Du grand matin, froid dans le dos

Brrr ce matin, vers 5h et des étoiles, j’entends comme un aboiement. Je me dis « pfff, le chien de la voisine s’est encore échappé et veut rentrer par la grande porte ». Puis, assez rapidement après deux ou trois glapissements, le cri devient different : plus aigu, qui traîne, on dirait plus une plainte. 

J’hesite : est-ce la douleur d’un chien à l’agonie, une baguarre entre un chien et un chat, une chouette effraie qui veut me dire bonjour ou une femme qui pleure et qui se traîne par terre ? Je pense que le feuilleton d’hier soir (qui fait peur) glisse encore dans les méandres de mon cerveau.

Puis le cri, les cris, sont poussés les uns derrière les autres, plus forts, plus insistants. Tout près de notre maison. Je me demande comment personne n’a encore allumé de lumière pour voir ce que c’était ! Je me décide à ouvrir une fenêtre, je n’ose pas me risquer dehors…

C’est alors qe je le vois : grand roux au corps élancé, queue touffue, oreilles dressées, regard sûr. Je l’ai vu. Il m’a vu. Un renard de belle taille qui va et vient entre les maisons des voisins et la nôtre.

Je lui chuchote de faire silence. Il ne m’écoute pas mais semble sur le qui-vive. Alors, je descends au rez-de-chaussée et je sors. Il a filé et dans ce nouveau silence, je perçois des gémissements tout près de moi. Dans le buisson ? Sous notre voiture ? Dans l’arbre ? Sans doute une proie blessée ? Ou un autre témoin de cet instant qui a eu la trouille de sa vie. Malgré la lampe torche de mon gsm je ne l’ai pas trouvée.

Impressionnant à entendre, fascinant à observer.

Mot d’enfant sur le rangement

Le week-end passé, j’ai pris mon courage à 2 mains en plus des 2 mains de mon fils pour… ranger sa chambre ! Fiston a la plus petite chambre, sous les toits, à côté de la nôtre. Il aime cette chambre, il y dort très bien, bien mieux que dans les précédentes. Il grandit aussi. Mais son bazar grandit avec lui… car qu’est ce qu’il est désordonné. Et cela ne dérange que moi, sauf quand il a décidé de jouer avec quelque chose et qu’il ne le retrouve pas. Car s’il aime que tout soit sens dessus dessous, il n’aime pas chercher, fouiller… et ses recherches vaines se terminent toujours en pleurs.

Alors, à deux semaines de la rentrée scolaire, hop, maman a décidé de passer à l’action. Cela nous a demandé 3 bonnes heures pour revoir la couleur de son bureau et pouvoir dégager le côté de son velux où c’était un vrai parcours du combattant pour arriver jusque là.

Mais sa réaction vaut toute l’énergie dépensée à ce rangement. Alors, que je me relève enfin et ferme une poubelle, il me déclare :

-Oh ! J’espère que ça va rester longtemps comme ça !

Moi, tout ce que j’espère, c’est que cette vision de chambre rangée ne soit pas qu’un mirage qui s’évapore à la rentrée ha ha

Léa-Marie

Je joue avec Tisser les Mots pour la proposition d’août-septembre 2016.

Cette histoire parle d’elle-même, tout à fait inventée pour l’occasion, mais c’est suite aux mots de ma maman, son ressenti par rapport à son ancienne voisine âgée qu’elle aime beaucoup et qu’elle va voir régulièrement au home. Marie existe. Francine aussi. Léa aussi, elle se reconnaîtra ;-)

Léa-Marie

Léa-Marie est âgée. Mais elle ne le sait pas, elle l’a oublié. Elle passe le reste de son temps dans une maison de retraite, avec d’autres comme elle que le Temps n’a pas épargné, jetant des rides aux visages et aux mains sans se soucier du quand dira-t-on. Chez les femmes, le Temps est particulièrement méchant avec elles, plombant leur poitrine tombante, rendant flasque tout ce récipient de lien maternel, toute cette chose pourtant aimée et désirée, caressée et soignée par l’Amour. Et puis, la Maladie est venue en renfort, chassant dans les mémoires fatiguées les souvenirs, les noms et le Savoir.

Dans cette maison de repos, il est admis que les pensionnaires, tant chez les mesdames que chez les messieurs, portent un bijou, un seul. Il est étonnant comme le Temps peut changer les choses. Au début de leur arrivée, chaque pensionnaire, veut faire bonne et belle impression. Il faut dire que le cadre de l’établissement est magnifique et encourage les gens, même les gens affaiblis et esseulés, à sourire à la vie, à ouvrir les bras à cette nouvelle vie qu’est la vieillesse, cette dame âgée au grand cœur auquel nul ne peut échapper.

Alors, au début, tous portent un bijou souvenir, souvent en or : une alliance, un pendentif, un bracelet. Parfois ces bijoux sont en argent, mais tous ont la puissance d’un moment heureux qui perdure au travers ce métal précieux. Souvent, au cours des semaines qui suivent ce choix, ils ne se rendent plus compte qu’ils portent un bijou, alors leurs yeux taquinent leur voisin et des échanges s’effectuent en toute simplicité, sans un voile de vol ou de mensonge planant autour de cette action. Pour d’autres moments heureux partagés.

Dans cette maison de retraire, qui n’est pas de tout repos malgré les oui-dire des familles, travaille Francine, une aide soignante particulière, qui dès son arrivée à bouleverser la vie de ces personnes qui ont été déposées tantôt par un parent, tantôt par un enfant, tantôt par un amant, tantôt par un médecin, tantôt par un taxi. Elles ont toute une histoire différente à vous raconter. Et ça, Francine l’a bien compris.

Francine, la quarantaine dynamique, a toujours un sourire jusqu’aux oreilles, une voix douce et des gestes tendres. Malgré son travail difficile où on lui demande parfois de véritable prouesses professionnelles, malgré la mauvaise humeur de certaines collègues qui ne lui facilitent pas la vie et malgré les comportements de certaines gens soignées ici qui lui compliquent la tâche, Francine continue à sourire et à venir en fin de service rendre une dernière visite à ces personnes que la vie n’a pas aidé.

Ce soir, c’est Léa-Marie qui est la dernière à qui Francine dit aurevoir. L’aide-soignante ne sait jamais qui ne sera plus là le lendemain. Alors, elle prend son temps, quitte à faire des heures supplémentaires non payées, pour souhaiter une bonne soirée à tous ceux et à toutes celles qui lui font gagner son salaire. C’est un peu comme un remerciement, en un peu différent. Et tous l’attendent avec impatience, même les plus en forme, juste pour recevoir ces mots gentils, avant la nuit. Francine souhaite, sincèrement, à tous les 29 pensionnaires, de faire de beaux rêves. Et pour accompagner cette phrase pourtant banale, pourtant usée, Francine prend la main de la personne, ce soir, nous accompagnons Léa-Marie, et lisse un peu les doigts durs, rigides, tordus de sa patiente préférée. Même si elle les aime tous, Francine ne cache pas ses sentiments plus forts pour celle qui fut autrefois sa grand-mère. A 99 ans, Léa-Marie a oublié qui elle était, elle ne sait plus comment elle s’appelle, ni où elle est, elle a jusqu’à oublié qu’elle avait des enfants et une petite-fille qui s’appelle Francine et qui vient la voir et prendre soin d’elle, tous les jours. En réalité, personne ne connaît leur lien de parenté, car l’aide-soignante est arrivée dans cet établissement de soins une semaine avant Léa-Marie. C’était il y a déjà quelques années. Et comme il arrive parfois que les pensionnaires n’aient aucune visite, personne ne s’était étonnée que Léa-Marie n’en reçoive aucune. Elle était arrivée avec une ambulance, avec pour tout bagage une mémoire passée à la moulinette. Dans cette passoire, elle avait oublié l’origine de sa chute en rue et le traumatisme crânien avait déjà effacé le lien qui existait entre son unique petite-fille et elle. Pourtant, c’était un lien fort, un lien unique, un lien éternel. Alors, Francine a joué son rôle habituel, accueillant cette nouvelle pensionnaire comme une autre : avec un sourire, peut-être juste un peu plus long que ceux qu’elle offre aux autres, avec des gestes tendres peut-être juste un peu plus longs que d’habitude, avec une voix douce peut-être juste un peu plus douce encore.

Et puis, dès le premier soir de son arrivée, Francine l’avait « réparée », elle lui avait prodigué son soin magique qui permet au cerveau d’oublier la peine, la tristesse, les doutes, les questions et d’accepter le changement aussi bouleversant qu’il soi. Francine écoutait, parlait, touchait les gens, même les plus fatigués, même ceux qu’on a oublié. Elle était maître dans son art, un vrai aficionado, passionnée par sa mission qu’elle appelait sport. Car c’était bien de ça qu’il s’agissait : un sport. Courir après le temps, une course contre la montre du vieillissement. Mais faire tout ça dans la sérénité, sans montrer de stress, sans faire paraître sa peine à elle, son inquiétude grandissante pour Léa-Marie. Francine aimait réparer la douleur invisible, celle du Temps, celle des souvenirs oubliés, abîmés, déchirés, jetés… Elle réparait tout, même les blessures faites par de vilaines cicatrices mentales.

Oui, il n’y a pas que les jeunes et moins jeunes qui peuvent souffrir du passé, d’une vie mal contrôlée, d’un geste déplacé.

Ce soir, Francine chante une berceuse à sa grand-mère, à cette patiente qui devrait fêter ses 100 ans le mois prochain. Francine a toujours su que sa Mamychérie ne voulait pas souffler autant de bougies. Pour elle, cent ans, représentait le stade après la vieillesse, soit la mort. Alors, elle lui chante ces mots qui réconfortent, elle lui murmure cette invitation à passer la frontière, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on imagine mais dont on a peur, tous, un peu, beaucoup.

Léa-Marie a survécu à bien des choses : elle a perdu un enfant très jeune, elle a vu son mari s’en aller, puis son frère, elle a combattu bon nombre de maladies, elle a lutté contre le Temps et les trous dans sa mémoire. Alors, oui, aujourd’hui, elle peut souffler.

La voix de Francine tremble, mais personne n’est là pour l’entendre. Sa gorge se serre car, au fond d’elle, elle sait que sa grand-mère ne sera plus là demain. Ce soir, elle est là, demain, elle sera ailleurs.

Demain et tous les autres soirs, elle aidera un grand-père, une grand-mère, un homme, une femme sans famille, un frère, une sœur, une tante, un oncle. Car Francine a cette particularité d’être un enfant, un petit-enfant, une sœur, une tante de qui veut. Un jour, elle s’appelle Francine, un autre jour Louise. Elle prend tous les prénoms et tous les noms que les patients lui donnent.

Elle est quelqu’un, elle est personne.

Être dur à la détente

La mémoire, ça se travaille… il n’y a pas d’âge pour apprendre. Je suis un peu dure à la détente… tout ça pour vous dire que les noms des Pokemon, bah, j’ai du mal à les retenir :-)

Ces grandes vacances d’été pour les enfants sont sous le signe de ces petits monstres « de poche ». A défaut d’être partis en vacances, on a voyagé dans notre région, on s’est baladé, on a marché, on a rigolé, on a discuté, etc. bref, sans doute pas très excitant pour les enfants, mais je crois qu’ils vont quand même apprécier ces 8 semaines davantage que celles de l’année passée où diverses tuiles nous sont tombées sur la tête.

Quant à moi, j’ai beau avoir détourné le jeu Pokemon Go en bricolage de jeu de cartes et de jeu de société pour enfants, j’ai beau me balader tous les jours avec mes enfants pour qu’ils puissent attraper ces bê-bêtes colorées, j’ai beau jouer plus que de raison au Monopoly Pokemon que notre fils a reçu pour son anniversaire, je n’arrive décidément pas à retenir plus que 10 noms ha ha

Hier, ma fille a reçu un livre, un « pokedex », un genre de recueil où sont répertorié tous les pokemon (d’une région !), ça a la taille d’un dictionnaire ! Au secours ! Je crois savoir qu’il y a 150 pokemon dans le jeu « Go » qui se trouve sur mon téléphone, et qu’en tout, il en existe pas moins de 750, gloups… j’ai encore beaucoup de pain sur la planche.

J’avais déjà remarqué que depuis que le gsm est arrivé sur le marché, nous sommes beaucoup à ne plus faire l’effort de retenir des numéros de téléphones… Tout est enregistré quelque part, sauf dans notre mémoire. Il existe pourtant des tas d’astuces pour faire travailler notre mémoire et la « forcer » à retenir davantage… allez, on y crois :-)

L’ours colère

Je joue avec Tisser les mots, avec sa proposition numéro 65 :-)

L’ours colère

Dans un hôpital pour enfants, une fillette de 5 ans annonce à l’infirmière du matin venue lui prendre sa température que l’ours colère lui a parlé cette nuit. Il lui aurait dit que c’était bientôt la fin. L’infirmière pense tout de suite que l’enfant délire. S’il est vrai que Charlotte fait un peu de température aujourd’hui, les brûlures à son bras gauche et à sa main droite sont moins vives, la peau pique moins et les plaies deviennent moins laides. L’enfant va même pouvoir bientôt rentrer chez elle, si la fièvre n’est pas annonciatrice d’une infection ou d’un vilain virus.

Pour égayer un peu la salle des grands brûlés, des ours polaires ont été peints sur les murs. L’artiste, un infirmier aux multiples talents, a fait des ours souriants, avec de grands yeux malicieux et des visages ronds. Le peintre les a imaginés dans un paysage de glace avec des icebergs et bonhommes de neige. Les ours sont joyeux, ils font du toboggan sur une petite montagne, des galipettes pour les oursons, ils pêchent le phoque dans un trou de banquise, ils se reposent dans un igloo rigolo… Il y en a même un qui a été construit en 3D : quand on serre sa patte et qu’on dit « bonjour », une petite porte au ventre de l’ours s’ouvre et libère une glace à l’eau au parfum fruité.

Les enfants aiment bien ces dessins, ils pensent un peu moins à leur douleur, surtout quand ils mangent la glace et qu’ils jouent à « cherche et trouve » l’intrus : un ours blanc aux pattes brunes et aux yeux de panda a été dissimulé quelque part.

Charlotte a passé la matinée de la veille dans cette salle de jeux, avec d’autres enfants. Elle a donc côtoyé durant deux heures ces grands mammifères blancs et tout cet univers rafraîchissant.

coloriage oursUn infirmier, celui qui passe le soir et qui lui prend ses derniers paramètres de la journée, arrive. Pendant qu’il prend note de tous les chiffres qui montrent que Charlotte guérit lentement mais sûrement, cet infirmier lui raconte une petite histoire pour l’apaiser et la préparer au sommeil. Lucas, cet homme jovial et dynamique, fait ça avec tous les enfants de son service. Il met un peu plus de temps que ses collègues à faire son travail, mais on ne le rouspète pas, car les petits patients passent de meilleures nuits, plus sereines, plus tranquilles, grâce à lui. Lucas est aussi un artiste, c’est lui qui, quotidiennement, avant de commencer son horaire de nuit, rajoute un petit détail aux illustrations qui égaient son service : une étoile supplémentaire dans un coin, une oreille à un ourson qui est dissimulé derrière un glaçon, une tache brune qui entoure un œil, puis un autre, sur l’ours « intrus », une queue de phoque qui apparaît discrètement dans un nouveau trou sur la glace,… Lucas adore son métier et ne compte pas les heures supplémentaires. Ses journées, et ses nuits, sont variées et bien remplies. Les sourires des enfants valent pour lui les plus belles récompenses.

Alors, quand l’infirmière du jour lui passe le mot sur Charlotte et son ours colère qui lui a parlé la nuit en rêve, Lucas décide de changer son histoire du soir en séance de discussion. Peut-être la petite Charlotte ressent-elle de la colère mais qu’elle n’arrive pas à bien l’exprimer.

— Bonsoir Charlotte. Virginie m’a dit que l’ours colère t’a parlé la nuit dernière ? Peux-tu m’en dire un peu plus sur cet ours ? lui demande-t-il en souriant tout en ôtant son pansement pour vérifier l’état de la cicatrice à sa main.

L’enfant a un regard triste. Voilà près de dix jours qu’elle est là, dans cet hôpital, loin de sa maman qui travaille trop et qui ne sait pas rester avec elle, loin de son papa qui a horreur des hôpitaux et qu’elle n’a pas revu depuis son admission dans cette unité, loin de Igor, son labrador, son meilleur ami, son confident. Alors, d’une toute petite voix tremblante, Charlotte ouvre son cœur à Lucas, cet infirmier sympathique qu’elle voit depuis 5 soirs de suite.

— J’ai un chien, il s’appelle Igor. Avant, j’avais aussi un chat, Gribouille, mais un jour, il est parti et n’est plus jamais revenu. J’ai rêvé de Igor. J’aime mon chien, il me manque. Je veux le revoir.

— Oh ! Je comprends. Igor doit être gentil avec toi. C’est un petit ou un grand chien ? De quelle couleur est-il ?

— Il est grand, maman dit qu’il est un peu gros, c’est comme l’arbre à eau.

— Un arbre à eau ? répète Lucas qui croit avoir mal entendu.

— Oui, l’arbre à eau. Il est blanc, mais pas comme la neige, pas comme un ours colère, il est plus jaune. Mais pas jaune comme de l’or, plus clair.

Lucas ne comprend pas de quelle race est ce chien ni d’où vient cet arbre à eau, mais il pense avoir compris d’où vient l’ours colère.

— Un chien blanc-jaune pâle. Je vois. Un grand chien. Un gentil chien. Mais dis-moi princesse, dirais-tu que Igor est aussi grand qu’un ours polaire ?

— Oh non, les ours colères sont beaucoup plus grands, Igor est plus petit. Igor est un chien. Pas un ours.

— Ah oui, tu as tout à fait raison. Et que faisait Igor dans ton rêve ?

— Il était avec les ours blancs. Il devait retrouver le petit ours qui a les pattes brunes. Car sa maman l’attendait à la maison, dans son igloo. Igor et moi on joue souvent à cache-cache. Il est trop fort. Il est le meilleur. Il me trouve tout le temps. Dans mon rêve, il a tout de suite trouvé l’ours aux pattes foncées. Mais la maman de l’ours, la grande ourse colère, n’était pas contente qu’il était parti. Elle lui criait dessus parce qu’il avait sali ses pattes. Elle lui disait qu’il devait faire plus attention, qu’elle n’était pas là tout le temps pour voir les bêtises qu’il faisait.

Charlotte continuait d’expliquer son rêve avec tant de détails que Lucas comprit immédiatement ce que ressentait la petite fille. Charlotte se sentait coupable d’avoir voulu préparer toute seule le thé du petit déjeuner et de s’être brûlée avec la bouilloire ; elle pensait qu’elle était punie et qu’elle méritait que sa maman ne vienne pas la voir à l’hôpital parce qu’elle avait fait une grosse bêtise. Dans son rêve, la maman ours était en colère contre son petit, car il s’était sali les pattes en tombant dans de la boue.

— Tu sais Charlotte, cet ours blanc aux pattes brunes, il existe vraiment. Et ce n’est pas de la boue qu’il a sur lui. Il est différent, c’est tout.

Lucas expliqua à l’enfant que les prizzlys étaient un mélange entre un ours polaire qui est blanc, et un grizzly qui est un ours brun. P comme Polaire et le reste vient du mot « grizzly ». Un nouvel ours, différent, mais qu’on allait apprendre à découvrir et qu’on aimerait comme les autres. L’infirmier lui montra également que ses bras à elle étaient différents, mais que ce n’était pas pour autant que sa maman ne l’aimerait plus.

A cet instant précis la porte de la chambre s’ouvrit et Elizabeth, la maman de Charlotte, entra avec une petite valise en main.

— Voilà mon poussin. J’ai pu me libérer à mon travail, je viens dormir avec toi, et normalement, on pourra même rentrer ensemble demain ou après-demain à la maison. Ça c’est une bonne nouvelle, non ? lui dit-elle en l’embrassant.

Charlotte ne faisait plus de fièvre et elle sécha très vite ses larmes quand sa maman lui montra sur son gsm une vidéo d’Igor qui dormait sur son lit, dans sa chambre, à la maison. Il l’attendait.

— Un labrador, mais oui évidemment, dit Lucas en se frappant gentiment le front

« Labrador, L’arbre-à-eau… logique, non ? Comme ours polaire, ours-colère, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? » se dit-il en notant dans un petit carnet que le prochain dessin qu’il rajoutera sur un des murs de la salle de jeux sera un arbre dont les feuilles seront des gouttes d’eau.

Sur la page suivante du carnet, Lucas y inscrivit tous les mots qui pouvaient ressembler, phonétiquement à OURS POLAIRE :

ours peau l’air – ours Paul air – bol d’air – colère – plaire – pair – plaie – polar – loir – peau claire,…

A cette allure, Lucas n’avait pas fini d’embellir les murs de l’unité des grands brûlés :-)