Pierre l’aventurine

Il y a bien longtemps, une ancienne collègue m’avait fait découvrir la lithothérapie où le pouvoir de se soigner grâce aux propriétés particulières des pierres. C’était fascinant ! J’ai envie de m’y remettre à cette étude de pierre, trop intéressant ha ha

Avec cette proposition 19 de Tisser les mots, je me suis un peu remise dans la peau d’une pierre, enfin, comment vous expliquer ? Difficile à dire… donc lisez  ha ha :-)   Et si d’aventure, une illustration vous tente, n’hésitez pas à me l’envoyer pour que je la mette en dessous de mon texte, ça me ferait plaisir, car je suis assez mauvaise pour dessiner.

Pierre, l’aventurine

On l’appelait Pierre, pourtant c’était une femme. Telle une étoile filante, à chacun de ses passages, elle apportait chance et espoir.

Mais un jour, après une semaine de pluie, et de soleil dissimulé, elle devint terne, elle perdit tout son éclat, toutes ses belles couleurs vertes. Alors, Pierre se dissimula, elle se cacha, elle n’osa plus se montrer. Elle ne répondit plus aux invitations des habitants de ce petit village. Elle disparut. Tout le monde la cru morte. Alors, tous les villageois sombrèrent dans une étrange dépression. Les plus jeunes devinrent à cran, survoltés, déchaînés, les plus âgés, à fleur de peau, s’enfoncèrent dans la tristesse. Quant aux artistes, les plus joyeux, les plus divertissants, ils dépérissèrent aussi vite qu’une fleur surprise par le premier gel de l’hiver.

La vie pourtant continua son petit bonhomme de chemin. Malgré tout, contre tout. La saison des pluie n’en finissait plus. Puis vint un terrible orage où un éclair creva le ciel et percuta une flaque de pluie. C’est à ce moment précis que le monstre naquit. Quand les gouttelettes retombèrent à terre, on pouvait voir une forme émerger de la flaque, une forme vert très foncé, un genre de corps tranchant comme un lame de rasoir, une bouche déformée et des yeux zébrés. Dépourvu de membres, la chose renversa tout sur son passage, aspirant toutes les ondes, engloutissant toutes les courants électriques, goba toute la pollution, et souffla toues les idées noires. Après cette tornade verte indéfinissable, le village devint étrangement silencieux, et toutes les habitants, horrifiés par l’aspect du monstre, semblaient néanmoins apaisés !

Quelques étincelles plus tard, la pluie s’arrêta enfin, laissant place à un large soleil lumineux. Le monstre s’ébroua comme un chien, la couleur de sa peau devint plus claire, plus nette. Puis, comme un lézard profitant des rayons solaires, il ne bougea plus. Le monstre devint statue. Petit à petit, au fur et à mesure que l’astre chauffait son corps, le monstre changea d’aspect. Pas de beaucoup, mais assez pour que les villageois reconnurent Pierre, en plus belle, plus énergique, plus lisse, plus douce. Les nuages l’avaient fait disparaître, l’éclair l’avait fait renaître et le soleil l’avait amélioré !

Premiers pas

Un petit texte, basé sur des faits réels, pour la proposition 50 de Tisser les Mots :-)

Vicky

Elle a 11 ans. Moi, j’en ai 10. Elle est belle, grande et très affectueuse, comme moi me dit maman. Elle a plein d’amour à donner. Et même si on ne parle pas la même langue, on finit toujours pas se comprendre, elle et moi. Elle s’appelle Vicky, elle a une robe tricolore, même si de loin, ou aperçue furtivement, on ne distingue pas bien la 3ème couleur. Elle et moi on a plein de points en commun malgré le fait que nous appartenons à des espèces différentes. Je suis aussi rousse qu’elle, mais, contrairement à elle, dans ma chevelure, je n’ai pas d’autre couleur. Elle, c’est un chat, un magnifique chat, croisé Main Coon, enfin, c’est ce que pense maman. C’est vrai qu’elle ressemble beaucoup à cette race, en moins grande, en moins lourde, mais avec d’aussi longs poils. Moi, je suis une fille, un humain, avec aussi de longs cheveux. J’adore mon chat, et mon chat m’adore.

Un jour, de retour du vétérinaire pour un détartrage plus que nécessaire, maman ramène Vicky à la maison. Elle est encore sous l’effet de l’anesthésie et il faut être près d’elle le temps qu’elle se réveille complètement. On vient de déménager et il y a des escaliers partout, mais ça, mon petit chat n’en a rien à faire. Malgré son état endormi, elle veut aller partout. Je ne comprends pas tout de suite ce qu’elle veut, elle n’a presque pas de force mais, insouciante, elle fait tout pour se lever et marcher. Elle fait ses premiers pas chancelants et tombe sur le flanc. Elle marche en se mêlant les pattes et finit toujours pas chuter. Je l’accompagne comme son ombre. Je mets mes mains autour d’elle pour amortir ses chutes, pour qu’elle ne se fasse pas mal. Après l’avoir mise dans son bac à litière où je pensais qu’elle y resterait, je la regarde avec des yeux interrogateurs. Que veut-elle ? Où veut-elle aller ? Je la prends dans mes bras et remonte les escaliers en direction de ma chambre, là où elle n’est pas encore allée. Je la dépose à terre, dans le couloir et elle se dirige directement dans la pièce. Ses pas sont toujours hésitants, tremblants, maladroits. Elle longe le mur, elle l’utilise comme une béquille solide. Puis, arrivée à la porte d’entrée, elle me regarde en relevant la tête, émet un petit miaulement, tout faible, puis dirige son regard vers mon lit. Je comprends tout de suite ce qu’elle veut ! Elle veut aller dans mon lit.
Tous les matins de la semaine, pour aller à l’école, papa ou maman ouvre la porte de ma chambre et Vicky arrive en trombe. Avec des pas d’entrechat, elle saute sur mon lit pour me réveiller avec des ronrons et des légers coups de tête contre mon bras ou ma tête. Je pense donc qu’elle veut à son tour être réveillée, mais dans mon lit, et par moi.
Sur le lit, elle regarde la couverture toute douce en polaire. Elle adore cette texture, toute douce, comme moi. Je la couvre donc en laissant juste son petit museau dépasser car elle n’aime pas être couverte complètement. Aussitôt, elle ferme les yeux et s’endort. Sa sieste durera une heure. L’heure  pendant laquelle je suis tout contre elle, occupée à faire une réussite avec mon jeu de cartes préféré, attendant qu’elle émerge complètement du monde des rêves. Et le réveil est complet, avec un regard alerte, des gestes sûrs et une voix claire.
Elle sort doucement de sa couverture, s’étire comme seuls les chats peuvent le faire, saute lestement de mon lit et marche à présent d’un pas certain, comme si de rien n’était.

2015-09-20 09.18.00

Rêve post anesthésie

Depuis mon opération où Hernia a été décapitée , je fais d’étranges rêves. Mon compagnon vous dirait que je fais toujours des rêves bizarres mais vous allez comprendre pourquoi ces deux ci me font vraiment bizarre au réveil.
Le premier date du jour de ma sortie. Je m’étais réveillée puis rendormie et c’est lors de cette nouvelle plongée dans le monde du sommeil que j’ai « imaginé » ceci :
Je me réveille (notez que je dors,donc je reve). Il y a mon compagnon près de moi dans ma chambre d’hôpital et je lui raconte mon rêve. Là, je réalise que je rêve car je raconte que je parviens à porter mon fils dans les bras .. j’essaye de me réveiller, j’entends des bruits, des gens parler autour de moi mais je ne parviens pas à ouvrir les yeux. Je me sens fatiguée et je veux encore dormir. Je capte une phrase d’un médecin. Il demande à mon compagnon depuis combien de temps je suis dans le « gaz » Quand je me réveille enfin et que j’ouvre les yeux, je vois mon fils, mon compagnon et bien d’autres personnes du service de neurochirurgie près de mon lit. Je raconte mon rêve et la difficulté que j’avais à me réveiller. .. et me rends compte une nouvelle fois que je rêvais encore car je me réveille pour de bon dans mon lit d’hôpital dans une chambre encore sombre… il n’est que 7h30 du matin… je n’ai presque jamais dormi aussi tard !!

Le second rêve est le plus récent car il date de ma dernière sieste de ce midi, de retour à la maison.
Quelqu’un me joue un tour de magie. Il prétend qu’il peut me déplacer sous une fontaine pendant que je dors. Effectivement je dors et quand ma conscience se réveille tout doucement, je sens des gouttes d’eau sur moi et quand je me touche,je réalise que le gars m’a non seulement déplacée sans que je m’en rende compte mais qu’en plus il a osé enlever ma petite culotte et même mon t-shirt ! Je suis quasi toute nue et je n’aime pas du tout ça.
Par qu’elle étrange façon, j e me rends compte que tout ceci n’est qu’un rêve, je l’ignore.
Toujours est-il que j’ai à nouveau des difficultés à ouvrir mes yeux et à sortir du monde des rêves. C’est grâce au facteur et au bruit de sa bicyclette que je m’accroche à la réalité et que je me réveille enfin!
J’ai dormi plus que ma demie-heure de sieste habituelle… je fais toujours des rêves très bizarres quand je dors trop et dans ces cas ci, je suis sûre que l’anesthésie générale y est pour beaucoup dans la signification de ces rêves.
Qu’en pensez vous ?😷

Je veux faire la peau à …

cette foutue année 2015 !!

Une épaule cassée
Un disque vertébral déchiré
Une dent de lait arrachée
Une chute dans les escaliers
Un poignet foulé
Un pouce écrasé
Un chat qui a failli clamser
La vente de l’appart retardée
L’emprunt hypothécaire qui nous a plumé
La mutuelle qui perd des papiers
Et à présent l’assurance hospit qui nous a refusée
Je ne vais pas me faire opérer
La paralysie, je vais risquer
J’ai envie de pleurer, de hurler, de tout casser !!

Petit poème du jour, dans un moment d’épuisement, de douleurs et de ras-le-bol.

La sterne de l’île de Pâques

Sur la proposition 29 de Tisser les mots, voici mon texte du 9 novembre. Thème : lîle de Pâques bien sûr, avec des mots imposés, en gras dans mon histoire.

La sterne de l’île de Pâques

L’île de Pâques… Bien que cela a fait partie, un jour, de mes destinations de vacances, comme toutes mes idées d’évasion, les voyages ne sont que des rêves inaccessibles pour moi. Sauf que dernièrement, à mon boulot, j’ai reçu un bon Bongo pour mon anniversaire. Pourquoi et comment mes collègues ont-ils décidés que l’île de Pâques serait une bonne idée ? Mystère…

Mais trêve de bavardage, statues immenses et mystérieuses, me voici !

Arriver sur l’île n’est pas évident, le voyage en catamaran m’a retourné l’estomac. Solitaire dans l’âme, c’est seule que je décide de parcourir cette île, ou du moins une partie de l’île. Dès le départ, les statues immenses, d’au moins 10 mètres de haut, sont visibles. J’irai les voir, les examiner, les détailler sur le chemin du retour. Pour le moment, je préfère me perdre, et découvrir par moi-même cette terre qui semble bien accueillante.

Après une petite heure de marche, et après m’être étonnée de voir autant de statues, des plus petites, des inachevées, un peu partout, je me perds vraiment au détour d’un chemin plutôt sinueux et en pente. J’ai beau revenir sur mes pas, je ne reconnais pas la piste qui m’a amenée jusqu’ici ! Je décide alors de poursuivre sur le chemin, toujours en pente légère. Après deux virages serrés, j’arrive sur une sorte de place. Des statues en forme de visage aux lèvres de lune sont disposées en cercle. Elles sont grandes comme de petites maisons, leur bouche fait office d’entrée et les yeux, plus ou moins rectangulaires, de fenêtres. Il n’y a aucune décoration ou quoi que ce soit de civilisé prouvant que ces étranges maisons sont habitées. Il y en a neuf, toutes parfaitement identiques et placées à égale distance les unes des autres. Ce rassemblement de maisons m’intrigue. Je n’ai lu nulle part une telle chose et ma curiosité est telle que mes pieds m’amènent tout près de ce cercle de pierres. Comme si le cercle était une frontière ensorcelée, j’hésite à passer entre deux statues, me demandant s’il y a une maison hôte, une maison différente des autres par laquelle il faudrait entrer pour éviter un piège quelconque. Il n’y a qu’un mètre entre chaque visage, je passe aisément entre les maisons avec des frissons dans le dos. Même si je doute qu’elles soient habitées, j’appelle quand même à voix haute :

– Ohé ! Ohé ! Puis-je entrer ?

Bien évidemment, personne ne me répond.

A l’intérieur, il n’y a strictement rien, c’est le néant, le vide absolu. Je sors de la statue pour rentrer dans sa voisine de gauche. Idem. Elles sont toutes les neuf identiques tant à l’extérieur, qu’à l’intérieur. Cela me paraît de plus en plus étrange. Je ressens même un certain malaise sans pouvoir l’expliquer. En déambulant sans but précis, je me retrouve au centre exact de la place, quand tout à coup, un oiseau sombre piaille au-dessus de ma tête et laisse tomber une fien… Non ! AIE ! Ce n’est pas une fiente que je reçois en pleine tronche, mais une pierre ! Je me frotte le crâne où je sens déjà poindre le début d’une bosse. Je maudis cet oiseau alors que d’habitude j’adore ces bestioles. La tête penchée en direction du sol, je regarde quand même ce qu’il m’a balancé sur la figure. Et je n’en reviens pas, la pierre n’est pas un stupide caillou comme je le pensais, non, c’est une mini statuette aussi haute que mon petit doigt ! Aussitôt, je lève les yeux pour essayer de retrouver l’oiseau. Me remémorant mes cours d’ornithologie, je projette dans mon cerveau l’image furtive de sa silhouette : de forme allongée, il avait la taille d’une grande hirondelle, un bec plutôt long et qui m’a paru rouge avec une couleur générale sombre. Avec tout ce descriptif, je ne suis pas plus avancée quant à l’identification de ce volatile maladroit (ou précis?)

Pour éviter d’avoir une seconde bosse, je retourne dans une des « maisons », avec la mini statuette dans une main. L’intérieur est déstabilisant. Vue de l’extérieur, chacune des statues a, comme je l’ai cité plus haut, une « entrée » et deux « fenêtres ». Eh bien, à l’intérieur, ce n’est pas ça ! L’entrée est la même, mais les fenêtres sont situées, à première vue, sur le même plan que l’entrée. Or, il se fait que quand je veux voir au travers des yeux, donc des fenêtres, je me retrouve à tourner en boucle, à monter et descendre légèrement un tournant qui n’en finit pas. Cela me fait indubitablement penser à l’escalier de Penrose, vous savez cet escalier avec quatre angles droits qui fait que le « serpent se mange la queue » et que par quelque endroit on monte ou on descend cet escalier, on revient toujours au point de départ ? C’est tout à fait ce qu’il m’arrive ici ! Je ne parviens pas à atteindre les fenêtres, le chemin qui m’y conduit ne s’arrête pas là et me fait revenir inexorablement à mon point de départ, c’est à dire l’entrée ! C’est à en perdre mon latin !

J’arrête de me faire tourner en bourrique après quatre passages infructueux. C’est à ce moment là précisément que l’oiseau de malheur réapparaît… sur le rebord d’une fenêtre ! Et pas n’importe quelle fenêtre, celle qui fait partie de la maison où je suis en ce moment même ! Je l’observe attentivement, je ne veux pas le faire fuir trop vite. Vu de plus près, sans qu’il ne bouge trop, je reconnais dans sa silhouette la forme d’une sterne. Je ne peux pas l’identifier plus précisément, je n’ai pas assez de connaissances sur cette famille d’oiseau, mais je trouve celui-ci assez élégant. C’est quand je détaille ses pattes que je me demande comme il a fait pour porter la statuette avec ses doigts palmés ? Sans parler, cela ne servirait à rien, nous n’avons pas le même langage, je lui montre la statuette, lève la paume de mon autre main vers le ciel et hausse les épaules comme pour dire « c’est toi qui m’a lâché ça sur ma tête ? Pourquoi ? »

C’est ahurissant ! Comme s’il me comprenait, l’animal penche la tête sur le côté, ouvre son bec pour laisser échapper un petit cri et s’envole pour venir atterrir tout près de moi ! Il marche un peu comme un canard jusqu’à une petite pierre de forme quelconque, qui s’est détachée de la maison, au niveau intérieur du bas de la bouche. D’une patte, il fait rouler cette pierre de façon à ce qu’elle soit plus stable, la coinçant près de ce qui aurait pu être son nombril, puis, à la manière d’un pic, il martèle la pierre de son bec ! A une vitesse phénoménale, que mes yeux ont peine à suivre, il façonne le caillou, faisant gicler des éclats un peu partout autour de lui et voler la poussière. Mes paupières doivent battre plus que de raison afin d’éviter de recevoir des crasses dans les yeux. Et, un peu à la manière d’un Flick Book, quand je cligne des yeux, une minuscule statue naît du bec de cet oiseau !
Et comme si tout ceci n’était déjà pas assez étrange, voilà qu’il me raconte en détails sa légende :

Autrefois, les indigènes qui habitaient sur cette île, avaient une tradition. Celle-ci consistait à nager jusqu’à notre île, puis à grimper notre falaise et voler le premier œuf du printemps pour le rapporter, intact, au village. Celui qui réussissait cet exploit devenait le chef durant les quatre saisons suivantes. Cette tradition a perduré des années durant. Jusqu’au jour où notre chef a eu une idée. Nous savions tous que nos œufs étaient spéciaux, mais pas qu’ils étaient magiques pour ces indigènes. Quand notre chef a découvert que nos œufs rendaient la pierre de volcan plus souple et plus solide, il a su qu’il fallait intervenir avant que toute notre population ne soit décimée. Toutes les sternes en âge de reproduction ont donc été formées au travail de la pierre par le bec. Les résultats ont été au-delà de nos espérances. Ce que nous parvenions à faire était tout simplement magnifique ! Le simple fait que nous travaillions la pierre après une toilette complète nous a permis de sculpter facilement ces statuettes, rendant la pierre plus souple qu’elle ne l’est en réalité.

L’année suivante, peu de temps avant la ponte, nous fabriquions des statuettes que nous portions, à la nuit tombée, à la porte du village. Les indigènes découvrant cela à leur réveil pensèrent que c’était là, un cadeau de Make Make, leur dieu. Certains les plantèrent dans le sol, laissant juste la tête ou le buste dépasser, d’autres les posèrent tout simplement sur la plus haute montagne pour qu’elles soient visibles par tous. Au fil des ans, grâce au sorcier du village, nos statuettes ont grandit, grandit, grandit… Jusqu’à atteindre une hauteur incroyable. Ces statues solides ne s’effritaient pas, du coup, les indigènes ne volaient plus nos œufs, remerciant le dieu Make Make de son don, lui promettant d’honorer ces statues, d’en prendre soin jusqu’à ce que la mort les sépare.
Hélas, un jour les hommes se sont disputés, ils voulaient des statues encore plus grandes, différentes. Ils se sont remis à nager, ils ont à nouveau grimpé notre falaise et nous ont à nouveau volé nos œufs…

Alors, nous sommes partis pour un autre ailleurs…

A ces derniers mots, la sterne s’envola ! J’aurais voulu lui poser encore mille questions, mais quand brusquement, un voile s’abattit sur moi. Tel un brouillard, je ne discernais rien que du blanc tout autour de moi. Tout était flou. A tâtons, je cherchai la sortie, la bouche, l’entrée… mais je me heurtai à des murs de pierre, partout… Partout, je me cognais et ça faisait « Bong…o !».

 

Les 3 petits cochons et le chat botté

Je joue avec la proposition 38 de Tisser des Mots  :-) le jeu : faire une salade avec les contes. Les mots en gras sont des mots ou des sujets à « caser » dans le texte.

Les 3 petits cochons et le chat botté

Il était une fois une fée marraine hyperactive qui souffrait d’hyperacousie et d’impatience, on l’a disait faribolistique. On lui avait confié la garde des 3 petites cochonnes qui s’appelaient Lala, Lili et Lali. D’expérience, la fée marraine serait que les élever ne serait pas une tâche facile, elle ne se souvenait que trop bien de leur cousins, les 3 petits cochons Nif Nif, Naf Naf et Nouf Nouf. Mais dynamique comme elle était, elle avait réussi, à force de persévérance, à ce que l’un des trois finisse architecte maçon et influence les autres. Elle avait donc cru qu’elle y arriverait chez ces demoiselles et avait poursuivit ses efforts en se concentrant sur l’éducation de l’aînée qui semblait la plus intelligente, la plus posée et la plus débrouillarde.

Mais les années passant, la fée marraine vieillissant, elle devenait plus sensible au bruit et sa patience fondait comme neige au soleil.

Un jour, Lala et Lili se disputaient en poussant des grognements aigus de petit cochon qu’on égorge. Elles n’étaient pas d’accord sur la façon d’habiller la cadette, Lali, et celle-ci était prise à parti par l’une, puis par l’autre. Et c’est au moment où la salopette rose avec des paillettes mauves se déchira que Lali se mit à pleurer comme une fontaine et que la fée marraine explosa.

– Je n’en peux plus de vos disputes, de vos cris, de vos jérémiades, de votre comportement de vilaines petites cochonnes.

Les mots éclataient dans l’air, grondant, menaçant, et fouettant les oreilles des 3 petites sœurs. La marraine joua de sa baguette magique et en un tour d’étincelles et de poudre magique volante, elle se retrouva au milieu de la forêt bleue* avec les 3 petites cochonnes sous les bras.

HOP ! Elle les jeta à terre, lança un tourbillon de feuilles mortes et disparu aussi vite qu’elle était venue.

Dans la forêt bleue, un silence noir s’abattit sur les 3 petites créatures roses. Plus un cri ne perça, plus une larme ne roula. Lali renifla comme seuls les petits cochons savent si bien le faire et osa un timide « où sommes-nous ? »

Lala, l’aînée réfléchit très vite et lui répondit :

– Nous sommes dans la forêt bleue, en Belgique, la forêt la plus étrange qu’il soit où les arbres sont bleus.

– En quoi est-ce qu’elle est bizarre cette forêt ? demande Lili.

– Les arbres se ressemblent tous ; en journée, ils se confondent avec le bleu du ciel et la nuit, le noir les engloutis, répond Lala d’une voix mystérieuse et envoûtante.

– Ma… Ma… Marraine nous a… a…. abandonnées ! pleurniche Lali.

Nous sommes dans l’après-midi. Le ciel est d’un bleu chaleureux, et les arbres, en tenue de camouflage, sont parsemés de petites taches blanches ressemblant à des nuages de beau temps. De fait, ils se ressemblent tous, certains sont certes un peu plus petits ou un peu plus gros, mais aucun n’a une caractéristique particulière qui fait qu’on pourrait le reconnaître à coup sûr.

C’est pour cette raison que ceux qui pénètrent, de gré ou de force, dans cette forêt, n’en ressortent que très rarement. Ils s’y perdent et par épuisement, par défaite, ils décident de s’installer dans cette forêt pour l’éternité.

Nos 3 petites cochonnes ne savent pas que le peuple de cette forêt est condamné à ne jamais sortir du couvert de ces arbres. Lala s’en doute, mais elle ne veut pas faire peur à ses sœurs et se tait donc. Lili réfléchit à sa nouvelle situation et commence à récolter tout ce qu’elle trouve à terre pour marquer son chemin. Quant à Lali, son groin coulant de morve, c’est comme si le monde s’écroulait sous ses pattes. Elle n’aime pas cette forêt, elle est fatiguée et elle veut rentrer à la maison.

Cinq petites, brèves, minutes s’écoulent avant qu’un nouveau malentendu n’éclate entre les frangines. Chacune se rejetant la faute, accusant l’autre d’avoir crié trop fort et d’avoir provoqué la colère de la fée marraine.

Tout à coup, attiré par les cris et les grognements, une petite créature presque toute de noir vêtue, fait son apparition. C’est un chat, pas très grand, pas très gros, et qui se déplace sur ses deux pattes arrières qui les interrompt :

– Excusez-moi mesdemoiselles, auriez-vous vu mon autre botte ? Mon maître m’a pris pour un chien quand il l’a lancée pour que j’aille la chercher… enfin, je crois, c’est que ces derniers temps, il avait l’air d’en avoir marre de m’avoir entre ses pattes. Enfin bref, je ne vais pas vous raconter toute ma vie, il paraît que je suis trop bavard… Avez-vous donc aperçu une botte comme celle-ci ? dit-il en montrant celle qui lui restait.

A la vue de ce petit chat, trop mignon, trop bavard, on entend d’une seule et même voix :

– Oooh ! Il est trop chou.

Et sans lui laisser le temps de comprendre, les 3 sœurs se jettent sur le petit chat, le prenne dans leur bras, le caresse, lui donne des bisous tout doux. Il en perd sa deuxième botte et sa voix. Finalement, ce n’est pas si mal de se faire dorloter par ces filles… il en oublie la raison de sa venue et se laisse choyer tout le reste de l’après-midi.

Pour une fois que Lala, Lili et Lali sont d’accord sur une chose, personne n’oserait interrompre cet élan d’affection et cette solidarité fraternelle.

C’est le soir, quand les ventres crient famine, que les petits cochonnes se décident à chercher à manger. Emmitouflé dans leurs vêtements qu’elles ont assemblé rien que pour lui, le chat botté qui n’est plus chaussé, attend patiemment qu’on vienne lui apporter à manger. C’est qu’il aime se faire servir le coquin !

Lala, Lili et Lali partent donc dans 3 directions différentes. Aie aie aie, elles se perdent rapidement et ne retrouvent plus leur chemin ! Trois heures passent quand le chat, affamé, décide enfin de bouger un peu son popotin. Il parle, parle, parle… tout seul. Il miaule, miaule, miaule, toujours tout seul. On ne voit pas très bien ce qu’il fait, mais il fait quelque chose. En grattant le sol, il miaule encore et toujours. Puis, après avoir creusé et retourné la terre sur un bon morceau de terrain, il regarde derrière lui, puis à gauche, enfin à droite. Rassuré qu’il n’y ai personne, il lève la patte et se soulage. Il fait pipi partout ! C’est qu’il en a une grande vessie à vider ! Une fois son besoin terminé, il se réinstalle au centre de son nouveau territoire et patiente. Il ne doit pas attendre bien longtemps, car très vite, quelque chose pousse de la terre. Partout où il a gratté (et pissé), un mur se dresse ! Et, étrangement, un parfum épicé (eh-pissé) envahit la forêt.

Au même instant, une note musique perce le silence relatif de la forêt à moitié endormie. Les habitants habitués savent ce que cette mélodie signifie : le grand méchant loup va à la pêche au cochon. Tel un magicien, le loup souffle dans sa flûte enchantée. Attirées par la musique envoûtante tel un moustique par le sang, les 3 petites cochonnes, perdues, marchent dans la même direction : celle du loup ! Mais, mais… le loup s’arrête tout à coup de souffler dans son instrument. Il a senti une odeur bien meilleure que celle des 3 petites sœurs. Une odeur qui lui fait baver, légèrement épicée, légèrement sucrée ; ça fait si longtemps qu’il n’a plus goûté à une telle gourmandise. Il marche un peu, renifle , puis siffle dans la flûte. Il marche, renifle, siffle. Il renouvelle cette combinaison quinze minutes durant. Puis, il s’arrête définitivement. Les 3 petites cochonnes aussi. Sans le faire exprès, il a ramené les sœurs tout près de leur ami botté. Et ce qu’il voit, ce que les filles voient, est ahurissant. Devant cette petite troupe étrange, se dresse un véritable château en pain d’épices !

Lala, qui n’en revient pas, est la première à recouvrer la parole :

– Mais, tu es magicien ? Tu aurais pu nous dire que tu savais faire pousser de la nourriture, cela nous aurait éviter de nous perdre en pleine forêt, rouspète-t-elle l’estomac dans les talons.

Le chat a perdu sa langue (le comble, non ?), il ne répond pas car derrière Lala, Lili et Lali, le grand méchant loup se lèche les babines. Il se serait bien caché sous sa cape d’invisibilité, mais il l’a prêtée la semaine dernière à Harry Potter. Alors, il pointe le loup avec une griffe tremblante et marche à reculons s’enfermer dans son abri délicieux.

Face à face, le loup ne mâche pas ses mots envers les petits cochonnes :

– Le deal est simple. Vos vies sauves à toutes les 3 contre le pont en pain d’épices et ses chaînes en sucette.

– Pardon ? Ose demander Lili. Vous nous abandonnez pour du sucre ? C’est du délire !

Le loup, un peu rouge de honte, avoue :

– Oui, je préfère les friandises à la viande.

– Par mes moustaches, j’ai tout entendu ! Bien sûr que je lui offre volontiers le pont, s’il vous laisse saines et sauves. J’ai besoin de vous mesdemoiselles, j’ai un ronron dans la gorge qui veut sortir… et puis, j’ai plein d’histoires à vous raconter.

*Forêt bleue : elle existe bel et bien ! Il s’appelle plutôt le Bois de Hal, il se situe en Belgique, à 30 min de Bruxelles. Entre le printemps et l’été, le sol se couvre de jacinthes sauvages, donnant le nom féérique de forêt bleue.

Nougatel le beluga

07 novembre

10 mots imposés trouvés au hasard dans le dictionnaire par la main innocente de mon fils (et un mot de sa sœur :-) ) ce jeu s’appelle : logorallye

béluga – fantaisie – carboniser – mental – pleurnicher – datte – Géorgie – cordial – dérailler – mauvais

Nougatel, le super béluga

Nougatel, un beau béluga de 1200 kilos, blanc comme un iceberg, gentil comme un dauphin, était occupé à chasser des poissons quand tout à coup, il entendit pleurnicher. C’étaient des pleurs d’un congénère, des sanglots mêlés à de petits sifflements aigus d’un canari, et mélodieux, oui, on peut le dire, malgré un tremblement de voix. Il changea de cap, abandonna son dîner et chercha le malheureux.

Dans cette baie d’Hudson, au Canada, il ne peut pas sentir les larmes salées mais son système de géolocalisation est exceptionnel, il a un sonar des plus performants de tous les cétacés. Âgé de tout juste 8 ans, Nougatel a cette couleur immaculée depuis peu de temps, depuis qu’il est adulte, et il en est très fier. Plus jeune, il aimait nager à grande profondeur. Il faisait des courses et des concours avec les autres adolescents de son groupe. Il avait un mental d’acier, n’était pas un mauvais perdant, mais avait un régime alimentaire des plus fantaisistes. A chaque fois qu’il gagnait, c’est à dire assez souvent, il réclamait qu’on lui apporte du poisson farci aux dattes et aux amandes comme récompense ! La farce étant obtenue quand un poisson mangeait des amandes et des dattes… autrement dit, ce n’était pas habituel, ni très courant, mais tout le monde cherchait avec amusement de tels poissons, rien que pour le plaisir d’honorer l’amitié qui les liaient à Nougatel.

Ce dernier, plongé dans ses pensées, nageait presque automatiquement en direction des sanglots, quand il tomba melon à melon (ou nez à nez si vous préférez) sur le petit béluga triste. Celui-ci est en effet petit, âgé à peine d’un an au vu de sa couleur, encore tout gris-bleu du bout du rostre au bout de la queue.

– Et alors petit, pourquoi toutes ces larmes ? demande Nougatel de sa voix la plus cordiale et douce.

– Maman m’a dit que si je n’étais pas gentil, elle m’enverrait en Géorgie, répond le bleuvet entre deux gémissements.

Nougatel ne savait que répondre. Lui aussi avait peur de cet endroit où l’on capture les mammifères de son espèce et bien d’autres pour leur priver de leur liberté.

Pour ne pas carboniser sa réputation de mâle fort, résistant et qui n’a peur de rien, Nougatel lui répondit :

– Je vais te raconter la légende qui m’a permis d’être ce que je suis aujourd’hui : un super béluga qui n’a pas froid aux yeux, même quand un orque m’attaque.

Le petit, qui connaissait Nougatel pour l’avoir vu de ses propres yeux faire dérailler un train entier de harengs, l’écoutait attentivement, avec des étincelles plein les oreilles.

– Il était une fois un groupe de bélugas qui s’était fait encercler par trois bateaux. Aucun d’eux n’avait compris ce qu’il se passait car les hommes ne brandissaient aucune arme pour les tuer. Distrait par le bruit des moteurs, nos amis n’avaient pas entendu que des filets avaient été déployés. Heureusement, l’un d’entre eux avait vu ce qu’il se passait et même s’il n’avait encore connu aucune expérience similaire, son instinct lui disait qu’il fallait fuir cet endroit. Alors, il a commencé à chanter, et les autres l’ont imité. Les oreilles bourdonnantes de ces mélodies, ne sachant plus où donner de la tête, les hommes, déstabilisés, ont perdu le Nord et se sont rentrés dedans, brisant leurs bateaux.

– Wouah ! s’exclama le petit béluga.

– Tout ça pour te dire que l’union fait la force, et que tu dois te fier à ton instinct, petit. Je pense que tu es toujours gentil, non ?

– Heu, oui, je crois, enfin, c’est que…

– Ne cherche pas une raison d’avoir peur de la Géorgie. Il n’y a aucun risque que tu sois envoyé là-bas, tu n’es pas méchant, et si tu écoutes bien ta maman, si tu ne t’éloignes pas de notre groupe, tu ne risques rien.

Les deux cétacés, réconfortés par l’histoire, s’en vont retrouver leur groupe, leur famille, et leurs amis. Sur le chemin, Nougatel qui ne peut plus s’arrêter de parler, explique à l’enfant les règles du jeu du prochain concours de la nage en grande profondeur.

Les infos sur cet animal fascinant sont vraies, sauf pour le repas préféré de Nougatel, bien sûr, cela n’existe pas le poisson farci aux dattes et aux amandes, mais c’est une recette de cuisine que je n’ai pas encore testée  :-)