l’histoire.

Regardez ! dit Neige de feu, vos flammes ont ouvert un passage vers le ciel. Poussin, tu vas pouvoir rentrer chez toi.

Et Poussin n’attend pas plus longtemps pour ouvrir ses ailes et prendre de l’altitude.

Quelques coups d’aile plus tard, elle revient annoncer qu’elle a retrouvé son chemin. Sa grotte n’est plus très loin, juste de l’autre côté de la forêt.

Neige de feu prend congé des deux dragons en lançant un « aure… fée ». Cette fois-ci il disparaît dans un nuage jaune et vert.

La fée est aussi émue que lui peut l’être à se contempler dans le miroir.

Je n’ai plus une seule écaille blanche. Regarde-moi ce dos jaune et cette tête verte ! Je n’en reviens pas, même mes yeux ont changé de couleur.

La toise devient trop petite, tu dépasses d’au moins six galets ! Tu es beau comme un prince, la félicite sa fée.

On devrait me trouver un autre nom. Je pourrais me rebaptiser arc-en-ciel, mais il me manque du bleu, plaisante le dragonnet qui n’est plus du tout malheureux.

Chapitre 5 : Saphir

Et alors qu’ils réfléchissent à un nouveau nom, la radio s’éveille d’elle-même.

« Moi, une dragorcière ? Il n’y a que les fous qui peuvent croire que ça existe. Tout le monde sait qu’il n’y a que les fées qui savent faire de la magie. Mais les fées, plus personne n’en a jamais vu depuis des années flammes. Que vais-je devenir ? Serais-je condamnée à rester enfermée dans cette prison jusqu’à la fin de mes jours ? » la plainte de cette dragonnette ne peut laisser personne indifférent, surtout pas Neige de feu.

En plus, elle dit qu’elle n’a jamais vu de fée, c’est le moment où je peux venir avec toi si tu n’y vois pas d’inconvénient ? lui demande-t-elle de son sourire malicieux.

Peut-être que de la sorte, je ne disparaîtrai plus en prononçant le mot, puisque tu seras avec moi, c’est toi qui lui raconteras tout, lui répond-il.

Un nuage bleu les entoure doucement.

On disait justement qu’il te manquait du bleu… lance la fée en riant.

Dans la prison, Saphir, la dragonnette pousse un cri de surprise en voyant le nuage bleu se dissiper.

N’aie pas peur, nous ne sommes pas là pour te faire du mal, dit Neige de feu.

Nous ? Mais qui ça nous ? Où est l’autre dragonnet ? demande-t-elle en regardant partout dans sa cellule.

Je ne suis pas un dragonnet, je suis une fée ! lui répond une petite voix étouffée entre les deux ailes de Neige de feu.

La fée apparaît sur l’épaule de son protégé. Elle semble plus petite que lorsqu’elle est sortie de sa peau de pierre. Sans doute est-ce le fait que Neige de feu est à présent beaucoup plus grand que lorsqu’il a pleuré sur elle.

Saphir a des écailles vertes sur tout le corps excepté sur sa queue.

Oh ! Je sais ce qui vous intrigue, dit la dragonnette étrange. C’est la couleur de ma queue. Je suis née comme ça, je n’y peux rien. Comme toi, tu es tombé dans un arc-en-ciel pour être multicolore ? lui demanda-t-elle en riant timidement.

Non, je suis née tout blanc, j’ai gagné ces couleurs en aidant d’autres dragonnets. C’est une longue histoire lui dit-il pour terminer.

Et elle, demande Saphir, c’est vraiment une fée ? Elle est toute blanche et si…

Si petite ? Si étrange ? l’interroge la petite fée qui parade dans toute la pièce en faisant des ronds dans les airs et en matérialisant mille et une choses.

Oui elle en est bien une. Elle a de bien curieux pouvoirs, mais je peux te garantir qu’elle fait bien de la magie dit Neige de feu.

C’est ce que je vois dit Saphir en ne quittant pas la fée du regard.

Bon, comment allons-nous pouvoir la faire sortir d’ici ? demande le dragonnet aux multiples couleurs.

La fée est dans tous ses états (imaginez un peu le bazar dans cette cellule. Vous souvenez-vous que cette fée est un peu particulière et qu’elle ne sait faire qu’apparaître des choses matérielles… mais qu’elle ne sait rien faire disparaître ?).

Je pense à quelque chose, dit la petite fée qui essaie de ranger tous ces objets encombrants. Il me suffit de faire apparaître une porte qui s’ouvre !

Bonne idée ! lance Saphir, mais où vas-tu la mettre ? Il y a un de ces bazars ici !

En effet, plus un mur ne peut encore servir de porte de sortie. Puis, comme par un tour de magie, un oiseau apparait entre les barreaux de la fenêtre.

Bien sûr ! crie Neige de feu. Ma bonne fée, peux-tu faire apparaître une petite porte en lieu et place de cette fenêtre ?

Je n’ai jamais essayé cela. Mettez-vous, heu, derrière cette montagne d’affaires, voulez-vous ? Je ne voudrais pas que vous ayez cette porte sur les orteils ! dit-elle en se frottant les mains.

Un claquement de doigts plus tard et une minuscule porte se matérialise en lieu et place des barreaux du donjon. Un cri de joie suivi aussitôt d’un deuxième et d’un troisième remplit la pièce.

Neige de feu saisit aussitôt la poignée et ouvre la porte.

Je suis libre, enfin libre crie Saphir en embrassant Neige de feu sur la joue. Merci, merci surtout à toi petite fée bien sympathique que je suis bien heureuse de connaître !

Un peu plus tard, alors qu’ils cherchent une vallée où se reposer, la fée voit un étrange phénomène se produire sous ses yeux.

Elle a toujours cru que c’était la fée des Pigments qui offrait les couleurs aux dragons valeureux. Elle se souvient encore de ce qui lui avait raconté sa mère, alors qu’elle n’était encore qu’une fée en apprentissage.

« La fée des Pigments habite dans les nuages de voyages. Elle seule a le don de colorier un dragonnet en croissance. Et encore il faut que ce petit dragon fasse preuve de courage et de bravoure. » La fée n’a jamais douté de la véracité de cette histoire puisque Neige de feu est à chaque fois parti et revenu de ses aventures dans un nuage coloré. Mais là, sous ses yeux, Neige de feu change encore de couleur !

Près des nuages, son protégé et la dragonnette volent côte à côte, leurs queues enroulées l’une à l’autre. Et ce geste de tendresse donne à Neige de feu, une queue bleu… saphir !

Chemin faisant, ils progressent vite et la vallée où Neige de feu a rendu vie à la fée se profile à présent devant eux.

Nous voilà de retour chez nous, enfin chez moi, corrige Neige de feu triste à l’idée de devoir se séparer de Saphir pour qui il ressent des sentiments amoureux.

Tu peux dire chez nous, sauf si tu préfères une autre vallée. Là où j’habite, il y a très peu de grottes et une multitude de falaises rocheuses très glissantes, lui confie-t-elle.

Ivre de bonheur, Neige de feu invite son amoureuse et sa meilleure amie la bonne fée à venir jusque chez lui pour faire connaissance avec ses parents.

Le géranium d’Afrique

Texte écrit pour le jeu d’écriture proposé par le blog devenir écrivain. Jeu : logorallye avec les 7 mots ci-dessous :

VERT – AFRIQUE – DEVIN – DECHU – CRABE – CRUE – GERANIUM

Information de dernière minute, parue dans le journal international des pays imaginaires.

Nous venons d’apprendre une terrible nouvelle : Maître Becar, crabe de son royaume et amateur de fleurs, vient d’être déchu de ses fonctions de goûteur auprès de la Reine des sept mers.

Ce dégustateur exceptionnel, et gourmand floravore, n’a pu résister à l’envie de croquer dans un géranium d’Afrique. Or, il se trouve que cette fleur était unique.

Aussi verte que le gazon, aussi croquante qu’une pomme, aussi délicieuse qu’un bonbon à la menthe, elle avait la formidable capacité de soigner toutes les créatures marines dès qu’elle était immergée dans de l’eau salée. Ses pétales, une fois écrasés, pouvaient servir de sirop ou de cataplasme. Il suffisait d’un rayon de soleil pour que ses pétales se régénèrent le lendemain.

Hélas, plus personne ne pourra bénéficier de ses remèdes puisqu’elle n’est plus là.

Ce géranium originaire du royaume Vert était le dernier exemplaire. La Reine avait réussi à se le procurer au prix d’un terrible sacrifice. Elle avait dû se séparer d’une dizaine d’algues florales très spéciales en l’échange de cette fleur. Et aujourd’hui, elle a tout perdu !

Maître Becar ignorait la propriété magique de cette fleur à l’exquise odeur. Il a, dit-il, été comme ensorcelé. Dès que le turbo-facteur avait livré le colis, le crabe affirme que la fleur s’était ouverte toute seule, libérant des bulles de parfum, aussi envoûtantes qu’un sortilège jeté par la sorcière MalDeMer.

– La fleur devenait toute foncée, et ses pétales tombaient à mes pieds. Avant qu’elle ne se fane pour de bon, j’ai voulu la goûter, dit-il pour essayer de justifier son acte.

Il précise que cette fleur n’avait pas le même goût que les autres auxquelles il était habitué de goûter.

– Elle était délicieuse, même toute crue ! J’avais l’impression de manger un coquillage mentholé, cela me faisait un bien fou à mes maux de gorge, poursuivait-il en rougissant et en s’emmêlant les pinces de honte.
– Je ne suis pas devin, je ne pouvais pas savoir que cette fleur était spéciale. Elle ressemblait à n’importe quelle autre… s’était-il confessé tout en essayant de s’excuser maladroitement.

Le goûteur du royaume avait été renvoyé immédiatement après la découverte des faits.

Malgré ses excuses répétées, la Reine ne lui pardonnerait jamais d’avoir osé manger cette fleur magique qui devait la soigner de sa maladie… imaginaire.

Bruit mystérieux

Je commence à vous soumettre une série de petites histoires écrite il y a un bout de temps mais que, pour une raison ou une autre, je n’ai jamais montré dans son entièreté. Voici le tout premier texte. Dites-moi ce que vous en pensez, si vous aimez, si vous trouvez ça pas terrible ou écrit maladroitement… j’en ai 10 autres à vous proposer :-)

Et je tiens à remercier ma Cigalette, enfin ma maman pour les illustrations !

Tic-tic.

Le printemps a commencé avec ce bruit. Il fait déjà chaud pour la saison. Cinq degrés au-dessus de la moyenne saisonnière. C’est ce que dit le météorologue de la télévision.

Isabelle s’est levée de mauvaise humeur ce matin. Ce tic-tic l’a tirée de son sommeil. Les yeux encore mi-clos, elle va voir d’où provient ce petit bruit. Mais elle ne voit rien. Elle se recouche alors, en peignoir.

Tic-tic.

Ça recommence. Cette fois, elle sait avec plus de précision d’où ça vient. Elle se dirige d’un pas certain vers la fenêtre et tire d’un coup sec ses tentures. Eblouie par la lumière du jour, elle se surprend elle-même. Isabelle met ses mains devant ses yeux sensibles.  Elle referme tout aussi vite les tissus épais. Elle ne pense qu’à retrouver le calme de ses rêves mais cette fois, elle est complètement réveillée.

La journée s’annonce mal.

Enervée, elle ne voit pas la queue toute poilue de son Minou et marche dessus sans aucune délicatesse. Un miaulement horrible déchire les tympans d’Isabelle et lui fend son cœur. Elle s’agenouille et tente d’appeler son petit chat pour s’excuser et lui faire le plein de câlins. En vain, il se cache en dessous du lit et ne bouge plus.

Il y a de ses jours où tout va mal.

Après s’être un peu brûlée le corps avec une douche trop chaude, Isabelle n’a pas pu boire son chocolat du matin. Elle a oublié d’en racheter.

Sa journée à son travail n’est pas des plus glorieuse. Elle se fait réprimander par sa chef à cause de son humeur exécrable et se fait carrément enguirlander par une collègue. Mais dix-sept heures sonnent. La fin d’une journée médiocre s’annonce enfin.

Après avoir fait rapidement les courses dans le petit supermarché au coin de sa rue, Isabelle rentre chez elle, non mécontente de retrouver son chat et le calme de sa petite maison. Elle enrage encore sur cette caissière trop lente quand le tic-tic la surprend une nouvelle fois !

Trop fatiguée et excédée, elle ne va pas voir à la fenêtre ce que c’est. Le visage dans les mains, elle pleure. Elle se laisse aller. Personne n’est là pour la regarder se vider de ses larmes. Personne pour la réconforter. Personne pour l’écouter. Personne pour la serrer dans ses bras.

Elle se sent seule, mal-aimée et complètement vidée d’énergie.

Dans sa petite maison qu’elle a héritée d’une tante, elle ne doit pas aller bien loin pour se faire couler un bon bain. Isabelle n’a pas faim. Avant d’aller se coucher, elle va se détendre un peu. Elle vérifie à deux reprises la température de l’eau avant d’y déposer le pied, la jambe puis son corps tout entier. Le parfum lavande de la mousse envahit la pièce. Une chanson revient dans sa tête et la rend nostalgique.  Sa grand-mère lui manque, elle est décédée il y a deux semaines et elle se rend compte, trop tard, qu’elle comptait beaucoup pour elle.

Tic-tic.

Cette fois-ci, impossible à Isabelle d’aller voir ce que c’est que ce bruit. Elle plie les jambes et met sa tête, jusqu’aux oreilles, dans l’eau tiède. Elle n’entend plus rien, elle ne pense à plus rien.

Une demi-heure plus tard, elle sort du bain, complètement relaxée. Elle réussit à oublier cette mauvaise journée et est décidée à passer une bonne soirée, dans son lit, à lire son livre préféré.

Des boules d’ouates dans les oreilles, plus aucune sonorité ne vient titiller sa curiosité. Plus aucune chanson ne vient perturber ses sentiments du moment. Son esprit est tranquille.

Confortablement installée dans son petit lit douillet et chaud, elle commence la lecture de son troisième chapitre quand une petite ombre se détache des tentures mal fermées. Même si la jeune femme ne regarde pas dans cette direction, ses yeux peuvent voir cette chose bouger dans les airs, à proximité de sa fenêtre. Elle change de position et tourne le dos à cette ombre volante.

Elle finit par s’endormir assez rapidement, le livre encore dans les mains.

Le lendemain matin, toujours réfugiée dans ses boules d’ouates, Isabelle n’entend rien du petit bruit. Pas même la sonnerie de son réveil ne l’a éveillée! Elle est presque en retard. Elle doit se dépêcher. Rapidement, elle se douche, s’habille en toute hâte et avale son chocolat d’une traite. De bonne humeur et à l’heure, Isabelle passe une bonne journée et c’est le sourire aux lèvres qu’elle rentre chez elle après une journée de travail.

Tic-tic.

« Est-ce que ce bruit s’arrête quelques fois ? » Se demande Isabelle au fond d’elle-même. A cet instant, elle est bien déterminée à trouver la source de ce bruit qui lui tape sur le système nerveux. Tout en se dirigeant vers la même fenêtre que deux jours plus tôt, elle happe un petit paquet de terreau qui traîne sur l’étagère.

Minou pense que c’est  pour lui. Il se frotte aux mollets d’Isabelle. Il a déjà tout oublié de l’incident de la veille et revient auprès de sa maîtresse tout en ronronnant. Quelques caresses plus tard à Minou, elle ouvre la fenêtre de sa chambre et dispose méticuleusement un lit de terre sur l’appuie de fenêtre et sur le sol. Elle vaporise l’ensemble pour que le tout forme une masse compacte et solide.

– Si quelqu’un passe par-là, il va obligatoirement laisser des traces dans ce terreau humide, dit-elle tout haut.

Bien que cette idée ne semble pas mauvaise, Isabelle a quand même peur du résultat. Et si c’est quelqu’un qui l’épie ? Et si elle découvre des traces de pas ou d’une main ? Elle sourit quand même un peu, elle se croit presque dans un tournage de film policier. Elle a beaucoup d’imagination.

Pour l’aider dans sa psychose, l’ombre volante revient, elle aussi, le soir, avant le coucher du soleil.

Le lendemain matin, le bruit la réveille à nouveau. Elle s’y attendait un peu. Elle patiente quelques instants avant d’ouvrir doucement les rideaux. Elle ne voit toujours rien. Pas même une trace dans la terre !

Au bout d’une semaine, Isabelle n’entend même plus ces bruits. Ses oreilles s’y sont habituées. Son cerveau s’est accoutumé. C’est devenu un bruit familier. Elle a arrêté de se faire des films et même l’ombre ne la perturbe plus.

Mais quinze jours plus tard, ce bruit triple en volume et en durée. Ça devient agaçant et énervant. Impossible pour Isabelle de ne plus y prêter attention.

Elle ne voit toujours rien et elle est sûre que cela ne peut pas provenir de la conduite d’eau un peu trop vieille ou des tuyaux du chauffage car c’est régulier et surtout c’est précis comme une horloge. Chaque matin, c’est à la même heure et chaque soir aussi. Et puis cette ombre, elle appartient quand même à quelqu’un ou à quelque chose, pense tout haut la jeune femme, comme pour s’en convaincre.

Isabelle ressort alors sa vieille caméra. Cet appareil est sans doute vieux mais fonctionne encore. Tout est fin prêt pour enregistrer le coupable de ce bruit et donner un visage à  cette ombre. Elle change l’heure de son réveil pour être là avant que tout cela ne commence.

Dissimulée dans un tissu sombre, la caméra passe totalement inaperçue vue du dehors.

Sans voir quoi que ce soit, Isabelle appuie sur le bouton enregistreur dès que les premiers bruits se font entendre. Au bout de quelques rapides secondes, elle manque de tomber à la renverse tant les bruits deviennent forts et proches.

Par précaution, elle s’est un peu éloignée de la caméra. Elle a pris son coussin entre les bras. La caméra continue d’enregistrer.

Minou, qui est tout près d’elle, entend aussi ce bruit. Sa queue bouge vigoureusement. Il ne quitte pas les yeux de la fenêtre. Un miaulement timide sort de sa gueule fermée. Il est à l’affût. Lui seul connaît l’identité de ces intrus. Ces pépiements, il les reconnaîtrait entre milles. Soudain, le chat ne tient plus en place. D’un bond il saute derrière le rideau, sur l’appuie de fenêtre, et met ses pattes avant contre la vitre. Sa queue chasse toujours aussi sèchement, les mouches invisibles.

Le bruit a disparu. Minou a gagné ! Isabelle est rassurée.

Toujours réfugiée dans son lit, Isabelle rembobine la cassette vidéo. Une main cache ses yeux. Comme quand elle était toute petite, elle ne laisse passer qu’un trait de lumière entre deux doigts, juste assez pour voir un petit bout de ce qu’elle n’ose pas trop regarder.

Puis, après un court laps de temps, un autre bruit, plus étouffé, sort de la bouche de la jeune femme.

La terrible chose qui lui fait si peur et qui intrigue autant Minou n’est rien d’autre qu’une famille de petites mésanges qui vient picorer le mastique de la fenêtre ! Elle enlève la main de sa bouche et rigole plus franchement !