Le calme avant la tempête

Je joue avec Tisser les Mots, pour la proposition 67.  Une histoire de Temps qui passe, encore et toujours.

Le calme avant la tempête

Tempête, elle s’appelle. Une vraie boule de poils pleine d’énergie. Son quart d’heure de folie pouvait durer une heure, et cela avait lieu deux à trois fois par jour. Tout déménageait à son passage. Les boules de papier, les plumes et autres jouets n’avaient qu’à bien se tenir, car Tempête, quand elle courrait, faisait tout voler sur son passage, même ses longs poils blancs éclatant et ses longues moustaches courbées.
Et puis un jour, Tempête changea ses habitudes. Ses moments de jeux duraient moins longtemps, ils n’avaient lieu plus qu’une seule fois par jour. Son humaine appréciait ce calme tout relatif. Ce silence plus long entre 2 courses poursuites avec le vent, avec la poussière, avec la joie et la jeunesse. Tempête sauta moins haut, mais il n’y avait qu’elle pour le remarquer. Cinq centimètres lui manquaient dorénavant pour sauter du premier coup sur le haut dossier molletonné de la chaise du salon. Alors, pour ne pas se couvrir de ridicule, elle changea son parcours et saute à présent sur le dossier du fauteuil en tissus. Moins haut, meilleure accroche, plus large aussi.
Petit à petit, elle mangeait avec moins d’appétit, moins d’envie, moins d’entrain. Elle n’avait jamais connu la faim grâce aux croquettes disponibles jour et nuit, nuit et jour, jour après jour, semaine après semaine. Cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le remarquait. Elle vidait toujours sa gamelle du matin, même si elle mangeait ses 50 grammes de viandes en sauce en trois fois ; quand son humaine partait travailler, la gamelle était nettoyée, comme avant. Comme avant que la vieillesse ne la rattrape. Puis, elle était devenue sourde, cela aussi, il n’y avait qu’elle qui le savait. La surdité ne se voit pas et puis comme Tempête était toujours collée aux basques de son humaine quand elle était dans la maisonnée, il ne fallait jamais l’appeler pour manger, pour sortir dans le jardin ou pour baptiser la litière tout propre, toute fraîche.
Tempête ne comptait pas les années. D’ailleurs savait-elle compter ? Cela a-t-il une réelle importance quand on sait que ses années à elle ne sont pas les mêmes que celles de son humaine ? Un an pour Tempête, c’est beaucoup, c’est énorme, c’est très long. Un an pour sa copine à deux pattes, c’est quoi ? Douze mois ? Ça rime à quoi tout ça ? À plus ou moins 365 longs dodos ? Pour Tempête qui dort souvent, au moins dix à quinze siestes par jour, le dodo de la nuit, celui qui dure plus longtemps, se rajoute aux autres sans aucune notion de différence.

Aujourd’hui, Tempête tire la tête. Oui, elle boude. Et qui le remarque ? Personne ! Pas même le petit colibri qui est dans sa tête, qui bat des ailes frénétiquement dans chacun de ses rêves quotidiens. Tempête est fatiguée d’avoir mal, de souffrir du Temps qui se la pète, du Temps qui passe ; elle est épuisée par son corps qui vieilli et qui la ralenti. Alors, distraite, pensive, douloureuse, Tempête avance une patte après l’autre sans se rendre compte des petits trous, des petites plaies qui se multiplient sur son corps tout poilu. Elle se gratte, elle se lèche, elle se lave, elle prend encore soin d’elle, sans se demander combien de temps elle va devoir encore subir tout ça, tous ces changements, tous ses ralentissements, toutes ces douleurs sourdes et silencieuses. Elle les subit et les oublie le temps d’un câlin, d’un échange d’affection, d’un moment de partage et d’amour.
Si près de son amie à deux pattes, tout contre elle, au chaud, confortablement installée sur la couverture toute douce, Tempête-le-chat ronronne. Et c’est là que l’humaine voit les petits trous, les croûtes, les plaies multiples qui ravagent discrètement la peau de son chat.
Tempête est vieille et devenue sensible aux moindres changements du temps sur sa peau fragile, usée, abîmée par les années mais cachée par des milliers de poils blancs, gris et noir.
Tempête sera bientôt dans le Temps de la Paix, le calme pour elle avant la tempête d’émotions qui va ravager son humaine qui ne va pas comprendre pourquoi tout va si vite, pourquoi son compagnon à quatre pattes qu’elle affectionne depuis tant d’année va bien devoir partir un jour, et que ce jour est peut-être bientôt là…
Le Temps qui passe est le même pour tout le monde, il avance simplement à une vitesse différente selon l’espèce qu’Il accompagne.

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Mon petit chat Chouna

Le week-end passé, j’ai commencé un petit texte pour Tisser les Mots. Ce matin, je l’ai terminé. Il est desormais programmé pour dans quelques jours.

Mais je voulais ajouter un petit mot pour mon chat Chouna. Car il s’agit bien d’elle, une petite femelle qui se fait vieille. 

Chouna vient de fêter ses 13 ans. 13 un chiffre porte malheur ? 

Il y a 2 semaines environ je découvrais sur une de ses pattes avant comme une petite boule rose, entre 2 doigts. Elle n’a pas voulu que je lui coupe ses griffes, elle semblait avoir mal à cette patte. Puis, de jour en jour, je découvrais plusieurs petites lesions plus ou moins sanguignolantes un peu partout sur son corps.

La semaine passée je l’emmène chez le vétérinaire. Il était plutôt inquiet par rapport à cette boule. Antibiotiques injecté + comprimé pendant 7 jours… rien n’y faisait.

Nous l’avons donc opérée ce matin… plein de pu s’est échappé de sa patte. Et une prise de sang a été faite également. 

3 ou 4 points de suture et un bandage plus tard, la voici qui dort encore…

Je ne veux pas qu’elle souffre, je ne m’acharnerai pas si le paradis des chats l’attend, mais je veux pouvoir lui dire combien je l’aime et lui dire aurevoir. Mes chats comptent beaucoup pour moi. L’année dernière, aussi au mois d’aout, c’était Vicky qui avait failli y passer… 

J’espère que ma Chou-Choun auta autant de forces et de combativité. 

Questionnaire pour mieux me connaître

Cela fait un petit temps que je lis sur les blogs des jeux de questions-réponses en lien avec l’écriture et la lecture. Cette fois, je me lance après être allée sur le blog de … Cécile, oui, même prénom, pas mal de centres d’intérêts en commun, mais ce n’est pas moi :-)

Donc Cécile a été interviewé par Lauraline Aday, vous pourrez découvrir son article en cliquant sur son prénom en orange.

Quant à moi, mes réponses aux questions, c’est ci-dessous …

1) Depuis quand j’écris ?

Je pense que cela a démarré avec mon premier journal intime, j’avais 11 ans. J’écrivais beaucoup dans ce journal, surtout mon premier coup de foudre pour un garçon !

Plus sérieusement, j’ai commencé à inventer des histoires vers 14 ans. Je me souviens d’un texte en particulier, celui que j’ai écrit pour un devoir. Je me souviens que dès que la prof nous a donné la description du sujet, un cadavre exquis, je n’avais qu’une hâte : rentrer à la maison pour me mettre à écrire car j’avais déjà une idée !! Je pense que c’est à partir de ce moment-là, des encouragements de cette prof de français, que j’ai vraiment démarré l’écriture non-biographique

2) Quel est le premier texte que j’ai écrit ?

Comme dit plus haut, je me souviens de ce devoir à l’école secondaire. La phrase du cadavre exquis était « Un miroir sème gaiement une carte sale », je l’ai fait à la « Alice aux pays des merveilles. »

3) Est-ce que je planifie toute mon histoire ou est-ce que je me lance au « feeling » ?

100 % feeling ! Dès que j’ai une idée, je tape tout presque d’une traite. Les relectures et les corrections me sont très difficiles.

4) Est-ce que j’ai déjà fini d’écrire un roman ? Quel est son titre et de quoi parle-t-il ?

Oui, 3 romans. Je n’écris pas de longues histoires car comme je l’ai précisé plus haut, j’écris tout d’une traite… Le premier a comme titre « Chassé croisé du passé, du destin », ça parle des grandes vacances d’une adolescente qui tournent au vinaigre. Tout se passe dans sa famille et les rebondissements s’enchaînent. Je l’ai écrit en 2011. Le second, j’ai réussi à tirer « long » grâce au challenge du NaNoWriMo, c’était en 2013 avec comme titre « l’atelier d’écriture virtuel » où une jeune animatrice d’atelier prend en charge un petit groupe de 4 à 5 personnes pour les motiver à écrire un petit peu, régulièrement, sur tous les sujets. L’animatrice est un peu bizarre, comme chacun des participants… une histoire un peu tordue que je dois vraiment relire pour que cela tienne la route. Enfin le 3ᵉ et dernier du moment, écrit durant ce mois de juillet 2016 a pour titre provisoire « La légende du Blondinet », c’est l’histoire d’une légende, celle d’un enfant disparu, un petit blondinet, près ou dans un puits il y a des années, lors d’un épais brouillard. Il y a aussi un étrange oiseau rare, un petit garçon qui disparaît à son tour et une fontaine magique et aussi un peu maléfique…

5) Qu’est-ce que j’aime écrire ?

Les animaux m’inspirent, j’aime observer leur comportement et essayer d’expliquer leur vie, mais aussi tout ce qui touche à la nature. J’aime faire parler les objets ou les personnages qui ne parlent pas la même langue que nous.

6) Quel est mon lieu favori pour écrire ?

Assez bizarrement, je n’ai pas encore trouvé mon lieu de prédilection, on va plutôt dire que j’ai une nette préférence pour le moment d’écriture : tôt le matin avant le lever des poules et du soleil.

7) Quel est mon auteur/livre préféré ?

J’ai beaucoup de mal à choisir. Impossible de répondre à cette question !

8) 5 livres que j’emporterais sur une île déserte.
La rivière à l’envers de Jean-Claude Mourlevat
Le voyage de Gaspard.
Voyage au centre de la terre ou dans la mer…
Les gardiens de Ga’Hoole (une série qui comporte une 10zaine de bouquins)
Un livre que je n’ai pas encore lu :-)

9) Un projet en cours et dont j’aimerais parler ?
Un prochain recueil de nouvelles avec les textes écrits depuis le blog Atelier d’écriture Tisser les Mots.
Et peut-être mon dernier roman, mais j’aimerais expliquer comment j’en suis venue à écrire toute cette histoire en une vingtaine de jours… qui et quoi m’ont inspiré… 

10) Que peut-on vous souhaiter pour 2016 ?

Une meilleure santé, moins mal au dos, plus de douleurs physique et surtout plein d’énergie pour faire tout ce dont j’ai envie de faire, avec ma famille, mes enfants, mon compagnon et aussi pour moi :-)
Peut-être aussi, pour 2017, terminer de relire et corriger mes romans ? est-ce réalisable :-))

Mot d’enfant sur le rangement

Le week-end passé, j’ai pris mon courage à 2 mains en plus des 2 mains de mon fils pour… ranger sa chambre ! Fiston a la plus petite chambre, sous les toits, à côté de la nôtre. Il aime cette chambre, il y dort très bien, bien mieux que dans les précédentes. Il grandit aussi. Mais son bazar grandit avec lui… car qu’est ce qu’il est désordonné. Et cela ne dérange que moi, sauf quand il a décidé de jouer avec quelque chose et qu’il ne le retrouve pas. Car s’il aime que tout soit sens dessus dessous, il n’aime pas chercher, fouiller… et ses recherches vaines se terminent toujours en pleurs.

Alors, à deux semaines de la rentrée scolaire, hop, maman a décidé de passer à l’action. Cela nous a demandé 3 bonnes heures pour revoir la couleur de son bureau et pouvoir dégager le côté de son velux où c’était un vrai parcours du combattant pour arriver jusque là.

Mais sa réaction vaut toute l’énergie dépensée à ce rangement. Alors, que je me relève enfin et ferme une poubelle, il me déclare :

-Oh ! J’espère que ça va rester longtemps comme ça !

Moi, tout ce que j’espère, c’est que cette vision de chambre rangée ne soit pas qu’un mirage qui s’évapore à la rentrée ha ha

Léa-Marie

Je joue avec Tisser les Mots pour la proposition d’août-septembre 2016.

Cette histoire parle d’elle-même, tout à fait inventée pour l’occasion, mais c’est suite aux mots de ma maman, son ressenti par rapport à son ancienne voisine âgée qu’elle aime beaucoup et qu’elle va voir régulièrement au home. Marie existe. Francine aussi. Léa aussi, elle se reconnaîtra ;-)

Léa-Marie

Léa-Marie est âgée. Mais elle ne le sait pas, elle l’a oublié. Elle passe le reste de son temps dans une maison de retraite, avec d’autres comme elle que le Temps n’a pas épargné, jetant des rides aux visages et aux mains sans se soucier du quand dira-t-on. Chez les femmes, le Temps est particulièrement méchant avec elles, plombant leur poitrine tombante, rendant flasque tout ce récipient de lien maternel, toute cette chose pourtant aimée et désirée, caressée et soignée par l’Amour. Et puis, la Maladie est venue en renfort, chassant dans les mémoires fatiguées les souvenirs, les noms et le Savoir.

Dans cette maison de repos, il est admis que les pensionnaires, tant chez les mesdames que chez les messieurs, portent un bijou, un seul. Il est étonnant comme le Temps peut changer les choses. Au début de leur arrivée, chaque pensionnaire, veut faire bonne et belle impression. Il faut dire que le cadre de l’établissement est magnifique et encourage les gens, même les gens affaiblis et esseulés, à sourire à la vie, à ouvrir les bras à cette nouvelle vie qu’est la vieillesse, cette dame âgée au grand cœur auquel nul ne peut échapper.

Alors, au début, tous portent un bijou souvenir, souvent en or : une alliance, un pendentif, un bracelet. Parfois ces bijoux sont en argent, mais tous ont la puissance d’un moment heureux qui perdure au travers ce métal précieux. Souvent, au cours des semaines qui suivent ce choix, ils ne se rendent plus compte qu’ils portent un bijou, alors leurs yeux taquinent leur voisin et des échanges s’effectuent en toute simplicité, sans un voile de vol ou de mensonge planant autour de cette action. Pour d’autres moments heureux partagés.

Dans cette maison de retraire, qui n’est pas de tout repos malgré les oui-dire des familles, travaille Francine, une aide soignante particulière, qui dès son arrivée à bouleverser la vie de ces personnes qui ont été déposées tantôt par un parent, tantôt par un enfant, tantôt par un amant, tantôt par un médecin, tantôt par un taxi. Elles ont toute une histoire différente à vous raconter. Et ça, Francine l’a bien compris.

Francine, la quarantaine dynamique, a toujours un sourire jusqu’aux oreilles, une voix douce et des gestes tendres. Malgré son travail difficile où on lui demande parfois de véritable prouesses professionnelles, malgré la mauvaise humeur de certaines collègues qui ne lui facilitent pas la vie et malgré les comportements de certaines gens soignées ici qui lui compliquent la tâche, Francine continue à sourire et à venir en fin de service rendre une dernière visite à ces personnes que la vie n’a pas aidé.

Ce soir, c’est Léa-Marie qui est la dernière à qui Francine dit aurevoir. L’aide-soignante ne sait jamais qui ne sera plus là le lendemain. Alors, elle prend son temps, quitte à faire des heures supplémentaires non payées, pour souhaiter une bonne soirée à tous ceux et à toutes celles qui lui font gagner son salaire. C’est un peu comme un remerciement, en un peu différent. Et tous l’attendent avec impatience, même les plus en forme, juste pour recevoir ces mots gentils, avant la nuit. Francine souhaite, sincèrement, à tous les 29 pensionnaires, de faire de beaux rêves. Et pour accompagner cette phrase pourtant banale, pourtant usée, Francine prend la main de la personne, ce soir, nous accompagnons Léa-Marie, et lisse un peu les doigts durs, rigides, tordus de sa patiente préférée. Même si elle les aime tous, Francine ne cache pas ses sentiments plus forts pour celle qui fut autrefois sa grand-mère. A 99 ans, Léa-Marie a oublié qui elle était, elle ne sait plus comment elle s’appelle, ni où elle est, elle a jusqu’à oublié qu’elle avait des enfants et une petite-fille qui s’appelle Francine et qui vient la voir et prendre soin d’elle, tous les jours. En réalité, personne ne connaît leur lien de parenté, car l’aide-soignante est arrivée dans cet établissement de soins une semaine avant Léa-Marie. C’était il y a déjà quelques années. Et comme il arrive parfois que les pensionnaires n’aient aucune visite, personne ne s’était étonnée que Léa-Marie n’en reçoive aucune. Elle était arrivée avec une ambulance, avec pour tout bagage une mémoire passée à la moulinette. Dans cette passoire, elle avait oublié l’origine de sa chute en rue et le traumatisme crânien avait déjà effacé le lien qui existait entre son unique petite-fille et elle. Pourtant, c’était un lien fort, un lien unique, un lien éternel. Alors, Francine a joué son rôle habituel, accueillant cette nouvelle pensionnaire comme une autre : avec un sourire, peut-être juste un peu plus long que ceux qu’elle offre aux autres, avec des gestes tendres peut-être juste un peu plus longs que d’habitude, avec une voix douce peut-être juste un peu plus douce encore.

Et puis, dès le premier soir de son arrivée, Francine l’avait « réparée », elle lui avait prodigué son soin magique qui permet au cerveau d’oublier la peine, la tristesse, les doutes, les questions et d’accepter le changement aussi bouleversant qu’il soi. Francine écoutait, parlait, touchait les gens, même les plus fatigués, même ceux qu’on a oublié. Elle était maître dans son art, un vrai aficionado, passionnée par sa mission qu’elle appelait sport. Car c’était bien de ça qu’il s’agissait : un sport. Courir après le temps, une course contre la montre du vieillissement. Mais faire tout ça dans la sérénité, sans montrer de stress, sans faire paraître sa peine à elle, son inquiétude grandissante pour Léa-Marie. Francine aimait réparer la douleur invisible, celle du Temps, celle des souvenirs oubliés, abîmés, déchirés, jetés… Elle réparait tout, même les blessures faites par de vilaines cicatrices mentales.

Oui, il n’y a pas que les jeunes et moins jeunes qui peuvent souffrir du passé, d’une vie mal contrôlée, d’un geste déplacé.

Ce soir, Francine chante une berceuse à sa grand-mère, à cette patiente qui devrait fêter ses 100 ans le mois prochain. Francine a toujours su que sa Mamychérie ne voulait pas souffler autant de bougies. Pour elle, cent ans, représentait le stade après la vieillesse, soit la mort. Alors, elle lui chante ces mots qui réconfortent, elle lui murmure cette invitation à passer la frontière, celle que l’on ne voit pas, celle que l’on imagine mais dont on a peur, tous, un peu, beaucoup.

Léa-Marie a survécu à bien des choses : elle a perdu un enfant très jeune, elle a vu son mari s’en aller, puis son frère, elle a combattu bon nombre de maladies, elle a lutté contre le Temps et les trous dans sa mémoire. Alors, oui, aujourd’hui, elle peut souffler.

La voix de Francine tremble, mais personne n’est là pour l’entendre. Sa gorge se serre car, au fond d’elle, elle sait que sa grand-mère ne sera plus là demain. Ce soir, elle est là, demain, elle sera ailleurs.

Demain et tous les autres soirs, elle aidera un grand-père, une grand-mère, un homme, une femme sans famille, un frère, une sœur, une tante, un oncle. Car Francine a cette particularité d’être un enfant, un petit-enfant, une sœur, une tante de qui veut. Un jour, elle s’appelle Francine, un autre jour Louise. Elle prend tous les prénoms et tous les noms que les patients lui donnent.

Elle est quelqu’un, elle est personne.