J’irai décrocher la lune…

Ce matin, j’ai promis la lune au corbeau (freux)… je tiens parole :-)

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Je ne demande pas la lune, car je l’ai !

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Être dans la lune… ou pas

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Atteindre la lune, objectif … photographique… réalisable.

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Mais je vous rassure, jamais je n’irai décrocher la lune, elle est trop belle là où elle est :-)

Des poux

Des poux, des poux,
Y en a partout,
C’est à devenir fou.
Je n’en viens pas à bout,
Je vais leur tordre le cou…

Ah si seulement, c’était aussi facile,
C’est pas que je suis malhabile,
Mais quand y en a beaucoup trop,
Des petits, des œufs, des très gros,
Je n’en vois décidément pas la fin,
Ils s’adaptent, sont vraiment malins.

Remèdes naturels, de grand-mère, ou de pharmacie,
Quand y en a plus, eh eh, ils appellent la compagnie !
On croit en avoir fini,
Et puis, les revoici !
Toujours plus nombreux,
A se cacher dans les cheveux,
Je vois même leurs morsures dans le cuir chevelu
Chez elle, chez lui, j’en peux plus !

Je vais leur faire la peau,
A ces saletés de bestiaux !

GRRRRRRrrrrrrrrrrrrrr

 

Chat-ours (5)

Partie 4

Chapitre 5

La douleur de Liam est passée tout de suite après le repas du midi. Contrairement à sa sœur, il n’a pas d’intolérance alimentaire et il peut manger au repas chaud. Aujourd’hui, le menu fort attendu de la plupart des enfants et le plat préféré du petit garçon est en tête d’affiche. Il s’est donc vite consolé en mangeant deux assiettes de spaghettis au jambon et au fromage.

A la récréation, Liam n’a pas envie de jouer avec ses camarades. Avec ce temps sec et ensoleillé, tous les enfants sont dehors, occupés à jouer au football ou à d’autres occupation de groupe. Les quelques solitaires s’occupent autrement. Certains dessinent ou colorient, d’autres lisent un livre et d’autres encore, écrivent. Liam, lui, a ouvert son livre emprunté à la bibliothèque. Il veut retourner là bas, dans ce paysage montagnard, avec les pavés colorés et l’oiseau chanteur. Il ignore tout de la procédure à suivre pour retourner dans ce monde imaginaire. D’habitude, il lui suffit de penser à ce qu’il veut pour se projeter en-dehors de l’univers de l’école. Ici, il n’y arrive pas. Il tente de mettre son doigt sur la dernière image qu’il regardait, mais en vain, son esprit est toujours là, entrecoupé de cris d’enfants et de ballon en mousse lancé par inadvertance dans sa direction.

Un peu dépité, il poursuit quand même sa lecture. Sa concentration n’est pas fixe, il désire tellement retourner là-bas, il se focalise sur cet ailleurs improbable qu’il n’arrive pas à lire une phrase sans revenir sur un mot qu’il n’a pas bien lu ou qu’il n’a pas bien compris.

Fatigué, il ferme le livre et cherche du regard sa sœur. Ils ne s’entendent pas trop bien, mais quand il s’agit de se raconter un secret, ils sont là, ensemble, et s’écoutent attentivement.

Il a beau chercher partout, il ne la trouve pas. Il se demande vraiment où elle est, et commence même à s’inquiéter. Car s’ils se disputent souvent, dès que l’un ou l’autre est malade ou blessé et ne vient pas à l’école, l’autre est un peu perdu et sent ses repères s’étioler. Il va donc demander aux copines d’Elina si elles savent où elle est. C’est ainsi qu’il apprend qu’elle a été malade au réfectoire…

Après que son institutrice l’ai rassuré sur la santé de sa grande sœur, Liam n’a pas pu se concentrer pour son exposé. Et quand 17 heures arrive, son papa vient le chercher en voiture. Elina a pu regagner sa classe peu de temps avant la fin des cours, et il y avait quelque chose dans le regard de sa sœur qui fait qu’il ne l’a pas lâché d’une semelle depuis leur retour à la maison.

Après le souper, Elina envoie littéralement balader son petit frère. Trop collant à son goût, la fillette n’apprécie pas son intérêt soudain. Liam, un peu habitué au caractère de cochon de sa sœur, ne se laisse pas démonter et profite de l’occasion d’être seul dans sa chambre pour se replonger dans son livre. Là, au calme, dans l’environnement rassurant de sa chambre, le petit garçon n’a aucun mal à lire. Dès le dernier mot de la première phrase lue sans interruption ni erreur, Liam se retrouve à nouveau au pied de l’arbre qui l’avait fait trébucher plus tôt dans la journée ! Cette fois pourtant l’oiseau n’est pas là. Il fait même étrangement calme. Plus loin, dans la forêt, un rugissement déchire le silence. Les bras de l’enfant son parcourus d’un frisson.

Liam avance un peu plus, pour s’éloigner du rugissement qui raisonne encore dans sa tête. Il ne se retourne pas et accélère le pas. Sa marche l’amène au pied d’une rivière pas très large ni très profonde. Un gros caillou lancé au milieu de l’eau lui permet d’apprécier approximativement sa profondeur. S’il choisit de traverser la rivière, il aura de l’eau jusqu’en dessous des genoux. Il hésite encore quand il aperçoit, au-delà du chemin, un gros nounous tout blanc. La silhouette, vue à moitié dissimulée dans un buisson tout vert, se voit comme le nez au milieu d’un visage. Liam se demande si l’animal essaye de se cacher – auquel cas, c’est plutôt raté – ou s’il cherche plutôt à manger. Le désir de connaître la réponse ne lui donne plus le choix : il doit traverser la rivière. Persuadé que ce n’est pas cette grosse boule de poils qui a grogné, le petit garçon qui n’a pas froid aux yeux progresse assurément dans la direction de l’étrange créature immaculée.

Son passage dans l’eau n’est pas passé inaperçu.L’animal, pensant être encore poursuivit se ratatina au fond du buisson. Il n’y avait que le bout arrondi de ses deux oreilles qui trahissait sa présence. Il ne bougea plus d’un poil, retenant même sa respiration. Si le prédateur s’avançait encore, il ferait le mort pour tromper l’ennemi, c’était assurément ce que ses parents auraient fait.

Ses parents… où sont-ils maintenant ?

Liam marchait sur des œufs, il était aussi silencieux qu’une petite souris. Le froid mordant de l’eau le fit frisonner ! Qu’est ce qui lui a prit de traverser cette rivière, lui qui n’aime pas l’eau ? Il en est encore à se râler dessus quand il arrive par derrière le buisson. A quatre pattes, il continue sa progression comme s’il était un petit animal. La vue qu’il a de cette hauteur est surprenante, tout lui paraît démesurément grand. A pas feutré, il parvient à rejoindre la boule toute blanche. Comparativement, ils doivent peser presque le même poids. Le petit garçon s’assied et courbe le dos, tout comme l’animal. Il fait les mêmes gestes que lui, tout en douceur, pour ne pas lui faire peur. Cette technique d’approche semble fonctionner car la bête semble ne lui prêter aucune attention. Puis, tout à coup, tous deux entendent à nouveau le grognement. Liam arrête net son mimétisme et essaie de voir ce que son compagnon poilu observe avec tant de frayeur. Une panthère des neiges ! En une fois, Liam a son ventre qui se contracte et sans même s’en rendre compte, il se fait pipi dessus. Le félin est énorme, mais magnifique ! Il n’en a jamais vu et cette observation le laisse entre deux sentiments : terreur et admiration. Aussi souple et délicat qu’un chat, la panthère avance comme au ralenti, une patte après l’autre, dans le plus grand silence, plus silencieux encore que les battements de coeur affolés de Liam ! C’était donc lui le grognement et c’est pour ça que l’animal tout blanc se cache. L’enfant et la boule blanche se sont rapprochées pour se donner du courage mutuellement. Lui n’a peut être que 8 ans, mais il a l’impression d’en avoir bien plus quand il sent le corps tout tremblant de la bête contre lui. Elle lui demande de l’aide ! Sans savoir exactement à quelle espèce cette boule de poils appartient, il pense à un ours car il est tout rebondit comme eux, Liam l’entoure de ses bras du mieux qu’il peut. Le coeur de l’ourson bat vite et fort. Il sait quel sort lui est réservé : il va être mangé ! Si seulement il avait écouté ses parents qui lui disaient de ne pas trop s’éloigner… mais il est déjà trop tard pour les regrets. L’énorme félin s’aplatit, essaye de maîtriser le balancement excité de sa queue et abaisse son arrière-train, prêt à fondre sur sa proie, sur ses proies ! Pile à cet instant, venu fendre le ciel, un autre animal se laisse tomber de son perchoir et atterrit tout juste à califourchon sur la panthère. Sans demander qui c’est ou ce qu’il se passe, Liam profite de cet instant de distraction pour prendre la patte du petit ours et l’emmener plus loin, dans un abri plus sûr. Il ignore qui est son sauveur et n’a même pas vu qu’il ne s’agissait pas d’un animal mais d’un autre enfant, comme lui, enfin presque, car c’est une fille, elle est un peu plus grande que lui, et il la connaît bien !

Maître Corbeau (6 et fin)

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4
Partie 5

Maître Corbeau, on ne l’appelle pas Maître Corbeau pour rien, c’est un vrai maître, il maîtrise comme personne la vengeance ; il fait les meilleurs plats froids afin que la vengeance soit aussi bonne que grande. Il enrage intérieurement. Il est écœuré par ce qu’il se passe.

Le corbeau ne tarde pas à retrouver ses réflexes calculateurs. Dans sa tête de piaf, pas si petite que ça quand on sait tout ce qu’il peut mémoriser, un plan se dessine rapidement. Il enregistre les moments où il pourra s’évader, il sait déjà par où il pourra aller pour passer incognito. Il ne traîne pas, il ne veut plus être témoin de ces horribles scènes. Cela doit cesser au plus vite, mais sans mettre en danger l’enfant.

L’oiseau sait que l’enfant est intelligent, il a appris à lire tout seul, sans l’aide de personne. Il sait aussi qu’il est manipulé depuis tellement d’années. Au fond de lui, il devine que l’enfant, malgré son haut potentiel, aime ses parents d’une certaine manière. Corbeau se demande même s’il sait qu’il est interdit de prendre des photographies pareilles ?

La séance photo terminée, le coussin enlevé, Maître Corbeau en profite rapidement pour s’éclipser par la porte entr’ouverte, ni vu, ni connu.

Plusieurs heures s’écoulent…

Au crépuscule, cette femme qui n’aurait jamais dû enfanter, reçoit un appel téléphonique sur son portable. Numéro masqué, elle décroche sans se poser de questions. Mais de l’autre côté, elle n’entend rien, du moins pas une voix humaine. Comme un cliquetis, comme si on tape sur une table avec des ongles. Puis ça raccroche. Et ce petit scénario se reproduit six fois, exactement toutes les six minutes. Elle finit par ne plus décrocher et éteint carrément son téléphone. Réminiscence. Flash. Images d’enfance. Cauchemars, terreurs, angoisses. Petite, ses parents qu’elle considérait comme des héros, avaient été harcelés, houspillés, bousculés, et finalement lynchés. Ils avaient sois-disant commis l’irréparable sur les enfants des voisins. Elle avait toujours cru en leur innocence, ils avaient toujours été très gentils avec elle. Les problèmes de ses parents avaient commencés avec des appels téléphoniques anonymes tard le soir, se prolongeant dans la nuit…

Le lendemain matin, d’une main tremblante, elle rallume son téléphone. 66 appels en absence. Elle compose à la hâte le numéro de son mari. Elle doit s’y reprendre à plusieurs reprises tant elle tremble. Il ne répond pas, mais elle laisse un message lui demandant de revenir au plus vite. Puis, elle éteint à nouveau son téléphone. Et elle attend.

Vers les dix heures, elle entend le facteur qui met du courrier dans la boîte aux lettres. Elle va vite chercher ces lettres, se forçant à penser à autre chose. Quand elle passe la porte d’entrée, elle trouve une longue plume noire, indemne, toute belle, toute lisse. Frissons. Dans sa boîte aux lettres, une souris morte gît les viscères à l’air. Nausées. L’unique lettre est une facture. Soupir. Retour à la maison. A la cuisine, sur la table, une lettre anonyme écrite avec des mots coupés dans un journal. N’ose pas lire. Panique. Hystérie. Hurlements. Elle s’enferme dans sa chambre, oubliant son enfant, bouchant ses oreilles, la tête sous son oreiller, les volets fermés, les yeux inondés, le corps convulsé.

Dehors, sur l’unique arbre du jardin, un rassemblement d’oiseaux noir se pose dans les branches dénudées du noisetier. On ne peut les compter, ils sont bien trop nombreux. Tellement que certains se posent sur le toit de la maison, d’autres sur la terrasse, ils sont partout. Silence. Puis un premier oiseau essaye de s’agripper sur le rebord de fenêtre de la chambre du garçon. Tic Tac fait son bec sur le plastique opaque. Acharnement. C’est Maître corbeau qui redonne la vue à la fenêtre. Il arrache une partie du plastique, assez pour permettre au petit ange de regarder la vie dehors. Sourire ! Grand sourire ! Applaudissements.

Les grands corbeaux, les amis, la famille du Maître, attendent le signal. Puis, façon film, souvenir à Harry Potter, ils jettent des centaines de lettres anonymes, toutes identiques, dans la cheminée, sous la porte d’entrée, entre les fenêtres qui pourtant sont fermées.

Ils arrivent en même temps. Le père et les flics. Doutes. Espoir pour le petit bonhomme ? Voisins ahuris. Personne n’en revient. Personne n’y croit. Tous ces oiseaux, toutes ces lettres, toute cette vérité qui éclate au grand jour. Liberté. Larmes de bonheur chez le petit. Voisins révoltés. Enfant libéré, parents condamnés, mère suicidée.

« Maître Corbeau, sur un noisetier perché,
Tenait en son bec la vérité.
Maître Loïc, par la liberté alléchée,
Lui tint à peu près ce discours enflammé:
« Hé ! salut, Monsieur du Co
rbeau… »

Et c’est ainsi que le jeune Loïc remercia Maître Corbeau, lui promettant d’écrire une autre fable, digne de son action héroïque.

Maître Corbeau (5)

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Si une petite lampe pouvait se matérialiser, là, juste au-dessus de la tête de l’oiseau, elle s’illuminerait. Corbeau vient de comprendre ce qu’il se passe là, sous son bec et cela ne lui plaît pas, mais alors pas du tout. Il attend que les tac tac des hauts talons s’éloignent pour sortir de sa cachette. Sur la pointe de ses pattes, il avance jusqu’au parapluie. Il se sent minuscule comparé à l’objet qui paraît anodin mais qui exerce une pression telle sur le petit garçon que ça le fait presque vomir.

Le son de sa voix lui revient aussitôt en mémoire, Corbeau ne peut pas parler sans éveiller les soupçons de sa présence aux talons bruyants. Il va essayer de mimer quelque chose quand il se rend compte que l’enfant lui tourne le dos. D’un coup d’ailes, il décolle. Flap, flap font ses plumes. Il se pose, sans un bruit, sur la tête du lit, à quelques trente centimètres des cheveux blonds de l’enfant. Des cheveux lisses, brillants, jaune comme les blés en plein soleil. Corbeau avance sur le rebord métallique du lit en ouvrant puis en fermant ses doigts. Si la situation n’était pas horrible, on pourrait en rire. Arrivé tout près de la tête, Corbeau s’arrête, tend son cou, ouvre son bec et attrape gentiment une petite mèche du garçon. La réaction est immédiate :

– Laisse moi tranquille, j’ai pas envie de jouer.

Bon, la situation ne se présente pas bien. Corbeau est surpris que petit homme ne soit pas plus curieux que ça : un oiseau qui sort d’un livre, ça n’est pas tous les jours que ça arrive. Surtout qu’il s’agit de lui, pas n’importe quelle bête, lui, Le Corbeau de Maître La Fontaine, le seul, l’unique, oui, enfin, bon, un oiseau noir comme en existe des tas rien que dans le jardin…

Corbeau est contrarié. Son plan pour une nouvelle vie démarre mal et en plus il se sent l’âme d’un héros, il ne peut pas laisser ce petit garçon, il ne peut pas l’abandonner à son horrible sort ! Mais, il y pense, le garçon l’a rejeté parce qu’il croit qu’il veut jouer. Comment lui faire comprendre qu’il veut l’aider ? Et comment l’aider ? Il a beau être grand, beau et fort, oui, oui, c’est bon, on connaît la fable, il est aussi un peu naïf, comment un oiseau de sa taille peut-il aider un garçon victime d’abus de la part de ses propres parents ?

Corbeau fait les cent pas sur le lit pour ne pas que ses griffes ne cliquent sur les planches en bois du sol. Le petit ange est recroquevillé dans la même position qu’il ne quitte plus. Il va bientôt s’endormir quand il entend les talons de chaussures se rapprocher indubitablement de sa porte. Mu par un réflexe qu’on pourrait qualifier de survie, il jette son coussin sur l’oiseau et s’assied en tailleur, le dos à peine posé sur son coussin. A la vitesse de l’éclair, il réfléchit à ce que sa mère lui a dit tout à l’heure.

Bruit de clé, bruit de porte qui grince, bruit de talons qui s’arrêtent.

– Me revoilà m’chou. Alors, tu as trouvé quelque chose qui te ferait plaisir ?

D’un sourire qui sent la fausseté mais la sécurité, il répond d’une toute petite voix qu’il aimerait connaître son prénom, qu’il a oublié.

Sa mère ne s’attendait pas à ça, elle semble hésiter. Le petit ange, lui, n’attend pas vraiment de réponse, même s’il aimerait bien la connaître un jour, aujourd’hui, demain ou dans un mois…

Elle ne lui dit rien, noyant sa répartie dans les préparatifs de la séance photo. Elle bouge, s’active nerveusement, fait tout pour esquiver la réponse, lui demande de se déshabiller, de poser, lui donne des ordres, ne le regarde plus dans les yeux sans l’écran de l’appareil photo.

Maître Corbeau (4)

Partie 1
Partie 2
Partie 3

C’est sa mère ! FLASH ! Ce parfum fleuri qu’il aimait tant sentir dans son cou, puis qu’il allait comparer avec les vraies roses du jardin. Les fragrances étaient si proches, et dès qu’il sentait l’odeur d’une rose planer, il pensait à sa mère ! Des images le percutent doucement, un sentiment d’amour, de sécurité l’enveloppe aussitôt. Il ne réfléchit plus trop à sa condition, même si il reste tant de questions qui se bousculent dans sa tête. Pourquoi ne vient-elle que maintenant ? Que veut-elle ? Est-ce l’homme, son père, qui l’envoie ? Est-il blessé ou malade pour qu’il rompe dans ces habitudes ?

Corbeau penche la tête et rentre son cou dans les épaules. Il n’ose pas avancer , sortir de sa cachette pour ne pas trahir sa présence. Il attend que le petit homme parle et réponde à cette femme qui, rien que par le fait de sa seule présence, lui donne la chair de poule. Et Dieu des Corvidés sait combien les corbeaux détestent les poules, c’est peu dire l’effet que cette personne fait sur lui.

Pourtant, cette dernière ne fait aucun geste brusque. Elle n’a rien dans les mains prouvant une maltraitance quelconque. Tout est dans l’intonation de sa voix :

– Alors, m’chou, tu as perdu ta petite langue ? Lui demande-t-elle d’une voix à la fois mielleuse et intrigante.

La voix de l’enfant est aiguë et remplie d’hésitations. Ses yeux ne s’arrêtent pas sur le visage de la femme qui est là, juste devant lui, toujours debout près de la porte d’entrée. Il respire encore un peu le parfum qui flotte toujours dans la pièce, hoche de la tête et chuchote un « maman ? ».

– Oh ! Quelle mémoire tu as mon ange ! Oui, c’est moi, maman. Cela fait si longtemps… Mais comprends-tu, à cause de tes allergies, j’ai dû voyager beaucoup pour trouver un médecin qui…

La suite, le petit ange n’entend plus. Des explications, des excuses, des paroles dites sans la moindre pensée, des mensonges qui s’embellissent, toujours plus gros qui sentent la manipulation à des kilomètres à la ronde. Et l’odeur de cette influence raye immédiatement celle de la rose. L’espoir minime qui est né quelques secondes plus tôt, se volatilise aussitôt. Il pensait qu’elle était là pour l’aider, pour le faire sortir de cette prison, mais non, elle est comme lui. Peut-être même que c’est elle qui a eu l’idée de le garder à l’intérieur de cette pièce, et d’inventer toutes des histoires aussi tordues les unes que les autres pour lui faire croire qu’il était fragile, malade, et que c’était pour son bien qu’ils l’enfermaient et qu’ils faisaient toutes ces choses avec lui.

Le petit ange est très intelligent. Il se demande d’ailleurs de qui il tient ça, mais en y réfléchissant un peu, il se dit que son père ou sa mère doit l’être aussi pour avoir imaginé cette vie pour lui sans que cela n’éveille le moindre soupçon.

Corbeau est déstabilisé lui aussi. Voilà cinq bonnes minutes qu’il est là, sous le lit, et il a pu sentir la peur, l’espoir, l’amour, la haine, la tristesse et la colère sortir par tous les pores de la peau du petit homme. Il roule ses yeux, secoue pas trop fort sa tête histoire d’essayer de remettre ses idées en place, et ouvre grand ses pavillons auditifs.

– Toujours est-il mon ange que me voici enfin avec toi. Papa est parti pour deux jours, donc c’est moi qui m’occuperai de toi. Aujourd’hui est un jour spécial, celui de nos retrouvailles. Tu peux me demander ce que tu veux, dans la mesure du possible bien sûr, je ne suis pas magicienne. Si tu veux manger un plat particulier, ou de nouveaux habits, ou même un jouet, je te l’offre de bon cœur. Je te laisse réfléchir à ça et je reviens tantôt pour la séance photo. Le thème du jour est la plage, ça va être chouette, non ? Le cri des mouettes, la chaleur du soleil, la crème sur le corps… Allez, à tantôt m’chou… Et n’oublie pas, ce que tu veux, lance-t-elle sans se retourner, en refermant la porte à clé.