Maître Corbeau (2)

(partie 1)

Dissimulé sous le lit, accompagné par trois tonnes de poussières et d’autres choses indescriptibles, sombres et d’aspect peu ragoutant, l’oiseau sort de sa cachette pour détailler le début de sa nouvelle vie. La Fontaine, son père, son créateur, lui avait expliqué la possibilité de se faire cette nouvelle vie, n’importe quand, n’importe où. Il fallait juste réunir quelques conditions : un lecteur, la fable écrite ou imprimée sans faute, et accepter le chemin du non retour. Une fois sorti du livre, il n’était plus possible pour lui de revenir en arrière. Le processus était donc irréversible.

Le voilà donc aujourd’hui, dans cette pièce à l’aura négative, avec un petit garçon en souffrance.

Corbeau se fait un devoir de mémoriser les moindres détails du lieu où il renaît. Les murs sont sales, gris, moches, avec de la peinture qui s’écaille à plusieurs endroits. Des fissures courent sur tout le plafond jaunâtre, principalement sur les bords. Une applique murale, la seule, l’unique, éclaire faiblement la pièce. Les fenêtres, au nombre de deux, sont décorées d’un film plastique opaque qui laisse entrer la lumière mais ne permet pas de voir ni l’extérieur, ni l’intérieur. Il y a même un système qui bloque l’ouverture des fenêtres. Le lit sous lequel il se trouve est collé au mur, et fait face à la porte d’entrée. A gauche du lit, il n’y a rien. A droite du lit, il n’y a rien non plus. Il y a juste une sorte de grand parapluie sur pied avec un écran en plastique, blanc, en face du lit, jouxtant la porte d’entrée qui est fermée. Et un radiateur, un vieux radiateur en métal, sur pieds aussi, juste sous les fenêtres.

Corbeau scrute la porte quand un bruit se fait entendre. Au-dessus de lui, sur le lit, ça bouge. Il sent de la peur, de la nervosité mais aussi de la colère, de la haine, et de l’impuissance, beaucoup d’impuissance. Tout à coup, le livre tombe à terre. Cela n’a pas fait de bruit, à cause de toute la crasse, ça a amorti le choc. Noir sur noir, il se dit qu’il peut rester là en-dessous. Il veut comprendre pourquoi tous ses sentiments débordent du petit corps de l’enfant.

(Suite, partie 3)

Maître Corbeau (1)

Première partie d’un texte un peu plus long :-) Contrainte du départ : le corbeau… Je suis curieuse de savoir quelle suite vous imagineriez pour ce début d’histoire… à vos claviers et à vos commenaires !

Maître Corbeau sur un arbre perché

Tenait en son bec un fromage.

bla bla bla

Le Corbeau en a marre de toujours jouer la même scène ! Il a beau entendre, le dire, le penser très fort qu’on ne l’y reprendrait plus, à chaque fois qu’un lecteur lit cette fable, à voix haute, à voix basse, en y mettant la forme ou non, il se fait avoir. A chaque fois, il laisse tomber son bon, son délicieux fromage. A chaque fois, c’est le rusé renard qui gagne. A chaque fois ! Et lui, il en a plus que marre de se faire avoir. Alors, pour une fois, le Corbeau sort de ses plumes. Voilà des lustres et des lustres qu’il pense à le faire, mais son personnage lui collant tellement à la peau, l’acteur qu’il est finissait toujours pas abandonner, par écouter la suite, espérant encore et toujours un retournement de situation. Plus aujourd’hui. Mu par un sixième sens indéfinissable, peut-être par le son différent que produisait les mots dans la bouche de cet enfant, Corbeau écarta les mots avec le bout de ses ailes, déchira le papier du livre déjà tout abîmé et sorti du recueil de fables de feu Monsieur La Fontaine.

– Dis donc mon jeune ami, tu ne voudrais pas pour une fois que je garde ce bon fromage dans mon bec ?

Voilà exactement la phrase qu’il aurait dit, s’il avait pu. Au lieu de quoi, après qu’il se soit ébroué pour remettre ses plumes dans le bon ordre, il croassa gauchement.

-CROAK !

Surpris par ce cri grave, rauque et … incompréhensible même pour lui, il recula, trébucha sur le bord du livre et chuta à terre. L’atterrissage fut rapide et rude. Secouant la tête pour reprendre ses esprits, il se contorsionna de façon à diriger un œil vers le petit garçon qui était là, toujours assis sur le bord de son lit, et qui n’avait pas bougé malgré l’incongruité de la scène. Corbeau avança prudemment, une patte devant l’autre, le regard toujours rivé sur le visage de l’enfant. Une larme. Une larme glissait silencieusement sur la joue du petit garçon. Puis une seconde, sur l’autre joue. Une ligne humide se forma rapidement, rigole utilisée par les gouttes salées pour se rouler jusqu’au menton, puis tomber sur le livre, déchiré, mais encore ouvert. Il lisait, il pleurait.

Corbeau s’arrêta, ne sachant comment se comporter. Ignorant la raison pour laquelle le petit garçon était dans un tel état, il décida de faire profil bas et de se cacher pour observer. Il avait imaginé mille scénarios pour ce jour spécial où il déciderait de transformer sa vie, sa fable, son histoire. Aucun d’eux pourtant ne se rapprochait de ce dont il était témoin à l’instant.

Il avait dressé une liste de « ses » lecteurs : des enfants, des petits, des plus grands, des adultes, des jeunes ou moins jeunes, des filles, des garçons, des « gentils », ou des « je-hais-la-lecture-mais-je-suis-obligé ». A côté de chaque possibilité, un autre mot était relié par une ligne de couleur. Un mot pour désigner l’endroit de lecture : bibliothèque, chambre, classe, parc, métro, salon, café, librairie… Il avait même prié le Dieu des Corvidés pour que le lecteur ne soit pas un geek ou autre tordu de lecture numérique car là, il était coincé, il lui était en effet impossible de briser de son bec la surface rigide d’une liseuse électronique. Le papier, ça se déchire, le verre, ça se casse. Et lui, Corbeau de La Fontaine, est incapable de casser du verre, même avec son bec puissant.

Corbeau avait donc cru pouvoir s’adapter à n’importe quelle situation. Il pensait avoir tout prévu…

(Suite, partie 2)

Bilan, réflexion autour de l’écriture

Par curiosité, ce soir, je regarde sur mon pc, dans un fichier intitulé « tous mes textes » tout ce que j’ai pu écrire. Souvenirs, souvenirs…

J’ai commencé à écrire ma première véritable longue histoire vers l’âge de 14-15 ans environ. C’était un roman qui remplissait tout un cahier A4. J’avais imaginé l’histoire après avoir vu un film d’horreur (un des « Freddy », je ne sais plus lequel). J’ai perdu ce cahier à mon grand désespoir. Je l’avais écrit pendant les grandes vacances d’été…

A l’école, en secondaires, je participais à un atelier d’écriture. C’est lors de ma 3ème (ou 4ème, je ne sais plus) secondaire que ma professeur de français m’avait fait un super compliment sur un histoire inventée après un cadavre exquis. Aujourd’hui, je me souviens encore de la phrase qui m’avait inspirée : un miroir sème gaiement une carte sale. J’avais écrit une sorte de suite bizarre à « Alice au pays des merveilles » ha ha C’est grâce à elle que je me suis vraiment mise à l’écriture… et à la lecture car avant « elle », je n’aimais pas trop lire.

A 18 ou 19 ans, j’aimais faire de petits poèmes avec plein de rimes. Mon sujet préféré était … les oiseaux.

Vers 20 ans, j’ai à nouveau suivi un atelier d’écriture, mais l’animateur m’intéressait plus que l’écriture (rires), je n’ai pas souvenir avoir écrit quoique ce soit d’intéressant, par contre je me souviens très bien de la tête de l’animateur !

A 24 ans, en 2004 donc, je m’inscris dans un atelier d’écriture qui a pour thème : le conte. Révélation ! J’adore.

Bien sûr, je n’ai pas attendu ces ateliers (et bien d’autres plus tard) pour écrire… Mon ordinateur m’indique que j’ai inventé pas moins de 492 textes entre 2004 et 2012 ! Je trouve ça plutôt pas mal. Bien sûr, il doit y avoir une grande majorité de grand n’importe quoi… Je ne suis contente que d’une dizaine d’histoires !

Entre 2009 et 2012, je voulais me faire éditer, mais je ne me rendais pas encore compte que mes écrits étaient lamentables. J’avoue que je n’ai pas envoyé mon seul manuscrit que je pensais potable à beaucoup de maisons d’éditions. Et le temps que je reçoive des réponses, négatives, j’évoluais dans mon écriture et dans mes attentes. Je n’ai jamais été douée pour écrire de longues histoires, des romans, ce que je préfère, ce sont les nouvelles. Et il m’a fallu encore quelques années pour réaliser que ce que j’aime le plus, c’est lire les histoires des autres à partir d’une même consigne. Bien sûr, j’aime écrire, mais je me sens bien quand j’ai des contraintes précises et j’adore découvrir les univers des autres.

Voilà pourquoi j’aime particulièrement les ateliers d’écriture créative…

Dans les nuages

Pour une ancienne proposition (la n°9), Tisser les Mots, voici ma petite histoire qui est un vrai délire :-)

Dans les nuages

Me voici coincée à l’hôpital pour quelques jours, le temps d’une opération. On m’opère du dos, une opération courante, mais une première pour moi.

Ce matin, à jeun, je me lave avec un savon spécial, corps et cheveux, puis j’enfile la chemise des opérés, une chemise qui se ferme dans le dos… heureusement, les infirmières sont là pour m’aider, même si je sais que je finirai presque toute nue sur la table d’opération, je préfère ne pas y penser. L’opération se passe  bien, du moins, je le suppose, je n’en garde aucun souvenir, bien sûr. Après avoir vomi et déliré un peu, on me remonte dans ma chambre.

Il est quatorze heures. Couchée sur le dos, je ne ressens pas la moindre douleur. Je profite de cet instant où je n’ai pas mal aux jambes et tourne ma tête vers à la gauche, côté fenêtre. Ma chambre d’hôpital est située au 5ème étage et j’ai une vue dégagée de ma région. Cet après-midi, le ciel est bleu parsemé de quelques moutons blancs, épais, qui dessinent dans l’horizon d’étranges créatures imaginaires… ou non. Je devine sans difficultés la tête d’un cheval quand celle-ci se déforme. Je crois rêver quand mon regard fixe l’œil de la bête et découvre un petit bonhomme potelé qui s’active et monte sur une échelle. Le cheval tout à coup a un profil plus allongé, un museau qui s’effiloche et ses oreilles disparaissent carrément. De ses mains aux doigts dodus, le petit bonhomme enlève le regard de l’animal en prenant une poignée de cumulus pour en faire une boulette bien ronde, puis il l’intègre dans la nouvelle forme qui prend vie, là, juste sous mes yeux. Le cheval n’est plus, en lieu et place se trouve un magnifique champ de fleurs. Le petit bonhomme souffle sur quelques détails, le nuage allongé bouge un peu, prend plus de dimensions. Les fleurs s’élèvent sur des tiges immenses et elles continuent leur ascension quand le petit artiste se retourne et m’interroge avec un pouce levé puis un pouce vers le bas avec un léger mouvement de la tête pour me demander mon avis. Je ne suis pas certaine qu’il s’adresse à moi, donc je ne réponds pas. Le petit bonhomme s’approche de ma fenêtre, il est assis à califourchon et avance sur une sorte de fusée russe ultra moderne. Le bonhomme, qui est en fait un autre nuage, plus épais, plus rebondi, avec deux étoiles pour pupilles, a un charme indéniable. Et là, à mon niveau, il n’y a plus le moindre doute, c’est bien à moi qu’il s’adresse. Par des gestes, il me fait comprendre que je dois choisir la hauteur des fleurs : plus haute ou plus basse ? Je regarde alors plus attentivement derrière lui et constate que les tiges sont si grandes que je n’en vois pas la fin. Alors, ma main, d’abord haute, descend, encore un peu, un peu plus jusqu’à ce que les tiges, mangées par le petit bonhomme nuage atteignent une hauteur normale pour des fleurs nuages. Alors je lève la main pour dire « stop ». Le fleuriste moutonné sourit, s’accroupit, grignote la base des fleurs puis, de ses deux petits bras, rassemble toutes les fleurs coupées et m’offre ce beau bouquet de Tulipus Cumulus Nimbus.

Jamais, jamais, jamais, je n’aurais cru possible un tel délire!

Il me faudra attendre le lendemain matin pour que le produit anesthésiant ne me fasse plus divaguer et que je découvre, sur l’appui de ma fenêtre, un bouquet de fleurs blanches en… bonbons !

Un bar bizarre

Pour la 52ème proposition chez Tisser les Mots, voici mon petit texte, sur le chemin des homonymes… petit clin d’oeil à mes enfants.

Un bar bizarre

Dans un bar pas comme les autres, 3 personnes se querellent :

– Le ciel est trop haut ! clame la serveuse qui ne sait pas voler.

– Mais non, c’est la terre qui est trop basse, lui rétorque le pianiste trop grand qui à force de pianoter sur ses touches a un problème de dos et ne sait plus s’abaisser pour faire ses lacets.

– Vous dites n’importe quoi, s’emporte le barman. Pour moi, rien n’est trop haut, rien n’est trop bas, car le bar est juste à la bonne hauteur !

C’est le petit matin, l’établissement n’a pas encore ouvert ses portes, mais tous les employés sont présents car nous sommes jeudi et tous les jeudis, il y a une petite réunion du personnel avant l’ouverture.

La réunion a mal débuté. A l’ordre du jour, le premier point est consacré à une petite évaluation commune pour chacun des trois employés ; même si le barman est le patron, il fait partie intégrante des employés. Et pour la serveuse, qui a été élevée dans une famille de pingouins, voler de ses propres ailes est tout simplement inconcevable.

-Mes ailes ne sont pas faites pour voler mais pour nager dans l’océan à la recherche de délicieux poissons, rétorque-t-elle en détournant le regard du bar.

Elle n’a pas compris la remarque du barman, son chef, qui lui demandait plus d’initiatives, plus d’autonomie.

Le pianiste n’est pas en reste d’ailleurs.

– Je dois être plus terre à terre ? Mais comment veux-tu que je fasse cela, tout ce qui touche le sol, c’est cette queue qui, cela dit en passant, ne verra plus jamais la couleur d’un soulier car il m’est désormais impossible de m’abaisser, répond-il à son boss qui place la barre trop haut.

Le barman justement lève les yeux au ciel. La réponse de son employé préféré lui arrache un soupir. Il est évident que cette orque est incapable de retomber sur terre vu sa nageoire caudale tordue. D’ailleurs, il se demande où il pouvait bien trouver chaussure à son pied étant donné que chaque partie de sa queue doit bien faire une pointure 85, au moins !

Le patron, bien que respectueux des talents de ses employés, est occupé à se demander si son pianiste sait qu’il ne joue pas sur un piano mais sur une orque, enfin une orgue ! Le barman n’est pas de taille à affronter son musicien, il a trop peur de la réaction de se dernier, car il paraît que le bar est un met fort apprécié chez ces baleines…

Pour couper court sur ce sujet visiblement délicat (ou comment se barrer en douce tout en restant présent afin d’éviter sa propre évaluation) le barman propose de passer au second point qui consiste à créer un nouveau cocktail pour fidéliser sa clientèle du matin.

– Bon, passons l’éponge et revenons à nos moutons, dit-il pour clore le premier point de cette réunion.

Le pingouin et l’orque se regardent : où sont les moutons ? Et que viennent-ils faire ici dans un bar, au littoral ? L’éponge, passe encore, mais les moutons ?

Ils sont encore à se questionner et à regarder de tous côtés quand le bar écrit une nouvelle recette :

Pour une Vague Cru-c’t-assez

– 300 gr de crevettes décortiquées

– 150 ml du rouge d’écrevisse

– 1 pincée de crabe

– 2 pamplemousses

– 1 citron vert

– du fenouil

– du sel, du poivre et de l’huile d’huître

A la lecture des ingrédients, c’est le pianiste qui salive le plus. La serveuse, elle, espère seulement qu’en apportant ce nouveau cocktail, elle n’en pincera pas pour d’autres clients…

La soupe d’orties de ma fille

Toujours dans le cadre du concours de Plumes et Talents, mes textes, pour la première fois, ma fille, 10 ans, a inventé une histoire à partir des mots imposés. Et elle a été classée 7ème sur 15, elle est arrivée à un très bon niveau pour sa première participation :-)

Le petit poussin et sa soupe d’orties

Il était une fois un petit poussin qui portait un pantalon, sur lequel on pouvait voir le dessin d’une église.

Il adorait le bonbon au caramel de son arrière-arrière-grand-mère qui avait 282 ans, mais il ne mangeait pas car il le gardait dans la poche de son pantalon en souvenir d’elle car il ne la voyait pas beaucoup. 

Un jour, il alla chercher son tracteur pour aller à la plage arracher les orties. Comme il faisait noir, le petit poussin prit sa lampe torche et fit de grands gestes avec pour éclairer les végétaux qu’il devait arracher. Il arracha ainsi les orties une par une. De retour chez lui, il les mit dans sa casserole pour en faire une soupe d’orties.

Il prit la recette de son arrière-arrière-grand-mère et lu

Ingrédients :

4 bouillons de cloportes

1 kg d’orties

2 oignions

2 poignées de pistaches

1 creux de patte de sel

1 soupçon de poivre

2 poivrons verts piquants

6 carottes

1 patate

2 litres d’eau

25 cl de grenadine

Une marmite de sorcière pour une cuisson automatique

Il fit 6 fois le tour de sa cuisine pour trouver les ingrédients. Malheureusement, il ne trouva pas de poivrons, alors il mit le bonbon au caramel pour remplacer cet ingrédient manquant. Il se rendit compte alors que sa soupe devenait orange flash, et qu’elle avait un délicieux goût sucré !

Fier de sa découverte, il alla trouver son voisin l’âne pour lui demander de le conduire chez son arrière-arrière-grand-mère qui habitait à des kilomètres de chez lui. Le poussin voulait vraiment lui faire goûter sa nouvelle soupe.

Après plusieurs heures de longue marche, ils arrivèrent enfin chez la vieille cane. Celle-ci était tellement heureuse de la visite surprise de son petit poussin, qu’ils firent une fête pour cette soupe qui dura jusqu’à minuit !

Quand on n’a pas de tête…

Quand on n’a pas de tête, faut des orties ha ha ! Voici l’un des textes que j’ai envoyé à Plumes et Talents pour leur concours « jouer avec les mots » dont je suis ressortie 4ème ;-)

Mais voilà… je ne sais plus lequel de ces deux textes j’ai envoyé ! alors, je vous présente mes 2 histoires… bonne lecture

Fait d’orties…

Hier soir, peu avant vingt-deux heures, Gustave Plage a été retrouvé inconscient dans les orties de son jardin abandonné. Selon la police, ce serait sa voisine qui l’aurait trouvé un peu par hasard au moment où elle cherchait un poussin qui avait disparu de son poulailler.

Une enquête a été ouverte, car si les médecins affirment que la victime a pu perdre connaissance en s’étouffant (presque) avec un bonbon à la menthe, les petits-enfants de Gustave portent plainte contre X pour tentative de meurtre.

Dans la maison de la victime, les casseroles sales s’accumulaient dans l’évier, plus aucune lampe n’était en état de fonctionnement, et y avait pas moins de dix-huit pantalons qui pendaient d’une manière désordonnée aux lustres du salon. Tout prouve que Monsieur Gustave Plage n’avait plus toute sa tête et que l’incident qui aurait pu lui être fatal a très bien se produire sans l’aide d’une tierce personne. Le seul indice qui ne colle pas avec cette affaire et qui a tout de suite éveillé les soupçons des petits-enfants Plage, c’est que le tracteur de leur grand-père était de sortie, garé sur la place du village, à droite de l’église. Or, papy Plage aurait été incapable de tourner la clé dans l’engin car il est perclus d’arthrite, ce qui rend tout geste minutieux difficile pour ces doigts.

Qui a conduit le tracteur, et surtout pourquoi et dans quel but a-t-on fait du mal à Gustave?

Affaire à suivre. Ne manquez pas la suite de l’enquête sur Labelouette.com.

La soupe au bonbon

Dans une grande casserole, faites cuire à feu doux une poignée d’orties mélangée à deux tasses d’eau. Pour couper le piquant des feuilles, ajoutez-y un petit cube de bonbon sucré. Mélangez le tout, jusqu’à ce que le cube soit entièrement dissout, puis portez à ébullition durant deux minutes soixante-cinq.

Coupez le feu, puis laissez reposer à température ambiante jusqu’au prochain son de cloche de l’église de votre village.

Jusque là, tout me paraissait simple, même si j’avais un doute sur le temps de repos car chez moi, à trois cents quatre-vingt deux mètres de la plage et sous dix-huit mètres virgule quatre d’eau de mer amer, il m’est impossible d’entendre les cloches sonner.

D’un geste méthodique, j’allumai ma lampe informatique et parti sur le net à la recherche d’une autre façon de faire cette recette. Cette entrée sucrée-salée, je ne pouvais pas la rater ! C’était le plat préféré de mon poussin qui devrait venir, tout à l’heure, peu avant le coucher du dauphin.

Pour ne pas changer, ma connexion avait des « ratés », et j’eus le temps de voir deux tracteurs passer avant que ma page soit enfin chargée ! Pfff ! Je vous jure, aucun geek ne survivrait à une connexion pareille, sauf peut-être les Ouiphy, cette espèce de serpent électrique qui vit dans les fonds profonds et qui grappille le moindre courant marin.

Enfin, bref, sur les 5 résultats que me donna Internet, quatre avaient des temps de repos qu’il m’était impossible à respecter. Pour l’un, je devais attendre le passage d’un banc de poissons plumes (dans la mer amer, je vous mets au défi d’en trouver ne fut-ce qu’un seul !), pour un autre je devais simplement photographier la prochaine lune rouge qui, si ma mémoire est bonne, n’est pas avant une dizaine d’années, pour un autre encore, il me suffisait d’éplucher un pantalon cornichon (en plein septembre, ce n’est plus la saison voyons) et enfin pour le dernier, je devais écrire le mot « belouette » en franssère, puis en anglair et enfin de travers… Moi qui suis uniglotte, c’est mission impossible. Il me restait donc une seule façon de faire, je n’avais pas le choix, je n’avais plus que cette possibilité : « Laisser reposer jusqu’à ce que votre invité arrive. Servez dans un bol profond, agrémentez de quelques grains de confettis et … bon appétit ».