Les disparus de la 58 – 5

Texte de Lynn (clic), sur la proposition 58 de Tisser les mots.

Contrainte de la page 60 du livre d’Eva Kavian (écrire et faire écrire, tome 1). Incipit : « Nous étions huit… »

Nous étions huit… et aujourd’hui, je suis seule. Mais qu’est-ce qu’il se passe ici ? Où est-ce que je suis ? Que s’est-il passé ? J’avais tout organisé pour que tout se passe exactement comme je l’avais prévu. Bon, d’accord, j’ai fait tout ça dans la précipitation, mais quand même ! Dans mes souvenirs, l’Afrique n’est pas comme ça. Et puis qui sont tous ces gens ?

Gigi, calme-toi. Tu es partie pour un ailleurs, tu y es. Zen, cool.

Si j’ai quitté la petite puce, ma petite Ada, c’est pour une raison précise. Oh, qu’elle va me manquer, sûr ça, mais à vivre tous les jours en pensant que peut-être j’aurais pu connaître une autre vie, que je peux encore vivre autre chose que ça, je ne dois pas, je ne peux pas avoir de remords. Ada, tu es encore jeune, et même si tu ne peux pas tout comprendre de mon geste, de ma fuite, un jour, tu sauras tout et tu me pardonneras, car tu comprendras. Je ne peux plus rester ici, à me lever tous les jours avec cette question qui me percute tous les matins : où est ma mère ? Certains liens sont forts et difficiles à expliquer, un lien mère-fille est puissant. Je sens, je sais au fond de moi que ma mère ne m’a pas abandonné. Elle n’a pas pu abandonner lâchement ses 8 enfants comme ça, parce qu’elle en avait marre de nos disputes. Une mère ne fait pas ça.

Ma mère aimait l’Afrique, elle aimait se lever à l’aube pour voir les girafes traverser la plaine, de sa fenêtre. Elle ne m’a pas appelée Gigi pour rien, c’est le diminutif de girafe, non ?

J’ai 43 ans, l’âge exact où ma mère, notre mère, nous a soi-disant abandonné. Je refais la même chose qu’elle, j’abandonne Ada ! Je n’y avais pas pensé au début. Je voulais partir, tout simplement. Je pense avoir fait le tour de ma vie, j’ai été à l’école, j’ai décroché un bon diplôme, je suis tombée amoureuse, je me suis mariée et j’ai eu un enfant. Mon boulot ne va pas me manquer. Mon mari, oui, un peu. Ma fille beaucoup plus. Mais c’est un peu pour elle que je fais ça aussi. Si je ne sais pas me compléter parce que ma mère me manque, je ne peux pas être une mère comme je l’aurais voulu.

Et tous mes frères et toutes mes sœurs, que j’ai connu, avec lesquels j’ai grandi… où sont-ils à présent ? Y en a-t-il l’un ou l’autre parmi tous ces gens que je vois là-bas ? Punaise, si je retrouve un frère ou une sœur, après tout ce temps, qu’est-ce que je vais bien pouvoir lui dire ?

Ça y est, l’angoisse monte dans mon ventre alors qu’une femme, à la silhouette arrondie s’avance vers moi. Que me veut-elle ? Qui est-elle ?

vocabulaire dans un livre

Bon, je prends le temps de mettre dans cet article 3 4  mots de vocabulaire, tous trouvés dans le même livre que j’ai dernièrement lu : « Haute-Pierre », de Patrick Cauvin. J’avoue que je n’ai pas dû ouvrir mon dictionnaire pour comprendre, deviner, ce que cela voulait dire, car le reste de la phrase était « de mon niveau » (rires)

Sémillan godulureau : sémillant = adj. pour dire d’une personne qu’elle est gaie, vive, pétillante &   godulureau = jeune homme qui fait le joli coeur auprès des femmes, terme familier, autrefois on disait plutôt cela d’un homme « galant »

Des échauguettes du château : petites constructions qui collent aux murs d’un château, en hauteur, et qui permettent aux veilleurs (sentinelles) de surveiller le territoire environnant sur un large plan.

Colichemarde : une épée qui est plus large à la base.

Les disparus de la 58 – 4

Texte de Lyline, (clic) de la proposition 58 de Tisser les mots.

Contrainte page 59 du livre d’Eva Kavian (écrire et faire écrire, tome 1) : faire une liste de 10 mots qui n’ont rien à avoir l’un avec l’autre, inventer un prénom, écrire pendant 15 minutes en commençant par « La première fois que… » et intégrer les 10 mots trouvés.

verre – jaune – nuage – chaussure – immense – building – crocodile – trou – chuchotement – plus fort que

La première fois qu’il est sur la plage, devant des vagues couleur jaune qui ne cessent de lui parler, Étienne semble être dans un autre monde. Il n’entend pas les exclamations de surprises, d’étonnements ni les râleries des uns et des autres. Il sait qu’il est là, sur cette plage, sur ce sable, avec devant lui ces vagues. Qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, peu lui importe, il n’est plus là. Il ne sent plus prisonnier d’une immense toile invisible, d’une toile que les couples qui sont ensemble depuis longtemps connaissent trop bien. Chez certains, cette toile se déchire, chez d’autres, elle se transforme. Chez d’autres encore, la toile résiste, elle vibre sous les vents, elle bouge sous la pluie, elle se reconstruit comme si rien ne l’avait affaiblie, mais elle reste là, plus forte que tout, indemne aux changements et insensible aux questions du temps. Dans les vagues, Étienne y lit des réponses. Le va-et-vient de l’eau, bercé par le chuchotement continu et régulier, toujours le même, lui permet de revisionner sa vie au ralenti. Et rien ni personne ne pourra le sortir de là, du moins, pour le moment car dans sa tête, des chiffres, des probabilités et des possibilités se battent. Selon lui, d’après son âge, l’âge de sa femme, du nombre d’années de leur couple, le nombre de fois où il cette pensée lui a traversé l’esprit, il y a plus de 50 pour cent pour que sa relation prenne fin à son retour.

Dans un soupir las, mais néanmoins rempli d’espoir pour un futur autre, meilleur, différent, il commence à creuser un trou dans le sable fin, mouillé et gris. Une fois suffisamment grand à son goût, il y jette tous ses doutes, ses souvenirs sans saveurs. Il y balance même ses chaussures car dans la semaine, sa compagne lui avait fait une remarque qu’il n’a toujours pas digéré. Lui dire qu’il devrait en changer car ses pieds chaussés ainsi ressemblent à un crocodile haché, c’est vraiment du grand n’importe quoi. Au moment où Étienne recouvre son trou, des nuages bas s’amoncellent sur l’horizon, et ils n’augurent rien de bon. Avant de rebrousser chemin pour trouver refuge sous le couvert feuillu d’un quelconque arbre, le statisticien sursaute de douleur. Les pieds nus et la tête basse, il avançait sans voir où il posait les pieds et un morceau de verre bien pointu se ficha dans la plante de son pied gauche. Étienne avait, de la vue du sang, une sainte horreur. Sans réfléchir, il arracha prestement le morceau de verre de sa peau. Il n’avait pas eu le temps de calculer les millilitres qui allaient s’écouler de son pied en fonction de la taille de l’objet pointu qu’il tourna de l’œil et s’évanouit sur la plage, sur le sable, à quelques mètres des vagues qui continuaient à lui chuchoter mille et une choses.

Quand il reprit connaissance, près de deux minutes plus tard, la première chose qu’il vit était un building d’environ une dizaine d’étages qui se dressait face à la mer, à l’orée de la forêt. Un building aux fenêtres fumées et à l’architecture futuriste, arrondie et rose !

Diplôme d’honneur

Le blog des auteurs des Anthologies Éphémères a reçu un très joli diplôme pour toutes ses actions qu’il a fait en faveur de l’association Rêves. « Nous », auteurs de 4 anthologies avons pu réaliser, tout en partie, plusieurs rêves d’enfants gravement malades.

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Pour info, ces anthologies sont toujours disponibles en vente sur le site de TBE. (clic sur l’image ci-dessous)

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Les disparus de la 58 – 3

Texte de départ de Josée, proposition 58 de Tisser les mots.

Contrainte page 65 du livre d’Eva Kavian : partir sur du vrai. Après avoir dressé une liste, prendre un personnage, son caractère, ses problèmes de santé, ses sentiments, etc. que l’on connaît + un lieu qu’on ne connaît pas ou très peu (dernière contrainte que je n’ai pas trop abordé : îles Galapagos.)

Mon personnage est professeur de province, il s’appelle Jean-Philippe, il a la 40taine, célibataire, a de l’hypotension et en a marre de sa vie qui est rythmée par les sonneries de cours de l’école où il bosse.

Jean-Philippe ne sait absolument pas comment il est arrivé ici, mais le simple fait de ne plus entendre la sonnerie de l’école lui donne le sourire. Il est content d’être dans ce lieu plutôt fantasmagorique où le silence règne en maître avec les chants des oiseaux. En observant un volatile, perché dans l’arbre à l’écorce granuleuse, cet enseignant de français se remémore le message qu’il a laissé plus tôt dans la salle des profs « Je pars, je vous aime », il se demande, en souriant, si l’un de ses collègues va trouver l’auteur original de ce message, sans doute que oui car il est le seul prof à avoir abandonné sa classe, et surtout, si l’un d’entre eux, ou plutôt si l’une d’entre elles, va savoir déchiffrer son message codé.

Jean-Philippe profite de l’instant présent, tout en pensant beaucoup à elle. Elle, Lucie, la trentaine bien entamée, qui travaille à l’école seulement deux jours semaine. Lucie n’est pas prof, non, elle est secrétaire, et plus précisément secrétaire médicale pour la Promotion de la Santé à l’école. Elle répertorie tous les élèves, contacte les parents par courrier, rappelle les séances de vaccination, est attentive aux déménagements et autres sources de problèmes administratifs. Lucie est arrivée deux ans seulement après Jean-Philippe. Aux yeux de ce dernier, elle est belle, belle, mais belle. Mais c’est juste pour lui, car les autres la trouvent quelconque. Elle s’habille sobrement, ni trop mal ni trop bien. Elle est discrète, un peu timide mais très douée dans son domaine où il faut patience, diplomatie et fermeté.

Il en est là dans ses pensées quand, au loin, il voit sa silhouette. Accroupi, occupé à dessiner n’importe quoi sur le sable, il se relève trop brutalement. De petites étoiles scintillent dans son regard, il chancelle, il titube. Dire que dans sa famille, ses parents, son frère et même son oncle souffrent d’hypertension, et lui, c’est l’inverse, il en a trop peu. Il doit toujours se redresser lentement, se lever de son lit avec douceur, ne pas faire des mouvements trop brusques. Il le sait pourtant depuis le temps que le médecin lui dit ça… Même pas 30 secondes plus tard, son petit malaise disparaît, en même temps que sa vision. Souffrirait-il déjà de démence ? D’hallucination ? Il a tellement souhaité cet instant, loin de son boulot, loin de son train-train quotidien qu’il croit que de simples pensées peuvent devenir réalité. Comme cette île. Elle ressemble beaucoup à l’image qu’il se fait des îles Galapagos. Encore un rêve qu’il ne réalisera pas. Des rêves, toujours des rêves. Si seulement, il avait un peu plus confiance en lui, si seulement il pouvait se donner un peu plus de moyen, s’il le voulait vraiment, il en réaliserait des rêves. Un voyage, ça s’organise, ça se prépare. Une relation d’amour, un peu moins. Un jour, il avait pourtant essayé de provoquer le coup de foudre. Il s’était préparé pour ça : bien habillé, légèrement parfumé, dressé son épi dans les cheveux, il s’était forcé à respecter une règle de jeu qu’il avait établie après sa cinquième rupture sentimentale. Il devait entrer dans un magasin, une pharmacie ou un restaurant et essayer de voir l’amour dans la première femme qui croiserait son chemin. Bien sûr, cette femme devait être non accompagnée ou alors seulement d’un animal de taille pas trop imposante, ne pas promener un bébé en poussette ni tenir la main à un enfant plus grand. Et ça avait marché, plus ou moins. C’était à la bibliothèque. Elle allait bientôt fermer. C’était un vendredi soir. Obnubilé par son jeu, il n’avait pas vu qu’une femme était juste derrière lui et ne lui avait pas tenu la porte. Il s’était fondu en excuses et la femme a sourit en lui disant qu’il n’y avait pas mal. C’était la femme de ménage de la bibliothèque qui allait commencer son service alors que lui il avait fini son travail à l’école depuis trois heures au moins. Leur rencontre avait débouché sur une invitation à manger un bout le soir-même. Tout aurait bien pu se passer sauf que la femme avait des sautes d’humeur imprévisibles et que le simple fait d’avoir fait tomber sa fourchette sur le sol du restaurant avait provoqué chez elle une terrible crise de nerf accompagné d’une flopée de reproches limites insultantes pour un premier rendez-vous. Jean-Philippe avait bien cru qu’elle allait lui crever les yeux avec la fourchette qu’elle avait ramassée et qu’elle brandissait toujours, menaçant.

Lucie, il avait eu le temps de la connaître, de l’apprivoiser sans lui avouer son attirance. Elle n’était pas de cette trempe, mais il n’osait toujours pas lui dire ce qu’il ressentait pour elle, par crainte d’essuyer un nouveau refus.

Il était parti de l’école, de chez lui où il était sûr qu’il ne manquerait à personne, car c’était là la seule solution qui lui paraissait la plus facile. Ce n’était pas fuir, non, il prenait des distances, prendre du recul, il appliquait le lâcher prise qu’il avait lu dans un bouquin acheté la semaine plus tôt à la librairie de son bled.

Quand il était sûr de ne plus avoir de mirage, Jean-Philippe s’assied à même le sol, dans une position de réflexion, tout en observant attentivement ce qui l’entoure pour essayer, quand même, de savoir où il a atterrit. La question du comment viendrait plus tard. Il essayait de mémoriser la faune et la flore qu’il pouvait répertorier afin de pouvoir mieux déterminer le lieu géographique de cet endroit à l’ambiance électrique.

Bob et Bobette, expressions, jeux de mots

Les bandes dessinées Bob et Bobette, c’est toute mon enfance et même plus. Oh, ce n’est pas La BD géniale, avec un script (ou scénario) super intéressant, des dessins détaillés ou recherchés, des personnages cohérents et intéressants, mais à l’âge adulte, elle me plaît toujours et me procure une demi-heure d’évasion car je lis chaque phylactère (bulle), chaque insert. Même si il y a encore parfois des fautes dû à une mauvaise traduction en langue française, je souris toujours à la jalousie excessive de la jeune Bobette, aux bêtises de Lambique, à la façon de parler de Jérôme, aux crises d’hystérie de Sidonie, etc.

Je ne sais pas si c’est moi aujourd’hui qui fais plus attention ou c’est devenu une habitude dans cette BD, mais dans le numéro 312, j’ai pu relever une 15zaine d’expressions, et je suis sure que j’ai pu passer à côté d’autres termes familiers, imagés.

Rien que dans l’image d’intro, le fil rouge de l’histoire est illustré ;-)

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Les expressions relevées qui m’ont amusée :

  • né de la dernière pluie
  • bonne poire
  • se faire la malle
  • se couper en 4
  • être tiré à 4 épingles
  • prendre racine
  • être dans la lune
  • être le dindon de la farce

Il y a même un clin d’œil au réchauffement climatique (on sensibilise comme on peut :-) ) :

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Les personnages n’ont pas vieilli en 70 ans : Bobette a toujours la même robe, Lambique a toujours ses 6 cheveux, Jérôme n’a rien perdu de sa force et même Franfreluche n’a pas pris un trou hihi

Un jour peut-être, j’aimerais bien assister à la création d’une BD, de A à Z : de l’idée, à l’image et aux textes, du passage sur pc, du montage, de l’impression, de la distribution et de découverte d’un fan qui lit le dernier numéro tant attendu ;-)

Les disparus de la 58 – 2

Suite de la proposition 58 de Tisser les mots… (pour lire les histoires des participants, clic sur leur nom en-dessous de la proposition 58).

Les contraintes en bleu ont été prises du livre d’Eva Kavian (Écrire et faire écrire, tome 1)

Texte 2 : texte de Dorothea

Contrainte page 55 : Choisir un objet banal, commun et écrire le mode d’emploi de cet objet qui serait livré avec lors de son achat comme si l’acheteur ne savait pas comment l’utiliser.

Mon objet choisi : des ciseaux

Plus loin, Georges est attentif au moindre bâtiment qui pourrait ressembler à un château d’Espagne, mais ici, il n’y a que forêts, palmiers et autres plantes vertes, jaunes et rouges. Cela ne le dérange pas, que du contraire, car il aime les plantes, et il a plutôt la main verte. Après la déception de l’absence de château, il se met en quête d’une autre recherche. Le plus étrange dans cette recherche, c’est qu’il ne sait même pas ce qu’il doit trouver… il sait que quelque chose lui manque, mais il ne sait pas encore quoi. C’est juste là, au fond de son ventre… un manque.

Un à un, il énumère tous les éléments qui lui sont familiers sur cette île. Il sait qu’il est parti de son appartement pour une raison bien précise. Trouver cette chose ne devait pas lui prendre beaucoup de temps puisqu’il n’a pas demandé à sa voisine de venir arroser ses plantes durant son absence. Ce qu’il cherche est donc commun, il aurait pu le trouver au coin de sa rue. Pourquoi et comment est-il arrivé ici ? Par mégarde, il aura sans doute senti d’un peu trop près sa plante qui libère une fleur au parfum enivrant et aux propriétés hallucinatoires. Cela pourrait tenir la route si ce n’est que tout est réel, ce qu’il touche ici, il le sent vraiment au bout de ses doigts, ce qu’il voit ne disparaît pas quand il cligne des yeux. La quête de son Graal lui importe davantage que la façon dont il est arrivé ici. Quoique s’il y réfléchit plus sérieusement, il lui faudrait quand même rentrer chez lui… Au fait, a-t-il bien fermé la porte de son appartement avant de partir ? A-t-il bien éteint le gaz après s’être servi son thé ? A-t-il nettoyé l’évier de sa salle de bain après s’être coupé la joue et mis des gouttes de sang sur le robinet ?

Après toutes ces questions, Georges est dans tous ses états. Il hésite. Il doute. Il sait que ce n’est pas bien de ne pas avoir confiance en lui. Il se remémore le visage empourpré de la femme de ménage qui nettoyait sa chambre quand il a séjourné brièvement dans la clinique Descots, une clinique spécialisée qui ne soigne que les patients souffrants de tocs et autres troubles obsessionnels. La femme qui nettoyait les chambres aurait pu être médecin… ou patient ! Dès qu’elle était témoin d’un conflit, d’un doute, d’une remise en question d’un de ces pensionnaires, elle entrait dans une rage folle, nettoyait en jurant tout en faisant la morale. Elle ne quittait la chambre qu’une fois certaine que son message avait été compris.

Même ici, loin d’elle, Georges peut encore ressentir sa présence inquiétante et sa voix exigeante. Les mains sur les oreilles, Georges essaie de faire taire les questions qui ne cessent de le hanter à présent. Il ferme les yeux, inspire lentement et profondément, puis essaie d’expirer toute aussi doucement. Il visualise une montagne que sa respiration grimperait péniblement pour redescendre précautionneusement. Le tremblement de ses mains s’estompe petit à petit, le calme revient au fond de lui. Avec un sourire vainqueur, ses paupières se rouvrent et Georges embrasse le paysage comme s’il revenait d’un long rêve.

« Une question à la fois » c’est ce qui revient à présent sans discontinuer dans sa tête. Il prend les choses comme elles viennent et il essaye de calmer le flot de questions en y répondant à une seule à la fois. Là, à cet instant précis, la question qui lui brûle les neurones c’est « qu’est ce qui brille comme ça, là-bas, près de cet arbre ? »

Georges se dirige donc naturellement vers ce séquoia géant qui doit se voir depuis n’importe quel endroit de l’île. Plus il se rapproche de ce végétal colossal, plus de lumières scintillantes éclairent son chemin. Il en est encore à plus de dix mètres quand il découvre un trou à la base de l’arbre. Encore une fois, plus il se rapproche de l’arbre, plus le trou devient grand. Finalement, Georges peut passer dans le trou qui doit bien mesure trois mètres de haut, une fissure pour la taille démesurée de cette espèce d’arbre. Telle une fourmi, Georges se glisse dans le trou. A l’intérieur du tronc, il y a une sorte de passage. Ce ne sont pas vraiment des escaliers, mais plutôt des couches de bois qui permettent à cet homme de pouvoir grimper au cœur même du séquoia. Vu de dehors, vu de loin, les fruits brillent de mille feux, mais quand Georges s’est approché suffisamment près pour essayer d’un cueillir un, la magie a disparu, toute cette lumière s’est envolée. Or, en plein milieu des entrailles boisées, Georges a pu cueillir un fruit à peine mûr. Un fruit étrange, dur, long, effilé, et froid. Quand Georges a pris le fruit dans sa main, un pétale de papier s’est détaché à la base du fruit. Sur ce pétale, des notes explicative sur l’utilisation de ce fruit spécial :

CISEAUX

Fruit non comestible du Sequoiadendron giganteum ciseaum. Ce fruit, tombe quand il mûr, c’est à dire quand son côté fin et droit est dur et coloré comme du métal. Ce fruit, baptisé instrument par son utilité, est principalement utilisé pour découper avec douceur tout objet plat de moins de 2 mm d’épaisseur, comme des feuilles, du papier, du tissu, de la laine, ou toute autre matière non rigide.

Pour le manier, veuillez suivre la procédure ci-dessous :

1) Passez le majeur de votre main que vous utilisez le plus, dans la boucle la plus allongée du fruit et le pouce dans l’autre boucle jusqu’à ce que les bords de chaque boucle soit entre 2 articulations de doigt. Pour plus de facilité et de précision, vous pouvez poser votre index de cette même main sur la boucle extérieure, à celle du majeur.

2) Ensuite, ouvrez les lames de l’outil-fruit en écartant tout simplement les doigts.

3) Puis, rapprochez le ciseau de l’objet que vous voulez découper de façon à ce que celui-ci soit le plus loin possible entre les lames.

4) Pour terminer, resserrez les lames en rapprochant les boucles du fruit et en tenant de la main libre l’objet à découper.

5) Renouveler l’opération si nécessaire.

Georges dû relire la notice d’explication à trois reprises avant de comprendre le bon fonctionnement de sa trouvaille. Un fruit qui ne se mange pas mais qui s’utilise comme un non-aliment, il n’avait pas encore vu ça.

Après avoir testé le fruit ciseaux sur la feuille d’un autre arbre, Georges examina son travail. En moins de dix minutes, il avait découpé avec précision le silhouette du séquoia dans la feuille de ce marronnier.

Comme mentionné en fin de notice, il aiguisa les lames du fruit en découpant 3 fois dans une feuille de Pilea cadeirei qui avait été préalablement pliée en 4. Il ignorait que cette espèce de plante, du moins ses feuilles, pouvait servir à ça. Lui qui pensait bien connaître les plantes, en a encore beaucoup à apprendre. Mais comme tout bon élève, il retient de ses leçons. Maintenant, il se souvient qu’il devait aller chercher un couteau pour remplacer celui qu’il avait cassé… un ciseau pourrait faire l’affaire se dit-il, en refermant les lames l’une sur l’autre, ça ressemble un peu à un couteau pointu.