Une histoire à plusieurs mains

Durant le confinement, j’ai eu l’occasion d’écrire une petite histoire avec d’autres personnes, par email et FB interposé ;-)

Grâce au jeu de dés Story Cubes, à un jeu de cartes « Il était une fois », nous avions chacune de nous six, deux mots à caser dans notre texte. Et nous avons écrit cette histoire à la manière d’un cadavre exquis, c’est-à-dire que nous écrivions chacune à notre tour une partie de l’histoire.

La superbe illustration du petit écureuil, vient du site Pixabay, libre de droit.


Un jour, au jardin

C’était une petite pomme qui poussait sur un pommier …en ce printemps 2020. C’était un plaisir de la savourer des yeux en pensant au moment où on pourrait la croquer à belles dents !

Depuis mon jardin, je pouvais la voir, rouge, grosse et ronde à souhait. Elle n’attendait qu’une chose : que je la cueille. Tout à coup, un mouvement roux, furtif, me fit tourner légèrement la tête : un écureuil s’approchait de mon fruit convoité ! Oh ! Le coquin, il allait me le voler assurément. Je me levai doucement de mon fauteuil. Mon geste le fit s’arrêter net. Nous étions à même distance de la pomme, lui derrière elle, moi devant. Ou inversement selon son point de vue… J’estimais qu’il devrait faire au moins dix ou douze petits bonds ; quant à moi, en trois grands pas, je devrais pouvoir arriver à mettre la main dessus. La suite des événements me sembla passer comme au ralenti. Nous étions deux tortues, à avancer d’une lenteur effroyable, à tenter de deviner quand l’autre passerait à la vitesse supérieure.

C’est alors que tous deux nous restâmes bouche bée, une ombre de plus en plus épaisse … de plus en plus proche, descendait du ciel comme par magie. Figés sur place, alors que tous les animaux alentour fuyaient et qu’un silence d’hiver s’installait, nous observions, tout autant effrayés que fascinés par ce voile aux mille couleurs prêt à accoster. Accroché à un énorme parachute, un tout petit lutin nous apparut, nous apprendrons plus tard qu’il s’agissait d’une lutine. Elle se faufila entre les branches du fruitier.

Au fil des ondulations délicates de ce petit être d’une branche à l’autre, comme si elle obéissait à je ne sais quoi, je ne sais qui, presque comme si elle était … vivante, l’énorme soie arc-en-ciel se rétrécissait rapidement et méthodiquement. Elle termina son étrange cérémonie de pliages rangée dans un minuscule sac suspendu au dos de la lutine au moment même où celle-ci s’assit délicatement … sur le fruit convoité !

Éberlués, bouche bée, l’écureuil et moi étions comme transformés en statues de sel. Incapables de bouger, c’est à peine si nous respirions. Le sortilège prit fin lorsque la lutine commença à parler.

« Bonjour, quelle chance, c’est le bon jour et la bonne heure, j’avais tellement peur d’arriver en retard et de ne pas vous trouver ».

Sa voix était comme la soie colorée qui avait réintégré le petit sac à dos : douce et lumineuse, souple et solide, on croyait entendre le murmure fascinant d’une rivière quand la lumière joue à cache-cache avec le mouvement de l’eau.

Elle secoua la tête et un rire de grelots retentit, rendant l’instant encore plus magique. « Bonjour et bienvenue … enfin, si tu n’es pas là pour me voler ma pomme, déjà qu’on est deux sur le coup, trois, ce ne serait plus marrant du tout ! », répondit l’écureuil, d’une petite voix aiguë et parsemée de « cric » et de « crac », comme si en parlant, il continuait à croquer une noisette. « Ta pomme ? Non, elle est belle à croquer, mais ce n’est pas pour elle que je suis ici, c’est pour vous rencontrer, toi et … elle » poursuivit la lutine en pointant son petit index en la direction. Elle continua : « c’est vous qui avez été choisis pour m’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible, il faut vraiment que vous m’aidiez » C’est alors que je m’entendis répondre : « oui » …

Comment dire non à une créature aussi fascinante !

Pourtant, aussitôt ce petit mot sorti de ma bouche, un train de questions s’ébranla dans ma tête, comme un défilé de wagons où s’accrochaient des points d’interrogation : oui-mais…oui-mais…oui-mais…oui-mais…

— Pourquoi cette lutine nous avait-elle choisis ?

— Cette façon de nous appeler les “élus” ne me plaisait guère…N’y avait-il pas là une manipulation démagogique ?

— Pourquoi fallait-il un gardien des rêves ?

— S’il y avait un gardien, c’est bien que les rêves étaient emprisonnés : ne devaient-ils pas être libres et accessibles à tous ?

— Qui avait installé une grille autour du monde des rêves ?

— La lutine n’était-elle pas envoyée par celui qui se désignait comme le propriétaire de ce lieu ?

— Bref : avions-nous devant nous une fée ou un être maléfique au solde d’un
despote ?

— Et enfin : le confinement ne m’avait-il pas tourneboulé l’esprit ?

Avec toutes ces questions qui me venaient à l’esprit et qui partaient dans tous les sens, j’avais l’impression que ma tête battait la campagne ! Je ne savais plus où j’en étais ! Peut-être que c’était le confinement effectivement qui me mettait dans cet état de ruminations, d’interrogations et de rêveries sans fin ! Qu’en penser ? ! Est-ce que la lutine n’était pas simplement un effet de mon imagination débridée ?!

Bien sûr il y avait la pomme qui était réelle et l’écureuil aussi mais le reste ?

En fait j’avais regardé ce qui se passait dans le jardin parce que j’en avais par-dessus la tête de lire et relire ce manuel  » comment utiliser un boulier en 10 leçons ». Encore une fameuse idée que j’avais eue ! Confinée avec mon petit bout de 5 ans qui n’allait plus à l’école, j’avais eu le projet de lui apprendre à compter avec un boulier mais ça s’était avéré plus difficile que je ne l’aurais cru au préalable. En fait j’étais dépassée. Et oui même les choses les plus simples ! Et puis finalement après tout, la petite allait retourner à l’école, donc…plus besoin de se tracasser avec ce boulier. Mais c’était la lutine qui me turlupinait à présent ! Je me voyais déjà consultant google pour en savoir plus sur le monde
(imaginaire ?) de ces petits elfes !

Que faire ? Pourquoi n’avais-je pu tout simplement croquer cette petite pomme ?

Soyons honnête, dans ma petite tête, c’était un véritable dialogue de sourd. Toutes ces questions et ces interrogations. Et tout ça, pourquoi ? Pour une pomme, pour un écureuil ou pour un petit lutin ?

Je dois bien l’admettre, à force de rester confinée chez moi, mes actions et les événements ont pris un tout autre sens. J’ai davantage de temps pour réfléchir et surtout pour agir. Même si je crois à d’autres mondes, tels celui des fées et des lutins, je ne peux pas mettre tous mes œufs dans le même panier : la pomme, l’écureuil et la lutine, tous les trois, dans mon jardin ! Non.

— Eh bien, si ! Me répond l’écureuil.

Je fronce les sourcils : après la lutine que je comprends, le langage de l’écureuil me serait-il soudain devenu accessible ?

— Oui et non ! Hi ! Hi ! Dit-il en se moquant de moi.

Je ne comprends rien à son petit manège et je perds royalement patience. L’animal doit le voir, car aussitôt, il s’explique :

— Tu me comprends, car je fais partie de l’espèce « télépathe ». Je sais lire dans tes pensées et je te donne accès aux miennes par ma seule volonté. Si je parlais à voix haute, tu ne me comprendrais pas, nous n’avons pas le même langage.

— Ah ! Ok ! Je comprends tout à présent. Merci pour tes éclaircissements Maître Écureuil Télépathe.

— Tu te moques de moi ? crie-t-il aussitôt dans ma tête ! Maître, je ne suis pas un maître, je suis un simple disciple. Un disciple, le seul et l’unique qui n’a pas froid aux yeux et qui ose affronter les géants à la peau lisse.

— … Les géants à la peau… lisse ?

— Les bipèdes, les géants, les humains, ceux de ton espèce, toi quoi ! Pfff je ne suis pas tombé sur la plus futée des géants…

— Je t’entends ! lui rétorque-je.

— Oups, pardon !

L’écureuil semble demander que je l’excuse et il fait une grimace qui je suppose doit être prise pour un sourire contrit. Il est bien mignon et je veux bien croire qu’il fasse partie du même monde que le mien, ainsi que la pomme. Et la lutine ?

— Faut vraiment tout t’expliquer à toi, rouspète mon nouvel ami télépathe. À ton avis, si la lutine est arrivée pile au moment où on allait se disputer la pomme, c’est que la pomme est… ?

— La pomme est… ? Quoi ? Il me demande de terminer la phrase ?

— Oui, banane, je te demande de terminer la phrase. C’est facile pourtant ! Simple comme un bonjour. La pomme, est pour la lutine, l’a…

— La pomme est l’amie de la lutine me communiqua l’écureuil en pensée. Toutes les pommes sont ses amies, les arbres aussi, les fleurs, les oiseaux … tout dans la nature est l’ami des lutins Je te rappelle qu’elle est venue pour que nous l’aidions. Et pour te rassurer, oui, nous faisons partie du même monde, celui de l’amour. Mais beaucoup l’ont oublié, perdu ou simplement donné. Nous avons été choisis il y a très longtemps pour l’aider à retrouver la clé du cadenas qui ferme la grille du monde des rêves. Tu te souviens, le gardien s’est assoupi et, à son réveil, la clé avait disparu ! Depuis, le monde des rêves est inaccessible. Et sans rêves, pas d’amour.

— Alors la pomme tu comprends mieux maintenant ? me dit la bestiole.

— Euh, non, je n’y comprends rien à votre histoire de clé, de pommes et de rêves. D’ailleurs, tout ça n’est qu’illusion ! Je parle avec un écureuil par télépathie et une lutine nous appelle au secours pour des rêves dont je ne me souviens même jamais !

— Justement ! surenchérit l’écureuil, c’est bien parce que la clé a disparu. Quand tu étais enfant tu ne te souvenais pas de ce dont tu rêvais ?

Oups, me voilà bien mal prise, il a raison ce vaurien, je me souviens que je rêvais souvent d’un jardin, un superbe jardin rempli de fleurs. De sublimes fleurs de toutes les couleurs, de toutes les senteurs, de toutes les douceurs. Et aussi une jolie balançoire sur laquelle je virevoltais, de grands arbres sur lesquels je grimpais auprès des oiseaux dont le chant me berçait. Il y avait aussi un cerisier énorme que j’adorais escalader. Je me souviens d’une fois, m’approchant de la fontaine … Ah on y est, me dit l’animal en me coupant dans mes douces pensées. Et ensuite, insista-t-il en se glissant sur mon épaule, que s’est-il passé ?

Allez, ne me regarde pas comme si j’étais un extra-terrestre, je suis juste un écureuil, juste un peu spécial car je n’ai pas peur de toi mais je suis simplement un gentil écureuil. D’ailleurs, je m’appelle Cannelle … tu me suis ? Pomme … Cannelle … Et toi, tu ne devines pas pourquoi on te prénomme Cléa ? … Clé-a ! … Parce que tu “as” le pouvoir de retrouver la “clé” !

Mais tu as besoin de moi, de la pomme et de la lutine, elle son prénom est Rêve … tu me suis ?

Rien de tout cela ne me paraissait logique mais … logique quand même. J’étais vraiment perturbée, rien à voir avec le confinement, j’étais confondue, perdue, emmêlée dans des milliers de pensées mais, au fond de moi, je sentais que Cannelle avait raison. Je réalisai soudain que cette petite peluche autour de mon cou était une fille. Elle capta, bien sûr, ma pensée et me regarda tendrement puis me dit, enfin, me pensa : tu sais, je suis une écureuil, toi une petite fille, Rêve une lutine et la pomme a la graine. Nous sommes toutes destinées à semer les rêves, les histoires, les contes, l’amour ! … Si nous ne retrouvons pas la clé, tout cela sera perdu et le monde sera gris, sans sourires, sans plaisir, sans imagination, sans histoires … sans rêves, sans amour. Tu le sais que cela a déjà commencé, tu ne rêves plus … et bientôt, tous les enfants du monde ne rêveront plus si nous ne récupérons pas la clé du cadenas.

Un long silence s’ensuivit, nous nous regardions, puis nous avons regardé Rêve, toujours assise sur la pomme. Elle nous adressa un grand sourire calme et apaisant, ses petites ailes d’or se mirent à battre doucement, ses grands yeux violets s’illuminèrent elle s’approcha doucement de nous et, en s’adressant à moi, elle chuchota : tu nous racontes ce qui est arrivé près de cette fontaine Cléa ?

« A la claire fontaine, m’en allant promener … » comment pouvait-elle savoir ? Était-ce donc écrit ? Gravé ? Oh mon dieu, comme cette simple question remuait en moi de multiples souvenirs … était-ce donc pour cela que j’étais devenue passeuse d’histoires ? Était-ce parce qu’un jour j’aurais à transcender ce statut d’adulte qui m’avait semblé si difficile à acquérir, pour me rendre compte que c’était l’enfant qui avait accompagné l’adulte et vivait toujours à travers lui qui était ma force ? C’était donc pour cela qu’à la question posée par un « géant à peau lisse », un jour, au bord d’un lac … en mangeant une pomme, une pomme, déjà … « quelle est ton super pouvoir ? » j’avais répondu « celui de ramener les adultes à l’enfance par le pouvoir des histoires » … cela me tomba dessus comme la foudre, un éclair traversant ma conscience : depuis toujours et à jamais ce sont les histoires qui sauvent le monde …

— « Oh, hé, la géante, ça va ? Tu en as mis un temps … » me réprimanda doucement Cannelle … tu nous raconte, la fontaine … je pense que c’est un indice « 

— « Ah, oui, la fontaine … bon … des dizaines de fontaines me passaient par l’esprit, des images en 3D … mais une seule chanson « à la claire fontaine … »

— « Ok, dis Rêve, rendez-vous à la claire fontaine », et, se drapant dans sa soie multicolore sortie tel un diablotin de son sac à dos, pfffffiuuuuuu, Rêve disparut.

Disparue…sans me laisser le moindre caillou blanc ! Sans la clé…pourrais-je retrouver le chemin de mes rêves ? J’étais embarquée dans une histoire sans fin !

A moins que…

Enfant, je rêvais souvent de cette fontaine les nuits de pleine lune, entre veille et sommeil. Ce n’était pas par hasard que la lutine était arrivée aujourd’hui !

Je m’allongeai sous le pommier, prête à traverser la toile tissée par les premiers rayons de lune pour rejoindre le monde de mon enfance.

Hop !

La fontaine gazouillait au milieu d’un champ de fleurs…des fleurs extraordinaires, dignes du pays de Philémon ! Celles-ci ressemblaient à de petits parachutes multicolores (tiens donc!), celles-là à des réverbères, d’autres encore à des serrures. Des diablotins couraient dans tous les sens à la recherche de la clé des rêves. Ils allaient la trouver avant moi et la cacher à jamais dans une grotte obscure !

C’est alors que je découvris une petite enveloppe, éclairée par une fleur réverbère, je m’en emparai…

Hop !

J’étais revenue au pied du pommier : la lutine sur mon épaule, Cannelle sur mes genoux. Une clé dépassait de l’enveloppe que je tenais encore en main, brillante sous les rayons de lune.

Nous en deviendrions les gardiens…

Quant aux diablotins, ils auraient beau la chercher partout, ils ne la retrouveraient jamais !

FIN


Pour la télécharger, c’est ici :

nouvelle bannière du côté de mes amis

Les contes de Myrtille : contes et spectacles pour les petits (et les plus grands aussi) en Belgique, du côté du Brabant Wallon :-)

J’ai eu le grand plaisir de rencontrer Myrtille à l’occasion d’une formation sur les contes, ici à Liège. Une conteuse, musicienne, chanteuse à la voix magnifique qui emporte son public dans un univers féérique.

Vous pouvez la retrouver en cliquant sur l’image ci-dessus, mais aussi bien sûr dans la page « Du côté de mes amis« 

Extrait de mon recueil de contes détournés

Pour vous, un extrait de mon recueil de contes avec l’entièreté d’une nouvelle : La petite Mamie aux boules de laine

En PDF directement ci-dessous :

Bonne lecture :-)

Petit conte détourné d’après photo

Ma libraire est aussi photographe :-) et sur sa page, un jour de fin d’août, une photo et une idée d’écriture.

Un valeureux prince, renié par sa famille parce qu’il est tombé amoureux d’une jeune femme qui profite de la vie simple, sans une seule économie de côté. Ils se sont un jour rencontrés dans une gare souterraine. Il était là pour faire bonne figure, pour parler de cette gare restaurée, souterraine, qui dépérissait faute de voyageurs fidèles. Parce qu’il aimait les trains et les chemins de fer, une passion exubérante pour un homme de son âge et de son statut, on lui a fait une surprise et débloqué les fonds nécessaires pour une restauration grandiose. Surprise pour son 20e anniversaire. Mais le jour de l’inauguration, pour ne pas fermer la gare, mais au contraire la montrer en plein fonctionnement, dans toute sa beauté et sa gloire renouvelée, il a croisé le regard de cette femme. Une jeune femme simple, au regard pétillant qui l’a simplement remercié d’un geste de tête. Cette femme prend tous les jours, sept jours sur sept, cette ligne qui passe par cette gare. Du lundi au vendredi, elle monte dans cet unique train pour se rendre à son travail… et pour en revenir bien sur. Les week-end, elle fait le même trajet mais elle reste dans le train et fait simplement un aller-retour sans sortir du wagon. Ces deux jours-là, elle accompagne son vieux père, conducteur de train. C’est leur petit rituel. Quand le prince a compris la raison pour laquelle elle le remerciait, non pas pour elle, mais pour avoir sauvé le travail de toute une vie de son papa vieillissant, il a tenu à la rencontrer. Hélas, quand les parents du prince, le roi et la reine, apprirent qui était cette jeune femme, aucun rang, aucune richesse, aucune gloire, ils le déshéritèrent aussi rapidement que la gare avait été restaurée. Depuis lors, le prince se cache dans les tunnels, fuyant sa famille, épiant les rares voyageurs dans l’unique espoir de la retrouver elle.7 ans passèrent. Un jour, le pauvre prince qui n’avait plus rien d’un prince couru dans les escaliers de la gare pour échapper à des policiers. Il perdit une grosse chaussure. C’était toujours la même pair qu’il portait depuis sept ans. Été comme hiver, il ne s’en séparait jamais. Elles commencèrent bien sûr à se faire vieilles, à s’user, à craqueler, à perdre leur teint.Mais une chose n’avait pas changé : le regard de la jeune femme pour lui. Elle su immédiatement à qui appartenait cette chaussure égarée. Et, grâce à son père, aujourd’hui pensionné des chemins de fer, grâce à ses contacts, elle fouilla les tunnels de la gare un week-end pour retrouver l’heureux propriétaire de cette chaussure perdue.

Conte de sagesse : La petite boule roule

Cette petite histoire a été écrite en novembre 2019. Elle était destinée à rejoindre mon recueil « Raconter des salades… de contes », mais comme elle est différente de toutes les autres histoires, je l’ai enlevée.

Je vous l’offre à présent. Lisez jusqu’au bout, après l’histoire, j’explique un peu comment m’est venue cette idée… quand on vous dit que parfois les auteurs sont happés par leur propre histoire, que leurs personnages vivent leur vie… c’est tout à fait ce que j’ai ressenti en écrivant ce petit conte.

J’aimerais bien connaître votre avis sur ce petit bout de sagesse :-)

Bonne lecture.

La petite boule roule

Il est des gens et des objets différents. Nous sommes tous différents, mais nos actions et nos réactions sont parfois identiques. C’est la raison pour laquelle je souhaite qu’en lisant cette histoire, vous oubliiez tout ce que vous avez appris. J’aimerais vous embarquer dans une aventure bien différente de celle que l’on connaît à propos du célèbre conte de La Petite Poule rousse.

Ici, nous sommes dans un autre univers, un autre monde, une autre dimension.

Pour rappel, La Petite Poule rousse parle d’une poule, rousse, qui demande de l’aide à ses amis de la ferme pour cultiver des graines pour pouvoir se faire une bonne tarte. Mais tous ses amis sont trop occupés pour l’aider et elle finit par faire elle-même tout le travail, depuis sa plantation des graines jusqu’à la confection de la tarte. Évidemment, à la fin, la bonne odeur de la tarte fait saliver ses amis qui ne l’ont pas aidée et là, tous veulent déguster cette délicieuse tarte, avec elle. La petite poule rousse, rancunière, mais honnête, coupe autant de parts pour tous ceux qui l’ont aidée à confectionner cette merveille. Il s’avéra que toutes les parts étaient… pour elle ! Et ses amis râlent, ne comprennent pas la raison pour laquelle elle ne partage pas.

À présent, nous avons une boule ordinaire. Une boule de bowling, une boule de glace, une boule de friandise, une boule au ventre… bref, une boule de ce que vous voulez. L’objet est rond. Donnez-lui une couleur, celle que vous voulez, mais gardez-la en tête jusqu’à la fin. Votre boule est donc ronde. Elle est belle. Elle est plutôt lisse. Oui, elle peut briller. Elle peut être bruyante, gentille, agaçante, parlante. Laissez libre cours à votre imagination. Il n’y a pas de limite ! Soyez créatif !

La seule caractéristique qu’elle n’a pas, c’est l’ouïe ! Est-elle sourde à vos propos ? Est-elle simplement trop occupée à vivre sa vie de boule ronde, lisse et jolie ? Peut-être. Elle n’a pas d’oreilles, pas de conduits auditifs. Mais le truc, c’est bien connu, quand on a un sens en moins, les autres se développent de façon exceptionnelle. Votre boule – de bowling, de glace, de friandise, de ventre – est hypersensible. Elle ressent le moindre changement dans la façon dont vous vous comportez avec elle : elle perçoit votre impatience, elle devine votre souffrance, elle comprend votre angoisse, elle sourit à votre bonheur, elle frétille de joie à votre état d’amour. Bref, elle est très intelligente et le fait qu’elle soit sourde ne dérange en rien vos échanges. Vous vous débrouillez très bien sans.

Un jour, alors qu’elle roule vers une destination lointaine et élevée, vous vous demandez si elle va arriver entière à sa destination. Le haut de cette piste remplie de quilles, la pointe de cette montagne en cornet en biscuit, le bout de la route sucrée, le couloir étroit de cette gorge à haute altitude avec la glotte en son sommet. Toutes ces destinations sont hautes, lointaines. On pourrait croire que chacune des destinations est inaccessible. Pourtant votre boule ronde, lisse, de couleur, poursuit son roulement paisiblement. Lentement, mais sûrement, elle avance. Petit à petit elle progresse. Elle voit bien que d’autres boules comme elle, mais peut-être un peu plus petites, peut-être un peu moins rondes, peut-être légèrement moins robustes, peut-être moins lisses, plus granuleuses, en tout cas moins confiantes en elles, ont du mal sur ce chemin. Certaines se reposent, d’autres se dégonflent, d’autres encore fondent comme neige au soleil. Plus votre petite boule roule et progresse sur son chemin, moins elle rencontre du monde. Parfois, elle peut apercevoir de la triche. Tirées par une ficelle, certaines jouent au yoyo pour avoir l’impulsion nécessaire pour franchir la première côte. D’autres n’hésitent pas à se coller à des plus grandes, plus fortes, pour profiter de la carrure de celle de devant afin qu’elles n’aient pas de vent contraire et soient aspirées vers le haut sans fournir le moindre effort. Malgré le fait que cela peut parfois fonctionner pour ces vilaines tricheuses, elles se retrouvent coincées après, bloquées qu’elles sont par de nouvelles barrières insurmontables.

Et votre boule à vous continue de rouler. Elle avance. Elle progresse à son rythme. Elle dépasse les tricheuses. Vous avez beau vous époumoner, l’avertir des dangers, des difficultés qui s’accumulent sur sa route, dire que vous ne serez pas fâché si elle abandonne, sur ce coup, elle ne vous entend pas, elle ne vous “sent” pas. Elle est tellement concentrée sur sa tâche que le monde peut s’écrouler autour d’elle, elle ne quitte pas de vue son objectif !

Après un temps qui vous a paru long, très long, vous réalisez qu’elle n’est plus si loin de la ligne d’arrivée. Elle est à la moitié de son parcours, de son but tant convoité. À cet instant, elle aimerait bien recevoir des encouragements, des félicitations ou des applaudissements, mais vous êtes tellement abasourdi par sa prouesse, tellement subjugué par sa volonté, tellement ahuri par son entêtement que vous oubliez de communiquer avec elle. Vous la regardez un peu comme un spectateur extérieur. Ou comme un témoin impuissant. Bouche bée, vous en perdez votre langue. Vous ne pensez plus par vous-même. Vous laissez faire. Elle semble de toute façon sourde à vos avertissements, alors naturellement, vous ne l’encouragez pas. Elle va bien finir par y arriver toute seule, non ? Un peu à la manière de l’histoire de Stephen King, soit votre boule roule jusqu’au bout, soit elle va mourir. Soit elle roule, soit elle crève.

— Roule ou crève ! Ce sont peut-être là les seuls mots qui franchissent la frontière de vos pensées et de votre bouche.

Votre boule, rappelez-vous, est intelligente. Elle pourrait presque se suffire à elle-même, mais elle a quand même besoin de vous pour exister. Alors, vous ne le voyez pas, mais tous les sept tours, quand elle roule, elle prend ce dont elle a besoin. Oui, elle englobe, elle aspire, elle aimante toutes les poussières de souvenir qu’elle peut croiser. Comme ce sont de toutes petites choses, des choses si insignifiantes qu’on en oublie souvent qu’elles ont le mérite d’être là, on ne les voit pas. En effet, nous sommes tellement habitués à parler des événements choquants, traumatisants, douloureux, que ceux qui se passent bien sont considérés comme « normaux ». Par exemple, discutez-vous avec vos amis de votre souvenir de votre première boule de glace dégustée ? Laissez-moi en douter. Partagez-vous avec vos parents, vos enfants, le souvenir de votre première boule de chewing-gum mâchouillée ? Sûrement pas ! Vous rappelez-vous cette première boule au ventre que vous avez eue à votre naissance ? Moi, non. Et de cette autre boule quand vous avez marché pour la première fois ? Perdus. Oubliés. Effacés de notre mémoire. Ce ne sont pas les enfants perdus de Peter Pan, mais les souvenirs perdus de votre enfance…

Heureusement, votre petite boule, elle s’en souvient. Elle sait. Elle prend tout ça. C’est son énergie. Sa raison de vivre. Tout ce qu’elle trouve, elle prend, elle ne garde que le bon côté, même si pour vous tout est à jeter, elle, votre boule ronde, sait faire la différence. Avec patience, précision et justesse, elle démêle le vrai du faux, elle trie et ajuste. De votre chute à vélo, vous en gardez un mauvais souvenir, elle, votre boule, met la douleur et le sang d’un côté et puis la joie d’avoir descendu pour la première fois la bosse du trottoir d’un autre. Et c’est ce petit bout de plaisir, de fierté infantile dissimulée qu’elle absorbe. Et elle fait ça avec tous vos souvenirs.

De tout cela, vous ne voyez rien. Elle a tellement fait de chemin toute seule que vous ne voyez pas tout le travail qui se cache derrière, toute la force qui se dissimule dans cette minuscule ou plus grosse boule lisse, colorée et inoffensive.

Vous voyez le but à atteindre ? L’objectif de votre belle boule ronde est le même que le vôtre. N’essayez pas de la ralentir, de la dissuader d’aller jusqu’au bout de son envie, ne tentez pas de la freiner dans sa progression. Mais encouragez-la. Ensemble, vous allez y arriver. Ensemble, vous pourrez atteindre des sommets inimaginables. N’oubliez pas qu’elle a besoin de vous pour exister. Même si elle peut faire des miracles toute seule, sans vous, elle n’est rien. Et sans elle, vous n’avez pas de plaisir, ni d’envie, pas plus que de souhaits ou de souvenirs à partager.

Ni elle ni vous ne devez écouter ceux qui sont jaloux. Ceux-là, leur boule ne va pas bien loin et ils n’aiment pas voir les boules des autres les dépasser…

Cette boule peut changer bien sûr ! C’est vous qui l’habillez, la colorez, la faites bouger. Si vous voulez savoir comment on fait pour la modifier, écoutez-moi, lisez-moi.

Votre boule était une boule au ventre ? Elle était grosse et rouge ? Très bien. Le rouge est la couleur de l’amour, de la passion, mais aussi de la douleur, de la colère, du sang. Tout dépend du ton du rouge. Et si votre boule était bruyante ou non. Et si elle était d’humeur à jouer avec vous ou non.

Donc nous voici au moment de la transformation. Votre boule est rouge, grosse et bruyante. Quand elle parle, elle crie. C’est sa voix. Elle est faite ainsi. Très bien. À présent, placez-vous devant une armoire avec un tiroir, derrière une porte fermée. Vous la voyez ? Ouvrez la porte. Tirez le tiroir. Devant vous se trouvent plusieurs pots colorés. Ce sont d’anciens pots de chocolat bio. Vous les reconnaissez, car ce sont les mêmes que vous, vos enfants, vos collègues ou vos amis mangez. À l’intérieur de chacun de ces pots, de la peinture. Peinture à l’huile, à l’eau, de la gouache ou de l’acrylique, peu importe. C’est de la peinture. Vos yeux pétillent devant ces couleurs toutes plus belles les unes que les autres, toutes brillantes, intenses, lumineuses ! Oui, même le noir est beau, profond et scintillant ! Prenez un pot. Pas n’importe lequel. Celui dont la couleur vous fait sourire, que vous aimez, que vous avez envie de toucher, de regarder, de plonger dedans !

Prenez votre temps, mais n’hésitez pas. Votre choix doit être sincère.

Du bleu azur ? Bon choix. Excellent. Il est magnifique, je trouve. Ouvrez le pot. À présent, prenez votre boule rouge. Parlez-lui doucement et dites-lui que vous avez trouvé une magnifique couverture pour elle. Expliquez-lui que vous allez la couvrir de cette couverture, qu’elle n’aura pas mal. Rassurez-la, dites que vous l’aimez, que non vous n’allez pas l’abandonner, mais que vous avez vu qu’elle n’était pas en forme. Terminez en lui chuchotant qu’à présent, grâce à cette couverture, elle et vous, vous allez être bien, heureux, tranquilles.

Versez doucement le contenu du pot au-dessus de votre boule. La peinture, la couleur glisse sur la boule comme un super glaçage qu’on déposerait sur un gâteau délicieux.

Vous pouvez tout vider. Le pot va se remplir automatiquement une fois que vous le refermerez. N’ayez crainte. Je l’ai déjà fait, le pot se remplit à nouveau, je vous le promets.

À présent, remettez le pot avec les autres, poussez le tiroir, fermez la porte de l’armoire et revenez près de votre boule.

Alors ? Qu’est-ce que vous en dites ? N’est-elle pas belle ainsi ? Ça lui va plutôt bien cette nouvelle couleur, non ? On dirait même qu’elle sourit, non ?

Allez. On recommence le voyage ? On va gravir de nouvelles montagnes ?


La petite boule roule

Je ne sais pas quoi dire sur ce texte. Les mots se sont accumulés, l’histoire s’est formée, toute seule. Je suis partie sur le conte de La Petite Poule rousse, et phonétiquement, j’ai démarré avec le titre de La Petite Boule roule.

Les images se formaient devant mes yeux ouverts. Je n’avais plus qu’à écrire ce que je voyais. Au moment où une montagne s’est dressée devant mes yeux écarquillés, j’ai vu le conte de La Course des grenouilles se jouer ! Spectatrice, j’observais cette grenouille particulière qui continuait à gravir la montagne, sourde aux non-encouragements des autres. Puis la grenouille s’est transformée en petite boule, qui roule, qui roule. Et l’histoire s’est poursuivie au bout de mes dix doigts.

C’est un petit conte de sagesse, pourrait-on dire. Une fois l’histoire terminée, je l’ai relue. J’avais l’impression que ce n’était pas moi qui l’avais écrite ! Et, à la fin, je n’ai pu m’empêcher de penser à ma belle-maman ! En effet, un jour elle m’a fait une séance de PNL qui ressemblait beaucoup à mon histoire.

Livre : Va où le vente te berce, de Sophie Tal Men

Nouveau livre en cours de lecture

Lire pour les enfants hospitalisés, blessés ou malades, est simplement magnifique.

Je me retrouve entièrement dans ce petit extrait qui décrit Angèle quand elle avait 50 ans… j’en ai 10 de moins et je suis toute pareille : j’ai un cœur d’artichaut et la tête dans les nuages.

C’est un peu la raison pour laquelle j’espère pouvoir poursuivre mon activité de bénévole de papoteuse (raconteuse d’histoires et de comptines) dans une crèche de ma région, pour le compte d’une bibliothèque communale.

Dans le pire des cas, si cela ne peut se faire à cause du covid, j’irai à domicile 😉 La lecture individuelle n’en sera que plus grande.

Mama…manga !

Après ma PAL romans, voici celle sur les mangas ! Et je dois avouer que c’est grâce à ma fille que mon esprit s’est ouvert à ces BD. Durant ces vacances d’été – qui ne sont pas terminées -, nous avons rendu visite à différentes librairies spécialisées dans ce domaine. Que ce soit en livres neufs ou d’occasion, j’avoue ne pas avoir compté les livres que nous avons achetés, le plus souvent, à petit prix.

En effet, une BD classique, en couleur, couverture cartonnée, au format A4 coûte entre 10 et 16 euros pour 48 pages la plupart du temps. Nous pouvons en trouver d’occasion pour 5 ou 8 euros. 8 euros, c’est le prix d’un manga, en neuf. Format poche, impression de toutes l’histoire en noir et blanc, couverture souple en couleurs, il y a quand même quelques 300 pages la plupart du temps. En occasion, on en trouve habituellement pour 3,50 euros !

Je dirais que jusqu’au mois de mars-avril 2020, je n’avais prêté attention qu’aux mangas dont le titre ou le thème m’attirait et que je découvrait via le blog de « Apprenti Otaku » et au travers les lectures de ma fille. Cet été, dans les librairies où j’accompagnais ma fille, j’ai commencé à parcourir les rayons mangas… D’abord pour elle, car on allait plus vite quand quatre yeux regardaient les centaines de piles et les milliers de titres. Ensuite, rapidement, ma fille a fait la même chose pour moi : dès qu’elle voyait un titre qui pourrait m’intéresser, elle me le passait pour que je lise la 4ème de couverture et que je découvre l’univers graphique. Si je commence à connaître les goûts de lecture de ma fille, on peut dire qu’elle me connait très bien. Elle faisait mouche à presque chaque proposition !

Voici en photos tous les mangas qui me font de l’œil. J’en ai déjà lus certains, d’autres sont à moitié consommés, et d’autres encore attendent d’être dévorés ou… pas.

petit cœur = coup de cœur
étoile = bien aimé
lunettes = en cours de lecture
Le reste = pas encore lu
Le tout dernier : commencé à lire, mais avis mitigé, à relire plus tard

Sur ces photos, je n’ai pris que les premiers tomes de chacune de ces séries. Une chose que ma fille m’a également apprise : n’achète ou emprunte à la biblio que le 1er tome, ainsi tu sauras si les dessins et l’histoire te conviennent. Parfois, tu peux être déçue… quelle parole de sage (rires).

J’avais déjà acheté plusieurs tomes de la série « Elin, charmeuse de bêtes », car j’avais déjà lu et adooooré les deux romans. J’avais tellement aimé les romans que j’ai du mal à ouvrir le premier manga, peur d’être déçue, peur de ne pas parvenir à accepter un autre visage sur Elin. Mais heureusement pour moi, une fois que j’ai commencé à lire le premier tome (série en comporte 11), j’ai lu les 2, 3 et 4 immédiatement après ! Les mangas sont tout aussi bien que les romans ! C’est une émotion et une sensation différente, mais j’aime beaucoup aussi et je savoure désormais chaque tome, entre d’autres lectures, pour faire durer le plaisir :-)
En juillet 2019, j’avais écrit un petit article comme quoi je venais de découvrir ces mangas et que je n’étais pas prête à les lire… il m’aura fallu 1 an pour laisser la place à cette histoire que je connais déjà, mais avec de nouvelles images à visionner.