Charlotte aux livres, lecture à voix haute

Avis aux français qui habitent près du centre ville de Toulouse et de Carbonne.

Vous aimiez lire mais vous ne pouvez plus à cause d’un problème de vue ? Vous vous sentez seul, vous aimeriez que l’on vous raconte une histoire « comme quand vous étiez petit » ?

Charlottes aux livres est une entreprise individuelle qui pratique la lecture à voix haute, à domicile. Ce service s’adresse particulièrement aux personnes retraitées, isolées ou à mobilité réduite.

Chez vous, elle lit pour vous, un livre, une histoire, un poème de votre choix. Tous les genres sont à portées de sa voix.

Offrez-vous ou faites vous offrir une heure de détente, d’échange, de partage avec  Charlotte… Je suis sûre qu’elle vous emmènera là où vous désirez voyager le temps de sa lecture.

Plus d’infos, tarifs, horaire, clic sur l’image.

Et si des belges (bruxellois) me lisent et que cela leur tente, qu’ils n’hésitent pas à m’envoyer un petit message, car lire à haute voix, j’aime aussi beaucoup cela !

Chanson hibou, mandala, assonance

Pour le jeu 4 de Devenir Ecrivain, il faut insérer des assonances dans un texte. Première pour moi, je découvre ce mot et sa signification (répétition d’un son voyelle)

Pas très inspirée, j’avais d’abord écrit cette petite chanson… quand à la fin je me suis rendu compte que le OU n’est pas un son voyelle (rires)…

Ouh hou caillou,
Comment vas-tu mon chou ?
Demande le hibou
En chantant tout autour de nous.


Ouh hou hibou,
L’oiseau tout roux,
S’envole partout,
Et va jusque dans mon cou.

Ouh hou hibou,
Ne me cherche pas des poux,
Même pas dans le creux de mon genou
Sinon tu vas te ramasser un vilain coup.


Ouh hou hibou,
Prends garde au fou,
Il a une faim de loup,
Il t’croquerait bien partout.

Ouh hou hibou,
Viens m’faire des bisous,
Mais pas n’importe où,
J’préfère sur les joues.

Puis, un soir, après avoir colorié ce mandala, ces petits mots sont venus à moi  :-)

Elle est fleur,
elle respire la douceur
et se parfume au bonheur.

Je me sens de meilleur humeur
en cette heure
où la lueur illumine mon coeur.

Photo à l’appui, il existe !

Proposition d’écriture d’après photo pour le site Miletune.

L’écureuil, appareil photo en main, s’arrête.

–         Voilà la preuve qu’il existe ! déclare-t-il. Plus personne ne pourra continuer de nier. Le Père Automne existe vraiment.

CLIC CLIC. L’animal prend une photo du paysage, en veillant à bien immortaliser la grosse trace laissée dans le sol.

–         Le sac du Père Automne doit être bien lourd pour avoir laissé une telle marque profonde. C’est qu’il doit encore peindre beaucoup de feuilles… En tous les cas, ici, il a bien travaillé, il n’y a plus un seul arbre qui soit habillé de vert.

L’écureuil regarde la photo qu’il a prise avec son appareil photo numérique et constate autre chose :

–         Purée de noisettes ! Y a déjà du blanc sur les montagnes, là-bas ! Voilà qui explique tout : Père Automne s’est encore fait embobiner par Madame Hiver.

En effet, ce ne serait pas la première fois que cette dame d’humeur glaciale prend les devants et demande de l’aide. Pauvre bonhomme d’automne, porter de la neige en plus de ses peintures, bientôt, il sera tellement fatigué qu’il ne voudra même plus se lever à la rentrée.

 

Ecrire une histoire à quatre voix : la maison incendiée

Jeu n° 3 de Devenir-Ecrivain.  Écrire une histoire à 4 voix. Ou comment décrire une scène vue par 4 personnages différents. 

J’ai choisi une scène de mon histoire « Chose noire » à paraître bientôt sur ce blog.

Isabelle : personnage principal

Cette maison brûlée avait une histoire. Même encore maintenant, elle a toute une histoire à me raconter. J’abandonne provisoirement Virginie, ma collègue, sur le trottoir et pousse la grille d’entrée.

Dès que je vois cette chose derrière la fenêtre, je ne peux m’empêcher d’avancer et d’aller au-delà du panneau m’interdisant pourtant de pénétrer dans cette propriété privée.

Prudemment, je fais quelques pas afin de découvrir l’objet de ma curiosité. Cet animal, car cela ne peut être que cela, m’intrigue. Je ne l’ai pas identifié et sa silhouette, sombre, ne s’est pas détachée du fond noir de la pièce calcinée.

Tout à coup, un cri horrible déchire le silence et me saisit. Pendant un instant, je reste figée sur place. Les oiseaux, qui chantaient gaiement l’instant d’avant, se sont tus également. Il fait horriblement calme soudainement.

C’est à ce moment-là que je remarque le chat noir dans le jardin. De nous deux, je ne peux dire lequel est le plus attiré par l’étrange bête qui vient de pousser cet effroyable cri. Moi mes yeux déshabillent l’ouverture béante de la fenêtre, lui sa queue bat frénétiquement et ses oreilles sont bien dressées, à l’affût du moindre bruit suspect.

Virginie : témoin (et collègue d’Isabelle)

Isabelle s’arrête subitement devant cette maison ravagée par un incendie. Sans m’en dire plus, et sans aucune gêne, elle franchit la grille et avance sûrement. Sans se retourner, elle passe le panneau d’interdiction et semble se diriger d’un pas déterminé vers la maison. Elle ne manque pas de culot et, étrangement, c’est quand elle voit un chat noir tout près d’elle qu’elle marque l’arrêt. Isabelle semble en avoir peur. Peut-être est-elle superstitieuse ? En tous les cas, elle n’avance plus et cela m’arrange plutôt bien.

Le silence qui envahit le quartier ne me plaît pas du tout. J’hésite à appeler ma collègue pour qu’elle sorte de cette propriété privée. Mais, elle risquerait de trouver cela plutôt bizarre et ça pourrait même éveiller les soupçons.

Le chat noir : animal qui fait partie de la scène

Je vaquais tranquillement à mes occupations (chasser de bonnes souris bien grasses), quand j’entendis le grincement de la grille d’entrée. Depuis que la baraque a été brûlée, je suis tranquille, plus personne ne vient me déranger. Or, ce grincement ne présageait rien de bon. Mis la puce à l’oreille, j’abandonnai ma tâche pour aller voir quel curieux avait osé franchir l’interdiction.

Tout en restant sur mes gardes, j’avançai à pas de velours quand, tout à coup, le gugusse noir, habitué à fouiller les poubelles et autres détritus du quartier, hurla à pleins poumons. Le crétin, il m’a fichu une de ses trouilles. Même les piafs d’à côté ont fermé le bec ! Faut dire que caché dans cette maison, il pourrait presque se faire passer pour un fantôme…

Enfin bref, au moins, avec ce silence de mort, mon ouïe m’informa que l’intrus avait lui aussi stoppé sa progression.

Je rampai sur l’herbe, comme quand on me l’avait appris à l’école des chasseurs, et scrutai le moindre mouvement. Et c’est là que je vis cette superbe paire de yeux bleus, couleur de l’océan. Ah ! L’océan, comme il me manque. Si seulement, mes maîtres n’avaient pas décidé de déménager, je serais sûrement encore occupé à tailler une bavette avec les mouettes.

Toujours est-il que ces beaux yeux m’hypnotisaient carrément. Hélas, le gugusse noir, encore et toujours lui, faisait un tel boucan près de la fenêtre, que ce regard envoûtant était parfois occupé ailleurs que sur mon admirable personne.

Je m’le boufferais bien ce gugusse… s’il n’était pas aussi grand !

Les oiseaux : des journalistes qui enquêtent sur l’incendie de la maison

Pas plus tard que cet après-midi, en fin de journée, une jeune femme âgée d’une vingtaine d’années a franchi la propriété privée qui a été incendiée la semaine passée. On ignore encore quelles sont ses véritables intentions, si c’est l’auteur des faits qui vient rechercher quelque chose qu’elle a oublié ou si c’est tout simplement une curieuse avide de détails sordides.

Hélas, suite à un cri de guerre poussé par on ne sait quel horrible individu, nous avons dû fuir rapidement notre cachette afin de protéger notre vie.

Toutefois, une source sûre nous apprend qu’Edgar serait visible dans le jardin. Nous ne sommes pas encore certains de l’identité de ce chat noir et ne savons pas s’il s’agit bien de notre informateur secret, mais il semblerait que cet animal se soit approché de la jeune femme.

Dès que l’horrible individu au cri terrifiant sera identifié et neutralisé, nous reviendrons vous informer dans un prochain communiqué en direct de la chaîne PIAF-News.

Lettre à une Miss

Chère Mademoiselle,

 

Grâce aux votes majoritaires, vous êtes élue Miss Nouvelle Année.

Comme le veut la tradition Cécilienne, vous devez réaliser trois voeux à toute personne qui vous en fait la demande écrite.

Voici, ci-dessous, mes souhaits.

Je suis sûre que vos douze dauphines vous aideront à les réaliser avec succès et bonne humeur.

 

 

Voeu n° 1 : que mon filleul naisse en pleine santé, que sa venue au monde soit synonyme de joie et de bonheur pour lui, pour sa maman ainsi que pour son papa

 

Voeu n° 2 : que ma famille, et ce compris ma belle-famille, ne connaisse aucune mésaventure dans les domaines de la santé, de l’amour, du travail et de l’argent.

 

Voeu n° 3 : que tous ceux qui me sont proches (ainsi que moi) ne connaissent aucun décès.

 

Je pourrais te préciser les noms de tous ceux qui me sont proches, car, comme tu en as sûrement entendu parler, ton prédécesseur a connu une perte de mémoire dans ce domaine et je lui en veux terriblement. À ce propos, sachez que le conflit qui est né de cet oubli impardonnable est porté en Justice, au Tribunal de la Grande Tristesse. Ceci n’est pas une menace, mais juste un simple rappel des faits et de vos bonnes obligeances.

 

D’avance, je vous remercie vivement pour votre attention, votre travail et je vous envoie toute ma sympathie pour les 366 jours à venir.

 

ça pique

Deuxième petite histoire dans cette série. Vous aimez ? Encore merci à maman Cigalette pour l’illustration !

Isabelle adore l’automne et les arbres qui se parent de leurs plus beaux habits. Mais elle déteste les journées qui deviennent plus courtes et les nuits qui arrivent plus vite.

Décembre est le mois qui annonce le début des festivités, de son anniversaire et des vacances d’hiver, juste après les examens. Généralement, c’est à ce moment-là aussi que le temps devient plus froid et que son jardin s’active de la visite de petits oiseaux frigorifiés et affamés. A présent qu’elle a un jardin, elle n’hésite pas à offrir aux mésanges, rouge-gorges et autres moineaux, des repas pour les aider à affronter les rigueurs de l’hiver. Elle ne se doute pas qu’il n’y a pas que les oiseaux qu’elle va attirer…

Le soir, juste avant d’aller retrouver sa couette qui va la tenir au chaud toute la nuit, Isabelle retrouve son calendrier. Depuis le premier jour de ce mois de décembre, elle a un petit rituel avant d’aller faire dodo. Sa meilleure amie lui a offert un calendrier de l’Avent avec pour chaque carré qui sépare le jour de Noël, un petit conte brillamment imaginé par une de ses camarades de classe. Les vingt-quatre petits contes forment une très jolie histoire complète sur Noël. Isabelle ne se lasse pas de lire ces mini récits et doit s’obliger à respecter l’ouverture des cases sous peine de voir briser toute cette magie.

Il ne lui reste plus que six cases avant de découvrir la fin de l’histoire. Elle s’est déjà imaginée plusieurs fins et elle sait qu’aucune ne se rapprochera de la bonne.

Dehors il fait déjà nuit depuis plusieurs heures. Les oiseaux sont partis des mangeoires. La lampe du jardin est éteinte depuis la dernière visite de madame la pie. Comme à son habitude, Isabelle s’est installée dans son lit pour lire. Elle déplie le petit papier qui est caché derrière le carré du dix-huit décembre. Il y a deux pages dactylographiées. Elle espère enfin pouvoir connaître l’identité de l’animal qui a fait autant de dégâts dans le jardin du vieux Gaspard. Elle croit qu’il s’agit d’un croisement entre deux bêtes féroces. Un animal qui fait autant de dommages, autant de bruit et qui passe inaperçu ne peut pas vraiment exister.

Avec le temps, elle a sympathisé avec bien des animaux, surtout ceux qui visitent son jardin. Elle aime beaucoup ces perruches vertes même si celles-ci la réveillent certains matins. Même le chat du voisin vient parfois discuter avec le sien.

 » Tout compte fait, ce déménagement n’est pas si mal. Jamais je n’ai eu autant de petits copains à poils ou à plumes.  »

Isabelle vient d’entamer sa lecture du soir. Elle est fatiguée mais ce petit moment ne lui prend pas beaucoup de temps. Elle veut savoir ce que c’est. Elle est tellement prise dans son récit que lorsque son minou saute sur le lit pour la retrouver, elle sursaute.

– Petit filou, tu m’as fait une de ces peurs…prévient quand tu sautes.

D’un geste automatique, elle caresse à son chat puis lui fait un bisou entre ses deux oreilles. Elle reprend son papier. Le félin ronronne de plaisir. Il cherche sa place au milieu du lit, il tourne sur lui-même deux ou trois fois et s’installe tout contre les jambes de sa maîtresse. Son ronronnement met du temps à s’arrêter. Bercée par ce bruit familier, Isabelle est sur le point de résoudre l’énigme de son histoire quand, tout à coup, la lumière dans son jardin s’illumine ! Les tentures sont fermées, mais un fin trait de lumière perce sur le bord du mur et au plafond. Elle n’a pas le temps de terminer le dernier paragraphe qu’un étrange froissement l’inquiète. Cette fois-ci elle n’a plus envie de se faire avoir comme avec les petites mésanges de l’été dernier. A regret, elle dépose le conte, se lève et enfile son peignoir.

Sur le bas de la porte qui donne au jardin, armée d’une torche puissante, elle balaye tous les endroits et moindres coins de son jardin. Aucun écureuil ne s’est enfui à son arrivée. Aucun oiseau ne s’est envolé subitement à son approche. Peut être n’était-ce qu’une chauve-souris qui passait par-là et qui a déclenché le détecteur de la lampe. Car elle ne voit strictement rien.

Quand Isabelle fait un quart de tour pour rentrer dans sa cuisine, quelques feuilles mortes au fond du jardin s’affolent. Le tas de feuilles qu’elle a amassé ce week-end semble ne plus former une petite montagne mais plutôt un amas informe. La lampe-torche dirigée à cet endroit ne permet pas de distinguer quoi que ce soit d’anormal ou d’étrange. Mais la visibilité n’est pas bonne, des zones d’ombres restent encore.

« Oh je suis sûre que ce n’est qu’une souris !  »

Sur cette certitude, Isabelle rentre chez elle. Elle est bien décidée à terminer sa petite histoire.

Sur son lit, à la place de son coussin, Minou s’est couché sur les feuilles de papier. Pas du tout intriguée par ce qu’aurait vu ou entendu sa maîtresse, il semble dormir d’un sommeil profond. Isabelle ne veut pas trop le réveiller. Elle tire délicatement sur le bout de la feuille qui dépasse de ses pattes avant mais Minou ne dort jamais complètement. D’un geste rapide, il tend une patte et sort ses griffes. Surprise, Isabelle a retiré sa main, mais c’est déjà trop tard. Une ligne rouge apparaît rapidement sur l’index de la jeune femme. Au sommet, une goutte de sang perle et tombe sur la patte de son chat. Minou se lèche puis continue sa toilette et tente de soigner comme il peut la petite blessure qu’il a occasionnée chez sa maîtresse. Ce n’est pas la première fois qu’elle se fait avoir de la sorte avec son Minou. Généralement, ça lui arrive quand elle joue avec lui. Il est toujours le plus rapide mais Isabelle essaye, en vain, de gagner à ces petits jeux inoffensifs. Et comme à chaque fois qu’il gagne, autrement dit tout le temps, elle doit panser la petite plaie par un sparadrap.

En revenant de la salle de bain, elle jette un oeil par inadvertance au tas de feuilles qui se trouve au fond du jardin. A cette vision, elle s’arrête subitement de marcher.

« On dirait que le vent se lève. Il a balayé tout mon travail dans le jardin. Plus de feuilles ni de branches bien regroupées. Tout est éparpillé.  »

Mais dehors, il n’y a pas le moindre souffle de vent. Pourtant, au fond du jardin, les feuilles mortes font du bruit. Un peu comme si quelqu’un marchait dessus.

La lampe s’est rallumée pour la seconde fois.

Toujours persuadée que son visiteur est une petite souris, Isabelle ne prête plus attention au jardin. Elle est plongée dans sa lecture…

Le lendemain matin, déçue de ne pas avoir eu réponse à sa question dans sa lecture du soir, Isabelle veut à tout prix connaître son mystérieux visiteur à elle. Elle n’a pas peur des souris mais elle craint qu’elles ne se reproduisent. Elle ne voudrait pas être envahie par ses petits rongeurs même si c’était pour le plus grand plaisir de son Minou.

Elle n’attend pas neuf heures pour attaquer ses recherches. Aidée d’une brosse à balai, la jeune femme termine le travail qui a été commencé la nuit : il ne reste plus une feuille morte sur une autre pas plus qu’une branche couchée sur une autre. Et il n’y a rien. Pas une souris, pas un mulot, pas un rat. Rien. Puis, un peu plus loin, en dessous de son barbecue en béton, Isabelle découvre un nouveau tas.

– Tiens donc, tu te cacherais là-dessous petite souris ?

 Il y a, normalement, une boîte en carton presque vide de petits morceaux de bois pour attiser le feu du barbecue. Isabelle ne distingue pas très bien la boîte mais imagine sa forme. Elle est dissimulée par tout un tas de feuilles mortes ! La jeune femme tente une nouvelle approche mais son pied glisse dans quelque chose qui ressemble à de la boue. Sauf que ce n’est pas de la boue ! C’est plus foncé et…

– Ah ! Ça pue !

C’est en reculant et en mettant la main devant sa bouche et son nez que la jeune fille découvre des traces de griffes sur le pourtour de sa clôture. Les marques sont profondes et trop épaisses que pour être l’œuvre d’un minou. Ce sur quoi elle a marché pourrait par contre correspondre à des déjections félines. Isabelle est dubitative. Il est certain qu’un animal doit rôder dans les parages mais lequel ?

Le dessous du barbecue est trop bas pour que la jeune femme puisse s’y glisser et y chercher quoi que ce soit dans la boîte en carton. Alors elle tend le bras. Elle enfonce sa main en plein milieu du tas quand, piquée à vif, elle crie de douleur et tombe en arrière. Sur presque tous ses doigts, de minuscules trous se sont formés et à chacun des orifices, une goutte de sang apparaît. Dans le creux de sa main, des éraflures à ne plus en finir strient sa paume. Isabelle tient son poignet par l’autre main. Elle jure et secoue sa main endolorie en même temps. Remise sur ses pieds, elle s’agenouille à même l’herbe humide et perce du regard ce qui reste du tas secoué. A une cinquantaine de centimètres de ses genoux, une petite boule brune respire péniblement. Isabelle ne distingue pas ses yeux, ni ses oreilles, ni même son nez. Elle perçoit tout juste les mouvements paniqués d’un corps qui se soulève et s’abaisse à un rythme apeuré. Le petit hérisson est resté en boule. Isabelle l’a réveillé en sursaut et son rythme cardiaque est troublé. La jeune femme s’en veut de ne pas avoir pensé à lui plus tôt. Elle sait, grâce à sa cousine, que réveiller un tel animal est dangereux pour lui. Alors, elle s’en va, rentre dans sa cuisine et découpe une pomme et une banane bien mûre qu’elle n’a pas encore jeté. Elle dispose le menu repas tout près du mammifère qui n’a toujours pas sorti sa tête. Ensuite, elle tente, un peu maladroitement, de reconstituer l’abri de fortune qu’il s’était fait. Elle espère qu’il va manger ce qu’elle lui a préparé puis se rendormir.

Baignoire maudite

Salut à toi, lecteur ! Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir encore transmettre mes pensées à cette humaine qui écrit en ce moment ces quelques mots. Je peux prendre le contrôle de ses pensées, car elle est prise de remords. Bientôt cette prise de conscience cessera, l’humaine pensera à toute autre chose, et je ne pourrai plus rien faire pour ceux et celles qui oseraient encore tenter cette aventure folle. Alors, s’il te plaît, je te demande d’être très attentif à ce message et de le transmettre à toutes les créatures vivantes à six ou à huit pattes.

Je m’appelle Épeire, je suis une araignée, enfin je le serai encore pour quelques secondes, car bientôt je cesserai de vivre et je me réincarnerai dans la peau d’une autre petite bête. Il y a quelques jours, j’étais un moustique. Je ne sais pas si tu as pu lire l’article concernant mon assassinat. Si oui, tu sais dans quelles tristes circonstances cette Mérédith m’a tuée. Sinon, je t’encourage vivement à lire cet article (clic).

Quand j’eus rendu mon dernier souffle d’insecte, mon âme s’échappa telle une brise légère et alla rentrer, tout en douceur, dans le corps d’une araignée. Celle-ci ne broncha pas un instant quant à mon intrusion, car elle se posait justement la question de l’utilité d’être une araignée. Mon âme de moustique allait lui donner un sacré coup de fouet. Désormais ses pensées m’appartenaient et j’avais libre accès aux commandes de ses pattes.

Elle et moi avons mis quelques jours pour apprendre à nous connaître.

Je savais Mérédith arachnophobe. M’être réincarnée dans une araignée me rendait euphorique. Ma vengeance serait terrible et à la fois délicieuse.

Une semaine plus tard, l’araignée et moi, nous étions d’accord pour faire justice à mon corps de moustique. Désormais, nous ne faisions plus qu’un.

Je pénétrais dans les tuyaux de la cave et grimpais en direction de la baignoire. Avoir huit pattes est très avantageux, j’avançais très rapidement dans le tuyau, et sans la moindre difficulté, j’accédais au trou de sortie, celui-là même qui avait englouti mon cadavre de moustique !

Hélas, très vite, je compris mon erreur ! Je venais de m’engager sur un terrain glissant, je n’avais plus d’ailes pour m’enfuir, juste une paire de pattes supplémentaire qui n’allait pas pouvoir m’être utile ici.

L’horreur se produisit encore une fois. Un peu comme dans un film, la scène se répétait, mais avec un autre personnage. Malgré des détails différents, j’allais encore une fois mourir dans d’atroces circonstances.

Cette fois-ci, j’avais eu tout le temps de voir l’horrible massacre arriver. Après avoir réussi à lui faire peur (gnia gnia gnia, que c’était bon de déceler la peur dans ces yeux d’humain !), j’avais voulu partir en toute hâte. C’est là que je réalisais que je n’avais plus la moindre issue. La baignoire était une vraie patinoire. Je ne parvenais pas à me hisser plus haut que mon corps, je retombais à chaque fois !

Au loin, je visais alors le trou par lequel j’étais entrée, mais par je ne sais quelle supercherie, mon dos ne passait plus le bouchon en métal ! Puis, tout à coup, deux têtes d’humains apparaissaient devant moi. Ils m’observaient, me montraient du doigt. Des enfants ! Je priais le Dieu des insectes et des autres petites créatures à huit pattes pour que ceux-ci ne soient pas du style à se marrer en arrachant une à une chacune de mes huit pattes. Heureusement, ça ne semblait pas le cas. Leur curiosité satisfaite, ils s’en allaient tout penaud, le sourire aux lèvres, innocent du crime qui allait être commis dans leur propre bain.

Mérédith comme je le supposais bien n’allait pas avoir le courage de me tuer, non, elle allait demander de faire cette sale besogne à son compagnon ! Ce dernier, un peu fâché d’avoir été sorti de son lit pour une stupide bestiole comme moi n’allait pas prendre de gants.

Alors que Mérédith encourageait ses enfants à prendre le petit déjeuner, sa grande bringue de compagnon rentra dans la salle de bains et ferma la porte derrière lui. Un seul regard échangé m’a permis de comprendre que cet humain-là n’avait aucune pitié pour des petites bêtes comme moi. Je courais dans tous les sens, le menaçant d’une patte levée, mais il n’en avait cure ! J’aurais pu danser sur ma tête, cela aurait eu le même effet. Effroyable !

Au travers de la porte, je pouvais entendre Mérédith parler et découvrir chez elle un trait de caractère que j’ignorais… la phrase qu’elle avait dite à son compagnon restera à jamais gravée dans ma mémoire. Avant de crier vengeance, j’aurais dû mieux apprendre à connaître Mérédith, car je n’en serais pas là aujourd’hui, à vous dire mes dernières paroles en tant qu’araignée. Car, oui, cette jeune femme a supplié son compagnon de ne pas me tuer, mais de me prendre dans un verre pour me relâcher dans le jardin.

C’était sans compter sur la mauvaise humeur de celui-ci ! Une fois encore, je fus tuée par des milliers de projectiles que lançait une douche furieuse. Et comme si ceci n’était pas suffisant, le bipède régla la température au maximum. Je ne savais même plus ce qui me faisait le plus mal, la force des gouttelettes d’eau ou la chaleur bouillante de celles-ci… et encore une fois, la scène finale n’en finissait pas, je n’étais plus trop grande pour passer l’égout, non toute écrasée que j’étais, je ne risquais pas de bloquer avec mon dos, non, mon corps flottait et ne se décidait pas à prendre le chemin définitif de la mort…