Rites d’automne, Dan O’Brien

Un livre de Dan O’Brien. Un roman qui se lit un peu comme un témoignage. Car c’est bien de cela qu’il est question avec ce grand spécialiste des espèces en voie de disparition. C’est en 1986 que l’auteur, fauconnier, s’attache à Dolly, une femelle de faucon pélerin qui a du mal à retrouver une liberté pourtant tant désirée par le spécialiste. Cela se passe dans les grands espaces de l’Ouest américain. Une aventure un peu en solitaire où le narrateur conte ses aventures et ses péripéties à essayer de réintroduire ce faucon, né en captivité, dans son milieu sauvage. A côté de Dolly, on (re)découvre que l’espèce a été gravement menacée à cause du DTT. On réfléchit à la nature, à la façon dont l’homme l’aime et la « protège ». On porte des regards différents et nouveaux (pour moi) sur certains types de chasseurs. J’ai toujours haïs les chasseurs mais avec ce livre, je me rends compte qu’il y existe de « bons » chasseurs, tel ce spécialiste qui se préoccupe du sort de la nature, des animaux, qui ne chasse que pour manger, qui honore ses victimes. Je n’irai pas à dire que j’ai changé d’opinion sur les chasseurs mais je réalise que comme chez tous les humains, il y a du bon et du moins bon, et pas que du mauvais.

Je ne vous en dis pas plus. Si vous aimez les oiseaux ou la nature en général, je vous conseille vivement ce livre.

Le pic de la migraine, concours Crescendo

Grâce à la non-sélection de mon texte pour le concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles, je peux vous présenter dès à présent ma nouvelle   :-)  un peu auto-biographique, donc mauvaise « technique » d’écriture

 

Lucie, souffrant de migraines chroniques, a déménagé depuis peu dans un paisible village à proximité de la forêt. Elle se sent mieux. Les klaxons des voitures dans sa rue ne la réveillent plus puisque ici, dans son hameau où vivent cent quatre-vingt-huit habitants, les gens ne se bousculent pas ; ils sont plus patients et moins nerveux.

Dans la rue des Pics, il n’y a pas d’embouteillage, car l’endroit est calme et dépourvu de routes rapides et autres chemins de circulations bruyants et malodorants.

Lucie ne connaît pas encore celui qui va être à l’origine de nouvelles et violentes migraines !

Lucie, quarante-cinq ans, a profité de cette migration tant désirée depuis des années pour se réorienter professionnellement. Voilà dix-sept ans qu’elle travaillait dans un magasin bourré de bruits insupportables. Elle n’en pouvait plus des brouhahas des clients, des cris des enfants… alors, elle s’est lancée comme formatrice du silence, en free-lance. Elle aménage ses horaires comme elle veut, et profite de cette belle région pour faire d’une pierre, deux coups : se promener et travailler. En effet, elle est l’unique spécialiste qui donne des cours sur le self-silence. Ces formations regroupent la gestion du stress, l’auto apaisement, le contrôle de soi en musique douce, la zen-attitude… et bien d’autres techniques modernes qui permettent aux plus bruyants d’entre nous de pouvoir passer inaperçu dans un environnement calme et de pouvoir rivaliser avec l’attitude du chat à la chasse. Elle appelle cette formation « patte de velours » pour faire justement référence à la discrétion des félins quand ils se déplacent.  Ces cours se donnent bien sûr par correspondance afin d’éviter tout malentendu en direct. Ses syllabus sont remplis d’expressions visuelles et de conseils en tous genres.

Il ne suffit pas de changer de région, de faire un autre travail pour évincer quelque chose qui se trouve ancré au plus profond de nous. Ce dont souffre Lucie fait partie intégrante de son corps…

Ce nouveau travail, rivalisant avec son ancien au niveau de son salaire, lui laisse tout le temps de s’ouvrir à une nouvelle passion : l’ornithologie. En se baladant, elle prend des photographies de paysages ou d’objets pouvant illustrer le silence tels un tapis de mousse, un lit de fleurs odorantes ou un vol en formation de cormorans, sur fond de coucher de soleil. C’est à ces occasions qu’elle croise le chemin de l’un ou l’autre oiseau. Si certains, selon elle, ont bien besoin de cours de chants, d’autres en revanche l’apaisent merveilleusement. C’est ainsi que son nouveau passe-temps a démarré. Et de fil en aiguille, elle s’est prise d’affection pour les oiseaux vivants en milieu forestier. Quoi de plus normal étant donné que sa maison se situe à quelques envergures d’un des plus beaux bois de tout le pays et que sa rue porte également le nom d’un oiseau fréquentant ces milieux sauvages.

Grâce à ce nouveau mode de vie, où elle met en pratique toutes ses leçons sur le silence, elle se vante d’avoir trouvé toute seule la solution à ses migraines rebelles. Et ce, sans aucune médication chimique ! 100 % naturel, dit-elle avec le sourire. C’est naturellement donc que d’éminents neurologues se sont penchés sur sa technique.

Tout le monde sait qu’il suffit parfois d’un traitement dit placebo pour que des symptômes disparaissent. Seulement voilà, même tous ses cours d’auto-silence cumulés avec la médication la plus innovante n’auraient pas raison des dernières douleurs qu’elle va devoir supporter !

Une chose en entraînant une autre, les migraines de Lucie sont réapparues durant un après-midi. Ce jour-là, elle recevait dans son jardin le neurologue du centre hospitalier le plus connu dans cette partie du pays. Après plus de deux heures d’explications, Lucie a senti le début d’une douleur temporale, à gauche.

C’était le signe qu’il fallait abréger cette rencontre. Ce qu’elle fit le plus poliment du monde, sans laisser la douleur faire grimacer ses yeux et faire apparaître les plis de son front.

Le printemps est là, et pour se ressourcer, Lucie décide de se promener en forêt. Marcher au grand air lui a toujours fait le plus grand bien.

Soudain, un tambourinement venu de nulle part brisa le silence ! Lucie ne pouvait supporter ce bruit. C’était comme si la source du bruit pénétrait directement dans sa tête. Quelques secondes après, le vol onduleux d’un oiseau se distingua et un ricanement perça.

C’était un pic vert en pleine action de séduction. Lucie, d’abord agacée par le tac-tac-tac de l’oiseau, souriait quand même. C’était bien la première fois qu’elle pouvait observer cet oiseau de si près.

Au début, elle ne lui en voulut pas trop. Mais ce beau mâle s’en donnait à cœur joie. Il n’était visiblement pas fatigué de sans cesse taper du bec dans l’écorce rigide d’un gros hêtre. Il aimait montrer – surtout se faire entendre – qu’il était très doué à ce travail. De la sorte, il indiquait également aux autres mâles curieux que ce territoire était déjà pris et qu’il ne fallait pas trop s’approcher de lui sous peine d’avoir quelques plumes en moins. Écourtant sa balade, Lucie rentra chez elle pour s’immerger dans une obscurité totale et se noyer dans un profond silence. Elle se glissa sous les draps fleuris de son lit. Avant de sombrer dans une déconnexion du monde, elle nota la date, l’heure et le lieu de sa rencontre avec l’oiseau vert et mis à côté « photo – tambourinement ».

Ceci est le début du cataclysme migraineux. Lucie ignore tout de cette nouvelle pulsion de douleur. Petit à petit, la souffrance s’éveille…

À chaque réveil, lorsque les volets de ses yeux s’ouvraient, une aiguille perçait l’obscurité et lui frappait la vue. En même temps, les battements de son pouls pulsaient à son front, juste deux centimètres plus hauts que la jointure de ses sourcils. Elle changea de position, mis ses mains sur sa tête et laissa couler des larmes de douleurs.

Elle dormit ainsi toute la soirée et la nuit.

Au petit matin, alors que le soleil ne pointait pas encore le bout de ses rayons, Lucie se réveilla en souriant. Sa migraine avait disparu et elle était soulagée.

Hélas, dès qu’elle alluma la lampe écologique de sa cuisine, celle-ci électrisa ses pupilles, lui faisant plisser les yeux et détourner le regard. Quand elle se rendit dans son salon, situé juste à côté de la cuisine, elle bougea ses yeux pour tenter une nouvelle approche. Là, ses globes oculaires se mirent à lui faire aussi mal que si on tirait un élastique pour le déchirer ! Cette douleur était inédite pour elle, aussi, elle essaya de se détendre en contrôlant sa respiration, et ferma les yeux pour mieux se concentrer (et surtout pour ne plus avoir mal). Elle n’était là que depuis quelques semaines, mais déjà elle connaissait approximativement la place des meubles et autres objets encombrants. Les yeux toujours fermés, elle avança lentement, les bras tendus, les pieds attentifs au moindre obstacle et se dirigea à nouveau vers sa chambre obscure.

 C’est là, à cet instant, que Lucie prend conscience que ses précédentes migraines n’étaient rien en comparaison de celle-ci !

Les volets de sa maison sont faits de bois. Un ancien bois d’excellente qualité qui n’avait visiblement pas trop souffert du dernier rude hiver passé. Un bois non peint et traité avec des produits non toxiques, respectueux de l’environnement : cire d’abeille, huile de lin et huile dure.

Lucie n’avait jamais remarqué les quelques petits trous qui s’étaient formés sur  certains côtés des volets. Et la propriétaire qui lui a vendu cette petite maison de pleins pieds a bien sûr omis volontairement de lui parler de l’origine de ces trous, certes petits et peu nombreux, mais profonds.

C’est au moment où le calme complet revient dans sa tête et ses yeux qu’un bruit atroce et proche vient la bousculer une nouvelle fois. Quelqu’un vient de frapper de manière peu courtoise et violente sur le volet de sa chambre !

Plus rien ne peut l’arrêter…

L’étau dans sa tête se resserrait tellement que tous les bruits lui parurent disproportionnés et amplifiés. Elle pensa qu’un marteau-piqueur était actuellement occupé à forcer le volet. Elle voulut s’éloigner de la source du bruit, mais quand elle se releva, un vertige brisa son équilibre. Le monde tournait sous ses pieds et elle ne parvenait pas à marcher sans tomber. Le déplacement à quatre pattes n’était pas meilleur. Sans appui pour la tenir du côté gauche, elle chutait lamentablement sur le sol. Elle se traîna jusqu’à sa salle de bain et s’effondra à même le sol. Elle chercha ainsi une position qui lui permettait de ne plus avoir le tournis. Elle espérait de la sorte faire disparaître la nausée qui commençait à la submerger. Lorsqu’elle sentit son estomac se révulser, elle s’agrippa au bord de la baignoire pour vomir. Tête en avant, la puissance de la migraine décupla. Elle avait l’impression que ses yeux allaient sortir de leurs orbites et que les battements de son cœur qu’elle ressentait dans son front allaient déchirer sa peau.

Une fois que la nausée disparut, elle se recroquevilla sur le tapis, se positionna en chien de fusil, ferma ses yeux et ne pensa à plus rien. La douleur lancinante dans sa tête diminua de vigueur sans pour autant disparaître. Une fatigue importante la submergea. Elle était aussi épuisée que si elle n’avait pas dormi depuis des nuits entières.

Alors qu’elle sombrait dans un état de semi-conscience, le tambourinement ralenti, puis le rire caractéristique du pic vert surgit.

L’oiseau s’éloigna rapidement, laissant place à un silence étonnant.

Seule la douleur de Lucie battait la mesure comme un métronome.

Lorsqu’elle se réveilla, deux heures plus tard, elle avait perdu toute notion du temps.

Dehors, le soleil souriait et les oiseaux saluaient gaiement le lever d’une belle journée promise.

La rue des pics n’a jamais si bien porté son nom…

Jeu d’expressions

Les expressions, j’adore ! Devinez combien il y en a dans ce petit texte…

Un de mes profs m’a donné une punition. Je la montre à maman dans le vain espoir qu’elle m’aide un peu. Piquée par je ne sais quelle mouche, elle me sort :

–          Ah ah !  Toi qui n’as pas la bosse des maths… tu as du pain sur la planche.

Ma mère, elle adore faire de l’humour, sauf que moi, aujourd’hui, chui pas d’humeur et elle le comprend bien vite, car elle me dit :

–          Ne sois pas soupe au lait ce soir, et surtout arrête-moi ces larmes de crocodile ! On dirait un bébé.

Elle ne prend jamais des gants avec moi. C’est sûr, elle ne va pas m’aider.

Et si je demandais à papa ? Pourquoi pas ? Encore faut-il qu’il ne file pas à l’anglaise comme à chaque fois que je lui demande de l’aide en math !

Mais quand il me voit arriver, il me sort :

–          Ah ! Tu tombes à pic ! J’ai besoin de toi. Que penses-tu de…

Et bla-bla-bla… ça y est, il a encore fait une peinture et il veut mon avis… Je ne vais pas noyer le poisson en de bavardages inutiles. Je vais faire comme maman : être direct, sans détour :

–          Papa, je n’ai pas le temps pour ta peinture, j’ai une punition en math ! Aide-moi s’il te plaît ! Après, je te dirai tout ce que je pense de ton tableau.

–          Demande à ta sœur, elle est très douée dans cette matière, me répond-il.

Ma sœur a deux ans de moins que moi et même si elle est très calée à l’école, je ne vais quand même pas lui demander de m’aider !!!

–          Allez, n’aie pas froid aux yeux, vas-y, tu sais qu’elle adore t’aider, m’encourage-t-il d’un clin d’œil.

Pfff, c’est pas juste ! J’ai sans doute très froid aux yeux, mais lui c’est une vraie poule mouillée qui n’ose pas se remettre dans le bain !

Finalement, je donne carte blanche à ma sœur. Je la laisse jouer au professeur, elle aime ça et je dois dire qu’elle explique vachement bien. Entre gosses, on se comprend forcément mieux.

Toutefois, au moment de résoudre les derniers problèmes, elle ne va pas par quatre chemins et me dit :

–          Voilà, je t’ai tout appris, à toi de jouer !

Je dois trembler comme une feuille, car elle reprend d’un ton plus doux :

–          Tu vas y arriver, prend tout ton temps, Rome ne s’est pas fait en un seul jour.

C’est sûr, mais les maths, c’est une autre paire de manches !

Lui, c’est mon ami

Jeu n°5 pour Devenir Ecrivain : décrire de façon poétique un objet de son quotidien.
Merci Rébecca pour tous ces jeux très intéressants et chouettes à « travailler ».

Lui, là bas, le beau gris au ventre tout plat, c’est mon meilleur ami.

Depuis qu’il est là, tout près de moi, il me tient compagnie.

Il me conseille de nouvelles amies, de nouvelles relations, filles ou garçons.

Son visage rayonne, s’illumine même quand dehors, le soleil fait grise mine. On lui trouve un air d’écran, moi ce mot, je ne l’aime pas tant.

Ses touches sont autant de petites bouches qui embrassent le bout de chacun de mes dix doigts. Certains appellent cela un clavier, moi je trouve que c’est le meilleur pour communiquer.

En lui, il a l’éternel imaginaire : l’alphabet complet, les nombres dans son ombre, et bien d’autres dessins au caractère de magicien : <&@#§$*µ£>

Raccordé ou wifité, il m’aide aussi à m’évader.

De chez moi, depuis mon sofa, je surfe sur les vagues du monde, et je me dissimule parmi toutes ces ondes.

Je lis, j’écris, je ris, je vis… lui, c’est mon ami et il s’appelle « mon petit ordi ».

Chose noire

Texte numéro 3… à vos commentaires :-)

Sa journée de travail est finie pour aujourd’hui. Isabelle prend un autre chemin que d’habitude car elle  accompagne une collègue jusque chez elle. Elles n’habitent pas très loin l’une de l’autre.

Il n’y a pas si longtemps, elle a déménagé et la jeune femme ne connaît pas bien les rues. C’est l’occasion pour elle de faire connaissance avec son nouveau quartier.

A quelques rues de sa nouvelle maison, Isabelle et sa collègue découvrent une habitation abandonnée. Pourtant, si on n’y prête pas trop d’attention, elle ressemble aux autres. Mais à son premier étage, une fenêtre sans châssis avec des restes de tentures brûlées raconte une bien triste histoire.

Isabelle s’arrête et observe cette maison. Le jardin semble avoir été entretenu il y a peu de temps.

– Ca doit être récent. Je me demande ce qui a bien pu se passer, dit-elle à Virginie.

Virginie, sa collègue, n’ose pas trop y prêter attention. Elle n’aime pas se prendre pour un détective. Isabelle, elle,  se concentre sur la fenêtre ou plutôt à ce qui pourrait s’y trouver un peu plus loin, au-delà du trou béant. Mais elle ne voit que du noir. Elle distingue à peine le plafond quand, tout à coup, quelque chose de ténébreux fait irruption dans l’obscurité. Elle n’a pas eu le temps de voir ce que c’est.

– C’était quoi ça ? Sûrement un animal. Et si c’était un cambrioleur ?

Alors qu’elle hésite à continuer son exploration, deux petites billes lumineuses se détachent de l’horizon et s’envolent.

– Impossible que ça soit un homme, sauf s’il a des ailes se dit-elle en rigolant. Virginie, tu viens avec moi, je veux voir ce que c’était !

– Heu, tu peux y aller. Je préfère t’attendre ici. Je n’aime pas rentrer chez les gens que je connais pas.

– Mais tu ne risques rien, il n’y a personne. Bon après tout, fais comme tu veux. Si tu restes là, préviens-moi alors si quelqu’un arrive.

Ce quelque chose a piqué sa curiosité. Elle regarde alors autour d’elle : personne. Elle franchit discrètement la barrière en bois. Elle passe l’entrée de la propriété. Son cœur s’accélère quand elle arrive à proximité de l’interdiction de passage qui se trouve sur le panneau. Sa détermination à découvrir ce qu’elle a vu furtivement est plus forte que la crainte d’être surprise à un endroit où elle n’est pas censée se trouver. Elle avance encore de quelques pas et s’installe dans le jardin. Très rapidement elle trouve sa position préférée. Assise en tailleur, elle attend que la chose réapparaisse.

– Et Isa, surtout te presses pas hein !

Dehors, il fait un temps très agréable pour se promener. Il est bientôt dix-sept heures. Le soleil est bas sans pourtant être déjà couché. Isabelle a encore au moins une bonne heure, si pas deux, avant d’être chassée par l’obscurité de la nuit. Elle n’aime pas la nuit. Elle a toujours peur des créatures imaginaires qui sont nées durant sa plus petite enfance et qui ne cessent de la pourchasser jusque dans ses rêves d’adulte ! Mais là, elle se sent bien. Demain, c’est le week-end, elle a tout son temps et n’est pas pressée de rentrer dans sa maison.

Dans sa tête, des mots défilent. Elle cherche à mettre un nom sur ce qu’elle a bien pu voir. Si la chose bizarre qu’elle a vue n’était pas là, elle se serait surprise à chercher la raison pour laquelle cette jolie maison a été abandonnée malgré l’unique pièce, semble-t-il, brûlée. Mais pour l’instant, il y a une autre énigme à résoudre. Obnubilée par son énigme, elle en a complètement oublié sa collègue qui se tient sur le trottoir et qui fait le guet pour elle.

« Je pencherais bien pour un chat. Mais ça semble être plus petit que ça. Une souris ? Non je ne l’aurais même pas remarquée. Et puis il m’a semblée que ça volait ou alors il a des ressorts sur les pattes pour faire des bonds extraordinaires ! »

Ainsi de suite, tout ce à quoi elle pense, est rapidement contredit par sa logique.

Un chat noir, un vrai, la distrait. Il passe non loin d’elle puis s’arrête. L’un et l’autre se regardent. L’animal semble calculer le danger potentiel qu’il risque s’il s’approche de la jeune femme. Isabelle ne bouge toujours pas. Elle pense attirer le minou tout noir. Celui-ci avance de quelques pas puis s’arrête à nouveau quand la silhouette aux contours mal définis réapparaît subitement. Isabelle ne sait pas où donner son attention : à ce chat noir à l’air sympathique ou à l’autre animal qui est dans la maison ?

« Car il doit bien s’agir d’un animal. A part ça, je ne vois pas ce que ça pourrait être d’autre. Même une créature est considérée comme animal, non ? » se pose-t-elle la question à voix haute.

Le chat s’est encore rapproché et il n’est plus qu’à une longueur de bras de la jeune femme.

Juste derrière la haie qui sépare cette maison de la rue, deux petites mésanges volètent bruyamment. Isabelle ne leur prête pas réellement attention.

Un peu plus loin, dans le jardin, une poignée de moineaux pépie à tue-tête. Ils semblent familiers car aucun ne semble réagir à la présence d’Isabelle ni au petit manège du chat. En effet,  devant elle, le félin noir s’est couché de tout son long. La tête face au ciel rosé, ses yeux se sont fermés. Sa bouche s’est entre-ouverte brièvement mais aucun son n’est sorti de la gueule de l’animal. Un miaulement muet qui pourrait dire mille et une choses.  Isabelle sourit. Il ressemble un peu à son Minou sauf que le sien a une petite tache blanche sous le menton.

Soudain, un son étrange sort de la pièce accidentée, au premier étage de la maison abandonnée. Isabelle fixe la fenêtre fantôme.

Le chat s’est redressé d’un bond, ses oreilles dirigées vers la source du bruit.

Puis, plus rien. Le calme est revenu aussi rapidement qu’il a été brisé. Les mésanges se reposent et les moineaux font silence. Mais le bruit revient et se fait de plus en plus fort, de plus en plus précis.

Isabelle hésite. Dans son enfance, elle a déjà entendu ça. Elle était une toute petite fille mais elle se souvient très bien de la frayeur qui l’habitait alors. Elle devait avoir cinq ou six ans. Elle était en vacances chez son oncle, à une centaine de kilomètres de ses parents. C’était la première fois qu’elle dormait ailleurs et elle avait peur de cette séparation. Mais sa maman était très malade et elle devait bien se soigner pour vite guérir. Dans la maison de l’oncle Thomas, le plancher en bois craquait à chaque pas que l’on faisait. Les fenêtres vibraient à chaque passage d’avion et les portes s’ouvraient au moindre courant d’air. C’était une vieille cabane, perdue au fond des bois, mais les alentours étaient splendides. Tous les jours elle avait droit à une balade dans la forêt ou à une promenade en barque sur le Lac des Ancêtres. Mais un jour, un immense oiseau avait traversé la vitre du living. Dans un fracas assourdissant, l’animal emplumé s’était remis sur patte très rapidement. Il était indemne. Avec cette incroyable histoire, ce qui avait le plus surpris la petite fille, c’était que l’oiseau croassait d’une manière terrible. Il hurlait et faisait aller sa tête de bas en haut à chaque cri qu’il poussait. La voix du corbeau était grave et rauque. Son plumage était aussi noir que du charbon et personne n’osait l’approcher. Même le regard du corvidé était obscur. Isabelle croyait que l’oiseau allait voler jusqu’à elle rien que pour transpercer ses yeux.  Ni son oncle, ni elle n’a jamais su pourquoi le grand corbeau avait atterrit chez eux mais cette aventure avait marqué à tout jamais la mémoire de la petite Isabelle.

– « Ce bruit, ce cri, cette raucité dans la voix… il est revenu pour moi ! Mais comment m’a-t-il trouvée ? Comment est-il encore vivant après toutes ces années ? » Les questions se bousculent dans sa tête. Sa terreur est telle qu’elle est tétanisée et incapable de faire le moindre mouvement pour s’en aller loin de là.

Alors qu’elle est paralysée, le chat noir, rapide comme l’éclair, bondit dans le lierre accroché au mur de la maison. L’agilité des chats n’est plus à prouver, c’est connu. Aussi souple qu’un serpent, aussi fort qu’un lion, il grimpe sur le mur et pénètre dans la maison, par la fenêtre inexistante. On devine aisément la poursuite qui s’engage puis la bagarre qui s’annonce. Le grognement du chat n’arrive pas à couvrir la voix de la bête qu’il affronte.

Soudain, un oiseau aussi noir que la nuit et aux larges ailes s’envole par la fenêtre en poussant des hurlements effroyables.

Penaud et fier comme un paon, le chat ressort de la maison en se dandinant lentement, la queue dressée bien droite. Il vient se frotter au dos d’Isabelle, comme pour la rassurer. Isabelle se calme, caresse le chat et se promet de ne plus jamais franchir un endroit interdit.

– ça va comme tu veux, Isa  ? Tu as une de ces têtes ! Tu devrais te voir dans un miroir. T’as vu un fantôme ?

– Un peu, oui. Virginie, la prochaine fois, je ferai comme toi. Plus jamais je n’irai dans un endroit que je connais pas !

Avoir un chat dans la gorge

Écrire un petit texte sur une des expressions suivantes :

  • prendre tout au pied de la lettre
  • avoir un chat dans la gorge
  • prendre la mouche ou « quelle mouche t’a piquée ? »

Étant aphone ce jour-là, c’est tout naturellement que je me suis sentie inspirée par « avoir un chat dans la gorge ». Et c’est sur un souvenir du livre « aboie Georges » que j’ai écrit cette petite histoire.

Sophie la souris tousse. D’abord un peu, puis un peu plus fort.

Au bout d’une demi-heure, son frère s’inquiète. La toux devient sèche et est plus régulière.

–         Sophie, ça va ? Tu veux boire quelque chose ? lui propose-t-il pour l’aider.

–         Tuf. Tuf. Non ça devrait passer. Merci. J’ai une crasse coincée dans la gorge. J’ai du avaler une mouche ou une poussière. Tuf tuf tuf !

Et Sophie est reprise d’une énorme quinte de toux.

Finalement, ce qui devait arriver, arriva. Elle tousse tellement qu’elle finit par vomir. Ce qui sort de sa petite bouche est énorme, noir, poilu et de fort mauvaise humeur. La chose, toute dégoulinante de bave de souris, crache sur Sophie :

–         Schchchch, quel gouffre ta bouche ! Cela m’apprendra à être trop gourmand. Demain, je deviens végétarien, râle Minou le chat en prenant la poudre d’escampette.

–         Quoi ?? s’étrangle son frère. Tu avais un chat dans la gorge ?

–         Ben quoi, se défend Sophie, à force de me chercher des puces, il a trouvé ma glotte.