L’homme est un animal

L’homme n’est pas le seul animal qui pense, mais il est le seul à penser qu’il n’est pas un animal »

Paroles très justes du paléoanthropologue Pascal  Picq.

Bientôt, au printemps, la super conférence de François Verheggen, professeur de zoologie à l’Université de Liège, se donnera à la non moins extraordinaire librairie Regards Nature où je suis bénévole. Oh ! Joie ! Oh ! Impatience ! Je suis 😃

François, avec le talentueux Stéphane comme illustrateur, ont donné tous deux naissances aux chouettes bouquins que voici :

Les animaux sauvages sont vraiment bien plus intelligents que certains le croient : adaptation, ingéniosité, déplacements, fabrication d’outils, survivre, se reproduire,… Ils ont déjà tout fait avant nous. Et ce n’est pas parce qu’on ne partage pas le même langage qu’ils ne savent pas s’exprimer ni se faire comprendre. Mais pour ça, il nous faut faire preuve de patience, les observer longtemps, oublier les tas de préjugés qu’on a et… accepter qu’il y existe d’autres êtres vivants aussi intelligents que nous 😉

La neige

Dans le soleil, sur fond de neige immaculée, une tache orange. Un rouge-gorge sautille de branche en branche. Un deuxième arrive près de lui. Lequel en premier se met à chantillonner ? Siffler doucement. Un roucoulement aigu, qui roule et qui chante. Qui rebondit dans ce silence hivernal. Il n’aurait pas dû. Le chanteur est chassé. Les deux oiseaux sont au sol et des coups de pattes et de bec sont donnés. Ils roulent littéralement dans la neige. J’ai froid pour eux.

Le conflit semble terminé. Ils remontent dans l’arbre, non loin du sol. Mais ils n’ont pas dit leur dernier mot. La scène recommence. Course poursuite dans les airs, se posent au sol, les pattes tendues, les ailes dans la poudreuse fraîche et lumineuse.

Un samedi matin pas comme les autres.

En Belgique, Liège, nous n’avons pas souvent autant de neige. Alors, autant en profiter. Marcher comme sur de la glace. À petits pas. S’arrêter pour observer. S’arrêter pour ne pas glisser. Et sourire aux oiseaux.

Visite du matin

Il est cinq heures. Mehagne se lève.
Il est cinq heures, mes chats ont faim.
Il est cinq heures.

Un grondement. Des bruits de pattes dans les escaliers. Du remue-ménage annonciatrice des prémices d’une bagarre féline ? Deux chats courent sans sens. Un troisième ne bouge pas. Grondement puissant. Retenu. Sourd. Grave.
Obscurité dans la cuisine. Le grondement est là. Caché. Féroce. Le regard cherche dans la pénombre. Fouille les coins sombres. Sous les pieds, comme un tremblement. Le rythme du cœur s’accélère. Le sien. Le mien. Le sien car il défend quelque chose, le mien car l’origine de cet état est encore inconnu.
C’est le gros bébé roux. Ramassé sur lui-même, le regard fixe, droit devant. Dans ma tête, des questions, des suppositions. Une intrusion. Un autre chat ? Le sosie d’Orion ? Le regard enflammé du chat fixe mes pieds, tête baissée. L’angoisse monte. Les scénarios les plus farfelus aussi. Clic. Lumières allumées, ombres chassées. Suppositions envolées. Un mammifère inerte. Une proie. Indéterminée. Chasse gardée, je ne peux m’approcher. Au ras du sol, on amadoue, on appelle, on invite à lâcher prise. Du vent. Illusions. Alors, on se fâche. On râle. On rouspète. On gronde à notre tour. Petite chose dans la gueule féline ne bouge plus. Longue queue. Semble morte. Bloquer les sorties. Enlever les chaises sous la tables. Le coincer dans un coin. Lâche ! Lâche ! À plat ventre, la chose grise et brune, boule de poils ronde a une longue queue. Musaraigne, mulot ou souris. Pas musaraigne, trop ronde, museau plus épais. Vivante ! Elle est vivante ! La petite bestiole est vivante ! Galopante. Court se refugier. Fuir à tout prix l’ennemi. Se cacher. Ne plus bouger. Faire sortir le chat. Vite. Vite. Dehors. Fermer la porte. Chasser un autre chat. Récupérer le rongeur. Le mettre à l’abri. Chercher une boite. Un bol. N’importe quoi.


Un mulot qui nous a émerveillé ma fille et moi.
Un adorable mulot sorti indemne de cette partie de chasse automnale, dès potron minet.
Un mignon mulot qui a fait sa toilette, qui a mangé, qui a bu, qui a retrouvé sa liberté une fois les quatre chats rentrés !

Faire du sport avec les animaux de la ferme

Visite habituelle à notre refuge préféré : Animal sans toi…t.

Mi-novembre. Le froid arrive. La prairie des moutons est spacieuse, mais l’entrée commence sérieusement à être boueuse.
Les petits, les grands, les blancs, les bruns, tous les moutons vont être déplacés vers leur abri d’hiver où il fait bon bêler.
On ferme l’ouverture du 2e enclos dans lequel les animaux aiment se réfugier et gambader à l’abri des regards. La remorque est manoeuvrée de façon à ce que la porte colle à l’entrée de l’enclos. Il y a des « trous » sur les côtés, mais les moutons, s’ils sont habiles à nous éviter ne pensent pas toujours à s’échapper par les petits espaces non gardés.

Ils sont une bonne vingtaine, peut-être trente.
Ils sont tous appâtés avec une belle quantité de foin frais. La présidente les appellent, certains par leur prénom. Elle les encourage à la suivre et leur donne à manger. Le foin frais pour les moutons et les chèvres, c’est comme la carotte qui fait avancer un âne.  Il suffit d’un seul, un seul mouton doit montrer le chemin, passer la grille et marcher sur la porte de l’engin pour que d’autres le suivent.
La plupart des jeunes sont dans cette première partie. Une petite corde est attachée à leur cou, cela suffit pour les guider vers leur nouvel abri. Un gros mouton brun avec de belles cornes à réussi à s’échapper, le coquin. Il a trouvé la faille, un trou sur le côté. Oh ! Il n’ a pas été bien loin, il a brouté de l’herbe fraiche et a attendu qu’on essaye de le rattraper. Ce que Fabrice a rapidement maîtrisé en le prenant par ses cornes.
Un 2eme et 3e trajet seront nécessaires pour déplacer tout ce petit monde laineux.
Ça bêle et ça court.

Le 2eme groupe met un tout petit plus de temps à monter dans la remorque. À nouveau un tiers des bêtes est acheminé tranquillement un peu plus loin dans le refuge.
Le 3e et dernier groupe est encore là.  Il sont sept. Comme les 7 chevreaux dans le conte du loup. Mais nous ne sommes pas des loups, et ça les moutons ne l’ont pas entièrement accepté. À mon avis, ils ont compris. Ils ne sont pas si bêtes.  Bon d’accord, ils ne comprennent pas que c’est pour leur bien et pour les mettre au chaud. Mais ils voient bien que ceux qui sont partis, ne reviennent pas.
Il y a une bonne ambiance, pas de stress, pas d’énervement. Beaucoup de patience et gestes attentionnés. Mais après 10 minutes, force est de constater que du renfort est nécessaire. Cinq ou six moutons étaient entrés mais pour vite en ressortir car personne n’était là pour fermer la porte derrière eux. On a vu un petit en resortir aussitôt qu’il était entré, avec du foin dans sa bouche. Un seul est resté à l’intérieur.
3 personnes ne suffisent pas à regrouper et à diriger ce petit troupeau de six moutons désormais, pas dans cette vaste prairie. La présidente appâtait avec la nourriture, Fabrice bloquait une sortie latérale et Véronique la bénévole s’était mise de l’autre côté pour boucher le second trou latéral.


Et malgré 4 paires de bras supplémentaires, nous n’arrivons toujours pas à réduire l’espace et à conduire les 6 moutons dans la bonne direction.
Un long filet orange et solide est alors apporté. Il est grand mais pas assez pour aller d’un bout à l’autre de la prairie. Mais ensemble, on va y arriver !
Zou, un jeune et fin mouton blanc parvient quand même à se glisser sous la barrière qui sépare l’autre partie de la prairie, il a trouvé la bonne planque. Tranquille qu’il est ! Un de moins. On s’occupera de lui en dernier lieu.
Il en reste donc 5. Vingt à trente minutes seront nécessaires pour coincer les cinq têtes, moins une (qui s’est fait avoir ha ! ha !) = 4 dans leur petite cabane en bois. 1, 2 puis 3 y entrent presque spontanément (ils n’ont plus le choix, ils sont encerclés par notre super équipe + le filet). Je reserre le filet en avançant prudemment; le dernier mouton, un brun avec de belles cornes n’a plus le choix non plus : il doit rentrer dans la cabane lui aussi. Vite on ferme la cabane avec le filet solide en guise de porte. Ouf ! Enfin !
Une personne est restée dans le camion avec le 1er mouton, attaché avec une corde et l’autre mouton qui est entré également. Il reste deux cordes.


Deux cordes pour cinq moutons, dont les quatre ici dans la cabane. Heureusement, 2 des 4  ont des cornes. N’oublions pas celui sans corne qui est encore à rattraper et qui se trouve encore dans l’autre prairie. Véro la bénévole attache un « sans corne » avec une corde. Fabrice en porte un dans ses bras ! Et les deux avec cornes… ben on les guidera en les prenant par leurs cornes ! On garde une corde pour le dernier mouton à attrapper à coté. J’aide Fabienne avec un mouton qui a des cornes, chacune de nous tient une corne. Mais le petit est sacrément costaud et puissant. Il est aussi très fâché. Il se cabre, donne des ruades, se dévisse le cou pour tordre nos mains qui tiennent ses cornes. Incroyable, je n’en reviens pas de sa force et de sa détermination. On n’est pas trop de deux pour le maintenir ! Voilà qu’il se couche par terre. Je dois le remettre debout sur pattes et me fâcher à mon tour. Il doit y avoir 20 mètres environ entre la cabane et la remorque. Dans la boue, avec un mouton remonté sur ressorts ! C’est du sport ! Mais on y arrive. Ouf. Il est dedans. Les quatre courreurs de fonds sont dans le camion. Nous avons à peine le temps de souffler qu’il est temps d’aller chercher le petit dernier. Il est rapidement libéré afin qu’l ne se fasse pas mal. Il a maintenant toute la prairie pour lui tout seul. Il s’en donne à cœur joie ! Qu’est-ce qu’il nous fait courir celui-là ! Il nous balade littéralement à gauche, à droite. À droite, à gauche. D’un bout à l’autre de la prairie, en longueur, en largeur. Il tient à nous prouver qu’il est le plus rapide à la course. Et il est têtu. Il croit qu’on n’a pas compris la première fois et il nous le démontre à de multiple reprises, le bougre ! Mais là, je sens qu’on va l’avoir. On est un peu fatigués et notre patience commence à s’étioler. Il doit deviner notre détermination. Il s’arrête. Il juge l’espace libre par lequel se faufiler. Il nous jauge. Il est tout au bout de la prairie. Il est arrêté et j’ai vraiment l’impression qu’il calcule ses chances de passer entre nous. Et puis, là, une étincelle dans son regard. Il pique un superbe sprint du bout de la prairie pour… pour…  je n’ose pas y croire… foncer vers la sortie, et monter directement dans la remorque ! À mon tour de piquer un sprint, je suis « la plus proche » de lui, à une quinzaine de mètres. J’hésite un quart de seconde : va-t-il rester dans la remorque avec ses potes ou en ressortir ? Dois-je y aller doucement, prudemment ou à fond ? L’on me crie alors « cours ! cours vite fermer la porte ». Je lâche le filet et… je cours. Le sprint de ma vie, dans la boue, pour refermer le plus vite possible la porte ! Il est dedans. On a réussi… et moi je souffle comme un bœuf ! Je n’ai plus 20 ans.

C’est là qu’on se dit que le refuge devrait avoir un chien de berger. Il aurait été vachement plus efficace et plus rapide que nous. (Rires)

Les photos, ces moutons stars, sont bien du refuge, mais les images ne datent pas d’hier. Elles ont été faites tantôt en été tantôt en hiver, déjà dans leur abri. Entre-temps, certains ont été adoptés, d’autres sont arrivés au refuge.

Un petit oiseau tout mignon

Jeudi dernier, j’ai animé mon premier atelier « carnet créatif et expressif », dans un SIS (Service d’Insertion Sociale) d’un CPAS (Centre Public d’Aide Sociale) de ma région.

Au moment où je me gare, au moment où je coupe le moteur, je vois un petit oiseau dans mon champ de vision périphérique. Pas le temps de regarder de qui il s’agit, car le Troglodyte mignon se pose… sur mon rétroviseur ! Il est à moins de trente centimètres de moi. Je ne bouge plus. Je l’admire sans même respirer. Quinze secondes plus tard, il s’envole pour se cacher dans l’arbre en face de la rue.

Ce minuscule oiseau, l’un des plus petits oiseaux d’Europe, n’aura jamais été aussi près de moi. Sur mon rétroviseur, si proche de moi, il m’a paru plus grand. C’est que j’ai l’habitude de l’observer à une distance de deux mètres ou plus.

D’où vient son nom ?

Troglodytidés vient du mot grec trôglodutes, qui signifie « qui habite dans des trous ». Trôglodutes viendrait aussi de trochilos, qui signifie « coureur », car cette espèce se eplace souvent à terre.

Le Troglodyte mignon ou Troglodyte des forêts, habite dans des trous. Troglodyte = qui plonge. Il plonge donc dans des trous, car son nid de mousse est souvent installé dans le trou d’un arbre, une cavité d’un mur ou de falaise. Le terme mignon viendrait de sa petite taille : mi symbolisant la petitesse en particulier chez les animaux. En français, en allemand et en hollandais, le troglodyte est le véritable roitelet; le terme troglodyte est plus récent. Roitelet pour petit roi, car cette minuscule boule de plumes émet un cri « trrrrrt » quand il est inquiet et qui ressemble au son roulé « ré » devenu « roi ».

Le troglodyte a eu plusieurs surnoms :

  • Bœuf, pour sa forme arrondie quibrappelle les rondeurs du bœuf
  • Noisette ou Châtaigne, pour sa forme arrondie et sa couleur brune
  • Écouteux, pour son habitude à se faufiler près des humains
  • Souris des haies, Rat des buissons, toukours pour son habitude à se faufiler près de l’Homme
  • Troussequeue, Troussepet, Roitelet à queue de poule, pour son habitude à tenir sa queue dressée
  • Roi des haies (allemand), Roi de l’hiver (hollandais), pour reprendre l’ancienne appelation de Roitelet.

Ces informations sont issues du livre « L’étymologie des noms des oiseaux » de Pierre Cabard et Bernard Chauvet (2003)


Quelques dessins, peintures, aquarelles des livres que j’ai chez moi

Carte postale
Carte postale

Ci-dessus : une planche faisant partie d’une série de 6 planches que j’ai reçues quand je travaillais à La Protection des Oiseaux, LRBPO, en 2005. Ma collègue néerlandophone m’a fait cadrau de ces magnifiques dessins (imprimés en 1985) pour me remercier de ma collaboration et pour me souhaiter un bon accouchement.