Casser du sucre sur le dos de quelqu’un

Jeu n° 10 avec Rébecca : jouer avec des expressions, les rendre vivantes.

Comme j’aime particulièrement les expressions, je n’ai pas pu résister, en voici plusieurs :

casser du sucre sur le dos de quelqu’un
la goutte d’eau qui fait déborder le vase
passer du coq à l’âne
avoir la puce à l’oreille

Et parce que j’avais envie d’utiliser un petit outil de La fabrique à histoires de Bernard Friot, voici un début  tiré du moulin à mots.

Caché derrière un rideau, le chat guettait. Voilà trois jours qu’il a lancé un défi à Mapuce.

Mapuce, c’est sa voisine et c’est… ben oui… une puce. Une puce pas comme les autres, une gentille qui aime bien sûr bondir, chatouiller et mordiller, mais qui aime aussi jouer, rigoler et danser.

Et ce que Mapuce aime par dessus tout, c’est relever des défis.

Alors quand Félinou le chat lui a dit qu’elle ne serait pas cap’ de l’attraper, elle a dit : « chiche ».

Et Félinou est bon joueur. Vu la grande différence entre leurs tailles, il lui a dit qu’elle avait quatre jours pour s’entraîner à sauter plus vite et pour se muscler les pattes à s’agripper à son poil court.

Alors, le premier jour, Mapuce a cassé du sucre sur le dos de quelqu’un.

— Oui, eh, oh ! Sur quelqu’un, mais pas n’importe qui s’il vous plait : sur le dos de Sa Majesté Lemur. Il me fallait un dos solide…

Et cela n’a pas été si facile que ça. Rendez-vous compte, de petites pattes de puces briser un morceau de sucre ! Mais, elle est y est arrivée la demoiselle… À force de persévérer, elle y est arrivée… et presque les six pattes dans le nez à la fin de la journée.

Le deuxième jour, hier donc, pour calmer les égratignures qu’elle s’est faites à ses pattes de devant, Mapuce s’est exercée à faire déborder le vase d’une goutte d’eau.

— Plus facile à dire qu’à faire ! Z’ avez déjà essayé de faire déborder l’océan d’une vague ? Surtout qu’avec mes petits membres de rien du tout, je n’avais aucune prise… ça me filait entre les pattes.

Mais, comme pour la veille, elle n’abandonnait jamais. Finalement, elle y est arrivée en se jetant de tout son corps depuis la hauteur du pommier. Il faut préciser qu’elle s’était lestée auparavant d’une couche de boue… son propre poids ajouté à celui de la boue a été déterminant dans la réussite de cet exercice.

Aujourd’hui, troisième jour, Mapuce joue au saut en hauteur… et en longueur ! Dans la prairie d’en face, un coq et un âne bavardent tranquillement.

— Je suis bien plus motivée avec des défis concrets. Sauter d’un chien à un autre n’est pas marrant, surtout que ceux de la maisonnée n’arrêtent pas de se chamailler, de se bousculer, … je ne dois même pas sauter pour passer de l’un à l’autre.

Tandis qu’ici, voyez la distance qui sépare le coq de l’âne ? Le coq est beau parleur, mais il se méfie du fichu caractère de l’âne.

Et alors que Félinou pense que Mapuce va se casser le cou avec un saut de fou, l’insecte passe du coq à l’âne sans la moindre difficulté.

— Merci Monsieur Levent, un petit coup de pouce bien utile, chuchote Mapuce.

Le lendemain matin, Félinou se lève de bonne humeur, sûr de lui. Il se dérouille, tend ses pattes devant lui, fait le gros dos gentil, s’ébroue, et puis se lèche avant de se décider à pointer le bout de son museau par la chatière.

Dès le premier coup d’œil, il sent que quelque chose ne va pas. Les chiens ne se grattent pas, l’âne ne semble pas avoir d’invité indésirable sur lui, pas plus que le coq…

— Bon sang de bon soir, où est cette puce ? dit le chat à haute voix.

Il n’a pas le temps de dire ouf que quelqu’un lui souffle :

— Avoir la puce à l’oreille, ça te dit quelque chose voisin ?

Espèce en danger à détruire !

9ème jeu déjà avec Rébecca ! Description de la contrainte : changer les règles, faire travailler votre imagination.

Les chaînes publiques de télévisions lancent une nouvelle campagne de publicité-obligation.

Sur fond de musique douce, un slogan incite les téléspectateurs à regarder, à écouter :

« Une nouvelle espèce vivante vient de s’ajouter sur la liste de celle en voie d’extinction. Elle va s’éteindre dans la décennie qui suit et nous avons l’obligation de ne pas agir. Cette espèce DOIT mourir ! Le gouvernement demande de ne pas tenter de la sauver. Vous avez le devoir de dénoncer sa présence auprès des autorités compétentes. Si celles-ci tardent à venir, vous avez l’autorisation d’utiliser tous les moyens possibles pour éliminer la cible.

Notez bien son nom et sa description : Braconnus Tendurus, aussi appelée plus couramment Destructurus Animalus. »

Sur l’écran de télévision, les téléspectateurs peuvent voir deux bipèdes dans la campagne. Le premier est pendu par les pieds; ses mains et son cou, à force de se débattre, se sont pris dans le filet dans lequel il est tombé. L’homme gesticule dans tous les sens, créant davantage de nœuds. Il crie, crache, semble furieux et… impuissant.

Le second, plus grand, bouge moins et ne parle pas car un hameçon est accroché à sa bouche. Il est sur la pointe des pieds, les mains liés dans son dos. Sur sa tête, un bonnet en peau de renard roux est en équilibre précaire et à son cou pend une patte de lapin. S’il bouge trop, soit il s’arrache la lèvre supérieure, soit il s’étrangle avec le collet qui ne s’est miraculeusement pas encore resserré, soit il met un pied dans un piège à mâchoire.

Pour ne pas heurter la sensibilité des plus jeunes téléspectateurs, la scène est rapidement coupée, laissant place à une illustration barrée d’un homme qui tient d’une main, un filet de tenderie, de l’autre un fusil et une canne à pêche et dont un des pieds repose sur un tas de pièges. Le nom Braconnus Tendurus clignote en rouge et en bas de l’écran « on ne veut plus jamais les voir » s’affiche en blanc.

La publicité se termine sur une voix douce qui annonce « Une espèce dans la liste rouge que l’on ne regrettera pas quand elle disparaîtra ».

Dans l’immense pays Rouge, le chat viverrin, la tortue de Mulhenberg, la girafe de Rothschild, l’our polaire, le panda géant, le rat-kangourou de Tipton, le tigre du Bengale et bien d’autres animaux sautent de joie à cette annonce.

Bientôt, on ne parlera plus d’eux, cela voudra dire qu’ils seront enfin sauvés et que leurs noms seront rayés de la fameuse liste rouge des espèces en voie d’extinction.

Ils pourront sortir de leur cachette et ne plus craindre pour leur vie.

Tautogramme Angelina

Pour la 8ème semaine avec Rébecca, je joue au tautogramme
(faire une phrase dont tous les mots commencent par la même lettre)

J’ai choisi de faire quelques petites phrases, en choisissant le prénom de ma fille. J’aurais voulu le faire de même avec le prénom de mon fils mais allez trouver une phrase avec des X !  :-)

Armelle a attrapé Alicia avec agilité.
Nicolas nourrit naturellement nonante nouveaux-nés.
Gabrielle gifle gentiment Geoffrey.
Ethan emmène Élisabeth en Éthiopie.
Louis, le livreur loquace, lave lentement la ludothèque lumineuse.
Isabelle, incertaine, invite Ilias, inconsolable.
Nathan nomme négligemment neuf noisettes noires : nid !
Antoine, afro-américain, a accueilli avec admiration Antoinette.

Maximillian mange méthodiquement mes merveilleux macaronis.  Miam, miam !

Le mystère du croissant doré

Jeu 7 de Rébecca. Ecrire une courte nouvelle. Le point d’accroche de cette  fiction-éclair est le titre : Le mystère du croissant doré.

Erwan marche d’un pas assuré quand tout à coup, il aperçoit une forme géométrique luire dans la nuit. Quelque chose de jaune, de doré bouge à quinze mètres de lui, comme illuminé !

Erwan est un jeune garçon plutôt intrépide et sûr de lui. Or, ici, il s’arrête tout net et scrute la tache en forme de croissant bouger par à-coups.
Haute, dans le ciel, la lune pleine semble l’encourager à poursuivre sa route.
Dissimulé derrière des roseaux, les pieds dans l’eau, Erwan observe le croissant doré qui pique sa curiosité.
L’objet semble flotter à dix centimètres du sol. Il fait tellement sombre que le garçon ne distingue rien d’autres aux alentours.
Un bruit sourd résonne au loin.
Des clapotements déchirent le calme de l’eau.
Des ailes en mouvements lui font tourner la tête.

Erwan est bien content d’être tout seul. Ses copains riraient bien de lui s’ils le voyaient trembler comme une feuille, lui le « gars » qui n’a peur de rien, pas même du directeur d’école.
Il essaie de faire abstraction des bruits environnants. Il se concentre sur ce qu’il peut voir…
« Serait-ce la pierre de lune magique ? » pense-t-il. Il a beau avoir onze ans et ne plus croire aux contes de fées, le mystère du croissant doré l’a toujours intrigué. Pourtant, cette histoire n’est qu’une fiction…

A quinze mètres de lui, une marouette au derrière sali par la boue est sur ses gardes elle aussi. Tombée sur son pet, elle n’a pas vu qu’elle a écrasé un ver luisant… à présent, son popotin ressemble étrangement à un croissant de lune brillant, et un drôle de zozo à deux pattes l’épie !

Exercice de style

Pour le jeu n° 6 de Devenir Ecrivain, j’avoue que je n’y ai pas beaucoup réfléchi. Finalement une semaine, c’est très court pour faire ces petits jeux :-) mais je m’y tiens… je ne suis pas sûre que j’ai réussi le défi mais voici ce que j’ai imaginé pour réécrire un texte à la manière de Raymond Queneau : de plusieurs manières différentes.

Une femme marche dans la rue.

Une jeune femme marche dans la rue.

Une jeune femme marche d’un pas vif dans la rue.

Dans la rue Ledepair, une jeune femme marche d’un pas vif et déterminé.

Une jolie jeune femme, vingt ans à tout casser, divine poitrine et jambes de rêves est passée à côté de moi sans même me regarder. Perdue dans ses pensées ou tellement pressée qu’elle n’avait pas le temps de s’arrêter sur des « détails », elle ne m’a pas vu et j’en suis fort heureux car elle se serait sans doute abîmer un ongle à glisser sur ma modeste forme exécrable et repoussante de caca de chien.

La police recherche activement un témoin. Une femme non identifiée a été signalée dans cette rue l’après-midi même de l’incident. Elle semblait ne voir personne, évitant tous les regards. Elle était de taille moyenne, de corpulence élancée, avait de longs cheveux noirs, attachés en un chignon. Elle portait au moment de son signalement un long manteau beige, des chaussures à hauts talons et une écharpe à franges couleur cerise. Elle marchait d’un pas déterminé. Si vous l’avez reconnue, vous pouvez appeler le numéro de téléphone qui s’affiche en bas de votre écran.

Cher journal,
Aujourd’hui a été une mauvaise journée. C’est sans doute la raison pour laquelle j’ai eu l’impression que le trajet de retour a été plus rapide que d’habitude.
Figure-toi que quelques minutes avant de partir de mon travail, j’apprenais qu’on allait restructurer l’entreprise ! Bien sûr, ce sont les derniers arrivés qui allaient trinquer.
Trois mois que je suis là. Tu t’imagines ? Trois mois seulement…
Dire que je pensais avoir enfin trouvé le job de mes rêves !
Que vais-je faire maintenant ? Tu as une idée ?

Deux hommes se disputent. La raison de leur conflit reste mystérieuse. Mais leur agressivité monte petit à petit. Ils pensent rapidement à en venir aux mains quand une jeune femme passe à côté d’eux, sans même sourciller. L’indifférence avec laquelle elle est passée les a complètement surpris. Ils cessent de se crier dessus, continuent à déshabiller du regard cette inconnue mystérieuse et, quand leurs yeux se croisent à nouveau, l’objet de leur querelle a complètement disparu.

J’aurais pu faire plus long mais je suis un peu fatiguée… si vous voulez vous y « coller », n’hésitez surtout pas !
Je mettrais vos idées à la suite des miennes.

Rites d’automne, Dan O’Brien

Un livre de Dan O’Brien. Un roman qui se lit un peu comme un témoignage. Car c’est bien de cela qu’il est question avec ce grand spécialiste des espèces en voie de disparition. C’est en 1986 que l’auteur, fauconnier, s’attache à Dolly, une femelle de faucon pélerin qui a du mal à retrouver une liberté pourtant tant désirée par le spécialiste. Cela se passe dans les grands espaces de l’Ouest américain. Une aventure un peu en solitaire où le narrateur conte ses aventures et ses péripéties à essayer de réintroduire ce faucon, né en captivité, dans son milieu sauvage. A côté de Dolly, on (re)découvre que l’espèce a été gravement menacée à cause du DTT. On réfléchit à la nature, à la façon dont l’homme l’aime et la « protège ». On porte des regards différents et nouveaux (pour moi) sur certains types de chasseurs. J’ai toujours haïs les chasseurs mais avec ce livre, je me rends compte qu’il y existe de « bons » chasseurs, tel ce spécialiste qui se préoccupe du sort de la nature, des animaux, qui ne chasse que pour manger, qui honore ses victimes. Je n’irai pas à dire que j’ai changé d’opinion sur les chasseurs mais je réalise que comme chez tous les humains, il y a du bon et du moins bon, et pas que du mauvais.

Je ne vous en dis pas plus. Si vous aimez les oiseaux ou la nature en général, je vous conseille vivement ce livre.

Le pic de la migraine, concours Crescendo

Grâce à la non-sélection de mon texte pour le concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles, je peux vous présenter dès à présent ma nouvelle   :-)  un peu auto-biographique, donc mauvaise « technique » d’écriture

 

Lucie, souffrant de migraines chroniques, a déménagé depuis peu dans un paisible village à proximité de la forêt. Elle se sent mieux. Les klaxons des voitures dans sa rue ne la réveillent plus puisque ici, dans son hameau où vivent cent quatre-vingt-huit habitants, les gens ne se bousculent pas ; ils sont plus patients et moins nerveux.

Dans la rue des Pics, il n’y a pas d’embouteillage, car l’endroit est calme et dépourvu de routes rapides et autres chemins de circulations bruyants et malodorants.

Lucie ne connaît pas encore celui qui va être à l’origine de nouvelles et violentes migraines !

Lucie, quarante-cinq ans, a profité de cette migration tant désirée depuis des années pour se réorienter professionnellement. Voilà dix-sept ans qu’elle travaillait dans un magasin bourré de bruits insupportables. Elle n’en pouvait plus des brouhahas des clients, des cris des enfants… alors, elle s’est lancée comme formatrice du silence, en free-lance. Elle aménage ses horaires comme elle veut, et profite de cette belle région pour faire d’une pierre, deux coups : se promener et travailler. En effet, elle est l’unique spécialiste qui donne des cours sur le self-silence. Ces formations regroupent la gestion du stress, l’auto apaisement, le contrôle de soi en musique douce, la zen-attitude… et bien d’autres techniques modernes qui permettent aux plus bruyants d’entre nous de pouvoir passer inaperçu dans un environnement calme et de pouvoir rivaliser avec l’attitude du chat à la chasse. Elle appelle cette formation « patte de velours » pour faire justement référence à la discrétion des félins quand ils se déplacent.  Ces cours se donnent bien sûr par correspondance afin d’éviter tout malentendu en direct. Ses syllabus sont remplis d’expressions visuelles et de conseils en tous genres.

Il ne suffit pas de changer de région, de faire un autre travail pour évincer quelque chose qui se trouve ancré au plus profond de nous. Ce dont souffre Lucie fait partie intégrante de son corps…

Ce nouveau travail, rivalisant avec son ancien au niveau de son salaire, lui laisse tout le temps de s’ouvrir à une nouvelle passion : l’ornithologie. En se baladant, elle prend des photographies de paysages ou d’objets pouvant illustrer le silence tels un tapis de mousse, un lit de fleurs odorantes ou un vol en formation de cormorans, sur fond de coucher de soleil. C’est à ces occasions qu’elle croise le chemin de l’un ou l’autre oiseau. Si certains, selon elle, ont bien besoin de cours de chants, d’autres en revanche l’apaisent merveilleusement. C’est ainsi que son nouveau passe-temps a démarré. Et de fil en aiguille, elle s’est prise d’affection pour les oiseaux vivants en milieu forestier. Quoi de plus normal étant donné que sa maison se situe à quelques envergures d’un des plus beaux bois de tout le pays et que sa rue porte également le nom d’un oiseau fréquentant ces milieux sauvages.

Grâce à ce nouveau mode de vie, où elle met en pratique toutes ses leçons sur le silence, elle se vante d’avoir trouvé toute seule la solution à ses migraines rebelles. Et ce, sans aucune médication chimique ! 100 % naturel, dit-elle avec le sourire. C’est naturellement donc que d’éminents neurologues se sont penchés sur sa technique.

Tout le monde sait qu’il suffit parfois d’un traitement dit placebo pour que des symptômes disparaissent. Seulement voilà, même tous ses cours d’auto-silence cumulés avec la médication la plus innovante n’auraient pas raison des dernières douleurs qu’elle va devoir supporter !

Une chose en entraînant une autre, les migraines de Lucie sont réapparues durant un après-midi. Ce jour-là, elle recevait dans son jardin le neurologue du centre hospitalier le plus connu dans cette partie du pays. Après plus de deux heures d’explications, Lucie a senti le début d’une douleur temporale, à gauche.

C’était le signe qu’il fallait abréger cette rencontre. Ce qu’elle fit le plus poliment du monde, sans laisser la douleur faire grimacer ses yeux et faire apparaître les plis de son front.

Le printemps est là, et pour se ressourcer, Lucie décide de se promener en forêt. Marcher au grand air lui a toujours fait le plus grand bien.

Soudain, un tambourinement venu de nulle part brisa le silence ! Lucie ne pouvait supporter ce bruit. C’était comme si la source du bruit pénétrait directement dans sa tête. Quelques secondes après, le vol onduleux d’un oiseau se distingua et un ricanement perça.

C’était un pic vert en pleine action de séduction. Lucie, d’abord agacée par le tac-tac-tac de l’oiseau, souriait quand même. C’était bien la première fois qu’elle pouvait observer cet oiseau de si près.

Au début, elle ne lui en voulut pas trop. Mais ce beau mâle s’en donnait à cœur joie. Il n’était visiblement pas fatigué de sans cesse taper du bec dans l’écorce rigide d’un gros hêtre. Il aimait montrer – surtout se faire entendre – qu’il était très doué à ce travail. De la sorte, il indiquait également aux autres mâles curieux que ce territoire était déjà pris et qu’il ne fallait pas trop s’approcher de lui sous peine d’avoir quelques plumes en moins. Écourtant sa balade, Lucie rentra chez elle pour s’immerger dans une obscurité totale et se noyer dans un profond silence. Elle se glissa sous les draps fleuris de son lit. Avant de sombrer dans une déconnexion du monde, elle nota la date, l’heure et le lieu de sa rencontre avec l’oiseau vert et mis à côté « photo – tambourinement ».

Ceci est le début du cataclysme migraineux. Lucie ignore tout de cette nouvelle pulsion de douleur. Petit à petit, la souffrance s’éveille…

À chaque réveil, lorsque les volets de ses yeux s’ouvraient, une aiguille perçait l’obscurité et lui frappait la vue. En même temps, les battements de son pouls pulsaient à son front, juste deux centimètres plus hauts que la jointure de ses sourcils. Elle changea de position, mis ses mains sur sa tête et laissa couler des larmes de douleurs.

Elle dormit ainsi toute la soirée et la nuit.

Au petit matin, alors que le soleil ne pointait pas encore le bout de ses rayons, Lucie se réveilla en souriant. Sa migraine avait disparu et elle était soulagée.

Hélas, dès qu’elle alluma la lampe écologique de sa cuisine, celle-ci électrisa ses pupilles, lui faisant plisser les yeux et détourner le regard. Quand elle se rendit dans son salon, situé juste à côté de la cuisine, elle bougea ses yeux pour tenter une nouvelle approche. Là, ses globes oculaires se mirent à lui faire aussi mal que si on tirait un élastique pour le déchirer ! Cette douleur était inédite pour elle, aussi, elle essaya de se détendre en contrôlant sa respiration, et ferma les yeux pour mieux se concentrer (et surtout pour ne plus avoir mal). Elle n’était là que depuis quelques semaines, mais déjà elle connaissait approximativement la place des meubles et autres objets encombrants. Les yeux toujours fermés, elle avança lentement, les bras tendus, les pieds attentifs au moindre obstacle et se dirigea à nouveau vers sa chambre obscure.

 C’est là, à cet instant, que Lucie prend conscience que ses précédentes migraines n’étaient rien en comparaison de celle-ci !

Les volets de sa maison sont faits de bois. Un ancien bois d’excellente qualité qui n’avait visiblement pas trop souffert du dernier rude hiver passé. Un bois non peint et traité avec des produits non toxiques, respectueux de l’environnement : cire d’abeille, huile de lin et huile dure.

Lucie n’avait jamais remarqué les quelques petits trous qui s’étaient formés sur  certains côtés des volets. Et la propriétaire qui lui a vendu cette petite maison de pleins pieds a bien sûr omis volontairement de lui parler de l’origine de ces trous, certes petits et peu nombreux, mais profonds.

C’est au moment où le calme complet revient dans sa tête et ses yeux qu’un bruit atroce et proche vient la bousculer une nouvelle fois. Quelqu’un vient de frapper de manière peu courtoise et violente sur le volet de sa chambre !

Plus rien ne peut l’arrêter…

L’étau dans sa tête se resserrait tellement que tous les bruits lui parurent disproportionnés et amplifiés. Elle pensa qu’un marteau-piqueur était actuellement occupé à forcer le volet. Elle voulut s’éloigner de la source du bruit, mais quand elle se releva, un vertige brisa son équilibre. Le monde tournait sous ses pieds et elle ne parvenait pas à marcher sans tomber. Le déplacement à quatre pattes n’était pas meilleur. Sans appui pour la tenir du côté gauche, elle chutait lamentablement sur le sol. Elle se traîna jusqu’à sa salle de bain et s’effondra à même le sol. Elle chercha ainsi une position qui lui permettait de ne plus avoir le tournis. Elle espérait de la sorte faire disparaître la nausée qui commençait à la submerger. Lorsqu’elle sentit son estomac se révulser, elle s’agrippa au bord de la baignoire pour vomir. Tête en avant, la puissance de la migraine décupla. Elle avait l’impression que ses yeux allaient sortir de leurs orbites et que les battements de son cœur qu’elle ressentait dans son front allaient déchirer sa peau.

Une fois que la nausée disparut, elle se recroquevilla sur le tapis, se positionna en chien de fusil, ferma ses yeux et ne pensa à plus rien. La douleur lancinante dans sa tête diminua de vigueur sans pour autant disparaître. Une fatigue importante la submergea. Elle était aussi épuisée que si elle n’avait pas dormi depuis des nuits entières.

Alors qu’elle sombrait dans un état de semi-conscience, le tambourinement ralenti, puis le rire caractéristique du pic vert surgit.

L’oiseau s’éloigna rapidement, laissant place à un silence étonnant.

Seule la douleur de Lucie battait la mesure comme un métronome.

Lorsqu’elle se réveilla, deux heures plus tard, elle avait perdu toute notion du temps.

Dehors, le soleil souriait et les oiseaux saluaient gaiement le lever d’une belle journée promise.

La rue des pics n’a jamais si bien porté son nom…