Pa(t)ronyme, paronyme, patronyme, jeu d’écriture, concours

Voici mon texte, déjanté, pour le petit concours 48h d’écriture de Edilivre. Je me doutais qu’il n’allait pas être pris, trop décalé, trop zarbi, mais moi, je me suis éclatée à l’écrire.

Le thème était la différence : différence de lettre, différence de mot, différence de son… différent sens. J’ai glissé, volontairement, plein de mots réels, mais mal orthographiés pour la signification qu’ils devaient avoir dans leur phrase. Le thème était vaste, mais j’ai choisi de ne pas prendre au 1er degré ce mot.

Il était une fois une belle grenouille qui ne cessait de croasser. Vêtue d’une belle écharde rouge et d’un pastiche noir d’ébène, elle répétait sans cesse une pièce de théâtre au bord de la lacune. Bien qu’elle avait incarné le rôle précédent à la perfection, celui-ci était légèrement différent, car il lui fallait rentrer dans la peau d’un corbeau qui écrivait sa bibliographie avec des pattes de mouches. Dame grenouille n’avait pas de bec et encore moins d’ailes et son accent n’était pas convainquant. Quant aux pâtes de mouches, elle finissait toujours par les engloutir avant d’aller dormir ! On pouvait donc la croiser du matin au soir en train de faire ses vocalises.

Malgré les difficultés de ce rôle très cervical, on ne pouvait desceller chez elle la moindre faiblesse. C’est qu’elle était têtue comme une bourrique, cette grenouille ! Elle était la meilleure dans son domaine et elle voulait le rester !

Bien que les amphibiens n’aient que très peu d’odorat, miss grenouille aimait se parfumer pour ses fans. En effet, avant chaque spectacle, une certaine flagrance flottait dans l’air et on devinait aisément qui se cachait derrière le rideau. C’était en quelque sorte sa signature olfactive, car miss grenouille ne participait à aucune séance de dédicaces. Oui, elle ne signait jamais de paragraphe !

Un jour, alors que la scène principale allait se jouer pour la toute dernière fois, un spectateur peu ordinaire arriva dans la salle et chercha une chaise de libre au premier rang. Maître Corbeau Lafontaine qui avait recouvert la santé après avoir été infesté par la grippe, prit place et sortit son carnet de notes. Pour ne pas déranger le spectacle en toussant, le corvidé avala une gorgée de sirop que son médecin lui avait proscrit quelques jours plus tôt. Il avait lu une bonne critique sur cette actrice, mais, grand septique qu’il est, il voulait se faire sa propre opinion. Il doutait vraiment qu’une grenouille, si douée soit-elle dans son métier de comédienne, ne puisse arriver à la cheville du plus grand corbeau de tous les temps. Il allait pondre une critique pas piquée des verres. Il avait une réputation à soigner et pour rien au monde, il ne laisserait une créature visqueuse – et non moins délicieuse – avoir le pardessus.

La grenouille savait qu’il était là. Elle avait reçu une lettre anonyme la prévenant de la visite de Maître Lafontaine. Très affûtée, la grenouille avait dissimulé dans son parfum des hormones de con’passion afin d’amadouer son public. Même si le corbeau n’avait pas plus d’odorat que la grenouille, les effluves de Camembert pénétraient par tous les ports des corbeaux, qu’ils soient beaux ou laits, maître ou pas.

NaNoWriMo 2016 ? Non, mais, oui…

Voilà le jour J pour les mordus des NaNoWriMo, vous savez ce défi d’écriture où il faut écrire 50.000 mots durant le seul mois de novembre ? Eh bien, ça revient chaque année… moi j’y ai participé pour de vrai, une seule fois. Une unique fois où j’écrivais jour après jour et où j’encodais le nombre de mes mots dans le compteur… histoire relue une fois, jamais corrigée, qui dort parmi d’autres… la dure vie de mes romans :-)

J’ai renouvelé l’expérience en juillet de cette année, de ma propre initiative, sans savoir qu’il existait des camps en juillet pour ceux qui ne savent pas attendre le mois de novembre ha! ha !

Celui-là aussi, il ronfle dans mon disque dur… même pas imprimé en papier, pour garder un exemple « concret » de mon défi réalisé ! La honte…

Peut-être que ces romans, comme le tout premier que j’ai écrit un jour, vont finir par sortir de leur hibernation, mais comment dirais-je… je les trouve si nuls qu’ils ne me donnent pas envie de les relire et donc encore moins de les corriger… Je suis comme ça, j’aime relever des défis, mais si le produit final ne me plaît pas, je préfère reprendre à zéro et tout recommencer avec une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, etc.  Sauf, que je n’aime pas écrire des romans, je préfère jouer à des jeux d’écriture, petits ou grands…

Alors, je viens de me dire : pourquoi est-ce que je n’essayerais pas de réaliser cet objectif des 50.000 mots en un mois, uniquement avec des jeux d’écriture ?

Je commence déjà avec le concours sur le thème de la passion dont je vous ai glissé quelques mots, il y a une ou deux semaines. Puis, le petit jeu de Pascal Perrat sur le changement d’heure me tente aussi. Je pense que je vais l’intégrer au fur et à mesure de mon écriture.

J’aimerais faire un petit cadavre exquis (peut-être sur le thème Halloween vu la saison) et aussi revisiter une fable ou un conte connu. Les idées ne manquent pas. Et puis, on verra bien pour la suite… je me ferai aussi un petit compteur rien que pour voir si ça avance et si je pense y arriver ou non  :-)

C’est ça qui est chouette dans ce défi d’écriture qui peut sembler horrible, fou (tout autre terme pour désigner ce bizarre jeu addict), c’est qu’il n’y a aucune obligation de qualité. Et puis après, on est libre de faire ce qu’on veut de cette centaine de pages accumulée dans le pc :-)

Poème pressé 

Poème, pressé, escargot, brouillard, petit mot

Dans le brouillard du petit matin,
J’ai encore osé tuer !
Bien sur pas avec mes mains,
Les meurtriers sont à nouveau mes pieds.

Chaque jour où je pars au travail
J’écris un petit mot pour mes enfants, non sans mal
Car assurément, je les veux différents
Pas la même chose, pas tout le temps.

A 5h45 j’étais bien inspirée,
Et un étrange match de hockey j’ai commenté !
Le point décisif à  été l’envoi du bisou
Que la mère a donné à la gardienne sur sa joue !

Cette mini histoire écrite quasi dans le noir,
M’a mise assurément en retard.
Je suis alors partie d’un pas pressé,
Tout en me disant que les escargots je devais éviter…

Et ce qui devait arriver, arriva…
De mon pas rapide, y en a un que je ratatina !
Un regard en arrière me permis de voir,
Que pour lui y avait plus le moindre espoir.

Au menu de mon prochain recueil, il y aura…

Derniers jours de relecture/correction/mise en page avant lancement de la « machine » .

Voici les titres ci-dessous, plus bas dans l’article.

Expliquer comment j’écris, n’est pas si évident que cela. Je peux dire quels sont les mots, la phrase ou l’image qui m’a fait me lancer sur le thème, mais de là à raconter « tout », il y a de la marge. Néanmoins, noter les consignes et les contraintes des jeux d’écriture permet au lecteur de se faire déjà une petite idée du « sujet » dont je vais parler. Et comme j’aime partager, je glisse parfois des informations intéressantes sur les animaux rencontrés dans mes histoires.

Au menu de mon prochain livre donc, il y aura des oiseaux, des petits cochons, des poissons, des ours, un loup, mais aussi un rat, un adorable écureuil, des escargots, des insectes et d’autres animaux doués de parole.

  1. Tisser les Mots
    La sterne de l’île de Pâques
    Les 3 petits cochons et le chat botté
    Un bar bizarre
    Je dis lecture… et…
    L’ours colère
    Un indien dans la forêt
  2. Bernard Friot et sa fabrique à histoire
    Avoir une dent contre quelqu’un
    Le four à double fonction
    Le Roi de la forêt
  3. Made by Ecrimagine
    Textes libres

    Nougatel, le super béluga
    Poème du matin
    Meurtre dans la baignoire
    Neige de Feu
    les expressions
    Montrer pattes blanches
    Il y a de l’eau dans le gaz
    Mettre les points sur les i
    Avoir les yeux plus gros que le ventre

Et la couverture avec le titre… pas encore finalisée mais elle devrait ressembler à quelque chose comme ça :

couverture3

Aphone

Je remets ici une histoire écrite il y a déjà quelques années, mais qui, pour moi est tout à fait d’actualité car j’ai été aphone durant 4 jours, la semaine dernière.

Cette histoire peut être lue et téléchargée sur Atramenta (clic clic)

Cette histoire est incluse dans mon livre « Un oiseau peut en cacher un autre » (clic clic). Livre en vente sur Atramenta.

 

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Aphone

Aphone : extinction momentanée de la voix.

    –         Ouf ! se rassure un petit oiseau brun en lisant la définition de ce mot au dictionnaire, ce n’est que provisoire. Voyons voir ce que dit le livre des remèdes naturels pour ce problème de voix :

« Laissez reposer votre voix, buvez du thé avec du miel et du citron et prenez patience, d’ici deux ou trois jours, vous devriez retrouver votre timbre. »

    –         Boire du thé ? Est-ce que j’ai une tête à boire ça ? Et puis du citron et du miel, où est-ce que je vais bien pouvoir en trouver, râle Troglo Dite.

En effet, c’est bien embêtant pour lui, le plus grand séducteur de la forêt, de ne plus avoir de voix. Comment va-t-il faire pour séduire les filles ? Il n’y a que son chant envoûtant pour les attirer à lui. Il n’a pas une splendide gorge rouge comme son voisin ni de ventre jaune comme ces demoiselles les mésanges. Il n’est pas grand comme un hibou ni rapide comme le faucon. Il ne sait pas nager, il ne sait pas pêcher.

Il sait chanter ! Enfin, il savait…

L’oiseau doit à présent faire de gros effort pour se taire. Il n’a pas l’habitude de ne rien dire, mais s’il veut récupérer sa voix d’ici deux jours, il n’a pas d’autre choix.

Trois jours passent…

Le petit oiseau brun n’en peut plus. Il tourne en rond. Il réfléchit. Il racle sa gorge. Rien n’y fait, il ne peut toujours pas chanter, ni même parler ! A peine sait-il chuchoter.

Comme la saison des amours a déjà débuté, il cherche une idée pour draguer une femelle. Il a acheté, dans la maison du Pêcheur, un livre sur l’art de la pêche. Comme il est écrit, il observe avec grande attention Martin en action. L’oiseau bleu et orange se pose sur une branche, penche la tête, examine, attend et plonge d’un coup. Puis, il remonte à la surface tout aussi vite, un petit poisson dans le bec. Un autre oiseau, pareil que lui mais avec un bec tout noir, se pose à ses côtés. Martin lance le poisson en l’air et le récupère par la queue. Il présente son offrande, tête la première, à son amoureuse. Celle-ci accepte avec joie le cadeau et l’avale goulûment.

    –         Fastoche, chuchote Troglo Dite.

Notre petit oiseau, tout de brun vêtu, va se percher sur une branche surplombant l’étang. Il se positionne, met sa tête sur le côté, observe (pas très bien car il n’a pas une vue aussi bonne que Martin) et décide de plonger !

    –         Le pauvre malheureux, il est fou ! crie un grèbe qui passe par là.

    –         Au secours ! A l’aide ! Je ne sais pas nager, pleurniche Troglo qui n’a toujours pas de voix.

Le grèbe, de son bec, l’attrape par une patte et le met sur son dos, entre ses deux ailes comme si c’était un de ses propres petits qu’il protégeait. Il nage ainsi jusqu’au bord et le petit oiseau est déposé, délicatement, sur l’herbe. Celui-ci se réveille rapidement en crachant de l’eau.

Le grèbe qui l’a sauvé lui dit gentiment :

–         Les canards, c’est fait pour nager, les martin-pêcheur pour pêcher et les oiseaux comme toi sont faits pour chanter, alors chante mais n’essaie pas de nager !

Troglo Dite ne répond rien et baisse la tête. Il a envie de pleurer. Alors le grèbe, qui devine ce dont souffre le petit oiseau, ouvre une aile et l’enlace de ses plumes chaudes et confortables.

En haut d’un arbre, des rires étouffés éclatent tout à coup. Quatre femelles troglodytes se moquent du malade. Elles ont tout vu de la scène. Elles sont jeunes, jolies et célibataires. Elles sont sœurs et n’attendent qu’une seule chose : qu’un beau mâle chante rien que pour elles.

    –         Ce ne sera pas celui-là, ha ! ha ! rigolent-elles sans retenue.

Troglo Dite a beaucoup de peine. Il remercie le grèbe et s’en va se cacher dans un buisson touffu, loin dans la forêt.

De sa cachette, il entend un chant qu’il reconnaîtrait entre mille. Celui d’un rouge-gorge. Il le regarde, l’envie d’avoir un si joli timbre de voix et réfléchit à la manière dont lui, aphone et mauvais nageur, pourrait quand même trouver une femelle. De ses petites pattes vigoureuses, il fouille le sol à la recherche de chenilles ou de coccinelles écrasées. Et, très vite, il repère non pas une bouillie d’insectes mais la blessure d’un arbre. Le tronc est abîmé et d’une fissure, coule un liquide orange, la sève.

    –         Chic, juste ce qu’il me faut, se dit-il en s’agrippant sur l’écorce.

De quelques coups de bec trempé dans la sève, il se peinture les flancs. Déguisé de la sorte, il espère attirer une femelle qui succombera à ses nouvelles couleurs. Hélas, cette fois-ci non plus, l’astuce ne fonctionne pas. Au lieu d’attirer un oiseau, c’est un écureuil, qui, par l’odeur envoûtante, est venu jusqu’à ses pattes, lui lécher les ailes !

    –         Hum, trop bon, ce parfum de sève, il a un arrière goût de noix, exquis ! dit le petit mammifère en se léchant le museau.

    –         Mais arrêtez, je ne suis pas un arbre ! Allez vous délecter ailleurs que sur moi ! essaie de crier Troglo…

A nouveau, des gloussements moqueurs se font entendre en haut d’un arbre. Les quatre sœurs l’ont suivi.

    –         Tu fais un spectacle génial ! Quel divertissement, ricanent-elles ensemble. A défaut de nous séduire, tu nous fais bien rire !

C’en est trop. Blessé au plus profond de lui, Troglo décide de quitter son territoire.

Les sœurs ne le suivent pas cette fois-ci. Elles aiment trop cet endroit pour l’abandonner.

Trois kilomètres plus loin, dans un petit parc, notre petit oiseau aphone repère un nouveau territoire. Ici, il ne connaît personne et il a bien l’intention de ne pas se montrer tant qu’il n’aura pas retrouvé sa voix.

Alors, il décide de ne plus faire le sot. Il n’essaie plus d’attirer une femelle.

Il s’occupe à présent à construire ses nids. Oui, il travaille dur. Les heures passent et lui il continue à ramasser de la mousse et des brindilles. Il les placent tantôt dans ce nid sous le buisson tantôt dans un autre, un peu plus haut, ou tantôt dans un troisième, plus à l’abri des regards. En tout, il aménage cinq nids ! Un tout près d’un mini cours d’eau, pour avoir toujours à boire, un autre à l’abri du soleil en cas de fortes chaleurs, un autre près d’un champ où de nombreux criquets ont élu domiciles, pour la musique continue, un autre un peu plus en hauteur pour la superbe vue et enfin un dernier où il est sans doute le seul à comprendre la raison pour laquelle il l’a choisit : il y a une plume rousse d’un grèbe qui décore le nid, en mémoire à celui qui l’a sauvé d’une noyade certaine.

Après plusieurs jours de travail, il est enfin satisfait de ses cinq nids. Tous ont une particularité, il y a un magnifique, un confortable, un très doux, un très spacieux et un pratique pour élever bon nombre de petits.

Depuis qu’il est arrivé, il est surveillé. Son petit manège intrigue un oiseau, tout aussi petit que lui. Elle, car c’est une femelle, porte un bien étrange collier autour du cou. Sur l’avant, au niveau de sa gorge, une goutte d’eau est enfermée entre deux écailles de poisson.

Mais de tout ceci, notre ami ne remarque rien. Pendant qu’il continue à travailler sur ses nids, la petite brune l’observe avec sa loupe spéciale baptisée : « goutte d’écaille », un appareil très performant pour les animaux qui sont atteint d’une myopie sévère.

Le lendemain après-midi, notre drôle d’oiseau attend que Troglo Dite parte à la chasse pour se rapprocher du nid à la plume de grèbe. Elle regarde furtivement à l’intérieur  du cocon et y dépose un objet pour repartir aussi vite.

Quand Troglo revient le ventre plein, il vole jusqu’au nid à la plume rousse et décide de se reposer. Tout à coup, alors qu’il pense sentir la douceur de la plume sous ses pattes, il découvre à la place une rondelle de citron et un message : « pour ta gorge »

    –         Mais qui ? Comment ? ne dit-il pas de sa voix mais le fait-il comprendre par des regards interrogateurs.

Il tourne la tête pour voir si un intrus se cache dans son nid. Comme il ne trouve personne, il sort et cherche dehors. Il ne voit rien. Prenant l’invitation au pied de la lettre, il enfonce son bec dans le fruit acide et recommence jusqu’à ce que son bec grince et que les plumes de sa gorge le piquent.

Naïvement, il essaie de chanter aussitôt. Une seule note claire sort de sa gorge encore enrouée. C’est un bon début…

Le lendemain, à la même heure, au même moment, après la chasse à l’insecte, il s’en va se reposer dans un autre nid, celui près du petit ruisseau car il éprouve le besoin de boire. Manger les bêtes à la carapace dure, c’est bon, c’est craquant sous la mandibule, mais ça donne horriblement soif !

Là, une nouvelle surprise l’attend : une vieille coquille de noix remplie de miel ! Et une autre carte : « Tu as une jolie voix, il faut que tu la retrouves ! » Il ne cherche même pas à savoir qui a déposé ce merveilleux et délicieux cadeau, il suce ce liquide épais et sucré avidement.

Second essai de chant : triiiii liii tuiiiii tuiiiii.

    –         Yahouu ! crie-t-il de victoire… mais crie-t-il trop tôt, car après ça, il n’a de nouveau plus de voix.

Le lendemain, dans le troisième nid, une noisette de miel avec un quart de citron !

Dans le quatrième nid, un insecte chaud entouré de miel au citron.

Dans le dernier nid, rien ! Sauf, une petite carte parfumée aux ailes de coccinelles, l’invitant à retourner au premier nid.

    –         Hum, j’adore tout ce mystère et ce parcours, dit-il en sifflotant de plaisir.

Dans ce premier nid, que Troglo a baptisé « Plume de héros », il n’y trouve aucune carte ni aucun cadeau de dégustation. A la place, une très jolie femelle de son espèce l’attend, calmement. Subjugué par tant de beauté, Troglo Dite en perd sa voix ! Il ne fait même pas attention à son étrange collier qui ne passe pourtant pas inaperçu.

    –         Oh non, vous n’allez pas me dire qu’après tout ce que je vous ai donné, vous n’avez pas encore retrouvé toute votre voix ?! Dit la jeune demoiselle, pleine de malice.

    –         C’est que, c’est que… vous êtes, si, si belle, chante-t-il gaiement.

    –         Oh merci ! Vous me trouvez vraiment belle ? rougit-elle.

    –         Très certainement, celui qui vous dirait le contraire, doit certainement avoir des pattes d’insectes dans les yeux !

 –         C’est que, justement, je suis mal voyante, c’est pour cela que je ne me sépare jamais de ma loupe.

    –         Oh, pardon, toutes mes excuses. Mais dites-moi, pourquoi m’avoir choisi, moi ?

    –         Quand vous êtes arrivé ici, j’ai tout de suite remarquée que quelque chose n’allait pas. Vous ne chantiez pas et vous travailliez très dur pour vos nids. D’habitude, les mâles chantent, surtout en pleine saison des amours. Vous sembliez si seul, tout comme moi à cause de mon problème d’yeux. Alors, j’ai demandé à mon ami le grèbe s’il savait quelque chose sur vous… Et c’est là qu’il m’a appris que sa sœur, dans l’étang voisin, plus loin, vous a sauvé la vie. Vous deviez être désespéré pour avoir osé tenter cette folle expérience !

    –         En effet, sans ma voix, j’ai l’impression que je ne suis personne. Et donc, sans m’avoir entendu chanter, vous vous êtes intéressé à moi ?

    –         C’est cela même. Voyez-vous mon bon monsieur, je n’ai pas beaucoup d’amis de mon espèce, tous pensent que je suis une erreur de la nature ! Pensez donc ! Avez-vous déjà croisé un oiseau malvoyant ?

    –         Non, enfin, je ne pense pas.

    –         C’est bien ce que je craignais. C’est pour cela que je ne me suis pas tout de suite montrée à vous. Connaissant votre problème de voix, je savais ce qu’il fallait pour que vous la retrouviez. Et comme vos nids sont magnifiques, j’en ai déduis que vous étiez un grand travailleur. Lorsque j’ai vu que vous aviez une préférence pour le nid avec la plume de mon ami le grèbe, j’ai tout de suite pensé que l’on pourrait s’entendre… N’ais-je pas eu raison ?

    –         Tout à fait très chère demoiselle.

Troglo Dite et sa nouvelle amie continuent à faire connaissance. Petit à petit, l’espace qui les sépare se réduit et ils se retrouvent très vite, bec contre bec.

Souvenir Virelles, suite et fin

(début du souvenir de septembre 2001) clic

Sébastien me donne alors quelques conseils pour l’observation ici à l’étang de Virelles. Souvent, il y a des petits limicoles dans la vase, aux abords de l’étang. Je dirige donc mes jumelles dans cette direction, mais je ne vois rien. Le guide me disait alors que je pouvais voir dans sa longe-vue, qui elle, était dirigée tout au bout de l’étang en face de nous. Et là, je vis pour la première fois une bécassine des marais, non deux. Et puis tout compte fait, quand mon regard avait commencé à s’habituer au mimétisme de cet oiseau, je n’en voyais pas moins de cinq. Avec leur long bec et leur plumage composé de différents tons de brun, elles se confondaient très facilement dans les roseaux. Je trouvais que leur bec était un peu mal proportionné par rapport à leur tête. Mais cette longueur leur permettait de fouiller la vase et les marais peu profonds tout en continuant à respirer. Hautes sur leurs pattes, elles sont plutôt bien corpulentes. Les bécassines sont des limicoles, ou petits échassiers. On les appelle ainsi car justement elles sont hautes sur pattes et ont un grand bec pour pouvoir se déplacer et se nourrir aisément dans l’eau. Ensuite, écoutant mon émerveillement sur cette espèce, Sébastien dirigeait sa longue-vue vers la vasière se situant à notre gauche. Il me décrivait alors le râle d’eau, je cherchais alors dans mon guide d’identification. C’était un rallidé plutôt commun et se distinguant des autres membres de cette famille par son long et fin bec rouge. En effet, on ne pouvait pas le rater cet ustensile de cuisine. Et puis il avait plutôt une tête et haut de poitrine assez unique, de couleur bleu-gris. On peut le rencontrer le plus souvent dans la vase à la recherche de nourriture végétale aquatique. Dans cette immense roselière, il avait de quoi chercher. Et juste quand il me parlait de cette oiseau, un cri d’un cochon qu’on égorge (ce sont les mots qu’il a utilisé pour décrire ce cri) déchira l’atmosphère si calme.

-« voilà justement son cri, tiens. Quand on parle du loup… »

Et j’ai pu l’entre-apercevoir très brièvement. Je regardais alors à ce moment-là dans la longue-vue, puis Sébastien muni de ses jumelles voyait au même endroit un jeune râle. Il regardait alors dans sa longue-vue et confirmait, je regardais à mon tour et m’émerveillais de voir comment le guide avait l’observation et l’identification de ces espèces si aisées.

Soudain, un autre oiseau apparu dans mon champ de vision de la lunette.

-« ah j’en ai un autre, mais il est légèrement différent. Il est plus petit, plus clair. Son bec aussi est plus petit et il a un derrière tout jaune ».

         « quoi, attends, un derrière couleur jaune paille ? »

         « oui oui, pourquoi ? »

         « il est bien plus petit que celui que je t’ai montré ? »

Je n’ai même pas eu le temps de répondre que Sébastien tout excité me montra dans son guide un oiseau. Il regardait alors à son tour dans la lunette :

         « c’est pas vrai, pas possible, c’est bien elle, une marouette, une marouette ponctuée ».

         « une quoi ? » demandais-je un peu déboussolée.

         « regarde à nouveau, tu vois elle a un peu des points blanc un peu partout sur son corps, même sur ses ailes. C’est pour cela qu’elle porte son nom de ‘ponctuée’. Observe bien le dessin, compare maintenant avec un jeune de râle d’eau.

En effet, c’était bien une marouette ponctuée. Mais qu’avait-elle de si spéciale cette marouette ?

-« elle n’a été vue qu’une seule fois, il y a 5 ans et entendu il y a 2 ans , elle est plutôt rare ici »

Pour moi tous les oiseaux que je venais de voir étaient des spécimens bien particuliers à eux-seuls car jamais je ne les avais vu auparavant. Mais me dire que je venais de découvrir un oiseau rare, me réjouissait de plus belle. C’était ça mon cadeau d’anniversaire.

Et pendant que j’observais encore et encore cet oiseau, Sébastien téléphonait à un autre guide pour lui parler de la découverte exceptionnelle. Quelques instants plus tard, Anne, la dame qui était à la réception, et deux autres personnes arrivaient. Chacune à son tour regardait la petite bestiole patauger dans la vase.

Et tout le monde rigolait car c’était moi qui avais pu la voir en premier lieu, une petite jeune fille qui ne connaissait pas grand-chose aux oiseaux qui faisait cette découverte, incroyable, on disait que j’en avais de la chance, une chance de débutant. Et cette fois-ci je croyais au mot « chance ».

J’ai retrouvé la photo… oui oui la petite chose en plein milieu, c’est elle, c’est la Marouette ponctuée 😍

Et j’ai retrouvé mon carnet de notes d’observation. Dates exactes : 03 au 07 septembre 2001.