Ecrire une histoire à quatre voix : la maison incendiée

Jeu n° 3 de Devenir-Ecrivain.  Écrire une histoire à 4 voix. Ou comment décrire une scène vue par 4 personnages différents. 

J’ai choisi une scène de mon histoire « Chose noire » à paraître bientôt sur ce blog.

Isabelle : personnage principal

Cette maison brûlée avait une histoire. Même encore maintenant, elle a toute une histoire à me raconter. J’abandonne provisoirement Virginie, ma collègue, sur le trottoir et pousse la grille d’entrée.

Dès que je vois cette chose derrière la fenêtre, je ne peux m’empêcher d’avancer et d’aller au-delà du panneau m’interdisant pourtant de pénétrer dans cette propriété privée.

Prudemment, je fais quelques pas afin de découvrir l’objet de ma curiosité. Cet animal, car cela ne peut être que cela, m’intrigue. Je ne l’ai pas identifié et sa silhouette, sombre, ne s’est pas détachée du fond noir de la pièce calcinée.

Tout à coup, un cri horrible déchire le silence et me saisit. Pendant un instant, je reste figée sur place. Les oiseaux, qui chantaient gaiement l’instant d’avant, se sont tus également. Il fait horriblement calme soudainement.

C’est à ce moment-là que je remarque le chat noir dans le jardin. De nous deux, je ne peux dire lequel est le plus attiré par l’étrange bête qui vient de pousser cet effroyable cri. Moi mes yeux déshabillent l’ouverture béante de la fenêtre, lui sa queue bat frénétiquement et ses oreilles sont bien dressées, à l’affût du moindre bruit suspect.

Virginie : témoin (et collègue d’Isabelle)

Isabelle s’arrête subitement devant cette maison ravagée par un incendie. Sans m’en dire plus, et sans aucune gêne, elle franchit la grille et avance sûrement. Sans se retourner, elle passe le panneau d’interdiction et semble se diriger d’un pas déterminé vers la maison. Elle ne manque pas de culot et, étrangement, c’est quand elle voit un chat noir tout près d’elle qu’elle marque l’arrêt. Isabelle semble en avoir peur. Peut-être est-elle superstitieuse ? En tous les cas, elle n’avance plus et cela m’arrange plutôt bien.

Le silence qui envahit le quartier ne me plaît pas du tout. J’hésite à appeler ma collègue pour qu’elle sorte de cette propriété privée. Mais, elle risquerait de trouver cela plutôt bizarre et ça pourrait même éveiller les soupçons.

Le chat noir : animal qui fait partie de la scène

Je vaquais tranquillement à mes occupations (chasser de bonnes souris bien grasses), quand j’entendis le grincement de la grille d’entrée. Depuis que la baraque a été brûlée, je suis tranquille, plus personne ne vient me déranger. Or, ce grincement ne présageait rien de bon. Mis la puce à l’oreille, j’abandonnai ma tâche pour aller voir quel curieux avait osé franchir l’interdiction.

Tout en restant sur mes gardes, j’avançai à pas de velours quand, tout à coup, le gugusse noir, habitué à fouiller les poubelles et autres détritus du quartier, hurla à pleins poumons. Le crétin, il m’a fichu une de ses trouilles. Même les piafs d’à côté ont fermé le bec ! Faut dire que caché dans cette maison, il pourrait presque se faire passer pour un fantôme…

Enfin bref, au moins, avec ce silence de mort, mon ouïe m’informa que l’intrus avait lui aussi stoppé sa progression.

Je rampai sur l’herbe, comme quand on me l’avait appris à l’école des chasseurs, et scrutai le moindre mouvement. Et c’est là que je vis cette superbe paire de yeux bleus, couleur de l’océan. Ah ! L’océan, comme il me manque. Si seulement, mes maîtres n’avaient pas décidé de déménager, je serais sûrement encore occupé à tailler une bavette avec les mouettes.

Toujours est-il que ces beaux yeux m’hypnotisaient carrément. Hélas, le gugusse noir, encore et toujours lui, faisait un tel boucan près de la fenêtre, que ce regard envoûtant était parfois occupé ailleurs que sur mon admirable personne.

Je m’le boufferais bien ce gugusse… s’il n’était pas aussi grand !

Les oiseaux : des journalistes qui enquêtent sur l’incendie de la maison

Pas plus tard que cet après-midi, en fin de journée, une jeune femme âgée d’une vingtaine d’années a franchi la propriété privée qui a été incendiée la semaine passée. On ignore encore quelles sont ses véritables intentions, si c’est l’auteur des faits qui vient rechercher quelque chose qu’elle a oublié ou si c’est tout simplement une curieuse avide de détails sordides.

Hélas, suite à un cri de guerre poussé par on ne sait quel horrible individu, nous avons dû fuir rapidement notre cachette afin de protéger notre vie.

Toutefois, une source sûre nous apprend qu’Edgar serait visible dans le jardin. Nous ne sommes pas encore certains de l’identité de ce chat noir et ne savons pas s’il s’agit bien de notre informateur secret, mais il semblerait que cet animal se soit approché de la jeune femme.

Dès que l’horrible individu au cri terrifiant sera identifié et neutralisé, nous reviendrons vous informer dans un prochain communiqué en direct de la chaîne PIAF-News.

Lettre à une Miss

Chère Mademoiselle,

 

Grâce aux votes majoritaires, vous êtes élue Miss Nouvelle Année.

Comme le veut la tradition Cécilienne, vous devez réaliser trois voeux à toute personne qui vous en fait la demande écrite.

Voici, ci-dessous, mes souhaits.

Je suis sûre que vos douze dauphines vous aideront à les réaliser avec succès et bonne humeur.

 

 

Voeu n° 1 : que mon filleul naisse en pleine santé, que sa venue au monde soit synonyme de joie et de bonheur pour lui, pour sa maman ainsi que pour son papa

 

Voeu n° 2 : que ma famille, et ce compris ma belle-famille, ne connaisse aucune mésaventure dans les domaines de la santé, de l’amour, du travail et de l’argent.

 

Voeu n° 3 : que tous ceux qui me sont proches (ainsi que moi) ne connaissent aucun décès.

 

Je pourrais te préciser les noms de tous ceux qui me sont proches, car, comme tu en as sûrement entendu parler, ton prédécesseur a connu une perte de mémoire dans ce domaine et je lui en veux terriblement. À ce propos, sachez que le conflit qui est né de cet oubli impardonnable est porté en Justice, au Tribunal de la Grande Tristesse. Ceci n’est pas une menace, mais juste un simple rappel des faits et de vos bonnes obligeances.

 

D’avance, je vous remercie vivement pour votre attention, votre travail et je vous envoie toute ma sympathie pour les 366 jours à venir.

 

Baignoire maudite

Salut à toi, lecteur ! Je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir encore transmettre mes pensées à cette humaine qui écrit en ce moment ces quelques mots. Je peux prendre le contrôle de ses pensées, car elle est prise de remords. Bientôt cette prise de conscience cessera, l’humaine pensera à toute autre chose, et je ne pourrai plus rien faire pour ceux et celles qui oseraient encore tenter cette aventure folle. Alors, s’il te plaît, je te demande d’être très attentif à ce message et de le transmettre à toutes les créatures vivantes à six ou à huit pattes.

Je m’appelle Épeire, je suis une araignée, enfin je le serai encore pour quelques secondes, car bientôt je cesserai de vivre et je me réincarnerai dans la peau d’une autre petite bête. Il y a quelques jours, j’étais un moustique. Je ne sais pas si tu as pu lire l’article concernant mon assassinat. Si oui, tu sais dans quelles tristes circonstances cette Mérédith m’a tuée. Sinon, je t’encourage vivement à lire cet article (clic).

Quand j’eus rendu mon dernier souffle d’insecte, mon âme s’échappa telle une brise légère et alla rentrer, tout en douceur, dans le corps d’une araignée. Celle-ci ne broncha pas un instant quant à mon intrusion, car elle se posait justement la question de l’utilité d’être une araignée. Mon âme de moustique allait lui donner un sacré coup de fouet. Désormais ses pensées m’appartenaient et j’avais libre accès aux commandes de ses pattes.

Elle et moi avons mis quelques jours pour apprendre à nous connaître.

Je savais Mérédith arachnophobe. M’être réincarnée dans une araignée me rendait euphorique. Ma vengeance serait terrible et à la fois délicieuse.

Une semaine plus tard, l’araignée et moi, nous étions d’accord pour faire justice à mon corps de moustique. Désormais, nous ne faisions plus qu’un.

Je pénétrais dans les tuyaux de la cave et grimpais en direction de la baignoire. Avoir huit pattes est très avantageux, j’avançais très rapidement dans le tuyau, et sans la moindre difficulté, j’accédais au trou de sortie, celui-là même qui avait englouti mon cadavre de moustique !

Hélas, très vite, je compris mon erreur ! Je venais de m’engager sur un terrain glissant, je n’avais plus d’ailes pour m’enfuir, juste une paire de pattes supplémentaire qui n’allait pas pouvoir m’être utile ici.

L’horreur se produisit encore une fois. Un peu comme dans un film, la scène se répétait, mais avec un autre personnage. Malgré des détails différents, j’allais encore une fois mourir dans d’atroces circonstances.

Cette fois-ci, j’avais eu tout le temps de voir l’horrible massacre arriver. Après avoir réussi à lui faire peur (gnia gnia gnia, que c’était bon de déceler la peur dans ces yeux d’humain !), j’avais voulu partir en toute hâte. C’est là que je réalisais que je n’avais plus la moindre issue. La baignoire était une vraie patinoire. Je ne parvenais pas à me hisser plus haut que mon corps, je retombais à chaque fois !

Au loin, je visais alors le trou par lequel j’étais entrée, mais par je ne sais quelle supercherie, mon dos ne passait plus le bouchon en métal ! Puis, tout à coup, deux têtes d’humains apparaissaient devant moi. Ils m’observaient, me montraient du doigt. Des enfants ! Je priais le Dieu des insectes et des autres petites créatures à huit pattes pour que ceux-ci ne soient pas du style à se marrer en arrachant une à une chacune de mes huit pattes. Heureusement, ça ne semblait pas le cas. Leur curiosité satisfaite, ils s’en allaient tout penaud, le sourire aux lèvres, innocent du crime qui allait être commis dans leur propre bain.

Mérédith comme je le supposais bien n’allait pas avoir le courage de me tuer, non, elle allait demander de faire cette sale besogne à son compagnon ! Ce dernier, un peu fâché d’avoir été sorti de son lit pour une stupide bestiole comme moi n’allait pas prendre de gants.

Alors que Mérédith encourageait ses enfants à prendre le petit déjeuner, sa grande bringue de compagnon rentra dans la salle de bains et ferma la porte derrière lui. Un seul regard échangé m’a permis de comprendre que cet humain-là n’avait aucune pitié pour des petites bêtes comme moi. Je courais dans tous les sens, le menaçant d’une patte levée, mais il n’en avait cure ! J’aurais pu danser sur ma tête, cela aurait eu le même effet. Effroyable !

Au travers de la porte, je pouvais entendre Mérédith parler et découvrir chez elle un trait de caractère que j’ignorais… la phrase qu’elle avait dite à son compagnon restera à jamais gravée dans ma mémoire. Avant de crier vengeance, j’aurais dû mieux apprendre à connaître Mérédith, car je n’en serais pas là aujourd’hui, à vous dire mes dernières paroles en tant qu’araignée. Car, oui, cette jeune femme a supplié son compagnon de ne pas me tuer, mais de me prendre dans un verre pour me relâcher dans le jardin.

C’était sans compter sur la mauvaise humeur de celui-ci ! Une fois encore, je fus tuée par des milliers de projectiles que lançait une douche furieuse. Et comme si ceci n’était pas suffisant, le bipède régla la température au maximum. Je ne savais même plus ce qui me faisait le plus mal, la force des gouttelettes d’eau ou la chaleur bouillante de celles-ci… et encore une fois, la scène finale n’en finissait pas, je n’étais plus trop grande pour passer l’égout, non toute écrasée que j’étais, je ne risquais pas de bloquer avec mon dos, non, mon corps flottait et ne se décidait pas à prendre le chemin définitif de la mort…

Lipogramme en o, Le petit chaperon rouge revisité

Deuxième jeu pour Devenir Ecrivain.  But de ce jeu : faire un lipogramme en o (ne pas mettre de lettre « o » dans tout le texte) à partir du conte bien connu du Petit Chaperon Rouge. Pour ne pas « juste changer » quelques mots, je me suis amusée à garder le fond de l’histoire mais en changeant pas mal de choses… à vous de me dire si cela vous plaît ou  non. Dans tous les cas, je me suis bien amusée, c’est la première fois que je fais un lipogramme !

Il était un matin…

Une petite taupe, que j’appelais Taupi-Taupa parce que j’aimais bien ça, se baladait dans un jardin. Elle habitait la campagne ; elle aimait cela car il y avait des grands espaces et de belles superficies de terre qu’elle creusait avec énergie et entrain…

Taupi-Taupa avait une grand-mère très âgée qui vivait seule dans le champ du fermier, à dix minutes à pattes de chez elle.

Fin de matinée, la maman de Taupi-Taupa lui dit :

–          Ta grand-mère se fait vieille, très vieille, elle devient aveugle. Je lui ai fabriqué cette paire de lunettes ainsi que cette mini-canne rétractable. Tu veux être gentille et lui faire un prix ?

–          Bien sûr maman ! dit la petite taupe, ravie d’aider sa grand-mère.

–          Mais ne quitte pas le chemin des haies, papa a vu le chat gris se balader près d’ici.

–          Ne t’inquiète pas maman, je ferai très gaffe.

Taupi-Taupa jura de se méfier du chat puis, très heureuse, prit le petit panier avec dedans les lunettes et la mini-canne rétractable.

–          Ne traîne pas en chemin, ne bavarde pas avec le cheval, ni avec les fleurs ni même avec le vent, et reviens avant la nuit, l’averti sa maman.

La jeune taupe lui fit un gigantesque baiser humide sur le nez et partit en sautillant gauchement.

Mais, près de là, le vilain félin faisait les cent pas dans le champ. Brusquement, il vit l’enfant-taupe.

–          Miam, miam, j’ai de la chance, dit-il en salivant.

Le chat se lécha les babines en pensant au succulent dîner qu’il allait manger.

« Mais pas ici, la grand-mère risquerait d’entendre les petits cris plaintifs », pense-t-il.

Il se planta devant Taupi-Taupa.

–          Salut ! lui dit-il.

La petite taupe se mit à trembler en apercevant le prédateur, mais celui-ci reprit calmement :

–          Qui es-tu ?

–          Je m’appelle Taupi-Taupa, dit-elle sur ses gardes.

–          Et tu te balades seule, sans papa, sans maman  ? demande-t-il très gentiment afin de la mettre à l’aise.

–          Cela ne te regarde pas ! se défendit-elle vivement. Tu prends tes désirs pour la réalité… si tu penses que je vais te dire que je vais chez ma grand-mère tu te mets la griffe dans le nez ! lui crache-t-elle en pleine figure (mais la petite taupe n’est vraiment pas très à l’aise, elle espère qu’en criant, il va piger qu’elle ne va pas se laisser faire)

Le félin rit en silence. Il sait le chemin le plus rapide qui mène jusqu’au terrier de la grand-mère. Il lui lance un défi :

–          Tu veux faire un jeu ? Celui qui arrive en premier chez ta grand-mère gagne une friandise. Qu’en dis-tu ?

Taupi-Taupa, qui en est très friande, a une idée derrière la tête : creuser et éviter de rencontrer les arbres qui peuvent la ralentir…

Elle relève le défi :

–          Que le meilleur gagne, ricane-t-elle en creusant la terre.

La taupe a beau être très intelligente, elle est plus lente que le chat qui file à la vitesse de l’éclair. Il est vraiment supercat !

Ce dernier arrive chez la grand-mère rapidement. Il se faufile dans le terrier qui est vachement petit, saute sur la pauvre vielle taupe qui n’a le temps de rien distinguer, lui griffe si méchamment le derrière que la grand-mère prend les pattes à sa nuque et se réfugie dans sa cachette préférée : la cave à vins de l’humain, pratiquement entièrement immergée d’eau de pluie.

« Celui qui ne sait pas que les chats détestent l’eau, est un imbécile », pense la vieille taupe en priant afin que ce vilain Pacha ne la chasse pas davantage.

Aveugle et apeurée, la grand-mère ne dit plus rien. Elle chante dans sa tête, espérant que le chat, s’il la cherche jusqu’ici, se perde dans l’immensité de l’eau stagnante !

Taupi-Taupa arrive ensuite, haletante et de la terre pleine les griffes. Naïvement, elle s’imagine être la première. Ne prenant pas la peine d’enlever les crasses qu’elle a dans ses yeux fragiles, elle avance, tête la première, dans le piège.

Quand sa patte caresse le dessus de la tête du chat, elle s’écrie :

–          Aw ! Grand-mère, que tu as de grands rei-reilles !

–          Je t’entends mieux ainsi, dit le chat avec sa gueule béante.

La jeune taupe avance un peu et s’exclame ensuite :

–          Diable ! Que tu as de grands yeux ! Je n’en reviens pas.

–          Je suis devenue aveugle, chère enfant. J’ai beau écarquiller mes mirettes, je ne discerne plus une seule miette, dit le vilain félin prêt à refermer sa gueule sur sa victime.

–          Dis, j’hallucine ? Tu parles bien bizarrement…

–          En effet, ma délicieuse petite, je suis devenue allergique, j’ai un très vilain rhume.

A présent, Taupi-Taupa est à un millimètre des dents. Le museau de la taupe atteint l’extrémité d’une canine du chat.

Pic !

–          Aïe ! As-tu limé tes dents, mère grand ? demanda-t-elle en mettant une patte sur son museau blessé.

MIAAAW, lance le chat dans un cri de guerre. Je veux te manger, je VAIS te manger…. Miam miam… ah ah ah !

Clac ! Il referme sa gueule sur … de la terre !

Heureusement que l’enfant des humains est arrivé à temps. Sans cela, la pauvre Taupi-Taupa ne serait plus de ce jardin.

Pendant que le malheureux Pacha se fait câliner, caresser et trimbaler la tête à l’envers par le petit enfant, Taupi-Taupa essuya sa peur et alla chercher sa grand-mère réfugiée dans la cave.

Dans cet unique refuge des taupes malmenées, Taupi-Taupa fit jaillir les lunettes et la mini-canne fabriquées par sa maman.

–          Fichtre ! dit la grand-mère en mettant les lunettes sur le nez, une canne multi-tâches !

–          Et elle s’illumine même si tu le lui demande… maman exige dix vers de terre, c’est un sacré travail tu sais.

–          Dix ? J’suis de la famille, elle devrait diminuer le tarif ! râle-t-elle un peu.

–          J’ai quand même failli me faire manger, j’ai aussi risqué ma vie, cela en vaut bien la peine, n’est-ce pas grand-mère ?

–          Vu ainsi, je suis du même avis…

Monsieur Rouge-gorge a froid

– Papa, tu as vu ? Il neige ! Il neige pour Noël ! Ça, c’est la fête.- Oui, fiston, j’ai vu. Si tu veux, on peut faire un petit bonhomme de neige !

–  Oh oui, chouette alors ! »

 Alors que Pierre s’apprête pour sortir, un petit oiseau brun et orange se pose sur la table du jardin et, de ses petits yeux, regarde sur la table et par terre s’il n’y a rien à se mettre dans le bec. Dehors, il fait froid et les flocons de neige tombent et fondent sur le petit corps de l’oiseau.

– Tu es prêt, Pierre ? Je t’attends

– Oui mais, papa, tu as vu à la fenêtre ? Un Rougegorge. Il a l’air d’être malade, il ne bouge pas beaucoup.

– Oui, en effet, il a certainement froid…et peut-être aussi faim ! Tu veux l’aider ou tu préfères ton bonhomme de neige ?

– Je veux l’aider, papa ! Dis je peux ?

– Bien sûr ! Tiens, demande à maman si elle a quelques graines pour les oiseaux. Elle doit sûrement avoir fait des provisions en pensant à eux, à présent que le froid est là.

Petit Pierre revient bien vite, les mains remplies de graines et autres boules de graisse. 

– Et maintenant, qu’est-ce que je fais ?

– Tu vas déposer quelques graines par terre, tout doucement. Lentement, pour ne pas l’effrayer. Moi, je vais accrocher les boules de graisse.

Le petit oiseau ne bouge pas d’une plume, frigorifié. Il regarde attentivement la nourriture qu’on lui offre. Les graines rebondissent à terre. La porte se ferme et le petit oiseau, réchauffé à l’idée qu’il va manger, a le regard plus vif.

Après que l’enfant soit rentré, le Rougegorge bouge une, puis les deux pattes. Trois petits bonds et le voilà à terre picorant les premières graines, puis s’envolant sur la boule de graisse.

Sans le faire exprès, petit Pierre a jeté les graines tout près de la grille d’évacuation pour le sèche linge. La vapeur chaude réchauffe par la même occasion le Rougegorge. La chaleur et la nourriture étant là, il retrouve bien vite toutes ses forces.Un sourire immense illumine le visage du petit garçon.

– Joyeux Noël à toi aussi, monsieur Rougegorge.

Pour le remercier de sa bonté, l’oiseau ouvre le bec et lui chante une douce mélodie.

Toute la famille observe avec plaisir ce petit volatile et les oreilles se laissent aller au gré de cette musique si naturelle, si pure.

Et pour le plaisir des yeux, une autre petite photo :-)

Noël pour les méchants enfants

Voici un petit conte de Noël écrit à l’occasion du concours de Web Book Edition… pour la catégorie « décalé ». Je n’ai pas gagné mais j’ai pris plaisir à écrire cette petite histoire. Bonne lecture et merci à WBE pour leur travail et initiative !

Cette année, Noël va être unique. Exceptionnel. Extraordinaire. Un Noël qu’on ne va pas oublier de sitôt.

En effet, ce soir, le père Noël prend l’étrange et incompréhensible décision de s’occuper d’autres enfants. Sur un coup de tête, ou coup de folie, cela ne peut en être autrement, il choisit de faire plaisir à des enfants méchants !

Vous ne rêvez pas : le père Noël veut gâter ces petits monstres que tout le monde « enguirlande », ces petits diables qui nous cassent les « boules », ces sales mômes qui ne sont pas des « lumières », ces vilains que l’on ne voudrait surtout pas avoir chez soi pour tous les « sapins » du monde.

Le soir du réveillon, les gentils enfants attendent patiemment la venue du gros bonhomme sympa.

Or, à la surprise générale, Tom, Karim, Jeremy, Esther et Sara ont, eux, déjà un beau papier à déchirer.

Dans le foyer de ces cinq garnements, peu d’adultes sont là pour découvrir l’hallucinante nouvelle.

Les enfants reçoivent le présent dans leur chambre. Aucun des cinq n’entend le moindre bruit. Aucun ne voit l’arrivée du père Noël. D’ailleurs, ils n’y croient même plus. Ils aiment dire que le père Noël n’existe pas, que ce n’est qu’une légende pour demander aux bébés d’être gentils.

Vous devriez voir leurs têtes quand ils veulent quitter leur chambre pour aller faire quelques mauvais coups.

Tom se précipite sur le cadeau sans se poser la moindre question. Il déchire l’emballage aussi vite que superman l’aurait fait. Et quand il voit l’image sur la boîte, il n’en revient pas :

OUAH ! Un coffret de petit chimiste rien que pour moi ! Génial, je vais pouvoir faire péter la baraque, rigole-il à gorge déployée.

De son côté, Karim est aussi enthousiaste que Tom. Même s’il croit d’abord à une plaisanterie, il n’attend pas le réveil de sa petite soeur malade pour déchirer bruyamment le papier doré. Et quand il repère une toque blanche, il s’exclame aussitôt:

Le manuel du parfait cuisinier ! Je vais enfin pouvoir faire comprendre à ma mère que ce qu’elle prépare, c’est de la bouffe pour chien… ah ah ah.

Jeremy, lui, reste méfiant. Cela dure une bonne partie de la nuit. Affalé dans son lit, un biscuit au chocolat écrasé sur son oreiller et un verre de lait renversé sur le sol, le gamin scrute le paquet en s’imaginant que c’est une farce de son voisin qu’il déteste.

Mais il n’est pas assez intelligent pour ça. Et puis surtout, il n’oserait pas, il sait que je lui casserais la figure à l’école s’il osait faire ça.

Sur cette conclusion, Jeremy ouvre doucement la feuille de papier rouge et verte. Quand il lit « La sorcellerie pour les nuls », il prend la boîte à pleine main, la lève au-dessus de sa tête et s’écrie :

Arf ! Je vais pouvoir empoisonner tous mes amis. Harry Potter peut aller se recoucher, c’est moi le meilleur !

Esther, à la fausse allure de petite fille modèle, ricane quand elle aperçoit le colis qui trône devant sa porte :

Hi hi hi, c’est sûrement encore un coup de tante Agathe. Elle est tellement idiote qu’elle n’a une fois de plus rien compris. Tant mieux, je ne vais pas me plaindre.

Quand elle découvre la boîte à bijoux, ses yeux s’illuminent. Son regard en dit long. On peut presque croire qu’elle a d’autres idées pour ce collier splendide et ces magnifiques boucles d’oreilles. Ce ne serait pas la première fois qu’elle enfoncerait des corps étrangers dans l’oreille de son pauvre chat.

Enfin, chez Sara, la tension est palpable. Toute la famille est réunie au rez-de-chaussée tandis que la petite fille, punie dans sa chambre, doit subir les rires de ses soeurs sans rien dire. D’ailleurs, elle est carrément surprise de ce cadeau. Elle ne sait pas quelle attitude adopter. Est-elle punie ou non ? Lui en veut-on vraiment d’avoir invité tous ses amis « comme elle » sur tweeter ? Sa maison est assez grande pour pouvoir accueillir quelque dix-huit autres enfants supplémentaires, non ?

Elle attend donc que la musique batte son plein pour découvrir son cadeau mystérieux.

Un journal intime ? Un vrai ? Rien que pour moi ? C’est pas possible, dit-elle émue.

Émue ! Oui la gosse est émue ! Car voyez-vous, elle fait tellement de bêtises qu’elle ne les retient pas toutes. Pourtant, à la croire, certaines valent un prix au Guiness Book des bêtises les plus cruelles.

La fillette note vite tous ses mauvais coups dans son premier journal intime. Celui-ci est protégé non seulement par un cadenas à codes, mais aussi par une empreinte digitale (mais ce dernier système n’est valable que si la peau des doigts n’est pas maculée d’encre… ou de sang !)

Ces cinq petits monstres sont donc heureux en ce réveillon de Noël. Incroyable mais vrai !

À des milliers de kilomètres de là, au pôle Nord, le père Noël embrasse la sorcière allergique au bonheur de Noël !

Cette expérience n’est pas renouvelable l’année prochaine, vilaine sorcière. Une fois par vingt années suffit amplement. Il ne faudrait pas que les enfants sages soient punis pour rien deux fois de suite. Est-ce entendu ? demande le gentil papa d’une voix ferme que l’on ne connaît pas.

Bien sûr très cher, bien sûr. Mais, avoue, cela te fait bien plaisir de penser un peu à ces enfants ? lui répond-t-elle d’un sourire malicieux.

Le père Noël ne dit rien, mais son petit rire étouffé parle pour lui.

Le lendemain matin, les enfants sages, eux, se réveillent tristes.

Toutefois, au moment où tous rejoignent leurs familles pour déjeuner, on peut entendre par endroits : « MAIS, MAIS, QUE SE PASSE-T-IL ? »

Et dans la cabane du Père Noël, la sorcière éclate de rire.

Après deux cent cinquante ans à jouer les vilaines, elle a des envies de changements, de renouveau. Elle va se reconvertir et pas en n’importe qui : en une gentille sorcière, à l’écoute des plus grands enfants qui ne croient plus trop en la magie de Noël.

Grâce à Tom qui va être son premier assistant pour les adolescents garçons, elle va inaugurer la boutique du petit chimiste. Grâce à Karim, elle va ouvrir un chaîne de restaurants que pour les enfants. Grâce à Jeremy, l’école des Sorciers va connaître un immense succès, et grâce à Esther, une nouvelle gamme de bijoux extraordinaires va voir le jour. Enfin, Sara sera son bras droit, sa chef en communication et elle sera responsable des éditions Gentils Sorciers.

Désormais les grands et les méchants enfants écrivent aussi un courrier à l’approche des fêtes de fin d’année, non pas à Papa Noël, mais à Sorcière de Noël. Les plus gentils sont conseillés et guidés. Les plus méchants disparaissent mystérieusement et ne redescendent sur Terre qu’une fois un stage de travaux et d’intérêts généraux effectué chez la Sorcière de Noël.

– Et moi, qu’est-ce que je fais maintenant ? Et mes petits enfants sages ? demande papa Noël.

– Vous, écrit l’auteur, c’est une autre histoire… Si vous êtes sage, je vous la raconterai ce soir…