Blanc comme neige, c’est bon cygne.

Il y a de l’eau dans le gaz… chez les bernaches du Canada ! (photo recadrée)

Et une nouvelle (existe ?) : être aussi roux qu’un écureuil

Blanc comme neige, c’est bon cygne.

Il y a de l’eau dans le gaz… chez les bernaches du Canada ! (photo recadrée)

Et une nouvelle (existe ?) : être aussi roux qu’un écureuil

6ème histoire, une qui fait partie de mes préférées… et vous ? merci à Cigalette, ma maman, pour son illustration :-)
Isabelle va passer un week-end à la campagne. Elle veut à tout prix s’aérer l’esprit et passer un moment seule, loin du chahut du centre ville où elle habite.
Loin de tout, Isabelle tente de profiter de l’instant présent. Aujourd’hui, c’est l’été et il fait un temps superbe pour sortir. Cela tombe à pic car elle adore les promenades dans la forêt.
Après une bonne heure de marche, la jeune femme pense à s’asseoir. Non loin d’elle, un petit bois offre toute l’ombre nécessaire à un repos bien mérité. Elle ne doit pas y pénétrer bien loin pour découvrir un endroit qui lui convient.
» Tiens, on dirait que je ne suis pas la seule à avoir eu cette idée. Ce lit de douces et immenses feuilles de marronniers me semble parfait pour ma sieste. »
Elle ne réfléchit pas plus longtemps et s’y installe. Rapidement, le sommeil la gagne. Le calme de la campagne, la douceur du soleil et la tiédeur du vent l’emmènent dans des songes bien différents.
Le temps passe rapidement. Petit à petit, la forêt est traversée par le soleil. Isabelle ne peut admirer ce spectacle d’ombres et de lumière car elle fait un terrible cauchemar où des milliers de fourmis grimpent sur elle, envahissant chaque orifice de son corps. Dans ce rêve sombre, beaucoup de détails font surface et rendent cette illusion réelle. De manière tout à fait involontaire, Isabelle repousse sur ses bras des insectes invisibles. Elle dort toujours. Des gémissements sortent de sa bouche. Ses yeux ont du mal à croire ce qu’elle voit. Elle ne souffre pas et pourtant malgré sa chair déchiquetée, malgré le sang qui coule abondamment, elle n’a pas mal. Elle rêve encore. Mais, quand une fourmi géante la mord à pleines pinces, elle se réveille en sursaut, chassant encore et toujours des bêtes imaginaires. A présent, Isabelle est bien réveillée. Le soleil l’aveugle désormais et elle a mal aux yeux tellement la lumière est forte. Elle frissonne, de peur. Son cauchemar reste gravé dans sa mémoire.
« Aller, Isabelle, bouge-toi de là. Ce n’était qu’un rêve. Un stupide rêve. Les fourmis géantes, ça n’existe pas. Tu as quand même une imagination incroyable, d’où tu sors tout ça ? » Elle tente de se rassurer toute seule.
Puis, pour faire disparaître ce cauchemar de ses pensées, elle se lève et décide de reprendre sa balade, à l’opposé du bois.
Ces derniers temps, elle fait souvent de vilains rêves et elle se demande ce qui provoque ces songes horribles.
Elle avance au pas d’escargot, lentement, doucement. La tête dirigée vers le bas, comme à chaque fois qu’elle se lance dans de grandes réflexions, elle ne remarque pas les fils barbelés qui bordent le sentier et qui délimitent un champ. Rien ne serait surprenant si ce n’est que d’étranges choses sont accrochées à des piques.
– Ah mais quelle horreur ! hurle-t-elle.
Isabelle vient de découvrir une fine patte d’oiseau. Elle revient à la réalité. La première fois qu’elle a vu le reste de cet animal empalé sur le barbelé, un instinct de dégoût l’a immédiatement submergé. Elle a reculé d’un pas et son estomac s’est révulsé. Après cette réaction tout à fait normale, Isabelle ose à nouveau regarder ce spectacle inqualifiable. Quand elle s’aperçoit que ce n’est pas la seule victime à être accrochée de la sorte, elle pense immédiatement à un rituel sorcier. Elle ne connaît pas grand chose à la sorcellerie ou autre tour de magie mais elle trouve intolérable que de pauvres bêtes doivent payer de leurs vies pour ça. Curieuse de nature, Isabelle veut à tout prix découvrir le coupable de ces actes sanglants. Elle note sur un petit bout de papier tous les animaux ou ce qu’il en reste et qu’elle parvient à identifier, qui ont été déchiquetés.
Tous sont empalés sur le fil et tous sont en de piteux états.
« Bourdon, lézard, moineau, un truc qui doit ressembler à un coléoptère et d’autres restes d’oiseaux ! C’est écœurant ! Si je trouve celui qui a fait ça… »
Isabelle ne termine pas sa phrase, un oiseau masqué au bec crochu passe en vitesse juste à côté d’elle. Au début, elle croit que l’animal lui en veut mais elle se rend rapidement compte qu’il chasse un insecte. L’oiseau vole en zigzag, imitant à perfection la technique de vol de l’insecte terrorisé qui tente par tous les moyens d’échapper à son prédateur. C’est la première fois qu’elle voit ce genre d’oiseau.
« Je me demande quel oiseau c’est. Il a un bec de perroquet. »
L’oiseau vole toujours à la recherche de sa nourriture. Isabelle plie la liste des victimes qu’elle a trouvée et la met dans sa poche. Elle se met à croupi pour observer un autre « indice ».
« Voilà que je joue au détective à présent. » Chuchote-t-elle.
Isabelle ne se rend pas compte que derrière elle, un homme s’approche. Silencieusement, les pas se dirigent vers elle. Arrivé à moins d’un mètre d’elle, l’ombre de l’homme trahit sa présence et Isabelle sursaute quand celui-ci pose la main sur son épaule.
– Que faites-vous toute seule par ici, jeune dame ? Vous vous êtes perdue ?
L’homme est habillé comme un militaire. Il a un pantalon kaki, un gilet brun sans manche et même ses chaussures sont foncées. De grosses lunettes fumées cachent ses yeux.
Il fait peur à Isabelle.
– Heu, non, Monsieur. Je me promenais quand j’ai vu ça.
Isabelle montre du doigt un bourdon empalé.
– Et là, la terre est retournée. Je me demandais s’il n’y avait pas un autre pauvre animal mort qui était enterré là quand vous m’avez surprise.
– Oh je ne voulais pas vous faire peur. Je vois de quoi vous parlez, ça doit être le travail de l’Ecorcheur, répond l’homme d’un ton si doux qu’il met mal à l’aise la jeune femme.
L’homme ne semble pas remarquer le regard affolé d’Isabelle.
« Mais de qui il parle ? Il a l’air de le connaître ! Oh dans quel guêpier je me suis encore fourrée ? »
Isabelle pense qu’elle est en danger. Elle cherche une excuse pour partir au plus vite mais l’homme l’invite à marcher un peu avec elle.
– Vous n’auriez pas l’heure s’il vous plait ? Je n’ai pas de montre et mon, heu, mon fiancé m’attend pour le goûter, lance-t-elle dans un mensonge qui pue à trois kilomètres…
Isabelle est sûre qu’elle a trouvé le bon prétexte mais l’homme lui répond négativement :
– Non désolé, je n’ai pas de montrer non plus. Mais il doit être à peine plus de treize heures. Si vous voulez, je connais un endroit pas très loin d’ici d’où on pourrait observer l’Ecorcheur. Vous avez encore un peu de temps devant vous. Qu’en dites-vous ?
Isabelle ne sait pas comment se sortir de ce traquenard. Il n’y a rien ni personne aux alentours pour l’aider.
– Regardez, c’est juste là. Vous voyez la tente près du buisson ? C’est ma cachette. De là je peux tout voir. C’est un excellent poste d’observation, lui dit-il en pointant du doigt son refuge.
« Mais ce n’est pas une cachette, c’est une tente ! » Isabelle est surprise. Son comportement alerte le bonhomme.
– Vous avez raison, ce n’est pas une cachette pour les humains mais pour les animaux, ils n’y voient que du feu.
« Un chasseur ! » Pense-t-elle. Isabelle déteste les chasseurs.
Elle décide de se cacher une heure pour voir ce qui pourrait se passer. Après tout, il est bizarre mais n’a pas l’air méchant. Et puis, elle pourrait toujours lui donner un coup de genoux dans les parties intimes pour se sauver…
Evidement, personne ne passe, si ce n’est toujours le même oiseau au bec crochu qui ne cesse de faire des allées et venues le bec remplit de nourriture.
L’endroit où ils sont réfugiés n’est pas du tout confortable. Et puis elle a chaud, très chaud. Un coup d’œil aux alentours lui permet de croire qu’aucun animal ne sera plus tué aujourd’hui.
« Pas devant moi, il n’oserait pas. Mais si son copain l’Ecorcheur arrivait ? »
L’homme observe les environs aux jumelles. Etrangement, il est devenu silencieux. Isabelle ne sait même pas ce qu’il regarde, elle ne voit rien qui puisse l’intéresser et elle profite de ce moment pour s’éclipser. Au moment où elle fait un pas en arrière, il attrape son poignet.
– Chuut, plus un geste ! dit-il en chuchotant. Il est là. L’Ecorcheur, il est là, devant toi ! Viens, prends les jumelles lui dit-il brusquement, et en la tutoyant soudainement !
Isabelle n’ose plus faire le moindre mouvement. Elle ne voit ni n’entend rien. Elle voudrait pleurer mais quelque chose l’en empêche. Et elle ne sait pas pourquoi elle se retient de verser des larmes.
– N’aie pas peur, même s’il empale ses victimes sur ce fil barbelé, il ne risque pas de te faire du mal. Tu n’aurais quand même pas peur d’un oiseau ? Regarde, il fait des provisions pour sa nichée. Le nid ne doit pas être bien loin. Il s’appelle exactement Pie-grièche écorcheur. Un étrange nom pour un si bel oiseau, tu ne trouves pas ? Et ici, nous avons affaire au mâle, sa dulcinée doit certainement couver !
L’homme continue son discours ornithologique. Isabelle est prise au dépourvu. Rassurée par ce qu’elle vient d’entendre, elle s’approche plus franchement des jumelles installées sur le trépied.
Puis, elle regarde d’un autre œil cet homme qu’elle avait pris pour un tueur d’animaux ou pire… un tueur de jeunes femmes !
Pour le 12ème jeu de Rébecca, il faut choisir l’un de nos 5 sens et l’utiliser au mieux dans un texte.
Cette nuit, j’ai mal dormi.
J’ai encore fait des cauchemars, j’en ai marre.
Je décide d’aller à pieds à mon travail afin de ne pas me sentir compressée dans un bus bondé.
Le soleil s’est à peine levé sur un sol tout gelé.
Je n’ai pas froid, je marche d’un bon pas.
Les images de mes rêves hantent ma tête. Des écorchures, de la violence, de la peur, beaucoup de peur, des crocs qui déchirent ma peau, des animaux qui me griffent, des endroits que je ne connais pas, des chemins qui conduisent à ma perte.
J’ai l’impression d’être ailleurs, de ne pas vivre le moment présent. Chaque instant, chaque seconde s’égraine devant moi comme le contenu d’un sablier renversé.
Alors que j’avais l’impression d’un grand silence, les portes de mes oreilles s’ouvrent brutalement au monde environnant.
Le brouhaha des voitures incessantes, les freins d’un vélo qui grincent, un coup de klaxon qui retentit, tout cela rentrent en moi et me bouscule.
Une voiture au pot d’échappement troué fait un boucan d’enfer et me saisit.
Sur le trottoir d’en face, un jeune couple, deux gamins à peine sortis de l’adolescence, se disputent, s’enguirlandent, se crachent des injures. Je crains qu’ils en viennent aux mains.
Des perruches en vol au-dessus de moi s’annoncent dans leur langue de psittacidés, ce n’est pas un chant, c’est un cri aigu, bref, strident. Et elles sont nombreuses à crier… heureusement elles ne font que passer.
Bien plus haut, c’est un avion qui se rajoute à tout ce non-silence pesant.
Puis, de concert, un chien aboie, une voiture freine et la sirène d’un véhicule prioritaire hurle son urgence.
Des sons brefs, qui se juxtaposent les uns sur les autres ou qui se suivent mais ne se ressemblent pas. Pas une seule seconde de silence. Pas une ! C’est horrible…
Pendant dix minutes, je marche ainsi, irritée par tous ces bruits. Jusqu’ici, je ne prêtais pas attention, cela fait partie de mon quotidien et je n’y peux rien.
Je marche en silence, que je crois. Mes pas se posent sur le sol aussi doucement que des baskets peuvent le faire. Mais le frottement de mes bras sur ma veste trahissent mes mouvements. Mes mains dans les poches résolvent cette friction.
J’arrive à un feu rouge. Une voiture polluante accélère. Deux passants attendent à mes côtés que le petit bonhomme devienne vert. L’un écoute une musique à faire péter les tympans, l’autre est une jeune femme, talons aiguilles, bouteille de parfum renversée sur elle. Tac tac tac, les chaussures avancent, la bouche répond à une sonnerie de téléphone, la voix s’égosille, le rire vibre.
Le parfum s’en va, le rire en écho derrière elle.
La musique s’affaiblit.
Puis, j’arrive à mon travail.
L’alarme branchée, je dois la désactiver avec des bip bip bip. Enlever le répondeur qui fait tilu tilu.
Puis le fonctionnement de l’ouverture automatique de la porte se met en route…
La sonnerie du téléphone, l’ouverture automatique de la porte, les portables qui s’activent, l’ordinateur qui tourne, la circulation dans la rue, … cela ne s’arrêtera plus avant ce soir.
Au coucher des enfants, je me dis que j’aurai un peu de répit, mais il y a les machines à faire tourner, alors, j’attends la nuit. J’attends de dormir pour avoir le silence, un silence bien mérité, un moment sans bruit, sans cauchemar ?
Et ce soir, il pleut… on est au rez-de-chaussée, au-dessus des caves, et la pompe qui aide les égouts à ne pas déborder se met à vivre la nuit ! Un vrombissement se fond dans mes rêves.
Cette nuit, dans mes cauchemars, il y a un monstre qui grogne, de la pluie qui rentre dans ma chambre et qui monte jusqu’au plafond… heureusement, je sais respirer dans l’eau !
Ps : je vous rassure, Chouna n’est absolument pas le monstre que l’on pourrait croire sur la photo que j’ai utilisée pour illustrer le passage de mon cauchemar dans ce texte. Mes deux chats adorent jouer avec des bouts de ficelles et ici, Chouna fait un joli bond, toutes griffes et crocs sortis pour attraper la ficelle.
Pour la 11ème fois, déjà !, je joue avec Rébecca, merci à toi !
Réécrire une fable de La Fontaine en incluant une série d’ homonymes.
Le Lièvre et la Tortue
Tout le monde le sait : il est inutile de se presser, il faut partir à temps.
Le Lièvre, maire de son village, et la Tortue, mère courageuse de six enfants, en sont un témoignage.
– Gageons, dit celle-ci, que vous n’atteindrez point, sitôt que moi, ce pin situé non loin d’ici.
– Sitôt ? Êtes-vous sage ? demanda l’animal d’un ton enjoué. Ma commère, il vous faut purger avec quatre mûres bien mûres.
– Sage ou non, je parie encore, lui répondit-elle en crachant sur un mur.
Ainsi le pari fut lancé et accepté par les deux parties.
De tous deux, on mit près du but les enjeux : savoir quoi, ne nous regarde pas, ni de quel arbitre l’on convint.
Notre Lièvre n’avait que trois bonds à faire ; j’entends de ceux qu’il fait lorsqu’il est pourchassé par des renards affamés !
– Ayant, dit-il, largement le temps pour brouter, pour me préparer un pain pour demain, pour dormir, pour écouter d’où vient le vent, et pour rêver des vagues salées de la mer, je laisse la Tortue, cette pauvre vieille mère, démarrer gentiment et tranquillement, tout à son aise. Je suis quand même bon joueur…
Elle part, elle s’évertue, elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant, méprise une telle victoire, tient la gageure à peu de gloire. Il croit qu’il y va de son honneur de partir tard. Il ne se presse pas. Il ne court pas. Non, il grignote de l’herbe, déguste des pâquerettes, il se repose, il fait la cour à des demoiselles lièvres, il donne des cours de sauts aux levrauts, il s’amuse à toute autre chose qu’au défi. Sot qu’il est !
À la fin, quand il vit que son adversaire touchait presque au bout de la carrière, il partit comme une flèche. Hélas, les élans qu’il fit furent vains : la mère Tortue arriva la première en levant une patte en l’air en signe de victoire !
– Eh bien ! lui cria-t-elle, n’avais-je pas raison ? De quoi vous sert votre vitesse ? J’ai remporté l’épreuve. Que serait-ce si vous aviez une maison sur votre dos ?
Tout le monde applaudissait la Tortue, même un cygne, qui était de passage.
Vous connaissez le film ?
Moi c’est mon préféré.
Je crois que j’ai dû le voir au moins soixante-trois fois ! Sans mentir !
Alors quand j’ai appris ce que Mérédith avait fait à mes pauvres amis, je me suis immédiatement rendue chez le Grand Sorcier des Petites Bêtes. Celui-ci est ravi de me voir.
— Seule une mouche a le tempérament qu’il faut pour oser l’aventure. Arthropodus Hexapodus, tu es née pour être une héroïne !
Après cet accueil chaleureux, il m’a conseillé d’éviter la baignoire.
Sans blague, il me croit suicidaire ?
Ensuite il m’a dit de suivre la bipède à une distance raisonnable, histoire qu’elle ne se rende pas compte de la filature.
Pfeu trop fastoche !
Les humains sont bêtes parfois, je vous jure. Elle n’a rien vu, ni entendu.
Nous sommes donc arrivées sur le lieu de son travail.
Le Grand Sorcier m’a suggéré de me poser d’abord sur un excrément bien dégueu avant d’attaquer Mérédith. Il paraît que la texture liquide des fientes d’oiseaux est un excellent outil pour réaliser rapidement, et sans faille, ses potions magiques. Au bout de mes pattes pendent donc des gouttes blanches et vertes dont le doux parfum titille mon odorat excité.
J’ai tout prévu… ou presque !
Je dois simplement me poser, ne fût-ce que deux secondes sur son cou délicat. Il me suffit d’appuyer très légèrement mes pattes à un endroit bien précis (les scientifiques appellent ça la « veine jugulaire ») pour que son cœur arrête de battre !
Cela parait aussi simple que de voler !
Hélas, tout paraît toujours plus simple dit comme ça. Mais en pratique, c’est vachement plus dur.
Si si je vous assure.
Pendant dix minutes, je parviens à esquiver une main meurtrière. Heureusement que je suis sortie première de ma classe de vol sinon, elle m’aurait déjà aplatie comme une crêpe, la Mérédith !
C’est qu’elle ne se laisse pas faire la vilaine.
Elle est carrément déchaînée !
Je prends de la hauteur, je vire à 180 degrés, je fais un looping du tonnerre, trois figures aériennes parfaites bien que d’une inénarrable complexité, enchaînées avec une dextérité à faire pâlir de jalousie feu mon professeur de vol ! (et le pire dans tout ça, c’est qu’il n’y a personne pour admirer mes voltiges, mes prouesses, ouiiiiin) et elle, cette M.. Me… Mer… édiiiiith ouh là je l’ai échappé belle !
Elle m’observe, vise et vlan : m’envoie le dos de sa main presque en pleine poire !
Pffuii une aile à côté et j’étais defunto ! Quel calor ! Mamamia.
Là, je ferais bien une pause.
C’est que j’en peux plus, moi…
Je suis à bout de souffle, vidée, lessivée, crevée…
La mouche, qui se prenait pour une Super Mouche, ne prit pas la peine de réfléchir deux secondes et alla se poser sur le clavier, juste sur la touche PAUSE, devant et sous les yeux de la terrible Mérédith.
De vous à moi, que croyez-vous qui soit passé par sa petite tête d’insecte repoussant pour aller se poser sur cette touche ?
Vous pensez sincèrement qu’elle a su lire le mot « pause » ?
Non, je n’y crois pas. Les mouches, ça ne sait pas lire quand même ?
Toujours est-il que Arthropodus Hexapodus glissa maladroitement de la touche (sûrement à cause du reste de la fiente d’oiseau qui devait encore être sur ses pattes) et, épuisée qu’elle était, n’a pas pu réagir à temps.
Elle n’ouvrit pas ses ailes et alla coincer son petit corps répugnant entre les deux touches du clavier.
Dans de pauvres « bzzzzz… bzzzz… bzzzzzzzzzzzzz… bzzzzzz… » désespérés, ses ailes essayaient vainement de s’ouvrir, mais c’était peine perdue. Le clavier de l’accueil n’était pas spécialement lavé tous les jours et les gouttes de café et les miettes de biscuits au chocolat devaient certainement empêcher la pauvre mouche de se sortir de la périlleuse situation dans laquelle elle s’était fourrée… toute seule !
Une chose était certaine : elle allait mourir…
Parce que Mérédith n’allait bien évidemment pas l’aider à abréger ses souffrances…
Ça prendrait le temps que ça prendrait (personne ne se sert jamais de la touche « PAUSE », non ?)… Elle n’avait qu’à se coincer entre le « e » et le « r » !…
Bref… après le moustique et l’araignée, le score tournait une nouvelle fois en sa faveur…
Dans quelques heures, ça nous donnerait : « Mérédith : 3 – Insectes : 0″…
Pour suivre la suite des aventures de Mérédith, c’est ici sur Atramenta
5ème histoire… ça vous plaît toujours ?
Noémie est à l’école. C’est bientôt la fin de la classe. L’heure du midi arrive à grand pas. Noémie n’est plus trop concentrée sur ce que la maîtresse explique.
C’est le printemps. Depuis une semaine il fait doux mais pluvieux. Dehors, il fait lourd. Rapidement, le ciel s’assombrit. Les nuages descendent et on pourrait se croire à la tombée de la nuit. Le vent se lève et une odeur d’orage plane dans la cour de l’école. Les insectes de la pluie volent maladroitement. Noémie, assise au fond de la classe, observe les branches des arbres qui tanguent. Elle n’a pas le temps de penser à son futur acte héroïque que la pluie frappe sur le sol de la cour.
– Le temps de midi se passera dans le préau, prévient l’institutrice.
Noémie aime bien cette ambiance particulière. Il fait sombre, il fait moche mais il ne fait pas froid. Il n’y a que le bruit de la pluie qui peut la bercer de la sorte. Elle aime passer son temps à regarder l’eau dégouliner des toits des maisons. Parfois les flaques dessinent d’étranges ondes. Elle aime beaucoup l’eau, sous toutes ses formes.
Les gouttes se font plus épaisses, plus rapides. Sur les vitres, elles s’éclatent violemment. La maîtresse doit interrompre la classe. La pluie crie plus fort qu’elle. Tous les élèves regardent par la fenêtre quand l’orage éclate. Personne ne remarque l’éclair mais tout le monde entend le grondement brusque. Certains sont impressionnés par la réaction de la nature. D’autres sont en admiration. Certains rigolent, d’autres n’osent plus faire le moindre geste et se bouchent les oreilles quand un éclair illumine le ciel, en prévision du grognement qui va suivre.
Soudain, dans tout ce remue ménage, un cri d’alarme retentit. Un oiseau hurle quelque chose d’incompréhensible. Il s’agite, il vole dans tous les sens. Peu d’élève semble s’intéresser à lui. Noémie le regarde. Elle essaie de comprendre son désarroi. Ses yeux suivent le petit passereau tout noir. Il est trempé. Ses plumes lui collent à la peau. Il s’ébroue quelque fois.
– Madame, vous croyez que les oiseaux ont peur du tonnerre ? demande Noémie.
– Non je ne crois pas Noémie. Ils doivent être habitués. Pourquoi cette question ?
– Là sur le muret, vous voyez ? C’est lui qui chante comme ça ?
Noémie ne sait pas que l’oiseau ne chante pas mais crie. Il est affolé mais personne ne va lui prêter de l’aide.
Dans la cour, derrière le panneau de basket, quelque chose est tombé et gît sur le sol trempé.
Dans l’arbre voisin, deux oiseaux, un noir et un brun s’inquiètent. L’objet qui est tombé a fait une chute incroyable et à présent, les oiseaux leur porte tout leur intérêt. Contre toute attente, l’oiseau brun se couche à même le sol, protégeant quelque chose. Pendant ce temps, l’autre animal continue son discours saccadé.
– Madame, vous croyez que l’oiseau par terre est blessé ? Il a peut-être reçu la foudre sur lui ? Ou il a froid avec toute cette pluie !
L’institutrice n’a pas le temps de répondre. Le bourdonnement se fait de plus en plus fort, de plus en plus assourdissant. Le vent balaye tout dans la cour de récréation.
Noémie attend qu’un nouvel éclaire annonce le prochain ronronnement du tonnerre pour ouvrir discrètement la porte de la classe.
Dans la rue, l’égout de la rue déborde. Des voitures déchirent d’immenses flaques d’eau. Des larves des coccinelles sont propulsées par le poids des gouttes d’eau devenues énormes. Une fourmilière est écrasée par la pluie. La nature est déchaînée.
Dans la classe d’Noémie, l’institutrice a fait asseoir ses élèves. Est-ce parce que l’orage est violent que les enfants semblent surexcité ?
La cloche sonne la fin de la matinée. Dans le préau les quatre cents élèves de primaire sont rassemblés. Noémie n’est pas là et personne n’a remarqué son absence. Pas même ses camarades.
Dans la cours, Noémie s’est cachée derrière le grand arbre. Dissimulée derrière le tronc, elle s’est accroupie pour mieux observer l’oiseau au sol. Celui qui est tout en noir avec son bec orange fait un raffut pas possible. Son cri perçant et aigu brise le bruit de fond de l’orage et des cliquetis de la pluie. Dans sa classe, sa maîtresse range ses affaires. Noémie tente un pas en direction de l’oiseau brun quand son institutrice la voit !
Noémie tente de faire comme si elle n’a pas entendu les doigts de sa maîtresse sur la vitre. Elle s’approche de l’oiseau qui est à terre. Il est tout brun, tremble de froid et tout son plumage est trempé. Les commissures du bec sont jaunes et le petit ne sait pas encore voler. Il crie dans une langue que l’enfant ne comprend toujours pas mais pourtant elle devine ce qu’il demande. En haut, perché sur une branche basse, la maman courre dans tous les sens pour appeler la jeune fille.
– Calme-toi petit oiseau, je vais te rendre ton petit mais avant, si tu permets, je vais le sécher un peu car il a très froid.
A quelques mètres de là, la maîtresse ne rate pas une miette du spectacle. Elle prépare un essuie pour son élève et pour l’oiseau.
La nature s’est calmée. La forte pluie s’est radoucie mais le ciel noir est à présent illuminé par des dizaines d’éclairs. Quelques grondements au loin annonce que l’orage s’éloigne. Le vent ne souffle plus aussi fort et Noémie peut rentrer dans sa classe pour réchauffer le petit oiseau qu’elle vient de ramasser. Autour d’elle, tout un groupement d’enfants s’est formé.
– Madame ? C’est quoi comme oiseau ? Il va mourir ?
La maîtresse ne sait pas très bien quoi répondre. Elle informe juste les enfants qu’il doit s’agir, probablement d’un jeune. Noémie sent en elle quelque chose naître. Elle voulait devenir médecin pour les enfants mais elle hésite à présent. Vétérinaire ça serait aussi chouette !
Dehors, la maman du petit merle se met dans tous ses états. Elle saute de branche en branche, s’égosille à ne plus en finir.
Quand le petit semble sec, la fillette ressort de la classe et sur la pointe de ses pieds, elle dépose le petit sur la plus basse des branches qui lui est accessible. Elle s’éloigne de quelques pas et observe le comportement de la maman. Quand l’autre oiseau noir arrive, Noémie reconnaît le merle. Jamais elle n’avait pensé que le mâle et la femelle seraient différents. Le papa oiseau a le bec rempli d’insectes. Il s’empresse de donner à manger à son dernier petit qui ne sait pas encore voler.
Jeu n° 10 avec Rébecca : jouer avec des expressions, les rendre vivantes.
Comme j’aime particulièrement les expressions, je n’ai pas pu résister, en voici plusieurs :
casser du sucre sur le dos de quelqu’un
la goutte d’eau qui fait déborder le vase
passer du coq à l’âne
avoir la puce à l’oreille
Et parce que j’avais envie d’utiliser un petit outil de La fabrique à histoires de Bernard Friot, voici un début tiré du moulin à mots.
Caché derrière un rideau, le chat guettait. Voilà trois jours qu’il a lancé un défi à Mapuce.
Mapuce, c’est sa voisine et c’est… ben oui… une puce. Une puce pas comme les autres, une gentille qui aime bien sûr bondir, chatouiller et mordiller, mais qui aime aussi jouer, rigoler et danser.
Et ce que Mapuce aime par dessus tout, c’est relever des défis.
Alors quand Félinou le chat lui a dit qu’elle ne serait pas cap’ de l’attraper, elle a dit : « chiche ».
Et Félinou est bon joueur. Vu la grande différence entre leurs tailles, il lui a dit qu’elle avait quatre jours pour s’entraîner à sauter plus vite et pour se muscler les pattes à s’agripper à son poil court.
Alors, le premier jour, Mapuce a cassé du sucre sur le dos de quelqu’un.
— Oui, eh, oh ! Sur quelqu’un, mais pas n’importe qui s’il vous plait : sur le dos de Sa Majesté Lemur. Il me fallait un dos solide…
Et cela n’a pas été si facile que ça. Rendez-vous compte, de petites pattes de puces briser un morceau de sucre ! Mais, elle est y est arrivée la demoiselle… À force de persévérer, elle y est arrivée… et presque les six pattes dans le nez à la fin de la journée.
Le deuxième jour, hier donc, pour calmer les égratignures qu’elle s’est faites à ses pattes de devant, Mapuce s’est exercée à faire déborder le vase d’une goutte d’eau.
— Plus facile à dire qu’à faire ! Z’ avez déjà essayé de faire déborder l’océan d’une vague ? Surtout qu’avec mes petits membres de rien du tout, je n’avais aucune prise… ça me filait entre les pattes.
Mais, comme pour la veille, elle n’abandonnait jamais. Finalement, elle y est arrivée en se jetant de tout son corps depuis la hauteur du pommier. Il faut préciser qu’elle s’était lestée auparavant d’une couche de boue… son propre poids ajouté à celui de la boue a été déterminant dans la réussite de cet exercice.
Aujourd’hui, troisième jour, Mapuce joue au saut en hauteur… et en longueur ! Dans la prairie d’en face, un coq et un âne bavardent tranquillement.
— Je suis bien plus motivée avec des défis concrets. Sauter d’un chien à un autre n’est pas marrant, surtout que ceux de la maisonnée n’arrêtent pas de se chamailler, de se bousculer, … je ne dois même pas sauter pour passer de l’un à l’autre.
Tandis qu’ici, voyez la distance qui sépare le coq de l’âne ? Le coq est beau parleur, mais il se méfie du fichu caractère de l’âne.
Et alors que Félinou pense que Mapuce va se casser le cou avec un saut de fou, l’insecte passe du coq à l’âne sans la moindre difficulté.
— Merci Monsieur Levent, un petit coup de pouce bien utile, chuchote Mapuce.
Le lendemain matin, Félinou se lève de bonne humeur, sûr de lui. Il se dérouille, tend ses pattes devant lui, fait le gros dos gentil, s’ébroue, et puis se lèche avant de se décider à pointer le bout de son museau par la chatière.
Dès le premier coup d’œil, il sent que quelque chose ne va pas. Les chiens ne se grattent pas, l’âne ne semble pas avoir d’invité indésirable sur lui, pas plus que le coq…
— Bon sang de bon soir, où est cette puce ? dit le chat à haute voix.
Il n’a pas le temps de dire ouf que quelqu’un lui souffle :
— Avoir la puce à l’oreille, ça te dit quelque chose voisin ?