Mon premier roman jeunesse à paraître

Mon projet de livre « Faire pousser des oiseaux », qui sera en vente au profit de l’association Make A Wish Sud, avance bien ! Le livre sera auto-édité chez Atramenta. Ce sera un petit bijou de 72 pages, agrémenté par une bonne vingtaine de magnifiques illustrations (N&B), signées IzaCat.
5 autres illustratrices ont confirmé leur participation à ce projet; vous pourrez découvrir leurs beaux dessins (aussi en noir et blanc) en fin du livre dans la rubrique « Bonus », rubrique qui comportera également un petit jeu des 7 erreurs imaginé par IzaCat.

Dans l’attente de découvrir ces autres talents, un aperçu de leur imaginaire :

Marie Malcles
Nessa
Valérie Vittenet
Magali Garot
Thaïs Aubert

Le livre devrait bientôt sortir, courant février 2013.

Pour vous en mettre l’eau à la bouche, voici un petit dessin de Miss coccinelle, la belle conseillère, illustré par IzaCat.

Chap5_coccinelle

La languite aiguë pour les Impromptus littéraires

Pour les impromptus littéraires, on doit cette semaine imaginer une nouvelle maladie, la décrire, mentionner ses symptômes, notifiez sa venue, sa contagiosité, son remède, etc.  Je suis partie d’une maladie tout à fait réelle, une véritable épidémie en ce moment, que mon petit garçon a attrapé sans doute à l’école : la grippe.

La languite aiguë

–          Docteur, j’ai mal à la langue !

–          Faites-moi voir ça, ouvrez bien grande la bouche et tirez la langue.

Le spécialiste du nez, de la gorge et des oreilles examine la langue de sa patiente. D’un air sûr, sa petite lampe-loupe encore dans sa main, il lui dit :

–          J’ai bien peur madame, que vous ayez attrapé la languite aiguë.

–          La quoi ?

La patiente, mère de quatre enfants, n’a jamais entendu parler de cette maladie. Elle demande des explications, comment ça s’attrape, si c’est contagieux, si ça se soigne, et si oui, comment et en combien de temps, etc.

–          Cette maladie, pas très méchante, se rencontre surtout chez les mamans, les papas et les grands-parents qui gardent souvent leurs petits-enfants. Les métiers d’institutrice maternelle, de puéricultrice et de conteurs sont aussi régulièrement touchés. Vous devez raconter trop d’histoires à vos enfants. Trop en trop peu de temps. Votre langue est lourde, gonflée, fatiguée ; elle n’en peut plus. Elle souffre d’une inflammation locale. Il faut la reposer quelques temps.

–          Ah bon ! Mais pourtant, cela fait des années que je raconte des histoires à mes enfants, pourquoi ai-je ça maintenant ?

–          Il y a du avoir un changement dans la fréquence, non ?

La patiente se tait, et réfléchit.

–          Un enfant malade peut-être ? suggère le médecin.

–          Oui ! Mon petit dernier a la grippe ! Il est couché toute la journée au lit, il ne veut pas jouer et réclame des histoires du matin au soir, du soir au matin ! Ce week-end, je n’ai fait que ça !

–          Et bien voilà ! Il ne faut pas chercher plus loin.

Soulagée d’avoir trouvé ce qui est à l’origine de sa maladie, elle demande quand même :

–          Est-ce qu’il y a un remède ? Combien de temps cela va-t-il durer ?

–          Je ne peux que vous conseiller du repos, et de boire beaucoup. Un de mes confrères préconise le prêt d’un livre numérique amélioré, vous savez, celui avec lequel même les enfants qui ne savent pas encore lire, peuvent se débrouiller pour écouter et suivre une histoire animée ? Pour ma part, je n’ai jamais essayé, mais je peux vous prescrire une histoire à lire, une fois par jour, le soir après le repas, de préférence juste avant le coucher.

–          Une seule histoire par jour ? Mais comment je vais faire pour satisfaire tout le monde ?

–          Laissez l’aînée prendre la relève de temps en temps… En plus, cela lui fera un bon exercice de lecture, non ?

–          Oui, vous avez sans doute raison.

–          Courage, d’ici une petite semaine, votre langue devrait se délier, et vous pourrez à nouveau raconter plein d’histoires… mais comme toute bonne chose, il ne faut pas en abuser.

Le grain de folie de Marguerite, suite et fin

Nouvelle écrite dans le cadre du concours « Achève-moi! » organisé par le service Culture de la Province de Liège. Nous devions choisir un des débuts de texte proposé et continuer la suite…

Lire le début du texte

* * *

 Je me sens seule. Je suis seule.

Depuis que la mode de l’Amour est de cueillir des marguerites et d’arracher, un à un, nos pétales, nous devenons de plus en plus rares.

Hier midi encore, une jeune bipède écervelée a cueilli pas moins de dix-sept marguerites rien que dans le jardin qui m’a vue naître. Dix-sept ! Tout cela pour tomber sur la seule qui avait vingt-quatre pétales blancs, l’unique qui pouvait, enfin, lui dire que son amoureux l’aimait « à la folie » ! Rendez-vous compte, il n’en reste plus que trois : ma voisine d’en face, celle à ma gauche et moi-même. Et vous auriez dû voir avec quelle frénésie elle arrachait nos bras, oui chez nous, entre fleurs, on appelle cela les bras, c’est plus poétique, non ? Et puis, au moins, aucun risque que quelqu’un se trompe sur le sexe de ce mot ! Combien de fois ai-je entendu « une pétale » ? Je n’oserais même pas compter. Je suis sûre qu’avec mes trente bras, je n’ai pas assez pour comptabiliser le nombre d’erreurs sur le genre de ce mot.

Étrangement, depuis hier, je me sens bizarre. Depuis que la foldingue a crié « à la folie, il m’aime à la folie ! », je ne sais pas pourquoi, mais j’ai des envies de vengeances.

Est-ce réellement arrivé ou ai-je imaginé tout cela, mais j’ai cru voir le mot « folie » se matérialiser dans un grain porté par le vent. Un grain de folie. Et bien sûr, comme dans toute belle histoire, vous imaginez la suite… j’ai attrapé ce petit grain de folie. Eh ! Bien oui. C’est ainsi. Sinon, je ne peux expliquer autrement mon envie soudaine d’arracher tous les bras des humains qui croisent mon chemin.

 Cette envie s’est transformée en réalité. La jeune écervelée d’hier est revenue. C’est la petite-fille du maître des lieux. Quinze, seize printemps, tout au plus ? Vu comment elle est formée et habillée, je pense même qu’elle se vieillit, tout cela pour paraître plus âgée. Pas de chance pour elle, c’est la première qui a croisé mon chemin. Elle était couchée, ventre dans l’herbe, le visage aux creux de ses mains, et elle me contemplait ! Oui, elle me regardait avec un regard de tueuse.

Je n’ai plus hésité. De mon regard jaune et rond, je l’ai hypnotisée. Puis, je l’ai dépétalisée délicatement. J’ai profité de son état léthargique pour tirer sur un bras d’abord. C’était tout mou. Je pensais que ce serait plus dur, plus résistant. Cela allait même plutôt rapidement jusqu’à ce que j’arrive à l’os. Là, il m’a fallu tirer d’un coup sec et, POP, le bras s’est détaché ! Le sang qui sortait de part et d’autre avait la couleur des tulipes rouges du jardin. J’ai fait la même chose avec l’autre bras.

Elle semblait toujours dormir, alors je n’éprouvais bien sûr aucun remords.

Comme les bipèdes n’ont que deux bras, cela me donna « elle m’aime… beaucoup ! », je ne voulais pas de ça. Certainement pas ! Alors j’ai continué avec les deux jambes, puis la tête. Ah, enfin ! « elle m’aime… pas du tout ».

 Étant donné que personne n’oserait, une seule seconde, penser qu’une pauvre petite fleur serait la coupable de cet horrible acte sanglant, on me laissa tranquille.

Pour ne pas faire peser les soupçons sur moi, je ne fis pas trop de vagues les jours suivants. Ni les mois, sait-on jamais.

Jusqu’à l’année suivante. À la même période, la sœur cadette s’installa à une envergure de marguerite de moi.

Même scénario, même calme après la tempête.

Puis l’année d’après encore. La petite dernière n’avait visiblement rien compris, pas plus que ses parents ni même ses grands-parents, malheureux propriétaires d’un jardin hanté, qui porte la poisse, qui attire la mort, le sang, la violence.

 La solitude ne me pesait plus. J’avais un but à présent, et les autres fleurs étaient devenues mes meilleures amies. Je leur ôtais une belle épine du pied. Pensez donc, combien de sales gamins arrachent des fleurs du jardin pour l’offrir à leur mère, à leur grand-mère, à leur tante ? Brrr… Beaucoup trop !

Et mes sœurs, les marguerites du jardin, se portaient on ne peut mieux.

 Un autre jour, d’une autre année, on me captura. Pire, on m’arracha comme une mauvaise herbe. On m’enferma dans une pièce sans air, sans soleil, sans terre, sans eau. Les humains appellent ça un asile psychiatrique. Ce sont eux les fous, pas moi ! Ils ne savent même pas faire la différence entre une fleur et une humaine ! Et au final, je ne sais pas ce qui les dérange le plus : qu’ils me prennent pour la nounou des gamins que j’ai effeuillés ou que j’ai aidé le jardin à ne plus avoir ces indésirables mômes, ces parasites, qui arrachent toutes les belles fleurs ?

Je ne sais pas quelle raison ils ont choisi. Je ne sais pas pour quel acte je suis emprisonnée ici : trouble de la personnalité ou meurtres barbares sous emprise d’un hallucinogène encore inconnu ? Peut-être les deux ! Qui sait ? Comme je le dis plus haut, je sais, je me répète, ce sont eux les fous, pas moi…

 Pourquoi ? Mais pourquoi a-t-il fallu que j’écrive tout cela dans ma feuille intime ? Croyez-vous que si j’avais intitulé mon journal autrement que « achève-moi », ils auraient découvert le pot aux roses ?

 * * *

 Je trouve toujours ça extraordinaire de lire, d’entendre, ce que mes participants ont écrit, tout cela avec quatre mots, quatre mots identiques pour chacun d’eux.

 L’atelier était fini pour aujourd’hui. Les sonneries des portables s’égosillaient toujours et, encore une fois, personne ne songea à les couper ou à entamer une conversation. Un étrange malaise régnait dans la pièce. Et si tout cela était vrai ? Je veux dire si parmi mes participants, il y avait un vrai fou qui s’était amusé à écrire un véritable souvenir à partir de mes quatre malheureux mots !

Le grain de folie de Marguerite, concours achève-moi ! 2012

Pour le concours de nouvelles « achève-moi ! », organisé par le service Culture de la Province de Liège en 2012, j’ai choisi ce début de texte proposé par Daniel Charneux (n°3). C’est avec son autorisation que je mets le début de sa nouvelle ici, et courant de cette semaine, vous aurez la suite et la fin que j’ai imaginé.

Pour découvrir cet auteur belge, c’est ici sur son site.

Le grain de folie de Marguerite

Je me souviens d’une fin d’été…
Autour de cette table ovale, nous étions quelques-uns à méditer en silence. Et cette table avait été un oeuf pour des pensées en gestation, des échappées, des écritures. Cette table, l’artisan qui l’avait vernie, qu’était-il devenu ? Ces méditants, ces écrivants, que deviendraient-ils ? Les portables vibraient en vain – personne ne se levait pour décrocher. Personne n’aurait songé à décrocher de ce fil d’écriture qui le reliait à soi-même. Ils se laissaient aller – comme quand on va mourir. Ils ne résistaient pas à l’appel du grand large. Ils voguaient sur les mots offerts par la contrainte : amour, folie, marguerite, solitude… Ils voguaient, le jeune homme triste, la vieille dame ou l’artiste, réunis par la vie autour de cette table. Puis, chacun lut.

* * *

J’avais cueilli une marguerite et commencé à l’effeuiller : Elle m’aime… Et j’y avais cru. Nous avions été deux, puis trois. Aujourd’hui, je suis à nouveau seul.

Au mur de sa chambre, elle a laissé ses Titi. Elle adorait ce canari de cartoon, ce canari d’un jaune à faire mal aux yeux. Elle a laissé ses Titi quand elle est partie et je reste là, comme un Grosminet triste, avec mes moustaches de bon chat paisible ; je passe les journées allongé sur mon lit, les doigts croisés. Allongé sur mon lit, les doigts croisés, j’ai un peu l’allure d’un mort, non ? Comme quelqu’un qui rendrait son dernier souffle, qui partirait pour son dernier voyage. Pour le repos éternel, comme on dit.

Je me souviens de son premier souffle d’enfant : elle était née la nuit ; une âme neuve brillait parmi les étoiles. Elle était née l’hiver, la neige tombait cette nuit-là. Et je twistais sur ma chaise, dans la salle d’attente de la maternité. À cette époque, les pères n’assistaient pas à l’accouchement. Quand une infirmière est venue me la présenter, mon visage s’est éclairé. C’est comme ça qu’elle a dit, l’infirmière : votre visage s’est éclairé. Je portais la barbe, alors, pas seulement la moustache. Et les cheveux longs, comme à l’époque. Le Christ. Souvent, ils me comparaient au Christ. Un Christ un peu triste – c’est vrai, je n’étais pas riant. Mais là, face à ce souffle neuf, mon visage s’est ouvert, et j’ai souri. Comme un ange sur une cathédrale.

Et puis, pour faire court, j’ai été maladroit. Avec sa mère. Pourquoi s’emporter pour une porte qui claque, pour un verre brisé au cours d’une vaisselle, pour un tintinnabulis ? À chaque fois elle s’énervait, pour faire court, à chaque fois, je voulais crier plus fort. Un connard fini, mais là, LE connard fini, elle disait. Parfois, nous sortions, tout de même, nous avons eu de bons moments. Un Perrier citron au café Randaxhe à Liège, chacun dans sa bulle. Toujours chacun dans sa bulle, et la poussette entre nous. Il est réveillé, disait la dame avec sa canne, parlant du bébé. Et la bulle se brisait. Nous repartions, poussant notre poussette. Cahin-caha.

Les années ont passé, la petite a grandi. À chaque anniversaire, je lui achetais un Titi. Pour sa collection. Et puis, elle est partie. Sa mère. Sa fille par la main. Elle a claqué la porte. J’ai senti un courant d’air frais. Tintin, les Titi. Alors, maintenant, parfois, je viens m’allonger sur son lit. Parmi les Titi jaunes et les angelots kitsch. Et je croise les doigts. Ça porte bonheur, paraît. Oui, je croise les doigts, mon souffle dans la nuit. Quelque part entre les étoiles, il m’arrive de sourire. Pour ne pas devenir fou.

* * *

Tu te souviens, la marguerite nous avait dit : Un peu… Et c’était déjà ça.

Tu as trouvé le chemin de l’impasse. Tu as retrouvé ma trace. Impasse de l’Avenir… Comme si plus rien n’était possible. Dans les arbres négligés, les oiseaux chantent déjà, pourtant. Au jardin clos, le lilas se prépare. Et j’ai l’impression d’être déjà fanée. Trois cadres sur un mur, un canapé, puis le portable au coin, sur le petit bureau…
je tchatte… j’e-maile… je blogue… ça ne fait pas une vie. Pas une conversation. Je regarde par la fenêtre, quand j’en ai marre de fixer l’écran. Une feuille tremblote dans l’air immobile, et je sens quelque chose qui tremble dans mes yeux. Comme un voile. Sur le trottoir, entre les pavés, poussent des herbes folles. Qui a eu l’idée de les appeler mauvaises ?

Notre vie avait pris une mauvaise direction. Mais quand tu es parti sans un mot, sans une explication, j’ai cru que je devenais folle. Je restais là, vautrée sur le canapé, à me gaver de chocolats, les yeux dans le vague, le dos blanc sur le mur blanc, comme le contraire d’une ombre. Ou visage à la vitre, à contempler le vide. Je sortais quelquefois, dans le parc bondé. Je voyais passer un chien blanc, une famille à vélo (le petit garçon derrière devait tourner ses pédales très vite pour essayer de suivre sa grande soeur et sa mère), deux hommes qui portaient une grosse poutre… Quand j’avais bien respiré, je rentrais dans ma chambre. J’ai un toit. Ce matin, je l’ai vu, lui, parmi ses déchets, dans sa caisse en carton, les yeux perdus dans le flou ; à côté de lui, son chien. Moi, je n’ai pas de chien. Un jour, j’ai vu sur un banc une femme, le corps tatoué de monstres, qui allaitait un bébé. Et j’ai eu peur que le bébé devienne un monstre. Que tous les hommes soient des monstres. Mais tu es là et nous allons parler. Tu es là et je vais retrouver, qui sait, le chemin de l’avenir. Tu es là.

Poème pour Némo, chadorable

Un petit poème, de grosses pensées pour Némo, un chat adorable fort malade.

Au paradis des animaux
Va arriver le beau Némo.

Il ne va plus souffrir,
Et sur les nuages, il va courir.
Il va reprendre du poil de la bête,
Tout là-haut, il va faire la fête.

Il va rejoindre Mila,Chat, parmi les chats.
Retrouver tous nos autres compagnons,
Partis trop tôt, que toujours, nous aimons.

Bon repos,
Adorable Némo,
On pense fort à toi,
Tu nous manqueras.

nemo

Trop, c’est trop, non ? jeu d’écriture

Je rejoue avec plaisir avec les Impromptus littéraires. Cette  fois, le « T » a été retrouvé, sain et sauf. On l’a même vu en compagnie de :
tartelette – catherinette – trottinette – tutti quanti et trompettiste, compagnons qu’il faut bien sûr intégrer dans ce jeu d’écriture :-)

Je me suis lâchée, sans trop réfléchir… qu’en pensez-vous ?

Trop, c’est trop, non ?

Tartelette était une petite midinette rondelette, d’allure assez coquette. Fourrée au riz, la blondinette grandissait gentiment dans la cuisinette. Un jour, un ventre affamé qui circulait en trottinette s’arrêta devant sa maisonnette. Les yeux, qui étaient plus grands que le ventre gourmand, lisaient ceci sur la porte en bois blanc :

« Tire la chevillette et la bobinette cherra ». Les tubercules qui sortaient du ventre tirèrent donc la chevillette et en effet la bobinette tomba, permettant au ventre affamé d’entrer dans la demeure de Sa Majesté la Tartelette. La catherinette au ventre rebondi referma la porte derrière elle. Elle toisa de suite la tartelette qui à ses yeux ne valait guère mieux qu’une triste galette trop cuite.

Tartelette était pétrifiée, elle semblait d’un coup, s’être ratatinée. D’une voix tremblotante, elle dit :

–          Oh ! Terrible appétit ! Que vous avez de grands yeux !

–          C’est pour mieux te voir mon enfant, lui répondit la catherinette qui avait garé sa trottinette près de la moulinette.

–          Que vous avez une longue langue de serpent, bégaya la midinette qui pleurait des larmes de riz !

–          C’est pour mieux savourer tous les goûts, mon enfant.

–          Mais, mais, que vous avez un très gros ventre tendu…

–          C’est parce que j’aime manger de tout, surtout du gâteau, de la pâtisserie et tutti quanti.

–          Et… vos dents ! Elles sont titanesques, gargantuesques !

–          Ah ! Ah ! Ah ! Stupide tartelette, c’est bien sûr pour mieux te croquer, te découper, t’écraser, te déchirer bien sûr !

Tartelette qui croyait sa dernière seconde venue, transpirait de gouttes de tristesse.

Tout à coup, un preux chevalier au nez en trompette arriva sur sa jument grisounette. Par un trot gracieux, l’animal recula pour s’intercaler dans la porte d’entrée. Puis, il se cabra, se tourna et posa enfin ton arrière-train sur les pieds boudinés de la catherinette. Celle-ci surprise se tu, d’abord. Puis retira ses pieds, vexée. Ensuite elle postillonna :

–          Tttt, toooo, toiiii, tu t’es foutu de moi, t’es tordu, t’es mort, j’vais trucider ! En plus, t’es moche avec ton nez en trompette.

Le chevalier que rien n’arrêtait, souri puis dit délicatement :

–          Sachez vilaine catherinette qu’aucune mode n’arrête, que je suis fier de mon nez en trompette. Car je suis trompettiste, oui, mon nez est un instrument à lui seul.

Pour sauver la pauvre petite tartelette, le chevalier fit très vite une démonstration de son nez. Si physiquement son appendice nasal ressemblait à une trompette, le son qui sortait de ses trous faisait davantage penser à une flûte. Une flûte enchantée. À cette mélodie produite, des centaines, des milliers de rats apparurent comme par magie ! Et tous ces petits rongeurs s’invitèrent sur le tailleur très chic de la catherinette. Il paraît que la dernière mode en ce moment, ce sont les vêtements déchirés, troués, on dit que c’est «trop trash », le chevalier ne comprend rien, la tartelette ne pige rien non plus, mais on s’en fout, la catherinette n’est plus, elle s’est tirée, comme une trouillarde, avec tous ces rats au train !