La sterne de l’île de Pâques

Sur la proposition 29 de Tisser les mots, voici mon texte du 9 novembre. Thème : lîle de Pâques bien sûr, avec des mots imposés, en gras dans mon histoire.

La sterne de l’île de Pâques

L’île de Pâques… Bien que cela a fait partie, un jour, de mes destinations de vacances, comme toutes mes idées d’évasion, les voyages ne sont que des rêves inaccessibles pour moi. Sauf que dernièrement, à mon boulot, j’ai reçu un bon Bongo pour mon anniversaire. Pourquoi et comment mes collègues ont-ils décidés que l’île de Pâques serait une bonne idée ? Mystère…

Mais trêve de bavardage, statues immenses et mystérieuses, me voici !

Arriver sur l’île n’est pas évident, le voyage en catamaran m’a retourné l’estomac. Solitaire dans l’âme, c’est seule que je décide de parcourir cette île, ou du moins une partie de l’île. Dès le départ, les statues immenses, d’au moins 10 mètres de haut, sont visibles. J’irai les voir, les examiner, les détailler sur le chemin du retour. Pour le moment, je préfère me perdre, et découvrir par moi-même cette terre qui semble bien accueillante.

Après une petite heure de marche, et après m’être étonnée de voir autant de statues, des plus petites, des inachevées, un peu partout, je me perds vraiment au détour d’un chemin plutôt sinueux et en pente. J’ai beau revenir sur mes pas, je ne reconnais pas la piste qui m’a amenée jusqu’ici ! Je décide alors de poursuivre sur le chemin, toujours en pente légère. Après deux virages serrés, j’arrive sur une sorte de place. Des statues en forme de visage aux lèvres de lune sont disposées en cercle. Elles sont grandes comme de petites maisons, leur bouche fait office d’entrée et les yeux, plus ou moins rectangulaires, de fenêtres. Il n’y a aucune décoration ou quoi que ce soit de civilisé prouvant que ces étranges maisons sont habitées. Il y en a neuf, toutes parfaitement identiques et placées à égale distance les unes des autres. Ce rassemblement de maisons m’intrigue. Je n’ai lu nulle part une telle chose et ma curiosité est telle que mes pieds m’amènent tout près de ce cercle de pierres. Comme si le cercle était une frontière ensorcelée, j’hésite à passer entre deux statues, me demandant s’il y a une maison hôte, une maison différente des autres par laquelle il faudrait entrer pour éviter un piège quelconque. Il n’y a qu’un mètre entre chaque visage, je passe aisément entre les maisons avec des frissons dans le dos. Même si je doute qu’elles soient habitées, j’appelle quand même à voix haute :

– Ohé ! Ohé ! Puis-je entrer ?

Bien évidemment, personne ne me répond.

A l’intérieur, il n’y a strictement rien, c’est le néant, le vide absolu. Je sors de la statue pour rentrer dans sa voisine de gauche. Idem. Elles sont toutes les neuf identiques tant à l’extérieur, qu’à l’intérieur. Cela me paraît de plus en plus étrange. Je ressens même un certain malaise sans pouvoir l’expliquer. En déambulant sans but précis, je me retrouve au centre exact de la place, quand tout à coup, un oiseau sombre piaille au-dessus de ma tête et laisse tomber une fien… Non ! AIE ! Ce n’est pas une fiente que je reçois en pleine tronche, mais une pierre ! Je me frotte le crâne où je sens déjà poindre le début d’une bosse. Je maudis cet oiseau alors que d’habitude j’adore ces bestioles. La tête penchée en direction du sol, je regarde quand même ce qu’il m’a balancé sur la figure. Et je n’en reviens pas, la pierre n’est pas un stupide caillou comme je le pensais, non, c’est une mini statuette aussi haute que mon petit doigt ! Aussitôt, je lève les yeux pour essayer de retrouver l’oiseau. Me remémorant mes cours d’ornithologie, je projette dans mon cerveau l’image furtive de sa silhouette : de forme allongée, il avait la taille d’une grande hirondelle, un bec plutôt long et qui m’a paru rouge avec une couleur générale sombre. Avec tout ce descriptif, je ne suis pas plus avancée quant à l’identification de ce volatile maladroit (ou précis?)

Pour éviter d’avoir une seconde bosse, je retourne dans une des « maisons », avec la mini statuette dans une main. L’intérieur est déstabilisant. Vue de l’extérieur, chacune des statues a, comme je l’ai cité plus haut, une « entrée » et deux « fenêtres ». Eh bien, à l’intérieur, ce n’est pas ça ! L’entrée est la même, mais les fenêtres sont situées, à première vue, sur le même plan que l’entrée. Or, il se fait que quand je veux voir au travers des yeux, donc des fenêtres, je me retrouve à tourner en boucle, à monter et descendre légèrement un tournant qui n’en finit pas. Cela me fait indubitablement penser à l’escalier de Penrose, vous savez cet escalier avec quatre angles droits qui fait que le « serpent se mange la queue » et que par quelque endroit on monte ou on descend cet escalier, on revient toujours au point de départ ? C’est tout à fait ce qu’il m’arrive ici ! Je ne parviens pas à atteindre les fenêtres, le chemin qui m’y conduit ne s’arrête pas là et me fait revenir inexorablement à mon point de départ, c’est à dire l’entrée ! C’est à en perdre mon latin !

J’arrête de me faire tourner en bourrique après quatre passages infructueux. C’est à ce moment là précisément que l’oiseau de malheur réapparaît… sur le rebord d’une fenêtre ! Et pas n’importe quelle fenêtre, celle qui fait partie de la maison où je suis en ce moment même ! Je l’observe attentivement, je ne veux pas le faire fuir trop vite. Vu de plus près, sans qu’il ne bouge trop, je reconnais dans sa silhouette la forme d’une sterne. Je ne peux pas l’identifier plus précisément, je n’ai pas assez de connaissances sur cette famille d’oiseau, mais je trouve celui-ci assez élégant. C’est quand je détaille ses pattes que je me demande comme il a fait pour porter la statuette avec ses doigts palmés ? Sans parler, cela ne servirait à rien, nous n’avons pas le même langage, je lui montre la statuette, lève la paume de mon autre main vers le ciel et hausse les épaules comme pour dire « c’est toi qui m’a lâché ça sur ma tête ? Pourquoi ? »

C’est ahurissant ! Comme s’il me comprenait, l’animal penche la tête sur le côté, ouvre son bec pour laisser échapper un petit cri et s’envole pour venir atterrir tout près de moi ! Il marche un peu comme un canard jusqu’à une petite pierre de forme quelconque, qui s’est détachée de la maison, au niveau intérieur du bas de la bouche. D’une patte, il fait rouler cette pierre de façon à ce qu’elle soit plus stable, la coinçant près de ce qui aurait pu être son nombril, puis, à la manière d’un pic, il martèle la pierre de son bec ! A une vitesse phénoménale, que mes yeux ont peine à suivre, il façonne le caillou, faisant gicler des éclats un peu partout autour de lui et voler la poussière. Mes paupières doivent battre plus que de raison afin d’éviter de recevoir des crasses dans les yeux. Et, un peu à la manière d’un Flick Book, quand je cligne des yeux, une minuscule statue naît du bec de cet oiseau !
Et comme si tout ceci n’était déjà pas assez étrange, voilà qu’il me raconte en détails sa légende :

Autrefois, les indigènes qui habitaient sur cette île, avaient une tradition. Celle-ci consistait à nager jusqu’à notre île, puis à grimper notre falaise et voler le premier œuf du printemps pour le rapporter, intact, au village. Celui qui réussissait cet exploit devenait le chef durant les quatre saisons suivantes. Cette tradition a perduré des années durant. Jusqu’au jour où notre chef a eu une idée. Nous savions tous que nos œufs étaient spéciaux, mais pas qu’ils étaient magiques pour ces indigènes. Quand notre chef a découvert que nos œufs rendaient la pierre de volcan plus souple et plus solide, il a su qu’il fallait intervenir avant que toute notre population ne soit décimée. Toutes les sternes en âge de reproduction ont donc été formées au travail de la pierre par le bec. Les résultats ont été au-delà de nos espérances. Ce que nous parvenions à faire était tout simplement magnifique ! Le simple fait que nous travaillions la pierre après une toilette complète nous a permis de sculpter facilement ces statuettes, rendant la pierre plus souple qu’elle ne l’est en réalité.

L’année suivante, peu de temps avant la ponte, nous fabriquions des statuettes que nous portions, à la nuit tombée, à la porte du village. Les indigènes découvrant cela à leur réveil pensèrent que c’était là, un cadeau de Make Make, leur dieu. Certains les plantèrent dans le sol, laissant juste la tête ou le buste dépasser, d’autres les posèrent tout simplement sur la plus haute montagne pour qu’elles soient visibles par tous. Au fil des ans, grâce au sorcier du village, nos statuettes ont grandit, grandit, grandit… Jusqu’à atteindre une hauteur incroyable. Ces statues solides ne s’effritaient pas, du coup, les indigènes ne volaient plus nos œufs, remerciant le dieu Make Make de son don, lui promettant d’honorer ces statues, d’en prendre soin jusqu’à ce que la mort les sépare.
Hélas, un jour les hommes se sont disputés, ils voulaient des statues encore plus grandes, différentes. Ils se sont remis à nager, ils ont à nouveau grimpé notre falaise et nous ont à nouveau volé nos œufs…

Alors, nous sommes partis pour un autre ailleurs…

A ces derniers mots, la sterne s’envola ! J’aurais voulu lui poser encore mille questions, mais quand brusquement, un voile s’abattit sur moi. Tel un brouillard, je ne discernais rien que du blanc tout autour de moi. Tout était flou. A tâtons, je cherchai la sortie, la bouche, l’entrée… mais je me heurtai à des murs de pierre, partout… Partout, je me cognais et ça faisait « Bong…o !».

 

Les 3 petits cochons et le chat botté

Je joue avec la proposition 38 de Tisser des Mots  :-) le jeu : faire une salade avec les contes. Les mots en gras sont des mots ou des sujets à « caser » dans le texte.

Les 3 petits cochons et le chat botté

Il était une fois une fée marraine hyperactive qui souffrait d’hyperacousie et d’impatience, on l’a disait faribolistique. On lui avait confié la garde des 3 petites cochonnes qui s’appelaient Lala, Lili et Lali. D’expérience, la fée marraine serait que les élever ne serait pas une tâche facile, elle ne se souvenait que trop bien de leur cousins, les 3 petits cochons Nif Nif, Naf Naf et Nouf Nouf. Mais dynamique comme elle était, elle avait réussi, à force de persévérance, à ce que l’un des trois finisse architecte maçon et influence les autres. Elle avait donc cru qu’elle y arriverait chez ces demoiselles et avait poursuivit ses efforts en se concentrant sur l’éducation de l’aînée qui semblait la plus intelligente, la plus posée et la plus débrouillarde.

Mais les années passant, la fée marraine vieillissant, elle devenait plus sensible au bruit et sa patience fondait comme neige au soleil.

Un jour, Lala et Lili se disputaient en poussant des grognements aigus de petit cochon qu’on égorge. Elles n’étaient pas d’accord sur la façon d’habiller la cadette, Lali, et celle-ci était prise à parti par l’une, puis par l’autre. Et c’est au moment où la salopette rose avec des paillettes mauves se déchira que Lali se mit à pleurer comme une fontaine et que la fée marraine explosa.

– Je n’en peux plus de vos disputes, de vos cris, de vos jérémiades, de votre comportement de vilaines petites cochonnes.

Les mots éclataient dans l’air, grondant, menaçant, et fouettant les oreilles des 3 petites sœurs. La marraine joua de sa baguette magique et en un tour d’étincelles et de poudre magique volante, elle se retrouva au milieu de la forêt bleue* avec les 3 petites cochonnes sous les bras.

HOP ! Elle les jeta à terre, lança un tourbillon de feuilles mortes et disparu aussi vite qu’elle était venue.

Dans la forêt bleue, un silence noir s’abattit sur les 3 petites créatures roses. Plus un cri ne perça, plus une larme ne roula. Lali renifla comme seuls les petits cochons savent si bien le faire et osa un timide « où sommes-nous ? »

Lala, l’aînée réfléchit très vite et lui répondit :

– Nous sommes dans la forêt bleue, en Belgique, la forêt la plus étrange qu’il soit où les arbres sont bleus.

– En quoi est-ce qu’elle est bizarre cette forêt ? demande Lili.

– Les arbres se ressemblent tous ; en journée, ils se confondent avec le bleu du ciel et la nuit, le noir les engloutis, répond Lala d’une voix mystérieuse et envoûtante.

– Ma… Ma… Marraine nous a… a…. abandonnées ! pleurniche Lali.

Nous sommes dans l’après-midi. Le ciel est d’un bleu chaleureux, et les arbres, en tenue de camouflage, sont parsemés de petites taches blanches ressemblant à des nuages de beau temps. De fait, ils se ressemblent tous, certains sont certes un peu plus petits ou un peu plus gros, mais aucun n’a une caractéristique particulière qui fait qu’on pourrait le reconnaître à coup sûr.

C’est pour cette raison que ceux qui pénètrent, de gré ou de force, dans cette forêt, n’en ressortent que très rarement. Ils s’y perdent et par épuisement, par défaite, ils décident de s’installer dans cette forêt pour l’éternité.

Nos 3 petites cochonnes ne savent pas que le peuple de cette forêt est condamné à ne jamais sortir du couvert de ces arbres. Lala s’en doute, mais elle ne veut pas faire peur à ses sœurs et se tait donc. Lili réfléchit à sa nouvelle situation et commence à récolter tout ce qu’elle trouve à terre pour marquer son chemin. Quant à Lali, son groin coulant de morve, c’est comme si le monde s’écroulait sous ses pattes. Elle n’aime pas cette forêt, elle est fatiguée et elle veut rentrer à la maison.

Cinq petites, brèves, minutes s’écoulent avant qu’un nouveau malentendu n’éclate entre les frangines. Chacune se rejetant la faute, accusant l’autre d’avoir crié trop fort et d’avoir provoqué la colère de la fée marraine.

Tout à coup, attiré par les cris et les grognements, une petite créature presque toute de noir vêtue, fait son apparition. C’est un chat, pas très grand, pas très gros, et qui se déplace sur ses deux pattes arrières qui les interrompt :

– Excusez-moi mesdemoiselles, auriez-vous vu mon autre botte ? Mon maître m’a pris pour un chien quand il l’a lancée pour que j’aille la chercher… enfin, je crois, c’est que ces derniers temps, il avait l’air d’en avoir marre de m’avoir entre ses pattes. Enfin bref, je ne vais pas vous raconter toute ma vie, il paraît que je suis trop bavard… Avez-vous donc aperçu une botte comme celle-ci ? dit-il en montrant celle qui lui restait.

A la vue de ce petit chat, trop mignon, trop bavard, on entend d’une seule et même voix :

– Oooh ! Il est trop chou.

Et sans lui laisser le temps de comprendre, les 3 sœurs se jettent sur le petit chat, le prenne dans leur bras, le caresse, lui donne des bisous tout doux. Il en perd sa deuxième botte et sa voix. Finalement, ce n’est pas si mal de se faire dorloter par ces filles… il en oublie la raison de sa venue et se laisse choyer tout le reste de l’après-midi.

Pour une fois que Lala, Lili et Lali sont d’accord sur une chose, personne n’oserait interrompre cet élan d’affection et cette solidarité fraternelle.

C’est le soir, quand les ventres crient famine, que les petits cochonnes se décident à chercher à manger. Emmitouflé dans leurs vêtements qu’elles ont assemblé rien que pour lui, le chat botté qui n’est plus chaussé, attend patiemment qu’on vienne lui apporter à manger. C’est qu’il aime se faire servir le coquin !

Lala, Lili et Lali partent donc dans 3 directions différentes. Aie aie aie, elles se perdent rapidement et ne retrouvent plus leur chemin ! Trois heures passent quand le chat, affamé, décide enfin de bouger un peu son popotin. Il parle, parle, parle… tout seul. Il miaule, miaule, miaule, toujours tout seul. On ne voit pas très bien ce qu’il fait, mais il fait quelque chose. En grattant le sol, il miaule encore et toujours. Puis, après avoir creusé et retourné la terre sur un bon morceau de terrain, il regarde derrière lui, puis à gauche, enfin à droite. Rassuré qu’il n’y ai personne, il lève la patte et se soulage. Il fait pipi partout ! C’est qu’il en a une grande vessie à vider ! Une fois son besoin terminé, il se réinstalle au centre de son nouveau territoire et patiente. Il ne doit pas attendre bien longtemps, car très vite, quelque chose pousse de la terre. Partout où il a gratté (et pissé), un mur se dresse ! Et, étrangement, un parfum épicé (eh-pissé) envahit la forêt.

Au même instant, une note musique perce le silence relatif de la forêt à moitié endormie. Les habitants habitués savent ce que cette mélodie signifie : le grand méchant loup va à la pêche au cochon. Tel un magicien, le loup souffle dans sa flûte enchantée. Attirées par la musique envoûtante tel un moustique par le sang, les 3 petites cochonnes, perdues, marchent dans la même direction : celle du loup ! Mais, mais… le loup s’arrête tout à coup de souffler dans son instrument. Il a senti une odeur bien meilleure que celle des 3 petites sœurs. Une odeur qui lui fait baver, légèrement épicée, légèrement sucrée ; ça fait si longtemps qu’il n’a plus goûté à une telle gourmandise. Il marche un peu, renifle , puis siffle dans la flûte. Il marche, renifle, siffle. Il renouvelle cette combinaison quinze minutes durant. Puis, il s’arrête définitivement. Les 3 petites cochonnes aussi. Sans le faire exprès, il a ramené les sœurs tout près de leur ami botté. Et ce qu’il voit, ce que les filles voient, est ahurissant. Devant cette petite troupe étrange, se dresse un véritable château en pain d’épices !

Lala, qui n’en revient pas, est la première à recouvrer la parole :

– Mais, tu es magicien ? Tu aurais pu nous dire que tu savais faire pousser de la nourriture, cela nous aurait éviter de nous perdre en pleine forêt, rouspète-t-elle l’estomac dans les talons.

Le chat a perdu sa langue (le comble, non ?), il ne répond pas car derrière Lala, Lili et Lali, le grand méchant loup se lèche les babines. Il se serait bien caché sous sa cape d’invisibilité, mais il l’a prêtée la semaine dernière à Harry Potter. Alors, il pointe le loup avec une griffe tremblante et marche à reculons s’enfermer dans son abri délicieux.

Face à face, le loup ne mâche pas ses mots envers les petits cochonnes :

– Le deal est simple. Vos vies sauves à toutes les 3 contre le pont en pain d’épices et ses chaînes en sucette.

– Pardon ? Ose demander Lili. Vous nous abandonnez pour du sucre ? C’est du délire !

Le loup, un peu rouge de honte, avoue :

– Oui, je préfère les friandises à la viande.

– Par mes moustaches, j’ai tout entendu ! Bien sûr que je lui offre volontiers le pont, s’il vous laisse saines et sauves. J’ai besoin de vous mesdemoiselles, j’ai un ronron dans la gorge qui veut sortir… et puis, j’ai plein d’histoires à vous raconter.

*Forêt bleue : elle existe bel et bien ! Il s’appelle plutôt le Bois de Hal, il se situe en Belgique, à 30 min de Bruxelles. Entre le printemps et l’été, le sol se couvre de jacinthes sauvages, donnant le nom féérique de forêt bleue.

Lipogramme sans moral

05 novembre

Lipogramme, écrire un texte sans que la lettre « i » apparaisse… (choix libre de la lettre)

Dans quelques jours, le monde changera. Mon monde, et un peu du vôtre également. Mes rêves ne seront plus que des rêves, le réel va les englober !

Quelques heures plus tard…

Malheureusement, ce jour, est une journée d’augure plutôt douloureuse ! Vous n’aurez pas grand-chose à vous mettre sous la dent, ou plutôt sous les yeux car en plus du mal de dos, la même jambe où mon nerf est coincé (j’ai oublié ce « i », je le remplace par « écrasé »), est en souffrance ! Mon genou, on l’entend, crac crac, à chaque montée de marche est à présent hyper douloureux ! Grrr… désolée, pas de volonté de créer un autre monde, pas plus que de taper quelques mots sur mon pc…

Un accident

04 novembre 2015

Contrainte pour ce jeu d’écriture : Morceau choisi. J’ouvre un livre que je n’ai pas encore lu, je note les 3 premières phrases et je lui donne la suite que je veux…

Pour mon anniversaire, cette année, mes collègues m’ont offert 4 livres. Je suis occupée en lire un, le plus gros, et je choisi le second que je n’ai pas encore ouvert : La Langue de ma mère de Tom Lanoye, page 50.

Car entre-temps j’avais aussi passé l’hiver européen dans l’été torride et venteux du Cap, dans la maison victorienne où je tape ceci, sur cet ordinateur. Ce paragraphe, cette ligne, ces trois mots et aussi ceux-ci, et encore ceux-ci en ce moment même. Je les écris maintenant au lieu de l’année dernière. … L’année dernière n’est pourtant pas si loin, et pourtant j’ai l’impression que c’était à des années lumières. L’hiver là-bas, l’été ici, mes repères étaient chamboulés, comme tout le reste dans ma vie. Nous avons beau programmer une semaine, un mois, une année, penser à un mariage, à un bébé à venir, à un éventuel changement de travail ou même à un déménagement, on oublie parfois que les imprévus qui nous touchent indirectement peuvent aussi dérégler tout notre vie. Ceci là bas n’est pas un petit grain de sable dans l’océan ici. Ce n’est pas non plus la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Non. Cela ne se passe pas ailleurs. Ce n’est pas un mauvais rêve.

C’est cet été ici, que ma maman, cette dame pleine d’énergie, encore loin de la retraite, qui jongle parfaitement bien entre sa vie de femme, de collègue, de maman et maintenant de grand-mère grâce à ma petite sœur, a eu son accident. Un accident, une maladie, un imprévu, qui a bouleversé sa vie, celle de son mari, la mienne, la nôtre, celle de ma sœur, celle de ses collègues, celles de ses amis. Un accident pas comme les autres, un accident sans voiture, sans échelle, sans chute, sans la moindre goutte de sang visible à l’œil nu. Un accident, c’est un événement soudain et brutal. On pense d’abord à un accident de voiture, certes, mais il existe aussi l’accident vasculaire cérébral, plus connu sous l’abréviation d’AVC.

J’en avais déjà entendu parlé. J’avais même retenu les signes annonciateurs qui, le cas se présentant devant moi, m’auraient permis de réagir rapidement en téléphonant aux secours. C’est grâce à la rapidité de l’intervention de la prise en charge, qu’une personne victime d’un AVC a le plus de chance de récupération. Oui, mais voilà, je n’étais pas là. Son mari non plus, ses collègues non plus. C’est arrivé comme ça, sur le chemin du retour à la maison, un soir après le travail, à une centaine de mètres de la maison. Deux ou trois passants dans la rue, la voisine qui promène son chien sur le trottoir d’en face. Mais personne à ses côtés immédiats, personne pour voir les symptômes subits. Personne pour sonner l’alarme. Personne pour lui sauver la vie. Ce n’est que lorsqu’elle s’est effondrée par terre, tout près d’un arbre, qu’une automobiliste s’est arrêtée.

Aujourd’hui, mon monde s’est écroulé. Ma maman, ma petite maman qui hier encore était vaillante, alerte, autonome, dynamique, aujourd’hui me reconnaît à peine.

L’année passée, je n’avais pas prévu ça. Je devais écrire une pièce de théâtre, la troisième scène du deuxième acte était sur le point d’éclore. Mais ma maman, ma tendre maman, qui hier encore me téléphonait pour le menu d’anniversaire de mon épouse, est silencieuse aujourd’hui.

L’année passée, nous avions prévu un voyage. L’année passée, nous avions organisé tellement de choses. L’année passée, c’est dépassé. C’est si loin.

Et pourtant, la vie continue… pour moi, pour elle, pour nous…

Demain, est un autre jour.

J’avais en tête la 4ème de couverture de ce livre… j’ai donc écrit une suite inspirée du résumé.

Clé tordue

Mon texte du 03 novembre, avec la proposition 28 de Tisser les mots, plusieurs contraintes, dont la plus difficile pour moi avec une longueur maximale de 15 lignes sur l’ordi.

Il m’arrive parfois de croire aux coïncidences. Pas plus tard qu’hier, j’étais persuadée que j’avais rangé la clé bizarre que j’avais reçue d’une amie, sur la cheminée. Je l’avais placée là, bien en évidence, afin de ne voir qu’elle quand j’allumais les appliques du salon.

La clé, une grosse clé en métal gris, était tordue, sans être cassée. L’amie qui me l’avait donnée m’avait raconté son histoire : un soir, juste après le coup de sonnette signalant le départ du dernier client, sa voisine, vendeuse dans un magasin d’appareils photos, avait été accusée par le gérant d’avoir perdu la clé du magasin. Ce n’était pas la première fois qu’on l’accusait de la sorte, et, ce soir-là, elle avait pu prouver son innocence quand elle avait retrouvé la clé, posée sur la cheminée. Mais ce coup-ci, la clé était tordue et ne pouvait plus rentrer dans la serrure. Bien sûr, sa voisine a été accusée et elle a été licenciée sur le champ.

Et voilà que c’est mon tour de ne plus retrouver cette clé… Ma voisine me l’avait donnée pour me prouver la véracité de son récit. Elle s’en était ainsi débarrassée avec plaisir en jurant que c’était une clé porte-malheur. De fait, il y a quatorze jours, elle a perdu son emploi pour un étrange motif de crevettes volées. Et moi, j’ai hérité de cette clé le lendemain de son licenciement. Maintenant, je ne trouve plus la clé et je viens de casser mon miroir… que va-t-il m’arriver ?

15 lignes pile poil, et 250 mots exactement !

Hernia

Voici mon texte pour le 02 novembre 2015.

contrainte : au pied de la lettre, écrire à partir d’une expression bien connue : en avoir plein le dos.

– La colonne vertébrale est composée de 7 vertèbres cervicales, 12 vertèbres dorsales, 5 vertèbres lombaires et les dernières, les vertèbres du sacrum et du coccyx, sont soudées. Entre ces vertèbres, il y a des disques, dans lesquels sont enfermés un noyau gélatineux. Chez vous, à trois niveaux, il y a une fragilité de ces disques. Vous avez une volumineuse hernie discale en L4-L5, et une plus petite, juste en-dessous.

Le médecin continue ses explications, la patiente, une jeune femme, n’ose pas l’interrompre.

Hernia écoute elle aussi très attentivement. On parle d’elle ! Bien que de là où elle se trouve, les sons sont un peu étouffés, elle peut distinguer clairement ce qu’il se dit.

Hernia est plutôt grande pour son genre. Sûre d’elle, elle n’a pas hésité à déménager rapidement, simplement pour satisfaire sa curiosité, elle est allée voir plus loin, ailleurs, au-delà de son disque de protection. Et, d’après les paroles du médecin, il semblerait qu’elle n’est pas la seule à avoir eu cette idée.

Elle voudrait avancer encore un peu car à cet endroit, elle se sent un peu serrée et quand le médecin bouge, elle n’entend plus très bien ce qui se dit. Il est vrai que son nouveau logement est étroit. Elle a marché jusqu’au canal lombaire. Depuis toute petite, elle entend dire qu’il y a plein de trucs super intéressants à voir par là : racine nerveuse, ligament, dure mère, moelle épinière, etc.

Dire que maintenant, ça y est, elle est là. Elle est si près du nerf sciatique qu’elle le touche (elle l’écrase même vu sa taille imposante, mais de cela Hernia ne s’en rend pas vraiment compte).

Quand son hôte a bougé, elle s’est sentie poussée de la gélatine ! Elle aussi a bougé encore un tout petit peu, juste un peu, assez pour irriter la dure-mère et arracher un petit cri de douleur à son hôte.

– Ah oui, je vois, dit le médecin, elle est vraiment volumineuse…

Hernia est trop contente, on ne parle plus que d’elle !

– J’en ai vraiment plein le dos de ces douleurs, ça fait des mois que ça dure !

– Oui, ça je peux vous le confirmer, vous en avez vraiment plein le dos : deux hernies discales dont une énorme qui écrase votre nerf, de l’arthrose et un canal lombaire étroit sévère pour ne rien arranger. Cette fois, chère madame, vous n’échapperez pas à l’opération. Mais, je vous rassure, elle sera petite, juste le temps d’enlever le bout de la hernie qui déborde dans le canal lombaire. J’enlève ce qui bouche le diamètre du canal et vous retrouvez de l’espace, votre nerf n’est plus comprimé, l’inflammation partira rapidement et vous serez plus vite remise sur pieds…

Hernia n’en revient pas ! On veut la kidnapper ! L’assassiner ! La décapiter !

La date du jugement n’est pas encore rendu. Le rendez-vous n’est pas encore fixé…

Affaire à suivre !

Histoire basée sur des faits réels :-(

L’arbre à jouets

Texte du 01/10/2015

Contrainte : cartes de Bernard Friot de sa Fabrique à Histoires. Et s’il existait des arbres à jouets ?

L’arbre de la place, le plus grand, le plus gros, le plus connu, est en fin de vie. Tout le monde le sait, mais personne n’ose en parler ouvertement. Il faut dire que les adultes qui le nourrissent ont changé. Autrefois, ils étaient généreux avec l’arbre, lui donnant l’eau de la rivière la meilleure, lui confiant leurs secrets quasi quotidiennement, lui offrant de l’engrais de qualité et le soignant si vite, qu’il n’avait jamais le temps d’être malade. En retour, l’arbre, une fois par an, leur donne de superbes jouets : retour d’impôts, héritage surprise, trésor d’amour chez Cupidon, des bons pour une année pleine de bonne santé, des chèques cadeaux valables chez toutes les Cigognes, etc.

Mais voilà, pour que cela puisse se faire, il faut non seulement y croire, mais en plus, c’est un peu du donnant-donnant, juste retour des choses, non ? Hors, il se fait que de moins en moins d’adultes croient en l’arbre. Ils passent davantage de temps dans le monde virtuel, et les racines de l’arbre n’étant pas en Wi-Fi, les adultes le délaissent de plus en plus.

De fait, depuis l’année dernière, les fruits de l’arbre sont moins fournis, les bons sont limités à une validité plus courte, quelques mois tout au plus, et la qualité laisse à désirer.

Au printemps suivant, l’arbre a des champignons… plus personne n’est là pour le soigner, alors l’arbre n’a plus donné un seul jouet l’hiver suivant.

Aujourd’hui, l’arbre de la place renaît de ses cendres. Petit à petit, l’arbrisseau grandit et il attire les plus jeunes. S’il est bien entretenu, si on fait attention à lui, il peut encore étonner, car cet arbre n’est pas rancunier et des idées de cadeaux, il en a plein les branches !