Espèce en danger à détruire !

9ème jeu déjà avec Rébecca ! Description de la contrainte : changer les règles, faire travailler votre imagination.

Les chaînes publiques de télévisions lancent une nouvelle campagne de publicité-obligation.

Sur fond de musique douce, un slogan incite les téléspectateurs à regarder, à écouter :

« Une nouvelle espèce vivante vient de s’ajouter sur la liste de celle en voie d’extinction. Elle va s’éteindre dans la décennie qui suit et nous avons l’obligation de ne pas agir. Cette espèce DOIT mourir ! Le gouvernement demande de ne pas tenter de la sauver. Vous avez le devoir de dénoncer sa présence auprès des autorités compétentes. Si celles-ci tardent à venir, vous avez l’autorisation d’utiliser tous les moyens possibles pour éliminer la cible.

Notez bien son nom et sa description : Braconnus Tendurus, aussi appelée plus couramment Destructurus Animalus. »

Sur l’écran de télévision, les téléspectateurs peuvent voir deux bipèdes dans la campagne. Le premier est pendu par les pieds; ses mains et son cou, à force de se débattre, se sont pris dans le filet dans lequel il est tombé. L’homme gesticule dans tous les sens, créant davantage de nœuds. Il crie, crache, semble furieux et… impuissant.

Le second, plus grand, bouge moins et ne parle pas car un hameçon est accroché à sa bouche. Il est sur la pointe des pieds, les mains liés dans son dos. Sur sa tête, un bonnet en peau de renard roux est en équilibre précaire et à son cou pend une patte de lapin. S’il bouge trop, soit il s’arrache la lèvre supérieure, soit il s’étrangle avec le collet qui ne s’est miraculeusement pas encore resserré, soit il met un pied dans un piège à mâchoire.

Pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs, la scène est rapidement coupée, laissant place à une illustration barrée d’un homme qui tient d’une main, un filet de tenderie, de l’autre un fusil et une canne à pêche et dont un des pieds repose sur un tas de pièges. Le nom Braconnus Tendurus clignote en rouge et en bas de l’écran « on ne veut plus jamais les voir » s’affiche en blanc.

La publicité se termine sur une voix douce qui annonce « Une espèce dans la liste rouge que l’on ne regrettera pas quand elle disparaîtra ».

Dans l’immense pays Rouge, le chat viverrin, la tortue de Mulhenberg, la girafe de Rothschild, l’our polaire, le panda géant, le rat-kangourou de Tipton, le tigre du Bengale et bien d’autres animaux sautent de joie à cette annonce.

Bientôt, on ne parlera plus d’eux, cela voudra dire qu’ils seront enfin sauvés et que leurs noms seront rayés de la fameuse liste rouge des espèces en voie d’extinction.

Ils pourront sortir de leur cachette et ne plus craindre pour leur vie.

Le four à double fonction

J’ai joué avec ABC. Le thème choisi est extrait de La Fabrique à Histoires, de Bernard Friot :
sujet renversant « Le four produit du froid. Dès qu’on y glisse un plat, il est congelé ».

Dans la forêt d’Hiver, par un froid de canard, un écureuil crie de joie :

– Youpppeee ! Un four. Je vais enfin pouvoir réchauffer mes noisettes congelées.

Avec toute cette neige, les pattes de ce petit animal sont frigorifiées de devoir tant creuser. Aussi, il est tout heureux de constater la simplicité du fonctionnement de ce four.

– Ooh ! Quelle chance j’ai ! Un four intelligent qui s’ouvre automatiquement à mon approche et qui détecte quel aliment je lui mets dedans.

Zzzzzz, le four émet un petit ronflement. La seule lumière du soleil est nécessaire à son bon service. C’est une vraie merveille.

Tiiiit, tiiit, tiit. Le bip annonce la fin de la cuisson. Notre petit animal est impatient. Et gourmand.

Il a faim. Cela fait dix jours qu’il n’a plus rien mangé !

– AAAaah ! Mais qu’est-ce que c’est que CA ?! hurle-t-il en voyant sa noisette transparente comme un glaçon. Ce n’est pas possible ! Je ne peux pas manger ce truc, c’est pire qu’avant dit-il en frappant un doigt sur sa noisette complètement glacée.

Quand notre ami réfléchit, d’une main, il prend sa queue en panache et de l’autre il arrache un poil. Il dit que cela lui permet de ne pas s’égarer dans son idée…

Lorsque sa belle queue est aussi dégarnie que celle d’un chat sphinx (un chat sans poils), un pic vert s’approche de lui et rit :

– Eh mon ami ! Tu as des soucis ?

L’écureuil sort de sa torpeur et serre ce qui lui reste de queue tout contre son coeur :

– Je vais mourir de faim, hoquette-t-il. Mes dents sont fragiles et je ne sais plus croquer des noisettes congelées. Et ce… ce foutu truc… c’est que du brol ! lui répond-il en désignant le four à refroidissement.

Le pic vert qui a beaucoup d’idées dans sa tête, penche celle-ci sur le côté et lui dit :

– Si le four qui doit chauffer ne chauffe pas comme il faut, as-tu déjà essayé de chauffer le four pour qu’il chauffe peut-être enfin ?

L’écureuil ne comprend pas bien. Alors, pour l’aider, l’oiseau rentre dans son trou, cherche quelque chose et en ressort aussitôt avec un long morceau de laine. Puis, il vient se poser près du four et enroule l’écharpe autour de la machine.

– Si le four a froid, comment veux-tu qu’il te réchauffe ton plat ?

Pour joindre son geste à la parole, le pic vert recrache un morceau d’écorce et l’approche de l’engin. Celui-ci, comme la dernière fois, détecte le geste et ouvre sa porte.

Une seconde plus tard, son ronflement se met en route.

Zzzzzz

Dix secondes s’égrainent.

Tiiiiit tiiit tiit. La porte s’ouvre à nouveau et un délicieux fumet d’écorce grillée flotte dans l’air.

– Huuumm, ça sent trop bon ! salive le petit rongeur. Dis-moi, miam, comment je pourrais, miam, te remercier ? lui demande-t-il la bouche pleine.

– C’est tout simple. Si dans tes provisions, tu trouves des locataires indésirables comme un ver, une fourmi ou autre insecte succulent, garde-le moi bien au chaud, je me ferai un plaisir de le déguster. Cuit, c’est encore meilleur.

C’est ainsi que l’écureuil apprit à se servir de ce four exceptionnel et qu’il devint un très bon ami du pic vert.

Tautogramme Angelina

Pour la 8ème semaine avec Rébecca, je joue au tautogramme
(faire une phrase dont tous les mots commencent par la même lettre)

J’ai choisi de faire quelques petites phrases, en choisissant le prénom de ma fille. J’aurais voulu le faire de même avec le prénom de mon fils mais allez trouver une phrase avec des X !  :-)

Armelle a attrapé Alicia avec agilité.
Nicolas nourrit naturellement nonante nouveaux-nés.
Gabrielle gifle gentiment Geoffrey.
Ethan emmène Élisabeth en Éthiopie.
Louis, le livreur loquace, lave lentement la ludothèque lumineuse.
Isabelle, incertaine, invite Ilias, inconsolable.
Nathan nomme négligemment neuf noisettes noires : nid !
Antoine, afro-américain, a accueilli avec admiration Antoinette.

Maximillian mange méthodiquement mes merveilleux macaronis.  Miam, miam !

Un bruit dans la nuit

Histoire numéro 4 de la série. Merci maman Cigalette pour ton illustration !

Isabelle va passer quelques jours chez sa cousine Julie.  Pour les vacances de pâques, Julie lui a préparé un planning qui lui plaira à tous les coups. Au programme, balades dans la nature, esquisse d’animaux, formation sur la photographie et leçon de vie autour de la grossesse de Julie.

Julie et son mari Joe sont ravis d’héberger la « petite » cousine. Ils habitent la campagne, à plusieurs centaines de kilomètre d’Isabelle.

Julie va pouvoir se changer les idées. Depuis qu’elle a appris qu’elle attendait un bébé, elle est un peu tendue. La première grossesse ne s’était pas bien déroulée et elle avait perdu le fœtus.  A présent, elle en est à son septième mois et il y a moins de risques pour le bébé s’il venait à naître.

Au moment où Isabelle arrive, personne ne se doute de ce que vont vivre ces deux cousines. Des jours et des nuits d’angoisse les attendent…

Après la balade de l’après-midi, Isabelle se retrouve seule dans la chambre d’amis, sous le toit de la vieille ferme. La soirée arrive à petits pas et le ciel commence doucement à s’assombrir. Le printemps est bel et bien là. Les jours se rallongent et les températures sont plus agréables. C’est la saison préférée d’Isabelle.

Julie monte jusqu’au dernier étage pour souhaiter la bonne nuit à sa cousine. Au moment de baisser le volet de la fenêtre velux, quelque chose passe à l’horizon et fait reculer Julie d’un pas.

« Sans doute un pigeon » pense la jeune femme. Isabelle n’a rien vu et il vaut mieux ne rien lui dire pour ne pas l’effrayer.

« Voilà, tu peux t’installer à ton aise. Fais comme chez toi ! Je suis contente que tu sois ici, on va pouvoir faire de jolies balades et tu vas même m’aider à faire la chambre du bébé, Joe n’a aucun goût pour la décoration. »

– Oh oui, j’adorerais ! Et à propos, tiens Julie, c’est pour toi, enfin pour le petit qui est là. Isabelle tend un petit doudou multicolore en touchant de sa main le ventre de sa cousine. Dès le moment où toute sa main fut posée, le bébé réagit et se tourne.  L’émotion remplit la pièce. C’est la première fois qu’Isabelle peut ressentir une telle chose.  Alors que la joie est à son sommet, un étrange bruit se fait entendre non loin de la chambre.  Julie et Joe n’ont pas de voisins proches. Leur maison n’est attenante à aucune autre et pourtant, on aurait dit que quelqu’un ronflait très fort, juste à côté.

Tout de suite, l’imagination très fertile de la jeune femme se met en route. Elle s’imagine une étrange histoire avec un vagabond occupant de manière incognito la grande de la vieille ferme. Isabelle continue à rêver les yeux ouverts. Voyant la tête de sa cousine, Julie la bouscule gentiment et lui demande de retrouver la terre ferme.

– Tu as toujours été douée pour t’imaginer des histoires hallucinantes. Isabelle, s’il te plait, ne me fait pas peur avec ça. Tu sais ce bruit, et bien d’autres, ça fait une semaine que je l’entends et je ne suis pas encore parvenue à savoir d’où ça vient ni ce que ça peut bien être. Il est l’heure de dormir, on verra ça demain, tu veux bien ?

Isabelle ne veut pas donner des angoisses à sa cousine. Elle sourit et l’embrasse avant d’aller se faufiler dans son lit.  Elle va avoir tout le temps de réfléchir à la question après son départ

Demain est un autre jour…  mais avant ça, la nuit s’éternise.

Isabelle a du mal à trouver son sommeil. Elle essaie de dormir mais de discrets gémissements l’empêchent de fermer les yeux. Jamais elle n’a entendu pareils chuintements. Persuadée que ça vient de derrière son mur, elle se lève doucement et colle une oreille contre la surface froide et rugueuse du crépi. Elle n’entend rien. Pas un bruit, pas un froissement, rien ! Elle se recouche et à peine a-t-elle clos ses paupières que les plaintes recommencent. Dans sa tête, mille scénarios se bousculent. Impossible de mettre un mot sur ce qu’elle entend. Il fait extrêmement calme dans cette maison. Ce n’est pas comme chez elle où passage de bus, claquement de portière de voiture ou discussion bruyante se font entendre chaque nuit. Chez Julie, le moindre bruit prend de l’ampleur. Tout résonne. Isabelle peut même deviner quand sa cousine se lève pour aller à la toilette ou quand Joe monte les marches de l’escalier pour apporter un verre d’eau à la future maman.

Ça y est. Plus aucun bruit ne perturbe la quiétude campagnarde. Isabelle peut enfin sombrer dans ses rêves.

1h15 : un cri perce les tympans des habitants de la maison. Seul Joe qui dort avec des boules d’ouates dans ses oreilles ne se réveille pas. Le cœur de Julie palpite. Elle peut sentir son pouls cogner dans sa poitrine.

Isabelle s’est réveillée en sursaut et le temps d’un court instant, elle ne savait plus très bien où elle se trouvait. Quelqu’un la réveillée brutalement.

« JULIE ! » La jeune femme pense que sa cousine a fait un malaise pour crier de la sorte.  Elle descend bruyamment les escaliers et se saisit lorsque sa cousine ouvre énergiquement la porte devant elle.

– Qu’est ce qu’il se passe Isabelle ? Tu as fait un vilain rêve ? lui demande-t-elle d’un regard hagard.

– Mais ce n’est pas moi qui ai crié, je pensais que c’était toi ! lui répond sa cousine d’un ton inquiet.

Elles se regardent longuement. Ni l’une ni l’autre ne savent qui a poussé ce cri d’horreur.

Trois jours sont passés. Durant tout ce temps, les cousines entendent comme un cri dans ce mur.  Parfois ça passe presque inaperçu et à d’autres moments, ça se fait plus intense. Si fort qu’elles se demandent comment Joe n’a encore rien perçut.

Au début, avec le bruit de la télévision, Isabelle pensait à une course-poursuite de petites souris. Mais à présent, ce soir, elle l’a bien entendu. Impossible que ce soit un animal. Ça se rapproche davantage d’un gémissement ou d’un cri de douleur. Cette nuit, elle est restée debout, comme hypnotisée par cet étrange bruit qu’elle n’arrive pas à identifier. Par intermittence, il se fait plus net, plus clair, plus aigu. Parfois, elle en a la chair de poule. Après trois heures d’éveil, elle commence sérieusement à fatiguer. Son cerveau somnole, ses paupières se laissent tomber malgré elles. Le sifflement du vent épuise ses tympans.

4h25 : Tout le monde dort. Isabelle est toujours là, consciente de n’être plus que l’ombre d’elle-même. Elle devrait dormir mais elle entend encore ces chuchotements qui la dérangent. Ils sont moins forts que tout à l’heure mais ils sont encore là. Elle est curieuse et ne dormira qu’une fois le mystère résolu. Julie et son mari, eux, dorment à poings fermés.

Une demi-heure plus tard, ses sens sont en alerte maximum. Elle a, cette fois, entendu distinctement une voix ! Une voix humaine ! Une voix de femme ! Elle en tremble de peur. Elle commence à avoir froid. Elle passe son peignoir en laine. Sa cousine a aussi entendu le hurlement. Julie l’a rejoint. Elle s’est levée un peu précipitamment et elle a mal au ventre. Elle touche d’une main rassurante sa peau tendue par la trente-deuxième semaine de grossesse. Elle pince alors sa joue fraîche pour s’assurer qu’elle ne rêve pas. Elle n’entend plus rien ! Les deux cousines se regardent et ne comprennent pas très bien ce qu’il se passe. D’un pas incertain, Julie va jusqu’au mur de la chambre. Elle s’agenouille et colle son oreille contre le papier peint.

Joe dort d’un sommeil de juste. Rien ne le réveillera si ce n’est une urgence comme la course à la maternité.

Julie tourne en rond. Elle a du mal à se rendormir à cause de ce qu’elle a entendu. Elle décide de se changer les idées et va faire un tour dans la chambre de son futur bébé. Tout est presque prêt, elles ont bien travaillé. Il ne manque plus que le mobile musical. Le berceau, le fauteuil à bascule pour l’allaitement et les rideaux sur le thème des petites fées, tout y est. La lumière douce de la lampe murale renvoie les ombres de toutes les peluches. Le silence règne dans cette pièce. Julie s’imagine la petite fille qu’elle tiendra bientôt dans ses bras. Bientôt un petit être remplira de vie cette chambre encore vide de sourire.

Un petit coup de pied du fœtus rappelle la future mère à la réalité.

Un petit grattement sur le rebord de la fenêtre et un sentiment de peur renaît. Julie a rappelé sa cousine auprès d’elle mais elle hésite à réveiller son mari. Depuis qu’elle attend un heureux événement, ses peurs les plus profondes refont surface. Son odorat s’est développé et sa sensibilité s’est accrue. Toutes ces hormones de femme enceinte la déstabilisent. Ce n’est pourtant pas la première fois mais rien n’y fait, jamais elle ne s’y fera.

Les frottements dans le mur reviennent. L’esprit de Julie est à son comble. Isabelle et elle ont la même vision : elles s’imaginent qu’une jeune fille est emmurée, vivante, et qu’elle appelle au secours. Une image d’ongles grattant le ciment frappe les consciences des cousines. Et si elles avaient raison ? Et si une personne était vraiment en danger ? Comme par magie, au moment où elles émettent la plus improbable des possibilités, les bruits cessent. Elles se regardent. Le temps s’écoule lentement mais après dix minutes, il n’y a toujours aucun autre signe pour les mettre sur la voie de l’impensable. Julie baille à s’en décrocher la mâchoire. Il est temps pour les deux jeunes femmes de retourner dans leur lit.

Isabelle retourne, à tâtons, dans sa chambre. Julie est derrière elle. Le fœtus donne un second coup de pied, plus violent que le précédant. Elle s’assied sur le bord du lit, reprend son souffle et essaie de se tranquilliser. Elle doit se calmer, au moins pour sa fille. Le stress n’est pas bon pour le fœtus. Elle a déjà perdu un enfant en fausse couche tardive, elle ne tient absolument pas à perdre celui-ci. Sa cousine tente de la rassurer mais elle a du mal, elle-même ressent d’étranges choses.

Même si elles arrivent à se ressaisir, le sommeil ne veut toujours pas d’elles pour la nuit. Elles se relèvent toutes les deux, en même temps, et Isabelle veut passer de l’eau froide sur le visage de sa cousine inquiète.

Toujours dans l’obscurité la plus complète, elles se dirigent vers la salle de bain et ouvrent la fenêtre pour avoir un peu d’air frais. Julie connaît cette maison par cœur, il n’y a pas de quoi avoir peur. Le plancher qui craque, elle connaît. La voiture de patrouille qui roule lentement dans la rue ne la réveille plus. Le chat errant qui se faufile discrètement dans le soupirail de sa cave pour venir voler quelques croquettes ne l’étonne même plus. Elle tente, tant bien que mal de se rassurer, elle ainsi qu’Isabelle. Le gant de toilette humide l’accompagne dans sa reprise de conscience. Doucement elle parvient à refaire surface et à se calmer.

Soudain, un cri horrible déchire la nuit. Les cousines sursautent, l’une comme l’autre. Isabelle se raidit et n’ose plus bouger. Elle sent son cœur cogner rapidement dans sa poitrine. Julie se saisit et tombe à terre. Assise sur le linoléum, elle observe la chose s’envoler.

Isabelle suit du regard la même forme blanche s’éclipser dans la nuit.

Joe s’est réveillé d’un bond. Il cherche son épouse à côté de lui et ne la trouve pas. Il a un mauvais pressentiment. Isabelle l’appelle. Il ne sait pas définir si c’est une voix prise de douleur ou de peur qui le supplie de venir au plus vite.

Un liquide s’écoule du peignoir rouge de Julie. Tête baissée, elle sent cette flaque chaude sous ses fesses. Tout en aidant sa femme à se relever, Joe écoute avec attention l’histoire des drôles de voix, des chuchotements, des grattements qui ont amené sa femme et sa cousine à rester éveillées toute la nuit. Il n’arrive que péniblement à l’apaiser. Elle est sous le choc.

Isabelle, elle, n’a toujours pas bougé de la fenêtre. Elle  est tétanisée entre la peur pour sa cousine et son enfant et le cri qui lui fait perdre la tête.

Quelques secondes plus tard, après s’être assuré que ce n’était que de l’urine qui s’était échappé du corps de sa femme, Joe éclate de rire. Julie se décrispe et rigole à son tour, plus par nervosité que par spontanéité. Isabelle n’ose pas rire, trop gênée d’avoir été à ce point stupide.

L’idée même qu’une chouette effraie pouvait nicher dans la grange ne lui était même pas venue à l’esprit. Elle se dit qu’on ne l’y reprendrait plus.

Le mystère du croissant doré

Jeu 7 de Rébecca. Ecrire une courte nouvelle. Le point d’accroche de cette  fiction-éclair est le titre : Le mystère du croissant doré.

Erwan marche d’un pas assuré quand tout à coup, il aperçoit une forme géométrique luire dans la nuit. Quelque chose de jaune, de doré bouge à quinze mètres de lui, comme illuminé !

Erwan est un jeune garçon plutôt intrépide et sûr de lui. Or, ici, il s’arrête tout net et scrute la tache en forme de croissant bouger par à-coups.
Haute, dans le ciel, la lune pleine semble l’encourager à poursuivre sa route.
Dissimulé derrière des roseaux, les pieds dans l’eau, Erwan observe le croissant doré qui pique sa curiosité.
L’objet semble flotter à dix centimètres du sol. Il fait tellement sombre que le garçon ne distingue rien d’autres aux alentours.
Un bruit sourd résonne au loin.
Des clapotements déchirent le calme de l’eau.
Des ailes en mouvements lui font tourner la tête.

Erwan est bien content d’être tout seul. Ses copains riraient bien de lui s’ils le voyaient trembler comme une feuille, lui le « gars » qui n’a peur de rien, pas même du directeur d’école.
Il essaie de faire abstraction des bruits environnants. Il se concentre sur ce qu’il peut voir…
« Serait-ce la pierre de lune magique ? » pense-t-il. Il a beau avoir onze ans et ne plus croire aux contes de fées, le mystère du croissant doré l’a toujours intrigué. Pourtant, cette histoire n’est qu’une fiction…

A quinze mètres de lui, une marouette au derrière sali par la boue est sur ses gardes elle aussi. Tombée sur son pet, elle n’a pas vu qu’elle a écrasé un ver luisant… à présent, son popotin ressemble étrangement à un croissant de lune brillant, et un drôle de zozo à deux pattes l’épie !

« Plus tard, je serai libre » dans un manuel scolaire

Je suis heureuse d’annoncer qu’une partie de ma nouvelle intitulée « Plus tard, je serai… LIBRE ! », va être publiée dans un manuel scolaire pour des étudiants francophones de 1ère secondaire, en Belgique. Le début de ma nouvelle, écrite en 2005, va être utilisée en lecture à voix haute.

J’écris principalement pour les enfants et j’aime beaucoup lire des histoires à voix haute, pour moi, c’est un vrai bonheur que d’apprendre cela !

Je remercie toutes les personnes qui, de près ou de loin, ont contribué à cette mise en contact.

Clic sur l’image pour télécharger l’histoire (en PDF ou ePub) sur Atramenta.

Exercice de style

Pour le jeu n° 6 de Devenir Ecrivain, j’avoue que je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Finalement une semaine, c’est très court pour faire ces petits jeux :-) mais je m’y tiens… je ne suis pas sûre que j’ai réussi le défi mais voici ce que j’ai imaginé pour réécrire un texte à la manière de Raymond Queneau : de plusieurs manières différentes.

Une femme marche dans la rue.

Une jeune femme marche dans la rue.

Une jeune femme marche d’un pas vif dans la rue.

Dans la rue Ledepair, une jeune femme marche d’un pas vif et déterminé.

Une jolie jeune femme, vingt ans à tout casser, divine poitrine et jambes de rêves est passée à côté de moi sans même me regarder. Perdue dans ses pensées ou tellement pressée qu’elle n’avait pas le temps de s’arrêter sur des « détails », elle ne m’a pas vu et j’en suis fort heureux car elle se serait sans doute abîmer un ongle à glisser sur ma modeste forme exécrable et repoussante de caca de chien.

La police recherche activement un témoin. Une femme non identifiée a été signalée dans cette rue l’après-midi même de l’incident. Elle semblait ne voir personne, évitant tous les regards. Elle était de taille moyenne, de corpulence élancée, avait de longs cheveux noirs, attachés en un chignon. Elle portait au moment de son signalement un long manteau beige, des chaussures à hauts talons et une écharpe à franges couleur cerise. Elle marchait d’un pas déterminé. Si vous l’avez reconnue, vous pouvez appeler le numéro de téléphone qui s’affiche en bas de votre écran.

Cher journal,
Aujourd’hui a été une mauvaise journée. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai eu l’impression que le trajet de retour a été plus rapide que d’habitude.
Figure-toi que quelques minutes avant de partir de mon travail, j’apprenais qu’on allait restructurer l’entreprise ! Bien sûr, ce sont les derniers arrivés qui allaient trinquer.
Trois mois que je suis là. Tu t’imagines ? Trois mois seulement…
Dire que je pensais avoir enfin trouvé le job de mes rêves !
Que vais-je faire maintenant ? Tu as une idée ?

Deux hommes se disputent. La raison de leur conflit reste mystérieuse. Mais leur agressivité monte petit à petit. Ils pensent rapidement à en venir aux mains quand une jeune femme passe à côté d’eux, sans même sourciller. L’indifférence avec laquelle elle est passée les a complètement surpris. Ils cessent de se crier dessus, continuent à déshabiller du regard cette inconnue mystérieuse et, quand leurs yeux se croisent à nouveau, l’objet de leur querelle a complètement disparu.

J’aurais pu faire plus long mais je suis un peu fatiguée… si vous voulez vous y « coller », n’hésitez surtout pas !
Je mettrais vos idées à la suite des miennes.