Deuxième petite histoire dans cette série. Vous aimez ? Encore merci à maman Cigalette pour l’illustration !
Isabelle adore l’automne et les arbres qui se parent de leurs plus beaux habits. Mais elle déteste les journées qui deviennent plus courtes et les nuits qui arrivent plus vite.
Décembre est le mois qui annonce le début des festivités, de son anniversaire et des vacances d’hiver, juste après les examens. Généralement, c’est à ce moment-là aussi que le temps devient plus froid et que son jardin s’active de la visite de petits oiseaux frigorifiés et affamés. A présent qu’elle a un jardin, elle n’hésite pas à offrir aux mésanges, rouge-gorges et autres moineaux, des repas pour les aider à affronter les rigueurs de l’hiver. Elle ne se doute pas qu’il n’y a pas que les oiseaux qu’elle va attirer…
Le soir, juste avant d’aller retrouver sa couette qui va la tenir au chaud toute la nuit, Isabelle retrouve son calendrier. Depuis le premier jour de ce mois de décembre, elle a un petit rituel avant d’aller faire dodo. Sa meilleure amie lui a offert un calendrier de l’Avent avec pour chaque carré qui sépare le jour de Noël, un petit conte brillamment imaginé par une de ses camarades de classe. Les vingt-quatre petits contes forment une très jolie histoire complète sur Noël. Isabelle ne se lasse pas de lire ces mini récits et doit s’obliger à respecter l’ouverture des cases sous peine de voir briser toute cette magie.
Il ne lui reste plus que six cases avant de découvrir la fin de l’histoire. Elle s’est déjà imaginée plusieurs fins et elle sait qu’aucune ne se rapprochera de la bonne.
Dehors il fait déjà nuit depuis plusieurs heures. Les oiseaux sont partis des mangeoires. La lampe du jardin est éteinte depuis la dernière visite de madame la pie. Comme à son habitude, Isabelle s’est installée dans son lit pour lire. Elle déplie le petit papier qui est caché derrière le carré du dix-huit décembre. Il y a deux pages dactylographiées. Elle espère enfin pouvoir connaître l’identité de l’animal qui a fait autant de dégâts dans le jardin du vieux Gaspard. Elle croit qu’il s’agit d’un croisement entre deux bêtes féroces. Un animal qui fait autant de dommages, autant de bruit et qui passe inaperçu ne peut pas vraiment exister.
Avec le temps, elle a sympathisé avec bien des animaux, surtout ceux qui visitent son jardin. Elle aime beaucoup ces perruches vertes même si celles-ci la réveillent certains matins. Même le chat du voisin vient parfois discuter avec le sien.
» Tout compte fait, ce déménagement n’est pas si mal. Jamais je n’ai eu autant de petits copains à poils ou à plumes. »
Isabelle vient d’entamer sa lecture du soir. Elle est fatiguée mais ce petit moment ne lui prend pas beaucoup de temps. Elle veut savoir ce que c’est. Elle est tellement prise dans son récit que lorsque son minou saute sur le lit pour la retrouver, elle sursaute.
– Petit filou, tu m’as fait une de ces peurs…prévient quand tu sautes.
D’un geste automatique, elle caresse à son chat puis lui fait un bisou entre ses deux oreilles. Elle reprend son papier. Le félin ronronne de plaisir. Il cherche sa place au milieu du lit, il tourne sur lui-même deux ou trois fois et s’installe tout contre les jambes de sa maîtresse. Son ronronnement met du temps à s’arrêter. Bercée par ce bruit familier, Isabelle est sur le point de résoudre l’énigme de son histoire quand, tout à coup, la lumière dans son jardin s’illumine ! Les tentures sont fermées, mais un fin trait de lumière perce sur le bord du mur et au plafond. Elle n’a pas le temps de terminer le dernier paragraphe qu’un étrange froissement l’inquiète. Cette fois-ci elle n’a plus envie de se faire avoir comme avec les petites mésanges de l’été dernier. A regret, elle dépose le conte, se lève et enfile son peignoir.
Sur le bas de la porte qui donne au jardin, armée d’une torche puissante, elle balaye tous les endroits et moindres coins de son jardin. Aucun écureuil ne s’est enfui à son arrivée. Aucun oiseau ne s’est envolé subitement à son approche. Peut être n’était-ce qu’une chauve-souris qui passait par-là et qui a déclenché le détecteur de la lampe. Car elle ne voit strictement rien.
Quand Isabelle fait un quart de tour pour rentrer dans sa cuisine, quelques feuilles mortes au fond du jardin s’affolent. Le tas de feuilles qu’elle a amassé ce week-end semble ne plus former une petite montagne mais plutôt un amas informe. La lampe-torche dirigée à cet endroit ne permet pas de distinguer quoi que ce soit d’anormal ou d’étrange. Mais la visibilité n’est pas bonne, des zones d’ombres restent encore.
« Oh je suis sûre que ce n’est qu’une souris ! »
Sur cette certitude, Isabelle rentre chez elle. Elle est bien décidée à terminer sa petite histoire.
Sur son lit, à la place de son coussin, Minou s’est couché sur les feuilles de papier. Pas du tout intriguée par ce qu’aurait vu ou entendu sa maîtresse, il semble dormir d’un sommeil profond. Isabelle ne veut pas trop le réveiller. Elle tire délicatement sur le bout de la feuille qui dépasse de ses pattes avant mais Minou ne dort jamais complètement. D’un geste rapide, il tend une patte et sort ses griffes. Surprise, Isabelle a retiré sa main, mais c’est déjà trop tard. Une ligne rouge apparaît rapidement sur l’index de la jeune femme. Au sommet, une goutte de sang perle et tombe sur la patte de son chat. Minou se lèche puis continue sa toilette et tente de soigner comme il peut la petite blessure qu’il a occasionnée chez sa maîtresse. Ce n’est pas la première fois qu’elle se fait avoir de la sorte avec son Minou. Généralement, ça lui arrive quand elle joue avec lui. Il est toujours le plus rapide mais Isabelle essaye, en vain, de gagner à ces petits jeux inoffensifs. Et comme à chaque fois qu’il gagne, autrement dit tout le temps, elle doit panser la petite plaie par un sparadrap.
En revenant de la salle de bain, elle jette un oeil par inadvertance au tas de feuilles qui se trouve au fond du jardin. A cette vision, elle s’arrête subitement de marcher.
« On dirait que le vent se lève. Il a balayé tout mon travail dans le jardin. Plus de feuilles ni de branches bien regroupées. Tout est éparpillé. »
Mais dehors, il n’y a pas le moindre souffle de vent. Pourtant, au fond du jardin, les feuilles mortes font du bruit. Un peu comme si quelqu’un marchait dessus.
La lampe s’est rallumée pour la seconde fois.
Toujours persuadée que son visiteur est une petite souris, Isabelle ne prête plus attention au jardin. Elle est plongée dans sa lecture…
Le lendemain matin, déçue de ne pas avoir eu réponse à sa question dans sa lecture du soir, Isabelle veut à tout prix connaître son mystérieux visiteur à elle. Elle n’a pas peur des souris mais elle craint qu’elles ne se reproduisent. Elle ne voudrait pas être envahie par ses petits rongeurs même si c’était pour le plus grand plaisir de son Minou.
Elle n’attend pas neuf heures pour attaquer ses recherches. Aidée d’une brosse à balai, la jeune femme termine le travail qui a été commencé la nuit : il ne reste plus une feuille morte sur une autre pas plus qu’une branche couchée sur une autre. Et il n’y a rien. Pas une souris, pas un mulot, pas un rat. Rien. Puis, un peu plus loin, en dessous de son barbecue en béton, Isabelle découvre un nouveau tas.
– Tiens donc, tu te cacherais là-dessous petite souris ?
Il y a, normalement, une boîte en carton presque vide de petits morceaux de bois pour attiser le feu du barbecue. Isabelle ne distingue pas très bien la boîte mais imagine sa forme. Elle est dissimulée par tout un tas de feuilles mortes ! La jeune femme tente une nouvelle approche mais son pied glisse dans quelque chose qui ressemble à de la boue. Sauf que ce n’est pas de la boue ! C’est plus foncé et…
– Ah ! Ça pue !
C’est en reculant et en mettant la main devant sa bouche et son nez que la jeune fille découvre des traces de griffes sur le pourtour de sa clôture. Les marques sont profondes et trop épaisses que pour être l’œuvre d’un minou. Ce sur quoi elle a marché pourrait par contre correspondre à des déjections félines. Isabelle est dubitative. Il est certain qu’un animal doit rôder dans les parages mais lequel ?
Le dessous du barbecue est trop bas pour que la jeune femme puisse s’y glisser et y chercher quoi que ce soit dans la boîte en carton. Alors elle tend le bras. Elle enfonce sa main en plein milieu du tas quand, piquée à vif, elle crie de douleur et tombe en arrière. Sur presque tous ses doigts, de minuscules trous se sont formés et à chacun des orifices, une goutte de sang apparaît. Dans le creux de sa main, des éraflures à ne plus en finir strient sa paume. Isabelle tient son poignet par l’autre main. Elle jure et secoue sa main endolorie en même temps. Remise sur ses pieds, elle s’agenouille à même l’herbe humide et perce du regard ce qui reste du tas secoué. A une cinquantaine de centimètres de ses genoux, une petite boule brune respire péniblement. Isabelle ne distingue pas ses yeux, ni ses oreilles, ni même son nez. Elle perçoit tout juste les mouvements paniqués d’un corps qui se soulève et s’abaisse à un rythme apeuré. Le petit hérisson est resté en boule. Isabelle l’a réveillé en sursaut et son rythme cardiaque est troublé. La jeune femme s’en veut de ne pas avoir pensé à lui plus tôt. Elle sait, grâce à sa cousine, que réveiller un tel animal est dangereux pour lui. Alors, elle s’en va, rentre dans sa cuisine et découpe une pomme et une banane bien mûre qu’elle n’a pas encore jeté. Elle dispose le menu repas tout près du mammifère qui n’a toujours pas sorti sa tête. Ensuite, elle tente, un peu maladroitement, de reconstituer l’abri de fortune qu’il s’était fait. Elle espère qu’il va manger ce qu’elle lui a préparé puis se rendormir.