Lipogramme sans moral

05 novembre

Lipogramme, écrire un texte sans que la lettre « i » apparaisse… (choix libre de la lettre)

Dans quelques jours, le monde changera. Mon monde, et un peu du vôtre également. Mes rêves ne seront plus que des rêves, le réel va les englober !

Quelques heures plus tard…

Malheureusement, ce jour, est une journée d’augure plutôt douloureuse ! Vous n’aurez pas grand-chose à vous mettre sous la dent, ou plutôt sous les yeux car en plus du mal de dos, la même jambe où mon nerf est coincé (j’ai oublié ce « i », je le remplace par « écrasé »), est en souffrance ! Mon genou, on l’entend, crac crac, à chaque montée de marche est à présent hyper douloureux ! Grrr… désolée, pas de volonté de créer un autre monde, pas plus que de taper quelques mots sur mon pc…

Un accident

04 novembre 2015

Contrainte pour ce jeu d’écriture : Morceau choisi. J’ouvre un livre que je n’ai pas encore lu, je note les 3 premières phrases et je lui donne la suite que je veux…

Pour mon anniversaire, cette année, mes collègues m’ont offert 4 livres. Je suis occupée en lire un, le plus gros, et je choisi le second que je n’ai pas encore ouvert : La Langue de ma mère de Tom Lanoye, page 50.

Car entre-temps j’avais aussi passé l’hiver européen dans l’été torride et venteux du Cap, dans la maison victorienne où je tape ceci, sur cet ordinateur. Ce paragraphe, cette ligne, ces trois mots et aussi ceux-ci, et encore ceux-ci en ce moment même. Je les écris maintenant au lieu de l’année dernière. … L’année dernière n’est pourtant pas si loin, et pourtant j’ai l’impression que c’était à des années lumières. L’hiver là-bas, l’été ici, mes repères étaient chamboulés, comme tout le reste dans ma vie. Nous avons beau programmer une semaine, un mois, une année, penser à un mariage, à un bébé à venir, à un éventuel changement de travail ou même à un déménagement, on oublie parfois que les imprévus qui nous touchent indirectement peuvent aussi dérégler tout notre vie. Ceci là bas n’est pas un petit grain de sable dans l’océan ici. Ce n’est pas non plus la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Non. Cela ne se passe pas ailleurs. Ce n’est pas un mauvais rêve.

C’est cet été ici, que ma maman, cette dame pleine d’énergie, encore loin de la retraite, qui jongle parfaitement bien entre sa vie de femme, de collègue, de maman et maintenant de grand-mère grâce à ma petite sœur, a eu son accident. Un accident, une maladie, un imprévu, qui a bouleversé sa vie, celle de son mari, la mienne, la nôtre, celle de ma sœur, celle de ses collègues, celles de ses amis. Un accident pas comme les autres, un accident sans voiture, sans échelle, sans chute, sans la moindre goutte de sang visible à l’œil nu. Un accident, c’est un événement soudain et brutal. On pense d’abord à un accident de voiture, certes, mais il existe aussi l’accident vasculaire cérébral, plus connu sous l’abréviation d’AVC.

J’en avais déjà entendu parlé. J’avais même retenu les signes annonciateurs qui, le cas se présentant devant moi, m’auraient permis de réagir rapidement en téléphonant aux secours. C’est grâce à la rapidité de l’intervention de la prise en charge, qu’une personne victime d’un AVC a le plus de chance de récupération. Oui, mais voilà, je n’étais pas là. Son mari non plus, ses collègues non plus. C’est arrivé comme ça, sur le chemin du retour à la maison, un soir après le travail, à une centaine de mètres de la maison. Deux ou trois passants dans la rue, la voisine qui promène son chien sur le trottoir d’en face. Mais personne à ses côtés immédiats, personne pour voir les symptômes subits. Personne pour sonner l’alarme. Personne pour lui sauver la vie. Ce n’est que lorsqu’elle s’est effondrée par terre, tout près d’un arbre, qu’une automobiliste s’est arrêtée.

Aujourd’hui, mon monde s’est écroulé. Ma maman, ma petite maman qui hier encore était vaillante, alerte, autonome, dynamique, aujourd’hui me reconnaît à peine.

L’année passée, je n’avais pas prévu ça. Je devais écrire une pièce de théâtre, la troisième scène du deuxième acte était sur le point d’éclore. Mais ma maman, ma tendre maman, qui hier encore me téléphonait pour le menu d’anniversaire de mon épouse, est silencieuse aujourd’hui.

L’année passée, nous avions prévu un voyage. L’année passée, nous avions organisé tellement de choses. L’année passée, c’est dépassé. C’est si loin.

Et pourtant, la vie continue… pour moi, pour elle, pour nous…

Demain, est un autre jour.

J’avais en tête la 4ème de couverture de ce livre… j’ai donc écrit une suite inspirée du résumé.

Clé tordue

Mon texte du 03 novembre, avec la proposition 28 de Tisser les mots, plusieurs contraintes, dont la plus difficile pour moi avec une longueur maximale de 15 lignes sur l’ordi.

Il m’arrive parfois de croire aux coïncidences. Pas plus tard qu’hier, j’étais persuadée que j’avais rangé la clé bizarre que j’avais reçue d’une amie, sur la cheminée. Je l’avais placée là, bien en évidence, afin de ne voir qu’elle quand j’allumais les appliques du salon.

La clé, une grosse clé en métal gris, était tordue, sans être cassée. L’amie qui me l’avait donnée m’avait raconté son histoire : un soir, juste après le coup de sonnette signalant le départ du dernier client, sa voisine, vendeuse dans un magasin d’appareils photos, avait été accusée par le gérant d’avoir perdu la clé du magasin. Ce n’était pas la première fois qu’on l’accusait de la sorte, et, ce soir-là, elle avait pu prouver son innocence quand elle avait retrouvé la clé, posée sur la cheminée. Mais ce coup-ci, la clé était tordue et ne pouvait plus rentrer dans la serrure. Bien sûr, sa voisine a été accusée et elle a été licenciée sur le champ.

Et voilà que c’est mon tour de ne plus retrouver cette clé… Ma voisine me l’avait donnée pour me prouver la véracité de son récit. Elle s’en était ainsi débarrassée avec plaisir en jurant que c’était une clé porte-malheur. De fait, il y a quatorze jours, elle a perdu son emploi pour un étrange motif de crevettes volées. Et moi, j’ai hérité de cette clé le lendemain de son licenciement. Maintenant, je ne trouve plus la clé et je viens de casser mon miroir… que va-t-il m’arriver ?

15 lignes pile poil, et 250 mots exactement !

Hernia

Voici mon texte pour le 02 novembre 2015.

contrainte : au pied de la lettre, écrire à partir d’une expression bien connue : en avoir plein le dos.

– La colonne vertébrale est composée de 7 vertèbres cervicales, 12 vertèbres dorsales, 5 vertèbres lombaires et les dernières, les vertèbres du sacrum et du coccyx, sont soudées. Entre ces vertèbres, il y a des disques, dans lesquels sont enfermés un noyau gélatineux. Chez vous, à trois niveaux, il y a une fragilité de ces disques. Vous avez une volumineuse hernie discale en L4-L5, et une plus petite, juste en-dessous.

Le médecin continue ses explications, la patiente, une jeune femme, n’ose pas l’interrompre.

Hernia écoute elle aussi très attentivement. On parle d’elle ! Bien que de là où elle se trouve, les sons sont un peu étouffés, elle peut distinguer clairement ce qu’il se dit.

Hernia est plutôt grande pour son genre. Sûre d’elle, elle n’a pas hésité à déménager rapidement, simplement pour satisfaire sa curiosité, elle est allée voir plus loin, ailleurs, au-delà de son disque de protection. Et, d’après les paroles du médecin, il semblerait qu’elle n’est pas la seule à avoir eu cette idée.

Elle voudrait avancer encore un peu car à cet endroit, elle se sent un peu serrée et quand le médecin bouge, elle n’entend plus très bien ce qui se dit. Il est vrai que son nouveau logement est étroit. Elle a marché jusqu’au canal lombaire. Depuis toute petite, elle entend dire qu’il y a plein de trucs super intéressants à voir par là : racine nerveuse, ligament, dure mère, moelle épinière, etc.

Dire que maintenant, ça y est, elle est là. Elle est si près du nerf sciatique qu’elle le touche (elle l’écrase même vu sa taille imposante, mais de cela Hernia ne s’en rend pas vraiment compte).

Quand son hôte a bougé, elle s’est sentie poussée de la gélatine ! Elle aussi a bougé encore un tout petit peu, juste un peu, assez pour irriter la dure-mère et arracher un petit cri de douleur à son hôte.

– Ah oui, je vois, dit le médecin, elle est vraiment volumineuse…

Hernia est trop contente, on ne parle plus que d’elle !

– J’en ai vraiment plein le dos de ces douleurs, ça fait des mois que ça dure !

– Oui, ça je peux vous le confirmer, vous en avez vraiment plein le dos : deux hernies discales dont une énorme qui écrase votre nerf, de l’arthrose et un canal lombaire étroit sévère pour ne rien arranger. Cette fois, chère madame, vous n’échapperez pas à l’opération. Mais, je vous rassure, elle sera petite, juste le temps d’enlever le bout de la hernie qui déborde dans le canal lombaire. J’enlève ce qui bouche le diamètre du canal et vous retrouvez de l’espace, votre nerf n’est plus comprimé, l’inflammation partira rapidement et vous serez plus vite remise sur pieds…

Hernia n’en revient pas ! On veut la kidnapper ! L’assassiner ! La décapiter !

La date du jugement n’est pas encore rendu. Le rendez-vous n’est pas encore fixé…

Affaire à suivre !

Histoire basée sur des faits réels :-(

L’arbre à jouets

Texte du 01/10/2015

Contrainte : cartes de Bernard Friot de sa Fabrique à Histoires. Et s’il existait des arbres à jouets ?

L’arbre de la place, le plus grand, le plus gros, le plus connu, est en fin de vie. Tout le monde le sait, mais personne n’ose en parler ouvertement. Il faut dire que les adultes qui le nourrissent ont changé. Autrefois, ils étaient généreux avec l’arbre, lui donnant l’eau de la rivière la meilleure, lui confiant leurs secrets quasi quotidiennement, lui offrant de l’engrais de qualité et le soignant si vite, qu’il n’avait jamais le temps d’être malade. En retour, l’arbre, une fois par an, leur donne de superbes jouets : retour d’impôts, héritage surprise, trésor d’amour chez Cupidon, des bons pour une année pleine de bonne santé, des chèques cadeaux valables chez toutes les Cigognes, etc.

Mais voilà, pour que cela puisse se faire, il faut non seulement y croire, mais en plus, c’est un peu du donnant-donnant, juste retour des choses, non ? Hors, il se fait que de moins en moins d’adultes croient en l’arbre. Ils passent davantage de temps dans le monde virtuel, et les racines de l’arbre n’étant pas en Wi-Fi, les adultes le délaissent de plus en plus.

De fait, depuis l’année dernière, les fruits de l’arbre sont moins fournis, les bons sont limités à une validité plus courte, quelques mois tout au plus, et la qualité laisse à désirer.

Au printemps suivant, l’arbre a des champignons… plus personne n’est là pour le soigner, alors l’arbre n’a plus donné un seul jouet l’hiver suivant.

Aujourd’hui, l’arbre de la place renaît de ses cendres. Petit à petit, l’arbrisseau grandit et il attire les plus jeunes. S’il est bien entretenu, si on fait attention à lui, il peut encore étonner, car cet arbre n’est pas rancunier et des idées de cadeaux, il en a plein les branches !

Petit soleil deviendra grand

J’ai découvert sur la toile virtuelle un chouette blog : tisser les mots. C’est un peu ce que j’avais envie de faire en imaginant lancer un jeu d’écriture sur mon blog une fois par mois. Tisser les mots, c’est un atelier d’écriture virtuel où tous les mois, 2 propositions d’écriture sont données.

Voici mon texte à partir de la proposition 48, les mots en gras sont des mots imposés et le thème est « partir à la découverte d’un nouveau monde ».

Petit soleil deviendra grand

Quelque part, sur l’étoile Soleil, à quelques XX6ξϠWOZ degrés ouest de notre latitude…

Jonas, les cheveux en bataille, les vêtements sales et troués était occupé à dessiner un étrange, petit, riquiqui, minuscule bonhomme quand son Maître de l’équilibre passa à côté de lui.

– Alors mon rayon, on oublie ses leçons ? Cesse donc de gribouiller ces trucs, ces extrasoleilestres, ces Terrons comme tu les appelles, et passe-toi de l’eau sur ton visage, tu vas bientôt t’enflammer comme une brindille !

Jonas n’a pas plus de cent et huit ans, il en paraît mille de plus tellement il se néglige. Sa lumière est pâle mais bouillante, ses membres ne rayonnent plus droit, et avec sa manie de laisser pousser ses cheveux, il se ramasse toutes les poussières de l’univers, héritant ainsi de taches brunes disgracieuses sur presque tout son corps jaune.

Il va à l’école, deux fois par cycle. Une fois sur deux, il a la tête dans la Voie Lactée, l’esprit ailleurs, et son Maître de l’équilibre désespère de lui apprendre le b.a.ba de sa leçon : chauffer, sans brûler, illuminer sans aveugler, bref trouver le juste équilibre, telle est sa devise.

Jonas est un petit soleil comme tous les autres pourtant. C’est juste qu’il est distrait la plupart du temps. Il n’est pas méchant, que du contraire, mais à vouloir absolument faire croire à tout le peuple solaire que les Terrons existent bel et bien, il va finir par être rejeté, ou pire, pris pour un fou !

Si au moins, il retenait ce qu’il apprenait, il en aurait des réponses à ses questions qui le tourmente .

Mais il trouve son existence longue et ennuyeuse. Ils sont tellement nombreux sur cette étoile que s’il venait à disparaître, personne ne le remarquerait. Personne, sauf, pense-t-il, un Terron. C’est la raison pour laquelle il s’intéresse particulièrement à eux. Il croit en une vie ailleurs, par delà la couronne solaire, par delà l’obscurité, il y a une autre lumière, moins criarde, moins aveuglante, plus douce.

Le soir arrive… A la maison, emmailloté dans son pyjama qui ne laisse passer ni lumière, ni chaleur, Jonas se penche par la lucarne de sa chambre et observe au télescope le petit grain de sable bleu qu’il nomme la Terre. Il sait que la distance qui le sépare de ce petit grain fausse toutes les perspectives. Il s’imagine que les Terrons sont petits, très petits et qu’un habitant de cette planète devrait être aussi grand que la moitié du sixième du tiers de son plus petit rayon inférieur. Jonas pense qu’ils sont tout à fait différents physiquement, ils doivent avoir la peau bleue, du même bleu qu’il observe au travers de la lentille de son appareil, et peut-être même qu’ils ont le sang froid, à être aussi éloignés du Soleil.

Il ne croit pas que là, tout en bas, certains vivent aussi un train d’enfer comme lui. Il n’est pas le seul à fabriquer de la lumière, mais comme il a beaucoup de mal à envoyer toute cette énergie dans l’univers, il doit fournir beaucoup plus d’effort pour que les photons parviennent jusqu’à l’atmosphère et brûlent d’une chaleur honorable. Il faut dire qu’est né avec un peu moins d’hydrogène que les autres, c’est pour cela qu’il a un peu moins de force. Heureusement, la nature a été généreuse avec lui en développant un peu plus un autre sens : la vitesse. Tous les jours, quand il n’a pas école, il passe son temps à courir après la lumière. Dès qu’il atteint les 300 000 kilomètres par seconde, il lâche l’énergie emmagasinée dans ses rayons et il calcule avec inquiétude la distance qu’elle effectue le temps qu’il reprenne son souffle. Parfois, il doit s’y reprendre à deux ou trois reprises afin que la traînée arrive à la frontière de son étoile. Quand il voit une étincelle jaillir tout au loin, c’est le signe qu’il a réussi à atteindre son objectif. Il peut alors contempler ses efforts et admirer son travail quand les fils immaculés sortants de ses rayons laissent une belle traînée or derrière eux.

Après, bien sûr, il y a toujours des compétitions entre les enfants : ils calculent l’énergie la plus rapide, celle qui donne le plus de chaleur, la plus puissante en lumière, celle qui dure le plus longtemps, qui fait la plus belle traînée, etc.

Jonas n’aime pas ces concours, il gagne rarement.

Quelques cycles solaires plus tard, au lendemain d’une lune rouge fabuleuse…

Depuis qu’il a pris son travail pour un jeu et non plus comme une obligation pesante et barbante, notre petit Soleil a fait des progrès extraordinaires.

Quand il a veillé toute cette nuit Dame Lune, pour la voir disparaître puis revenir toute rousse, pour ensuite renaître plus brillante que jamais, il a tout de suite pensé aux enfants qui vivent sur la Lune et qui ont dû beaucoup s’amuser à changer la couleur de leur satellite.

Au petit matin, il s’est alors plu à courir toujours aussi vite, mais en y mettant une énergie qu’il n’avait jusqu’ici pas encore sortie. Une énergie puissante et rapide.

Ce matin, Jonas, petit soleil parmi des milliers d’autres, a réussi à remporter le trophée de la plus belle traînée zigzagante qu’on ai jamais vu depuis plus de deux cent cinquante ans ! Il était tellement fier de sa prouesse, qu’à peine son souffle récupéré, il s’est remis à courir aussi vite que l’éclair. Et il a réussit une deuxième fois le même exploit !

Aujourd’hui, Jonas se pose toujours plein de questions, mais il se sent un peu moins malheureux depuis qu’il a vu qu’il était capable de laisser une trace différente sur cette étoile gigantesque. Il ressemble peut-être à des milliers d’autres petits soleils, et pourtant, il est différent.

Est-ce qu’il existe un petit Terron comme lui, en bas ? Un gentil enfant tout bleu, qui regarde en l’air en se demandant s’il existe d’autres êtres vivants, ailleurs, d’une autre couleur ?

Ça se pourrait bien ! Jonas, lui, y croit toujours. Et à présent, il se demande quel travail peut bien faire un petit Terron… mais ça, c’est une autre histoire.

FrankEinstein et le chat noir

Suite au mot d’enfant de mon fils (clic), voici la petite histoire que j’ai imaginée à l’approche d’Halloween  :-)

Le petit garçon est là, tout occupé qu’il est à choisir la couleur de ses perles qui lui donneront un beau petit monstre pour Haloween. Cette année, il veut bricoler un mobile en perles à repasser.

Pas très patient, mais assez pointilleux dans ses décisions, Loulou a commencé à rassembler les perles vertes pâles pour faire la tête de son monstre. Il compte d’abord le nombre de perles qu’il a besoin dans une couleur, va les chercher, puis les dispose sur sa grille carrée selon le modèle choisi par lui, un peu plus tôt dans la journée. Loulou réfléchit intensément car il aimerait bien faire plusieurs petits monstres, mais avec des couleurs différentes. En effet, il n’est pas le seul enfant de la maisonnée, et il doit partager la couleur noire avec sa sœur aînée qui est occupée à faire un chat de la même couleur sur une autre grille.

Loulou frankensteincogite. Tout en posant les perles avec précisions sur les petits picots de la grille en plastique, il additionne le nombre des perles brunes qu’il a besoin pour faire les chaussures avec celui qui regroupe les cheveux. Puis, alors, qu’il dépose la dernière perle verte du visage, il s’arrête, semble perdu dans une réflexion, et décide de tout décaler de deux rangées vers la gauche. Sans vraiment donner d’explications à ce geste, le petit garçon continue son bricolage avec plus d’énergie qu’au début. Comme s’il avait trouvé la solution à toutes ses questions, Loulou sourit, pioche ses perles de couleurs, les comptes et les dispose avec une rapidité déconcertante.

L’énergie qu’il utilise pour ce bricolage est particulière.

– Quatre minutes et vingt-six secondes, pour chercher, trouver et disposer les trente-sept perles vertes du visage. Ensuite, si je reporte ces chiffres sur mes trois autres monstres, je mettrai à peu près autant de temps à faire les quatre visages que ma sœur aura besoin pour son chat qui est plus grand. Donc, si je veux avoir les perles noires pour les cheveux, les yeux et la bouche, je dois avoir fini mes quatre têtes avant qu’elle n’ai atteint le bas du corps de son félin. Hum, hum, je pourrais y arriver.

On aurait presque pu l’entendre grommeler ça. Presque. Car si les lèvres de sa bouche bougeaient bien, aucun son ne sortait de sa gorge !

Même si Loulou était doué pour faire plusieurs choses en même temps, son attention partait souvent dans plusieurs directions et c’est donc, un peu moins de vingt minutes plus tard qu’il se rendit compte qu’il s’était trompé dans la disposition des épaules de ses … quatre monstres ! C’était un peu disproportionné : des épaules plus larges, plus hautes, avec un trou près du cou à gauche, et un bras droit plus étroit. Il a d’abord râlé. Vraiment. Rouspété. Presque pleuré. Mais, il s’est vite reprit et a corrigé ses erreurs en quelques déplacements de perles.

Durant ce temps, les perles vertes qui, elles, n’avaient pas bougé, emmagasinaient une quantité de lumière phénoménale. La table sur laquelle reposait les perles, les grilles, les modèles et tout le matériel nécessaire au bricolage, était en plein soleil. Et en ce milieu d’automne, ces rayons lumineux et chauffants étaient bien agréables dans ce salon.

Ce que Loulou ne savait pas, c’est que les perles vertes étaient magiques ! Il aurait pu s’en douter car la couleur n’était pas aussi vive que les autres, le rendu était différent selon l’angle de vue, et si la pièce avait été privée soudainement de lumière, il aurait pu voir ces perles briller comme autant de milliers petits soleils phosphorescents. Mais Loulou ne croyait pas trop à la magie…

Au lieu de quoi, sans savoir qu’il venait de créer de véritables monstres miniatures, Loulou alla déposer ses FrankEinstein sur la table à repasser de sa maman afin que celle-ci puisse leur donner toute leur solidité mérité.

chat noirC’est ainsi que les monstres prirent vie. Sous la chaleur du fer à repasser, les perles se gonflèrent et se collèrent les unes aux autres. Les quatre personnages tenaient sur une seule grille, et les trois rangées de picots libres qui les séparaient se rétrécissaient dangereusement. Heureusement, après quelques secondes où tous eurent très chauds, le fer s’éloigna. Aucun petit monstre ne collait à un autre. Tous étaient parfaits… Très vite, pourtant, profitant d’un instant de refroidissement sous une pile de livres qui était censée les raplatir, les petits FrankEinstein se faufilèrent et descendirent de la table basse. Déjà, rien qu’entre eux, une dispute éclata. L’un se vanta d’être le plus moche, le plus grand, le plus fort. Un autre lui répondit que lui avait hérité de l’intelligence de son créateur. Le troisième grogna, sans plus de vocabulaire, et cogna le quatrième qui était occupé à se repasser un nouvel œil de métal en lieu et place de la perle noire qu’il venait de perdre dans sa chute à la liberté.

La tension était telle qu’aucun d’entre eux ne remarqua le grand chat qui arrivait dans leur direction… un chat presque tout noir, un chat qui grognait intérieurement d’avoir des petites taches brunes sur son pelage jais… un chat qui jura vengeance…

Mais de tout ceci, rien ne se vit. Loulou, sa sœur et ses parents étaient à présent occupés à dîner, dans la pièce d’à côté.