La nature en délire

Covid J6. Je suis encore en quarantaine. Je dors sur un matelas, par terre, dans la mezzanine. Nous sommes lundi matin. Je le sais, car je me souviens que mon amoureux m’a dit hier soir « y en a qui travaille demain ». J’avoue que j’ai un peu perdu la notion des jours, du temps qui passe. Mais je suis sûre que ce matin, on est lundi. Malade ou pas, j’ai un réveil automatique, mon rythme biologique peut-on dire, entre 4h et 5h. Et ce, quelle que soit l’heure à laquelle je me couche la veille au soir.

Là, je me suis réveillée à 5h, à cause d’un des chats qui fait du bruit exprès pour me réveiller. Toujours la même. La seule femelle a faire toute une histoire dès qu’elle se réveille, elle estime que tout le monde doit se réveiller, au moins pour lui donner à manger ou pour la faire sortir. D’ailleurs, avec sa petite tache ronde et noire sur le bout du museau qui est blanc, on l’appelle « Madame la Marquise ». Je ne l’accuse pas aveuglément, la preuve, son frère jumeau dort à côté de moi, face à mon visage, couché sur mes vêtements. Le petit jeune, tout noir, me réchauffe les jambes, un véritable et adorable pot-de-colle-bouillotte-ronronnante. Lui aussi, il dort à pattes fermées, roulé en boule, tout contre mes jambes. Le petit dernier, le petit sauvageon qui se laisse apprivoiser, passe encore ses nuits dehors. Malgré la pluie, malgré le vent, il demande toujours à sortir le soir pour dormir à la belle étoile.

Bref, je me lève donc à 5 heures. Me désinfecte les mains à l’alcool, passe mon masque sur la bouche pour ne pas contaminer la toilette. Après la pause pipi, direction cuisine pour nourrir ces quatre affamés. Je tousse et éternue dehors. Je bois un demi-litre d’eau pour réhydrater ma gorge sèche et me fait un chocolat chaud au miel pour adoucir ma gorge abîmée et douloureuse. La porte tout le temps ouverte pour aérer la cuisine, la maison et permettre aux félins de se dégourdir les pattes.

Une heure plus tard, je ferme la porte, je remonte me coucher. 6h15, une belle heure pour me rendormir. D’ailleurs, mon amoureux est réveillé. Les chats ont eu à manger, sont sortis ou sont encore dehors pour certains, les enfants dorment encore. Vive les congés d’automne. Je vais vraiment pouvoir dormir, me reposer encore après une nuit plutôt calme, juste un peu trop courte à cause des quintes de toux qui m’ont empêchées de m’endormir « tôt ».

Rapidement, je parviens à trouver la bonne position dans laquelle je me sens confortable, sans gorge qui gratte, sans écoulements dans l’arrière-gorge. Très peu de temps après, dans le noir encore complet, je sens un poids discret sur le matelas, sur la couette. Un chat va me tenir compagnie.

MIAOU !

Pitié, faites qu’il ne va pas vouloir tailler une bavette avec moi, maintenant ! Mais je l’entends qu’il descend de la mezzanine. Malgré le petit poids, ça devait être le petit Orion, trois kilos deux cents grammes tout mouillé, il descend comme un lourdaud, faisant du bruit tel un éléphant sautant sur ce meuble en bois qui nous sert d’escalier pour atteindre la mezzanine.

Je me retourne sur le dos, puis sur l’autre côté. Flute ! J’allais m’endormir.

TIIIIII TIIII TIII !!

Bon sang, cette andouille est venue m’offrir une souris ou une musaraigne en cadeau. Vivante ! Pas possible !! Tendons l’oreille et la bonne ! (j’entends moins bien suite à la maladie de Ménière). Je n’ose plus bouger. A peine respirer. Mais il n’y a que le vent qui crie par la fenêtre, le vasistas, laissée entr’ouverte. J’attends encore un peu. Rien. Puis j’entends une porte chez mes voisins qui grince. Ouf ! Ce n’était sans doute que ça. Pas de souris ni de musaraigne victime du chasseur de rongeurs. Je suis rassurée. Je vais pouvoir me rendormir.

Installée sur le côté gauche, j’ouvre les yeux momentanément. Il fait vraiment noir ici ! Je perds un peu mes repères (toujours maladie de Ménière, qui me déséquilibre dans l’obscurité) et je ne sais plus si je suis à l’endroit ou à l’envers dans mon lit ! Heureusement, si je puis dire, il y a la petite loupiote d’un appareil (le Wifi ou je ne sais plus quel décodeur ou bazar informatique) qui éclaire faiblement dans mon dos. Je suis dans le bon sens. Je récupère mon oreiller. Je le remets en forme et m’apprête à me rendormir quand, tout à coup, qu’est-ce que je fois là ? Juste en face de mes yeux ? Parmi mes livres disposés en deux piles par terre, livres lus et livres à lire, entre mes bouteilles d’eau, de thé, de sirop pour ma toux un petit insecte bleu ? ou que je crois qu’il est bleu à cause de la loupiote derrière moi ? Je me redresse sur le matelas. Enlève ma couette. La rabats à mes pieds.

Ah ben ça alors ! Une tortue ! Une minuscule tortue, toute plate ! Et elle est bien bleue. Je n’en reviens pas. De voir cet animal ici, à l’intérieur, un animal de cette taille, de cette épaisseur et surtout de cette couleur. Bleu nacré. Comme le papillon, le mâle de l’Argus bleu ! Splendide. Je me lève pour de bon. Cette observation est unique ! Je ne peux passer à côté. Je prends mon téléphone, enlève le mode « avion », branche le wifi, active la position pour pouvoir utiliser l’application « ObsIdentify ». Cette application, bien que lente et instable, est géniale. Grâce à une photo (jusqu’à 4), elle me permet d’identifier la faune et la flore sauvage que je vois. J’active aussi momentanément la lampe torche de mon smartphone afin que je ne me casse pas la figure. Je veux ouvrir le store de la fenêtre car je crois qu’il commence à faire clair dehors, je pourrai mieux voir la bestiole. Je ne voudrais pas l’illuminer et l’aveugler avec le flash de l’appareil photo de mon gsm ! Tout en regardant où je mets les pieds, je continue à détailler l’animal. Elles sont deux à présent ! Deux tortues minuscules, plates et bleues azur. Deux ! L’une monte sur le dos de l’autre ! Un couple ?? Quand je pense qu’on dit qu’il y a plein d’animaux en voie de disparition (et c’est vrai), j’ai toujours dit qu’il y en avait un paquet qu’on n’a pas encore découvert. Oh, et si je découvrais une nouvelle espèce ? Chez moi ! Depuis mon lit ! En plein Covid ! Ce serait trop cool. Une tortue de chambre ? Une tortue de nuit ? La Petite Tortue Azurée de Liège. Ouah ! ça en jette comme nom.

Bon, ne mettons pas la charrue avant les bœufs, n’est-ce pas ? Ouvrons l’œil, faisons la lumière sur cette étrange apparition ! J’ouvre le store, et …

AAAaaah ! Horreur ! Une toile d’araignée, beurk ! Une ? Dix !! La lumière pénètre dans la pièce et je découvre avec épouvante qu’il y a un nombre incalculable d’araignées et de toiles qui s’enchevêtrent les unes aux autres. Bon sang ! D’où viennent-elles toutes ces créatures ? De ma poubelle de mouchoirs emmicrobiotés ? Mes petites tortues ! Elles sont en danger ! Elles vont se faire attraper, elles vont se faire tuer, bouffer !!

Vite, je me dépêtre des fils des toiles comme je peux, ça me colle sur les doigts comme de la barbapapa. Je dirige non sans un dégoût certain ma main vers les deux petites tortues. (Qu’est-ce que je ne ferais pas pour ces petites beautés !) Leur carapace ne doit pas dépasser la taille d’une pièce de cinq centimes, tant en grandeur qu’en épaisseur ! Les dessins sur leur carapace sont des lignes d’une blancheur, d’une pureté éclatante. On dirait presque qu’elles sont phosphorescentes ou bioluminescentes pour reprendre un terme que je viens d’apprendre grâce à ma fille. Elles sont vraiment incroyablement minuscules ces… coccinelles. Bah oui ! C’était trop beau pour être vrai. L’obscurité, la fatigue, peut-être encore un état fiévreux m’ont poussé à croire que j’avais peut-être devant moi une nouvelle espèce animal encore non découverte à ce jour… Ce ne sont bien que des coccinelles. Deux coccinelles bleues aux points blancs. Je les retire quand même de la toile d’araignée, pour les prendre en photo et pour les identifier. Je peux supposer qu’elles sont issues de la famille des Coccinella Schtroumpferae.

Bien sûr, c’est souvent le cas quand je veux faire des photos d’un spécimen rare ou que je n’ai pas souvent l’occasion d’observer, soit l’application foire/bugg/bloque (au choix) soit la mise au point ne se fait pas. Ici, c’est la netteté qui est en grève. Je prends quand même une photo, au cas où l’application super-intelligente parvienne à déterminer l’espèce rien que par sa forme générale et sa couleur. Et c’est précisément à ce moment-là, où je recadre la photo floue pour la centrer correctement, et où j’appuie sur « identifier », que … je… me… réveille !!

Bon sang de bois ! Je m’étais bien endormie. Brrr ! Bon, levons le store, ouvrons plus grande la fenêtre pour que l’air me rafraîchisse et remette mes idées en place. Point de toile d’araignée sur le vasistas, point d’araignées grouillantes partout à mes côtés, ouf ! Je préfère ça ! Mais… mais… deux petites tortues, minuscules, plates et de couleur bleu azur mortes dans une toile d’araignée entre le radiateur et le bureau ! Pas possible !

Second réveil.

Le bon. Le dernier.

Et une histoire à dormir debout que je partage avec vous :-)

Coloriage de l’application Happy Color à laquelle j’ai juste donné une touche de bleue et de blanc à la coccinelle rouge à points noirs :-)

Tout ceci est bien un rêve, et même, à la fin, un rêve dans un rêve !! Je n’ai rien inventé de mon rêve (rire), j’ai juste, après coup, à rendre l’histoire plus agréable à la lecture.

Avoir une voix qui voyage de voie en voie, reste à voir

Ma voix
Elle n’est plus là
C’est comme si on avait mis un sparadrap ou du scotch tape sur les cordes vocales et scratch, qu’on l’avait arraché d’un coup
Oui comme ça
D’un coup sec
Direct
Et le timbre, le son il est resté collé sur le collant à l’intérieur
Quand je me suis réveillée ce matin, j’ai sursauté, avec de l’air coincé au fond du gosier. Comme quand tu oublies de respirer et que tu te rends compte tout à coup que tu dois faire quelque chose si tu veux pas mourir.
Je croyais qu’on avait mis du sable dans ma gorge (je rêve de vacances à la mer), avec ma salive, ça formait un paquet tout dur et avec plein de grain. Ça se pressait à l’intérieur du larynx. Ça poussait. Ça raclait.

J’ai respiré. Bouche sèche, boule au fond de la gorge. Vivante. Bouchée du nez et  bouche fermée, pas étonnant que je manquais d’air. Sans ce réflexe pour happer l’air et je serais morte d’une belle mort comme on dit. Mort dans son sommeil… mais à 42 ans, ce n’aurait pas été sympa. Ma vie aurait été trop courte. Je veux voir mes enfants grandir, je veux encore passer du bon temps dans les bras de mon amoureux. Écouter les oiseaux chanter. Me laisser bercer par le ronron de mes chats. Rire avec mes amies. Vivre tout simplement.

Peut-être que c’est ma voix qui voulait revenir, et que les sons se bousculaient aux portes de mes cordes vocales ? Ils se poussaient. Ils formaient un embouteillage. Un  bouchon de sons. Pressés de sortir. Aucune politesse. Agressivité et égoïsme, chacun pour soi ?
Et comme je dormais, je ne savais pas que ma voix voulait revenir. Et je l’ai bloquée dans le fond de mon gosier, je l’ai aplatie avec le pied de ma langue, je lui ai barrée l’accès à la liberté en gardant mes mâchoires bien serrées, bien fermée…

Dépitée, elle a fait marche arrière et s’est à nouveau carapatée dans les méandres de l’oubli. Ma voix a une dent contre moi. Elle a du mal à dire ce qui ne lui va pas. Elle ne sait pas s’exprimer autrement qu’en fuyant. Pourtant, je ne l’ai jamais battue, je ne l’ai jamais forcée à faire ce qu’elle n’avait pas envie. Elle a certes travaillé un peu plus ces derniers temps, mais est-ce une raison pour se barrer comme ça à la moindre pression ?

Faut qu’on parle elle et moi. Faut trouver un terrain d’entente. Un compromis. Faut qu’on soit sur la même longueur d’ondes !

Quelque chose dans le ciel

Dans la suite de mes petits délires « covid »

Il a bien plu cette nuit. De grosses gouttes se sont éclatées sur le vasistas de mon lit de malade. Encore ce matin, les nuages sombres déchiraient leurs enveloppes à grands coups de larmes bruyantes.
C’est l’automne. Humeur instable. Envies changeantes. Désirs violents d’en finir. Microbes envahissants. Collants. Dérangeants.
C’est la vie.

Cet après-midi, ciel bleu, soleil éblouissant, nuages blancs, filandreux de beau temps.
Je respire. J’admire. L’immensité dégagée au-dessus de mon être bouché, boudé. Le contraste m’amuse. Je suis une gosse. Qui sourit aux nuages. Aux formes improbables qui prennent vie dans mon regard fiévreux.
C’est la nature.

Un étrange nuage aux contours nettement definis capte mon attention. Trouble ma vue. Trop arrondi. Trop fin. Trop juste. Il me rappelle vaguement quelque chose.
Je sors d’une sieste nébuleuse. Peut-être rêvais-je encore ? Un dessin incertain, un destin lointain. Forme inachevée d’un souhait pour de meilleurs lendemains.
Caché par des nuages, l’objet de ma curiosité s’efface de ma vue. Il se dissimule. Il simule. Il fuit. Il suit les autres, il n’est pas différent d’eux comme je l’aurais cru. Un nuage, un faux personnage par centaine. Par millier.
Mais le voilà qu’il revient. Même forme. Même certitude. Aucun doute. Il s’en est allé pour mieux se remontrer. Pour s’exhiber. Paysage des cieux dégagé pour pouvoir mieux l’observer. Le détailler.  L’épier. Le croquer.
C’est une fille. C’est une dame. C’est une fée. C’est une larme de lune.


comme un nuage
vision éphémère
d’un disque de verre

la couronne d’un hippopotame
un soupir imaginaire
comme un astre impalpable

Deux petites barres pour une brève histoire

Deux petites barres
La première j’ai bien fait ça
La deuxième je suis malade
Deux petites barres
Comme quand tu es enceinte
Deux lignes roses signifient la positivité
La couvaison de quelque chose
Qui grandit et se développe en toi
Deux petites barres
Aujourd’hui un CO6D
Un chti robot virus
Qui te fait tousser
Éternuer
La fièvre du microbe
Deux petites barres
Tout un art
Une histoire
Un chapitre sur une vie.

Pour une bonne santé, lisez !

Lire est un très bon remède naturel à un tas de maladies pour l’homme. Quand on y pense, c’est tout à fait naturel pour certains, mais d’autres, trop pressés pour se poser le temps d’un moment de lecture, n’y croient pas.

Et pourtant :

  • La lecture prévient le stress, fait diminuer la tension artérielle et le rythme cardiaque. Une fois que vous êtes plongé dans une lecture, il ne faudrait tenir que 6 minutes pour ressentir déjà ces effets relaxants ! Nous déconnecter de la réalité en nous plongeant dans un bouquin permet de mettre nos soucis et tracas entre parenthèses le temps de la lecture. C’est parfois un recul nécessaire pour mieux faire face à nos problèmes du quotidien.
  • Lire permet au cerveau de se maintenir en forme et peut même diminuer les risques d’Alzheimer. Les personnes qui lisent régulièrement entretiennent le cerveau, le font travailler, l’empêche d’être inactifs. Ne dit-on pas d’ailleurs que lire et faire des mots-croisés par exemples, sont des sports cérébraux ? La mémoire s’entretient comme un jardin, il faut lui donner à boire et des matières nutritives à se mettre dans les neurones pour éviter une dégénérescence précoce.
  • Lisez un livre le soir et vous avez là un somnifère incroyable doux, efficace et garanti sans effet secondaire, si ce n’est une certaine addiction quand on a compris que « ça marche » vraiment ! Et si vous avec un « problème » avec les écrans, que vous ne savez pas vous en passez, courez vite acheter une liseuse. Son encre électronique et sa technologie rendent la lecture sur écran moins mauvaise que sur tablette, ordinateur ou smartphone. Toutefois, faites quand même attention à ne pas mettre trop de luminosité (incluse dans l’appareil) ou d’opter pour une liseuse qui a un filtre pour lumière bleue ou luminosité tamisée (orange) qui favorise l’endormissement
  • Lire des livres sur le développement personnel (mais à mon avis, d’autres également) peuvent aider les gens qui rencontrent une difficulté psychologique, comme dépression, burn-out, déprime saisonnière, etc. Je ne dis pas que cela remplace les thérapies chez les spécialistes, mais cela peut-être un bon complément au soin et peut même aider à raccourcir la maladie. Cette technique de soin par, avec, grâce aux livres, c’est ce qu’on appelle la bibliothérapie. Cette aide si douce, peu onéreuse (emprunt à la bibliothèque, boîte aux livres) et qu’on peut faire chez soi, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, rencontre de plus en plus d’adeptes. A Liège (Belgique), une jeune femme a eu la brillante idée de développer sa passion pour les livres en proposant des clubs de lecture, des ateliers d’écriture et des séances de bibliothérapie. C’est Eloïse qui est à l’origine du « Le Mot qui Délivre« 
  • Lire permet de voyager sans bouger, sans (trop) dépenser. La lecture a ça d’extraordinaire, un simple geste qui permet non seulement de décompresser, de moins stresser, de mieux dormir, de muscler son cerveau, de voyager… mais en plus il vous aide à développer, à utiliser, à découvrir, à élargir votre vocabulaire.

Nul besoin d’études pour comprendre tous ces bienfaits de lecture. Tout cela est testé, parfois à l’insu de votre plein gré, sur chacun d’entre nous qui aimons lire. Testé et… prouvé ! En tous les cas, pour moi, tout ceci est véridique.

Je lis un peu, beaucoup… tout dépend du moment et du livre. Avant d’être maman, je lisais beaucoup moins. Je me suis mise à lire des livres à voix haute pour mes enfants quand ils étaient bébés et encore maintenant (nettement moins souvent, et les albums illustrés sont parfois remplacés par des romans que je lis à voix haute, du début à la fin). Ils sont pourtant adolescents, mais ils ne me disent jamais « non » quand je propose de leur faire la lecture. Parfois, je les « oblige » à s’arrêter le soir et de prendre 30 minutes pour lire leur livre du moment (lecture obligatoire pour l’école ou non).

Car oui, il faut parfois s’obliger à se poser et à lire. Avec nos vies parfois trépidantes, il est difficile de s’arrêter, de tout « laisser tomber » le temps d’une pause bien méritée.

Cela fait quelques petites années que j’ai pris goût à lire tous les jours. Que ce soit des romans, des revues, des contes, je ne pourrais plus me passer de livres. Et grâce à mon amoureux, j’ai même découvert le plaisir de lire sur liseuse.

Mais ça, c’est une autre histoire.

Aucune influence sur moi

Tranche de vie

De fil en aiguille, pour donner conseil et proposer mon aide à une amie, voilà que je suis « retournée » dans le monde virtuel et impalpable d’un réseau social dit professionnel.

De lecture en lecture, parce qu’on ne sait faire que ça sur Internet, lire et parfois écrire, commenter, réagir en donnant son avis, son opinion, partager sa vie à coups de lettres et d’images, je découvre un couple de mots, un futur métier pour certains, une certitude pour d’autres : influenceur littéraire.

Je sais que je suis un peu différente des autres, nous le sommes tous, différents, les uns des autres :-) Je suis toujours partie du principe que ce sont nos différences qui font nos richesses, même si pour d’autres, c’est plutôt l’effet inverse.

Et donc « influenceur littéraire ». Malgré le vaste monde accessible en un clic de souris, je suis tombée (sans me faire mal) sur un influenceur littéraire de mon petit pays : la Belgique. J’avais déjà entendu parler de ce mot étrange « influenceur » et son féminin « influenceuse ». Pour moi qui vit dans ma petite bulle, sans trop regarder la télévision, sans jamais aller au cinéma et encore moins en boîte de nuit ou en concert, en ne lisant plus les journaux, en n’écoutant plus les news anxiogènes, j’ai beaucoup de mal à comprendre comment une activité personnelle, un loisir peut prendre autant d’ampleur pour devenir un métier rémunéré : « influenceur, influenceuse » !

Si je peux deviner que c’est le nombre de « followers » qui encourage certain.e.s à poursuivre dans cette voie, j’ai du mal à saisir le fonctionnement et le raisonnement qui poussent d’autres à aller jusqu’à risquer leur vie pour « se faire mieux voir » ! Comme je ne suis pas au fait de l’actualité et des faits divers macabres, je ne peux pas donner un chiffre, mais cela m’attriste d’apprendre que des influenceuses et influenceurs sont morts « dans l’exercice de leur fonction » ! Qu’une enfance s’est subitement arrêtée parce que maintenant qu’il/elle a x followers, il/elle peut quitter l’école pour se consacrer à sa nouvelle activité rémunérée !

Influenceur littéraire, c’est donc une personne qui parle de livres, de ses lectures, qu’il partage avec d’autres. Il tient généralement un blog ou mieux, aujourd’hui, il a un compte « Insta ». Il donne et il écrit des interviews. Il parle avec les auteurs, il reçoit des livres des maisons d’édition et/ou des auteurs directement. Je suppose qu’il est présent dans des librairies, dans les salons littéraires, etc. Il recommande des livres, des lectures. Il peut parler des heures durant d’une histoire, d’un.e auteur.e. Il influence les lecteurs. Il donne envie de lire. Il agit sur l’esprit des personnes pour les convaincre.

Jusqu’à aujourd’hui, je n’ai jamais été influencée par des livres qui ont reçu un prix, des livres qui ont 36.000 avis ici ou là, des livres dont la presse parle, qu’on découvre en publicité ici ou en sponsoring sur les réseaux sociaux.

Il y a tellement de livres qui sortent « quotidiennement », tellement d’histoires déjà écrites, tellement d’ouvrages qui existent, de pépites qui sont là, de trésors à venir qu’on n’aura jamais assez d’une vie pour lire tous les livres dont on a envie.

Je choisi mes lectures de façon tout à fait personnelle : par le titre, par la couverture, par le résumé, par l’objet. Dans cet ordre ou dans un autre. Dans une librairie, dans une bouquinerie, dans une brocante, dans une bibliothèque, je flâne, sans jamais savoir à l’avance ce que je veux lire, ce que je veux trouver. Parfois, je me laisse aller en suivant l’avis de lecture de connaissances et d’ami.e.s sur les réseaux sociaux. Et plus récemment, je suis devenue le « dépôt » pour une bouquinerie et je reçois donc des caisses de livres pour cette association et j’adore regarder ce que les gens donnent comme lecture. Parfois, il y a de magnifiques idées de lecture ! J’aime ce hasard. J’aime ces livres qui ont déjà vécu, qui ont déjà donné, qui ont peut-être aidé, qui ont été aimé ou… détesté. Ils ne sont pas abandonnés, mais confiés pour vivre une deuxième, une troisième vie.

J’ai une PAL physique dans ma bibliothèque chez moi. J’ai une liste de lectures à faire dans un petit carnet.

J’ai des centaines de livres papier et un peu moins en numérique.

Peut-être vais-je enfin commencer à ouvrir un carnet créatif avec mes lectures préférées.

Mais les lectures, c’est tellement subjectif, nos goûts peuvent varier selon notre humeur, selon nos sentiments, que je me vois mal les « proposer » à d’autres. Quand j’aime un livre, j’en parle avec mes ami.e.s. Quand je n’aime pas un livre, j’en fait tout autant, en expliquant ce que je n’ai pas aimé et pourquoi, mais en précisant que c’est mon avis et que peut-être que mon amie l’aimera, car nous sommes tous différents.

Combien de fois m’est-il déjà arrivé de ne pas savoir rentrer dans un livre, une fois, deux fois, trois fois, mais que la quatrième est la bonne ? Ou que je ne suis jamais parvenue à dépasser la page 45 d’un livre ? Ou que, en lisant cinq fois une expression, j’abandonne le livre ?

Je me souviens d’un livre que je n’ai jamais réussi à terminer. Pourtant, près de 10 personnes me l’ont chaudement recommandé. Pourtant, il faisait les éloges de milliers de lecteurs et de lectrices. Pourtant, je crois même qu’il a reçu un prix. Et alors ? Ce n’est pas parce que des milliers voir des millions de personnes l’ont aimé que je dois forcément l’apprécier également.

Influenceur littéraire, je trouve ça un beau métier, un beau passe-temps, même si je ne le comprends pas tout à fait. Savoir que des milliers de personnes vous attend « au tournant », savoir que vous devez lire et parler d’un livre (même quand vous êtes malade), savoir que vous n’avez plus de véritable vie privée, savoir que vous risquez soit d’essuyer des insultes – car on ne peut pas plaire à tout le monde – soit des critiques non constructives, savoir que vous aurez toujours « des comptes à rendre », etc. tout ça me dépasse. Et puis imaginez qu’un.e autre influenceur.se arrive. Vous allez devoir vous battre à coup de mots, de newsletter, de présence virtuelle ? Tout ça pour rester au sommet de la visibilité « du monde » ?

Au 21e siècle, il faut savoir se vendre pour vivre, pour survivre. Il faut savoir être présent sur les réseaux sociaux. Il faut être partout à la fois. Il faut être spécialiste et en même temps touche-à-tout. Savoir être vigilant. Savoir être proactif. Savoir parler et se taire. Savoir se faire entendre, se faire voir, savoir faire profil bas. Être résistant au stress. Être le meilleur. La meilleure. Être ici et là-bas. Être visionnaire. Être patient.e.

Moi, j’ai envie d’Être Moi, tout simplement.

Je ne suis pas une influenceuse, je ne suis pas influencée, je ne veux pas influencer.

Cadavre exquis, qui joue ?

Vendredi passé, les participants à mon atelier d’écriture ont tiré des mots au hasard dans ma pochette surprise et ils ont écrit un petit texte à partir de cette phrase :

« Chez le coiffeur, un géant offre un miroir au feu ».

Qu’est-ce que cette phrase vous inspire ?

3, 2, 1, prêt ? Écrivez :-)