mot d’enfant : sauter du coq à l’âne

Angelina, 8 ans, parle d’un moment de sa journée.

– Hein oui, maman, quand on est sorti de l’école, j’avais sorti « du coca light ».

Moi, sa maman (et son papa), on se regarde… on ne comprend rien. On lui demande de répéter.

– Ben oui, j’avais sorti du « coq-à-l’ail »

Puis, le franc de papa est tombé : traduction « du coq à l’âne » !!

oufti, faut savoir être un bon traducteur avec les enfants  :-)

Mot d’enfant : Gallimard est un coq

Notre fille de 8 ans doit lire un texte et connaître tous les mots difficiles. Après avoir cherché et trouvé les bonnes définitions, on l’interroge.

– Qu’est-ce qu’une crête ?

Elle répond, le plus sérieusement du monde :

– C’est une excroissance charnue et dentelée sur la tête de certains « Gallimards » !  :-))

Je crois qu’elle a un peu trop entendu parler du monde de l’édition… la faute à son père ha ha

Il faut bien sûr comprendre « gallinacés ».

Tchon Tchon Bleu, de Pinin Carpi

Tchon Tchon Bleu / Pinin Carpi, illustré par Ghislaine Herbéra, et traduit Par Alice Brière-Haquet

tchon tchon bleuTchon Tchon Bleu est un pauvre paysan chinois. Il adore tant les oranges qu’il ne cultive que ça ! Il a un chien orange qui s’appelle Bleu et un chat bleu qui s’appelle O Ran Ge. Il a aussi un petit poisson bleu qui nage dans son orangeade et qui s’appelle Petit Bleu. Un matin, il se réveille dans son champ d’oranges qui est devenu tout blanc. Il a neigé, mais Tchon Tchon Bleu pense que c’est du sucre. Du sucre glacé. Alors, il invente une nouvelle boisson qu’il va vendre en ville. Sur le chemin, il rencontre l’Empereur, mais il ne sait pas ce qu’est un empereur et comme Tchon a un grand cœur, il sympathise avec lui et décide d’aider l’Empereur à trouver une fille qu’il a vue en image, au fond de l’eau. Ainsi commence leurs aventures peuplées de fantômes, de fées, de magie, de farfadets et d’autres vilains pas beaux appelés La bande des Moustaches.

Un livre rempli de poésie et de sagesse (et de simples mais belles illustrations). Une magnifique histoire qui parle de la pauvreté dans la Chine au travers une grande histoire d’amitié. Un récit gentil qui peut tout aussi bien être lu à voix haute. Un livre écrit et édité en Italien pour la 1ère fois en 1968 mais traduit bien plus tard en français. Dès 10 ans.

Véritable coup de coeur !

Rentrer dans la peau du personnage

Avec un peu de retard, je vous présente le texte que j’ai envoyé pour le concours organisé par la Maison de la Francité, cette année. Le thème était : Destination ailleurs (voyage).

 

Rentrer dans la peau du personnage

 

L’histoire que je vais vous conter est triste et belle à la fois.

C’est l’histoire d’un homme malheureux que la vie n’a pas épargnée. Cet homme n’a pas trente ans et il vit déjà dans la rue ! Ce n’est pas par choix qu’il arriva là, c’est par un triste concours de circonstances. James, nous allons l’appeler ainsi car en réalité il a oublié son nom, n’a pas été longtemps à l’école. Élevé, si on peut utiliser ce mot-là pour ce comportement inadéquat, par des parents qui n’auraient jamais dû avoir d’enfant, James grandit sans amour, ni affection, ni même attention. Délaissé le soir après l’école, le petit garçon s’éduqua tout seul, en copiant ses petits camarades. Le résultat ne fut pas si mauvais car il allait obtenir son certificat d’études de base avec une moyenne plutôt correcte vu le désintérêt total de ses parents dans son éducation.

Hélas, il comprit bien vite que la suite de ses aventures n’allait pas être aussi facile.

Un jour, durant le dernier mois de sa dernière année primaire, un policier vint le chercher à l’école. Aucun de ses petits copains n’eut la moindre explication sur cet évènement plutôt inhabituel. Si certains trouvaient cela excitant, d’autres plaignaient déjà le jeune adolescent qui venait à peine de souffler ses douze bougies sur un gâteau invisible.

James fut conduit dans un centre où il y avait d’autres enfants. Certains avaient, comme lui, encore leurs parents vivants mais en prison et aucune autre famille pour les recueillir, d’autres étaient orphelins. Rapidement, James fut prit à partie par les plus grands. Avec sa bouille d’ange, il intéressa plus d’un.

Il vécut là bas quelques mois. Quelques mois d’enfer où il subissait moult agressions, psychologiques et physiques. Peu de temps après l’hiver, il fugua pour la première et dernière fois, car de cette fugue, il ne reviendra jamais au centre.

Comment il vécu, dans les rues, si jeune, si fragile ? Cela, il ne nous le raconte pas.

Néanmoins, l’adolescent grandit tant bien que mal, et c’est à l’âge adulte que nous le rencontrons pour la première fois. S’il a gardé un visage d’innocence, sa peau ravagé par des nuits trop courtes et des hivers trop froids lui donne l’apparence d’un homme fragile, pas sûr de lui ni de son avenir sur cette terre. James se fait discret, il passe ses journées non pas à mendier ouvertement comme le font tant d’autres autour de lui, mais à écrire. Suite à un accident, on le suppose, car sa mémoire est occulté par de grands trous obscurs, il écrit tout ce qu’il peut sur des bouts de papiers qu’il trouve ou qu’on veut bien lui donner. Certains jours, quand la vie lui sourit, il rentre dans une librairie ou une boulangerie pour demander la date du jour et pour savoir si personne n’aurait oublié un journal ou un livre déjà payé afin qu’il puisse lire un peu.

Dans le quartier, les commerçants ont fini par le connaître. James n’est pas méchant, il est toujours poli, il n’agresse jamais les clients et offre même son aide aux personnes âgées quand il voit qu’elles ont des difficultés à se déplacer.

Personne ne sait quel âge il peut avoir. Quand il ne sait pas se raser, avec sa barbe, on lui donnerait sûrement trente ans. Mais a-t-il seulement ça ? Son regard encore pétillant de curiosité, ses gestes souples, et sa voix douce laissent planer des doutes.

En ce début d’hiver plutôt froid et piquant, James est content. Il sourit de toutes ses dents ! Oui, il a encore toutes ses dents, pas toutes dans de bonnes positions, mais elles sont là. Il fait attention à ce qu’il mange, et la vieille femme qui habite au-dessus de la boulangerie lui offre régulièrement dentifrice et brosse à dents. Cette assistante dentaire à la retraite ne peut s’en empêcher, et avec sa petite pension, elle ne sait pas l’aider beaucoup, mais ce James, elle l’aime bien, elle lui rappelle un de ses petits-fils qu’elle n’a plus revus depuis quinze ans.

Il est donc quatorze heures trente quand le libraire lui fait signe de venir. Voilà trois semaines qu’un client a oublié un livre. Il n’est pas venu le réclamer et le libraire ne sait pas le contacter. C’était un client de passage, un de ceux qui partent en train exceptionnellement et qui achètent vite fait quelques revues, un livre et un tas d’autres petites choses pour essayer de tuer le temps dans un long voyage. Encombré par ses valises et ses achats, ce client distrait a laissé le livre sur le comptoir. Il est sorti en grommelant un semblant d’au-revoir, puis est parti sans se retourner. Ce livre est pour James.

Un livre de poche de trois-cent pages environ, écrit par un auteur inconnu de James. Il ne connaît pas beaucoup d’écrivains, juste a-t-il lu quelques lignes sur certains d’entre eux dans des magazines abandonnés.

James remercie chaleureusement le libraire. Un vrai roman, ça faisait très longtemps qu’il n’en avait plu lu. Celui-ci est une sorte de thriller, qui captive le lecteur dès le premier chapitre. Le récit commence par un dialogue entre deux personnages, sur la terrasse du café Le Boul’Mich, par un été ensoleillé. James s’évade rapidement dans l’histoire et ressent déjà la chaleur du roman. Installé en tailleur à même le sol, juste en face de la librairie, tout contre le muret qui entoure un buisson, il plonge dans le livre sans même un regard pour les passants pressés.

Deux heures s’écoulent ainsi. James ne ressent ni la faim, ni le froid, ni l’engourdissement de ses jambes à rester coincées dans cette même position si longtemps.

Le libraire sourit aussi, jamais il n’a vu un client lire avec autant de plaisir. Même si James n’est pas un vrai client, il l’appelle ainsi car il est fidèle à sa librairie depuis maintenant si longtemps !

Il est bientôt dix-sept heures. Le ciel s’obscurcit. James n’aura bientôt plus assez de lumière pour lire son livre. Il lève alors la tête, regarde tout autour de lui et semble étonnée d’être là, par terre. Quelques instants plus tôt, il était encore dans les rues de Paris, à courir comme un fou sur le boulevard Saint Michel, pour rattraper Walter Pick, cet horrible personnage venu des USA pour kidnapper la jeune Isabella.

James essaie, malgré la pénombre, de poursuivre sa lecture, il veut replonger dans ce voyage extraordinaire, rentrer à nouveau dans la peau de ce personnage exceptionnel. Quand il rapproche le livre à quinze centimètres de ses yeux, le libraire l’appelle et l’invite à poursuivre sa lecture, au chaud, à la lumière, dans sa petite cuisine arrière, jusqu’à ce qu’il ferme boutique.

James n’hésite pas longtemps. Il sait qu’avec un peu de chance, son ami libraire aura encore un peu de chocolat chaud pour lui.

Après avoir bu lentement son chocolat, James demande à pouvoir utiliser sa toilette. C’est à ce moment précis qu’il se rend compte qu’il lui est impossible de poursuivre sa lecture. Maintenant que l’action du roman se passe en hiver, James, au chaud, n’arrive pas à se projeter dans son livre. Il se demande d’ailleurs pourquoi l’effet qu’il a ressenti au début du livre n’est pas inversé. Pourquoi et comment est-il parvenu à sentir la chaleur du soleil entre les lignes du livre par cet hiver rude, alors qu’à présent qu’il est au chaud, il ne sait pas se rafraîchir avec les dix centimètres de neige annoncés à la page cent trente-huit ?

Il profite de ce moment de réflexion pour écrire sur un bout de papier tout ce qu’il a ressenti durant sa lecture. C’était un véritable voyage pour lui ! Il a pu s’évader, faire abstraction de sa situation précaire, il a pu vivre une aventure fantastique. Vu ses problèmes de mémoires, il note tout scrupuleusement, dans les moindres détails ; il écrit ce qu’il a senti au plus profond de lui, il fait vivre ces instants de total abandon, ce qu’il a fait, ce qu’il s’est imaginé, comment il a pu s’évader si loin, si longtemps, sans bouger d’un centimètre.

Quand dix-neuf heures sonnent, il sait qu’il doit partir, retrouver la rue, le froid, le noir, la peur. Mais de ces sentiments, il ne montre rien. Il remercie le libraire et s’installe dans le buisson, juste dans le petit trou qui s’est formé à force de se coucher là toutes les nuits. Il n’oublie pas son livre, sa précieuse porte magique qui lui donne accès aux voyages les plus extraordinaires. Une feuille de son témoignage glisse du livre et flotte un moment dans un tourbillon silencieux avant de se poser sur le sol, juste aux pieds la table à laquelle il a bu son chocolat chaud.

En clôturant sa caisse et ses comptes, le libraire va dans sa cuisine, il prépare la fermeture du magasin quand son regard tombe sur la feuille de James. Par curiosité, il déchiffre cette petite écriture irrégulière.

« Un jour, il y a quelques heures, j’ai fait un voyage fantastique. Extraordinaire. Depuis que j’ai franchi cette frontière de l’impossible, du merveilleux, je ne veux plus revenir dans mon pays, ma réalité. Alors, je m’enfuis, avec pour seul bagage, un livre. Avec pour seul compagnon, mes yeux. Un voyage gratuit ou presque, car lire n’a pas de prix, ou si peu.

Confortablement installé sur mon trottoir préféré, en face de mon ami le libraire, la lumière du jour éclairant mon histoire, je me plonge dans cet univers si particulier de la lecture. Très vite, je trouve mon personnage favori, le héros de ce thriller palpitant. Depuis quinze pages, il est en difficulté. L’auteur, son créateur, le met dans des positions délicates où il doit suivre une mission particulière. Mon bonhomme a la trentaine, à peine plus vieux que moi. Mais il est sportif, beaucoup plus que moi. Il sait courir après un méchant, le rattraper, le questionner, le bastonner si nécessaire, tout ça, sans reprendre son souffle.

Alors que mes yeux parcouraient les mots, les uns après les autres, je ne sentis plus mon corps. J’avais comme l’impression d’être dans une bulle, à l’abri des moindres bruits environnants, protégé du reste de ma petite personne. Je n’entendis plus le brouhaha des passants, pas plus que les aboiements des chiens, ni même les klaxons des voitures. Par un étrange effet, de magie, de sorcellerie, qui sait, je me vis me rapprocher dangereusement des caractères d’imprimerie de mon livre. C’est comme si j’étais sur un bateau, en pleine mer, j’avais un peu la nausée, mais j’aimais ça.

Le rythme de lecture s’accéléra, le héros principal du livre allait se faire piéger. Alors que je lisais les mots « seringue », « pénétré », « peau » et « bras », je me sentais happer par ceux-ci. Subitement, je me trouvai dans un conduit étroit, froid et transparent. Tout me paraissait grand et tout ce que j’entendais était comme étouffé par une quantité d’eau dans mes oreilles. Une pression exerça sur moi une telle force qu’elle me propulsa à l’avant du conduit. Je passai par une sorte d’aiguille, m’allongeant au maximum, pour en ressortir très vite. J’ignorais que le corps pouvait être aussi souple ! J’étais « dehors », mais je ne voyais pas le ciel. La texture que je sentais sur mes doigts posé sur une sorte de mur mou, l’odeur étrange qui flottait partout autour de moi, la vision du paysage rose et rouge qui s’offrait à moi me fit vite réaliser que j’étais entré dans la peau de mon personnage ! Relié par je ne sais quelle connexion exceptionnelle, je devinais la peur de Max, le héros, et quelque chose me disait qu’il allait bientôt risquer sa vie – et la mienne par la même occasion– en tentant un saut impossible. Sans rien voir du vide, je le sentais gigantesque grâce à la boule qui se formait dans mon ventre et qui appuyait sur ma vessie. »

La feuille terminait sur ce dernier mot, écrit de travers par manque de place. Le libraire voulu en savoir plus sur ce voyage extraordinaire. Pour lui aussi, en lisant ces quelques phrases, il s’était senti hors du temps, hors de son corps.

Quand il ferma la porte de sa librairie, l’homme ne voulu pas réveiller son client, mais lui chuchota discrètement une bonne nuit. Il lui glissa son petit papier, son expérience de lecture, tout contre lui.

La nuit fut glaciale, fatale pour certains êtres vivants dehors.

Au petit matin, James n’était plus. Son corps froid, oui, mais plus son âme… Un sourire s’était figé sur ses lèvres, sa tête reposant sur son livre ouvert.

Le lampadaire, l’un de ses voisins, s’était sans doute éteint à l’instant où James était parti  à jamais dans le livre, son imaginaire voyageant librement désormais dans les contrées les plus gaies qu’il puisse espérer, en compagnie de Max, son héros.

La marguerite des possibles

la marguerite des possiblesC’est avec joie que je vous annonce la naissance prochaine de notre 3ème anthologie : la marguerite des possibles.

103 grands cœurs ont participé à ce projet. Comme pour les autres recueils, les bénéfices de vente de ce livre seront reversés à l’association Rêves.

Hors frais de port, ce petit livre coûte 15 € pour 190 pages de rêve !

Les souscriptions sont dès à présent ouvertes et la commande directe sur le site de TBE sera pour tout bientôt.

Ma participation avec un extrait que voici (le début du texte)

« On raconte qu’autrefois, il existait une fleur qui, quand on la mangeait, donnait le pouvoir d’entendre parler les autres fleurs ! Certains pensaient qu’il devait forcément s’agir d’une fleur rare ou exceptionnellement belle.

Mais tous se trompaient. »

Clic sur l’image !