Rituel du matin

5h30, un matin ordinaire… ou presque.
Le jour dort encore à moitié, et moi, j’ouvre doucement mon cahier d’écriture pendant que mon thé infuse. Un thé vert au citron, comme souvent. Dans son bain à 80°, il se repose avec un bâton de cannelle et une fine tranche de citron (chut…la cuillère, c’est pour le sirop d’agave, j’essaie de dire adieu au sucre. Difficile, oui, mais j’essaie. Je le remplace pour le moment pour espérer, un jour, m’en passer).

Et puis, pendant que le parfum chaud du thé s’installe dans la pièce, j’ai pensé à vous.
Oui, vous.
Celles et ceux qui me lisent, me suivent, m’encouragent.
J’ai eu envie, pour une fois, de partager un petit bout de moi, un éclat de ces instants du matin, ceux où je suis encore un peu floue, encore un peu rêve.

Ce que je ne vous montre jamais ou presque.

J’ai zappé le cerveau qui s’active à 4h05 (oui, ça pique, insomnie quand tu nous tiens..).
J’ai sauté le passage aux toilettes et la distribution de nourriture à ma petite troupe féline affamée (priorité à mes quatre chats).
Mais je vous montre ce moment-là : le tout début de l’écriture, quand j’ai noté la date du jour et que j’ai lancé, sans réfléchir :
« Pour moi, écrire, c’est… »

Un exercice que j’ai déjà fait, mais qui revient souvent quand je n’ai pas envie de penser.
Quand je veux juste laisser les mots couler, sans retenue.

Et pendant que j’essayais de capturer tout ça en photo, pas facile d’écrire et de photographier en même temps, soit dit en passant, je me suis dit :
Et si je vous montrais ce moment-là ?

Ce n’est pas grand-chose.
Juste un rituel, une tranche de vie. Mais c’est aussi une porte entrouverte sur mon univers.

Alors dites-moi…
Est-ce que ça vous parle ?
Est-ce que vous aimez découvrir ces petits fragments du quotidien, là où tout commence ?


Pour moi, écrire, c’est …

Comme un souffle,

Comme une respiration.

Pour moi, écrire, c’est …

Me poser, mettre de la distance

Entre moi et le monde,

Rêver à d’autres possibles,

D’autres ailleurs.

Pour moi, écrire, c’est …

VIVRE

Vivre, même quand l’encre de mes pensées est noire; chaque mot, comme une absence.

Vivre, même quand je n’ai plus d’ancre à jeter; ça tangue tellement autour de moi.

Vivre, même quand la couleur s’estompe,

Quand elle est rouge de violence ou d’amour,

Quand elle est verte de colère ou de liberté,

Quand elle est bleue de tristesse ou de rêves.

Écrire, c’est rester debout quand tout vacille.

Marcher sans but…

…  et rencontrer la bonne personne au bon moment

Et si une simple balade devenait le point de départ d’une belle rencontre ? Parfois, sans chercher, on reçoit exactement ce dont on avait besoin. Ce soir-là, j’ai suivi mon élan, et la vie m’a offert un moment suspendu, inattendu et profondément juste.

Un pas après l’autre…

Ce soir, après le souper, je me suis décidée à marcher. J’essaie d’en faire une habitude. Avant les vacances, j’étais bien partie. Pendant les vacances aussi. Mais depuis la reprise, la pluie s’est invitée et, avec elle, ma motivation a un peu glissé sous la table.

Alors ce soir, sans trop réfléchir, je me suis remise en mouvement. Objectif : 5000 pas. Pas pour une course, ni un défi. Juste pour respirer. M’aérer. Mais marcher sans but précis, ce n’est pas encore évident pour moi. Alors je choisis une direction : la boîte à livres à 2,5 km de chez moi. Un repère.

Je pars sans prendre de photos. Lentement. J’essaie.

Une rencontre inattendue

Arrivée devant la maison communale, où se trouve la boîte, je croise une dame du quartier. Plus âgée que moi. L’âge de ma maman. Nous ne nous connaissons pas, mais nous voilà toutes les deux à fouiller les livres. La boîte est bien garnie ce soir. Ce petit détail suffit pour ouvrir la conversation.

Et puis, naturellement, on parle. Beaucoup. Vraiment beaucoup ! On partage des petits bouts de nos vies. Un peu du passé. Un peu du présent. Un peu de l’avenir.

Et puis, voilà que je lui parle de mes ateliers d’écriture, de mes livres, de ce que j’appelle mon « métier cœur », mon projet, en pleine gestation. Elle m’écoute. Elle partage aussi. Et, sans même qu’on s’en rende compte, une vraie discussion s’installe. Humaine, simple, chaleureuse. Pleine de points communs et de petits échos.

En nous quittant, elle me demande si j’ai toujours été aussi pétillante.

Je souris. Oui, je prends. Merci, Madame, pour cette demi-heure de vie partagée. Vous m’avez offert une vraie bouffée d’oxygène.

En confiance, sur le bon chemin

Ce matin et cet après-midi, j’avais commencé à corriger mon prochain livre, qui devrait sortir en septembre ou octobre. Mon tout premier carnet-guide ornithothérapeutique. C’est du concret. Du vrai. Je sens que je suis enfin là où je dois être.

Moins dans les projections, plus dans l’action. Dans l’écriture, la création, la mise en forme d’outils qui accompagneront mes ateliers. Cette balade sans attente, cette rencontre pleine de douceur, sont venues me confirmer que je suis bien sur mon chemin.

Marcher m’a fait du bien. La vie m’a fait un clin d’œil. Et je l’ai vu.

💬 Et vous ?

Vous est-il déjà arrivé de sortir “sans but” et de faire une rencontre qui a résonné profondément ?

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Autobiographie d’une enfance au Maroc, par Zineb Mokhtari

Liens sans frontière

Zineb M., vous la connaissez peut-être déjà. C’est elle qui me confie ses poèmes (clic si vous ne les avez pas encore lus), que j’ai le plaisir de partager ici, sur ce blog. Aujourd’hui, elle me fait un honneur encore plus grand : celui de m’autoriser à publier, à sa demande expresse, son autobiographie.

Quand les mots voyagent par-delà les écrans, ils n’ont plus besoin de passeport. Ils tissent des ponts, ouvrent des fenêtres sur d’autres mondes, d’autres enfances, d’autres sensibilités. C’est exactement ce que propose le récit de Zineb : un retour sincère, délicat et vivant sur ses premières années au Maroc.

Son écriture est simple, directe, lumineuse. Elle donne à voir, à sentir, à entendre. Elle ne cherche pas l’effet, elle cherche la vérité. Une vérité à hauteur d’enfance, puis d’adolescence, dans une vie façonnée par les sons, les saisons, les mots, et peu à peu, la poésie.

Voici maintenant, dans ses propres mots, la quatrième de couverture qu’elle a rédigée. Et pour ceux qui souhaitent lire l’ensemble de son autobiographie, vous trouverez le lien pour la télécharger en PDF à la fin de cet article.


Il y avait la maman, le père, les frères et sœurs, la maison. A la ferme, il y avait la vache, le veau, le lait. J’aimais me réveiller pour regarder le soleil se lever, sentir la nature fraîche, écouter les oiseaux chanter.

A la garderie, ce qui me faisait plaisir, c’était la répétition des chansons.

Frère Jacques

Frère Jacques, (2)
Dormez-vous ? (2)
Sonnez les matines ! (2)
Ding, dong, dong ! (2)

Frère Jacques, (2)
Levez-vous !(2)
Sonnez les matines, (2)
Ding, dong, dong ! (2)

Ma première école, c’était à six ans. Les sapins s’élevaient tout autour et les fleurs ornaient les parterres. Les élèves de ma classe étaient bavards, bruyant, je les regardais jouer en criant, j’étais très timide, six ans.

Avec mes yeux d’adolescente, j’ai aimé tout ce qui est beau, charmant…

Au collège j’ai découvert la langue française.

J’aimais l’odeur de l’encre, les mots en bleu, noir, rouge.

Mes premières rencontres ont eu lieu en 1991 avec le conseiller culturel Alain Germain, ainsi qu’avec Jean Charles Dorges en 2012.Ils m’ont encouragé à écrire des poèmes .Mes participations aux concours poétiques sur la chaîne Française TV5Monde et l’Institut Français à Oujda m’ont donné l’occasion en 2017 de rencontrer Ali Massou, ce dernier m’a fait ouvrir bien des livres de poésie, il m’a aidée à approfondir mon écriture .Pour mieux me connaître, il m’a incité à écrire mon autobiographie.

La poésie est une autre terre que Zineb Mokhtari travaille avec la même patience, le même enthousiasme, la même joie, car elle sait qu’écrire ouvre l’esprit, le cœur .Le poète donne vie, il apprend à aimer.

Tortue dans le train, fourmi dans la ville

Tortue.
Carapace.
Lenteur.

Le train n’a rien d’une tortue. Il est rapide. Pressé.
Le train, pour moi, s’apparente à une torture : monde, foule, bruit, boucan, promiscuité, bousculade, visages fermés, écrans partout, frontières invisibles, vitesse imposée.
Tout ce que je déteste.

Le train.
Bruxelles.
Retour en arrière. Berceau de mon enfance. Nuisances. Souvenirs de violences.

Alors je me mets en mode tortue.
Je ralentis.
J’avance lentement.
Je rentre dans la gare comme je rentre dans ma carapace.

Je me coupe du monde, de la foule.
J’étouffe le bruit, le boucan.
J’agrandis ma bulle de protection.
Je solidifie mes épaules.
Je fuis les inconnus.
Je ferme les yeux devant les écrans lumineux.
Je trace les frontières à ne pas franchir.
Je respire.

Casque vissé sur les oreilles, une douce musique berce mon cerveau embrumé.
Je suis dans ma bulle.
Bien.
Confortable dans cette carapace personnelle, unique, sécurisante.
Une heure durant.

Je respire.
Je ralentis.
Je fuis le réel.

Bruxelles Midi.
Je sors du train.
Je quitte ma bulle.
Le monde me heurte aussitôt.
Foule grouillante. Coups d’épaules. Visages flous.
Je me faufile. Je glisse entre les corps.

Fourmi dedans. Tortue dehors.

Perdue dans les rues.
Paumée dans les travaux, par milliers.
Je tourne. Je cherche. Rien n’est plus familier.

Je respire. Mal.
Agressée par cette puanteur de pisse qui se déverse dans les recoins de la ville.
Narines inondées. Écœurée.

Fourmi dedans. Tortue dehors.

Et puis, enfin, une porte.
Ma destination.
J’y suis.
Arrivée.

Je respire. Mieux.
Je souris.
Victoire.

Formation en écriture thérapeutique


Ma première journée de formation en écriture thérapeutique : une évidence, un élan, une certitude

Hier, j’ai vécu une journée forte. Intense. Lumineuse.
Ma toute première journée de formation pour devenir praticienne en atelier d’écriture thérapeutique.
Je ne savais pas exactement à quoi m’attendre, mais ce que j’ai trouvé a dépassé mes espérances.

Nous étions six participant·es, accompagné·es par un duo de formateurs bienveillants, dans une atmosphère où les cœurs étaient à nu. D’entrée de jeu, nous avons écrit. Écrit sur nous-mêmes, sur nos émotions, nos blessures, nos ressentis du moment. Des textes bruts, sincères, parfois déchirants. Il a été très difficile de ne pas pleurer avec les autres.

Mais je ne suis pas restée en surface pour autant.
Je suis venue avec autre chose. Non pas un masque, mais une détermination nouvelle.
Je n’étais pas là pour revivre mes anciennes douleurs, je n’avais pas besoin de replanter encore mes souvenirs les plus lourds. Non, cette fois, j’étais venue pour autre chose : pour apprendre à accompagner, à comprendre comment aider les autres à s’élever à travers les mots, à se réparer doucement, à leur rythme.

Et ce que j’ai compris hier, c’est que je suis tout à fait à ma place et que j’ai déjà des outils en main pour aider mon prochain ! Je peux aider, à se libérer, à aller mieux. Lui, elle, eux, nous, vous. Chacune, chacun, avec ses histoires, ses failles, ses cicatrices.
J’ai été frappée par cette réalité simple : nous avons tous besoin de mots pour guérir. Et aussi différents que nous soyons, nous sommes unis par nos épreuves, liés par un fil invisible d’humanité.

L’un des exercices de la journée m’a profondément touchée.
Il fallait écrire une sorte de « carte d’identité émotionnelle » d’un·e autre participant·e. Sans se connaître. Sans se parler. Juste en observant, en écoutant ce qui se dégage.
J’ai choisi la femme assise à ma gauche. Une femme qui pourrait être de la génération de ma mère, et qui dégageait une aura douce, chaleureuse, enveloppante. Même quand elle s’éloignait, je la « sentais » encore à mes côtés.
Les mots sont venus sans effort. Et ce qui m’a bouleversée, c’est que toutes les cartes écrites par le groupe ont résonné juste, profondément, puissamment.
Comme si chacun·e de nous avait vu au-delà des apparences, au-delà des peaux.

Je suis rentrée chez moi le cœur gonflé. Avec cette joie silencieuse, profonde, presque sacrée, de me dire :
« Je suis à ma place. C’est ici. C’est ça. C’est moi. »

L’écriture a été ma boussole, mon refuge, ma lumière depuis tant d’années.
Hier, elle est devenue aussi ma voie.
Pas juste un outil, pas seulement une passion. Une mission de vie.

Et même si je n’ai pas encore tous les outils pour guider les autres, même si je ne suis qu’au début du chemin, je ressens déjà la puissance du lien, de la présence, de l’écoute.
Et je suis prête.
Prête à apprendre, à transmettre, à semer à mon tour.

Merci, la vie, pour ce cadeau.


Aujourd’hui, dimanche soir, deuxième et dernière journée de formation

Parfois, la vie nous invite sans faire de bruit.
Elle place un mot sur une page, une main sur une épaule, un regard dans le miroir…
Et tout change.

Ce week-end, j’ai vécu une expérience transformatrice, une révélation douce et puissante. Deux jours de formation à l’écriture thérapeutique, deux jours hors du temps, hors du doute. Deux jours à écrire nos douleurs, nos espoirs, à déposer ce qui pèse, ce qui vibre, ce qui cherche encore à se dire.

Et ce que j’ai trouvé là…
Ce que nous avons créé là…
C’est une alchimie de cœurs, une danse de mots et d’âmes.

Ce groupe, c’était plus qu’un groupe.
C’était un cercle. Un cercle vivant. Un cercle de guérison.

Des connexions immédiates, intimes, profondes.
Des histoires partagées comme des éclats de vérité, des reflets de soi dans les parcours des autres.
Des miroirs tendres qui ne jugent pas.
Des regards qui comprennent.
Des silences pleins.
Des larmes qui soignent.
Des mots qui rassemblent.

La magie était là. Vraiment. Pas une magie de spectacle.
Une magie terrestre, enracinée, lumineuse.
Le lieu lui-même vibrait différemment, comme si les murs et les arbres s’étaient mis d’accord pour nous protéger, pour que l’on puisse se dire, se déposer, se révéler.

J’ai été accueillie comme jamais.
Et j’ai accueilli, moi aussi. Avec tout ce que je suis.
J’ai vu la beauté dans chaque blessure.
J’ai vu l’amour dans chaque faille.
J’ai vu la lumière dans chaque voix tremblante.

Et ce que j’ai compris…
Ce que j’ai ressenti dans chaque cellule de mon corps, c’est que je suis à ma place. Je suis exactement là où je dois être. Au moment juste. Entourée des bonnes personnes. Sur le bon chemin.

Je ne cherche plus ma voie. Je la marche.

Mon appel a été entendu. Mon énergie, reçue. Mon engagement, reconnu.
Même mon offre d’emploi décalée a touché quelqu’un.
Les astres sont alignés.
L’univers me répond. Et moi, je réponds présente.
Je n’ai plus peur.
Je n’ai plus à prouver.
Je suis là. Je suis en vie.
Et je suis prête à offrir, à transmettre, à accompagner.

Je rentre boostée comme jamais.
Ma confiance en moi vient de franchir un palier.
Ma mission se précise : écrire, soigner, relier, avec des mots vrais, avec des mots doux, avec des mots puissants.

Et toi qui me lis, toi aussi tu portes des graines de lumière en toi.
Tu as peut-être peur, des doutes, des douleurs anciennes.
Mais crois-moi : tout peut changer.
Une rencontre. Une heure. Un mot. Un regard. Un silence.
Et c’est toute une vie qui s’ouvre.

À vous, mes formateurs, mes compagnons et compagnes de route,
à vous tous qui passez par ici, je vous envoie une brassée d’amour, d’énergie, de courage.
Recevez ces mots comme un sortilège de soins. Qu’ils s’enracinent en vous. Qu’ils vous fassent du bien. Qu’ils vous rappellent que vous aussi, vous avez votre place dans ce monde. Et que vos mots, même les plus discrets, peuvent tout changer.

À bientôt pour la suite du voyage,

Cécile
Un merci tout particulier à l’Asbl Racont’Art, à Béa et à Joël, mais aussi à Edwige et Patrick, à Sabine, à Noémie, à Elodie sans oublier Sanji (il saura se reconnaître)

PS : pour l’image de couverture, il faut lire le texte de haut en bas, d’abord. Puis, de bas en haut. C’est cadeau ;-)

Ce que les livres savent de nous

Plongée dans un instant suspendu : ma soirée de bibliothérapie

Hier soir, j’ai vécu un moment hors du temps. Un de ces instants rares où l’on sent que quelque chose bascule doucement en soi, comme une clé qui tourne dans une serrure longtemps restée bloquée.

C’était un atelier de bibliothérapie. Un cocon de mots et de silences, guidé par Eloïse, une femme lumineuse que j’ai rencontrée en 2018, à ses débuts dans son aventure Le mot qui délivre. Retrouver son énergie bienveillante dans ma bibliothèque de quartier – un lieu familier, rassurant – m’a tout de suite mise à l’aise. Nous étions neuf. Neuf femmes, réunies pour prendre ce temps qu’on s’accorde trop peu souvent. Un moment pour soi… et en miroir, pour les autres aussi. La plupart d’entre nous avaient entre 35 et 60 ans – l’âge peut-être où l’on commence à sentir l’urgence douce de se reconnecter à soi-même.

Pour briser la glace, Eloïse nous a proposé un exercice aussi simple que magique. Elle nous a lu le sommaire d’un livre, où chaque chapitre portait un seul mot. Et elle nous a invitées à l’interrompre lorsque l’un de ces mots ferait écho, résonnerait quelque chose en nous.

Le tout premier mot a résonné comme un tambour dans mon cœur : goéland. Une évidence. J’aime les oiseaux, et ce matin-là, j’avais justement écrit un texte dans lequel volaient goélands et mouettes (mon prochain recueil : « Un oiseau peut en cacher un autre » revisité et amélioré). Comme un signe, une passerelle invisible entre deux moments de ma journée. Et me voilà propulsée, première à me présenter, à raconter ce lien, ce clin d’œil du destin. Je n’étais pas intimidée. Là, entourée de bienveillance, dans un lieu que je connaissais, je me suis sentie à ma place. Presque comme un poisson dans l’eau.

Puis Eloïse nous a invitées à fermer les yeux pour un voyage intérieur. Une méditation guidée, délicatement déposée dans nos esprits. Un extrait du même livre lu de sa douce voix. Nous avons cherché l’oxygène, traversé une clairière, respiré profondément, et puis aperçu un bâtiment. À sa fenêtre, une silhouette. Elle nous attendait. Elle avait un message.

Ce moment a été une révélation. J’ai d’abord vu un goéland perché là-haut. Puis, l’image s’est transformée : ma mère est apparue. Elle m’a parlé. J’ai écrit ses mots presque malgré moi, comme en écriture automatique. Et peu à peu, j’ai compris. Grâce à Eloïse, grâce à la bibliothérapie, ce n’était pas vraiment ma maman que je voyais, mais … moi ! Son image était un miroir. Un reflet. Une part de moi-même, enfouie, qui me parlait depuis cette fenêtre symbolique. J’ai réécrit le message en « je », et j’ai senti une force nouvelle m’envahir. Comme une vérité intime qu’on se rappelle enfin. J’en ai eu des frissons.

Je me pardonne de ne pas avoir été là pour moi avant, mais maintenant je suis là, et je suis fière de moi !

Le reste de l’atelier a continué à tisser ces fils invisibles entre introspection, lecture, écoute et écriture. Deux heures de douceur et d’éveil. Deux heures essentielles sur le chemin de la rencontre avec soi-même. Car pour pouvoir tendre la main aux autres, il faut d’abord savoir se la tendre à soi-même. En confiance. En sérénité.

Enfin, pour clore cet instant magique, j’ai tiré une carte de l’Oracle « L’âme de la Terre-Mère » : Dans les bras de Gaïa !
Pour résumer : « (…) La vie t’offre une pause dans les bras de Gaïa. (…) Véritable maman, elle prend soin de toi, amortit tes pas et tous les chocs de la vie, t’accueille dans son enveloppe maternelle et te nourrit. Elle offre le terreau à tous tes projets et tous tes possibles. Elle est ton refuge, (…) Tu as bien travaillé, il est temps de t’arrêter, (…) et te recharger. Tu es invitée à lâcher les rôles. (…) « 

Il n’y a pas que des coïncidences, il y a des signes ! Gaïa, maman, une pause, un terreau pour mes projets, une invitation à lâcher les rôles.

Cette soirée, un cadeau. Un souffle nouveau. Une voix intérieure, claire et douce, qui me murmure : avance, tu es exactement là où tu dois être.


Et comme je veux pouvoir retrouver cet instant porteur, ce moment lumineux et transformateur, je vous partage une technique pour retrouver ces deux heures. Pouvoir revivre cet atelier extraordinaire et tout ce qu’il m’a apporté et appris, cette façon de retourner en arrière est accessible et à la porte de tous, enfants compris. Alors n’hésitez pas à adapter les mots par les vôtres, pour vous projeter en arrière, revivre et respirer à nouveau cet instant clé.

Je vais parler en JE et je vous invite à lire à voix haute ces quelques phrases pour qu’elles soient plus puissantes, ancrées dans votre présent.

Rituel de reconnexion à l’instant lumineux

1. Je m’installe dans un endroit calme.
Je m’assieds confortablement. Je ferme les yeux. Je laisse le silence s’installer doucement.

2. Je respire.
J’inspire profondément par le nez.
J’expire lentement par la bouche, légèrement ouverte.
Je répète cela 3 fois, en relâchant à chaque souffle un peu plus de tension.

3. Je visualise le lieu.
Je m’imagine à nouveau dans la bibliothèque. Je ressens l’atmosphère : les voix douces, les livres autour, la présence d’Eloïse, les autres femmes, le cercle de confiance.
Je visualise la lumière du soir, l’odeur des livres, la texture de la chaise, tout ce qui me revient. Même la chaleur de la pièce. Je n’ai pas besoin de tout voir : je laisse les images venir comme elles veulent.

4. Je revois mon goéland.
Je le vois, perché, libre, messager. Je me reconnecte à ce symbole.
Je lui demande mentalement de revenir m’accompagner quand j’en ai besoin. Il est une part de moi.

5. Le message miroir.
Je me souviens du message que j’ai reçu, et que j’ai transformé en « je ». Je le murmure doucement à voix haute, ou dans ma tête.
Je laisse ces mots me traverser à nouveau.

6. Le geste-ancrage.
Je choisis un geste simple qui deviendra mon ancrage :
Par exemple, poser ma main sur mon cœur, ou toucher doucement mon poignet, ou joindre pouce et index. (Depuis hier, j’ai remis un bracelet en cuivre à mon poignet gauche, je choisi donc de toucher ce bracelet, de le « décoller » de ma peau. Ce geste est le geste qui va me permettre de m’ancrer dans cet instant.)
À chaque fois que je referai ce geste, mon corps et mon esprit se rappelleront ce moment.

7. Je reviens doucement.
Quand je me sens prête, je respire profondément, et je rouvre les yeux. Je suis ici, mais cette lumière est toujours en moi.


Faire ce rituel en 2 ou 3 minutes, ou y plonger plus longuement. Et si un jour j’ai moins de temps, un simple geste + une phrase-clé comme : « Je me souviens, je suis là, tout est en moi » peut suffire à rallumer la flamme.

Portrait chinois : si j’étais …, je serais…

Si j’étais un animal

Si j’étais un animal, je serais un oiseau,
Pour voler bien haut.
Je n’aurais plus peur de rien,
Pas même de me tromper de chemin.
Je planerais grâce aux courants ascendants
Et je voyagerais librement, totalement.

Si j’étais un oiseau, je serais un pétrel,
Celui qui défie la tempête, le sel,
Qui frôle les vagues sans jamais sombrer,
Invisible dans la brume, sauvage, léger.

Si j’étais une aile, je serais l’aile gauche,
Celle qui tient bon quand le doute me fauche,
Qui connaît le vent mieux que la terre,
Et parle aux nuages sans jamais se taire.

Si j’étais un souffle, je serais l’ascension,
Ce frisson d’air qui soulève sans raison,
Qui murmure « encore » quand tout semble fini,
Qui transforme la chute en poésie.

Si j’étais une plume, je serais la plus fine,
Celle qu’on ne sent pas mais qui dessine
Le ciel comme une page infinie,
Et qui garde en silence les secrets de la vie.

Si j’étais un cri, je serais un silence,
Celui qui précède la danse,
Quand le cœur bat fort, juste avant l’envol,
Quand l’inconnu devient mon rôle.

Si j’étais un rêve, je serais l’instant
Où je me découvre dans le vent,
Ni bête ni humain, ni fuite ni retour —
Je serais l’oiseau. Enfin. Pour toujours.


Si j’étais une saison

Si j’étais une saison, je serais le printemps,
Pour me réveiller avec les oiseaux et leurs chants.
J’ouvrirais mes pétales,
Et embrasserais le soleil et son âme.
Je pousserais, je grandirais,
Je ne cesserais jamais de me planter.

Si j’étais un arbre au printemps, je serais un cerisier,
Offrant mes fleurs comme des baisers légers.
J’habillerais l’air de promesses en pluie,
Et chaque branche dirait : « Regarde, la vie ! »

Si j’étais une couleur du printemps, je serais le vert d’eau,
Celui qui danse sur les jeunes roseaux.
Un vert timide, presque transparent,
Mais si vrai qu’il fait battre le sang.

Si j’étais une fleur de printemps, je serais une primevère,
La première à oser, la messagère.
Je sortirais du froid, fragile et fière,
Et dirais au monde : « Voici la lumière. »

Si j’étais un vent de printemps, je serais une caresse,
Pleine d’élan, sans aucune paresse.
J’entrerais par les fenêtres entrouvertes,
Et soufflerais : « Réveille-toi, sois alerte. »

Si j’étais une pluie de printemps, je serais fine et douce,
Juste ce qu’il faut pour nourrir la mousse.
Je ferais briller les feuilles de joie,
Et chaque goutte dirait : « Je suis là pour toi. »

Si j’étais un matin de printemps, je serais rosée,
Déposée sur l’herbe, à peine osée.
Je serais silence et clarté mêlés,
Un secret que le soleil viendrait révéler.

Et si j’étais moi, enracinée dans ce temps,
Je serais le printemps, pleinement.
Je serais graine, sève, bourgeon, chant,
Et l’oiseau nouveau… à chaque instant.


Si j’étais un objet

À moi toutes les histoires imaginées,
Tous les secrets confiés,
Tous les projets élaborés.
Un cahier ou un carnet
Qui me plaît, qui me plaît —
À spirale, à ruban, à dos relié,
À petits points ou grands carreaux serrés.

Je serais un carnet de bord,
Pour suivre les vents, noter les accords,
Coller des souvenirs, griffonner des idées,
Et garder trace de ce qui m’a traversée.

Je serais un carnet de voyage,
Avec du sable entre les pages,
Des noms de villes en lettres penchées,
Des couchers de soleil scotchés.

Je serais un carnet de listes infinies,
De rêves à faire, de choses à dire, à remplir d’harmonie.
De livres à lire, d’étoiles à cueillir,
Et de mots à ne jamais laisser partir.

Je serais un journal de nuit,
Où l’on écrit quand tout s’enfuit,
Quand le silence est plus vrai que le bruit
Et que la main devient abri.

Je serais un carnet d’élan,
Celui qu’on ouvre quand on sent
Qu’il faut écrire pour respirer,
Pour se retrouver, pour exister.

Et si j’étais vraiment moi,
Je serais tous ces carnets à la fois —
Blancs ou pleins, raturés, crayonnés,
Trésors discrets de mes pensées.
Toujours là, jamais pareils,
Comme autant de bouts de ciel.