Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (3)

(partie 1)
(partie 2)

Le fumet de sa cuisine passa entre les arbres et arriva un jour au nez d’un roi perdu. Sur son cheval, le roi énervé de s’être égaré dans cette forêt immense envoya un membre de sa suite en avant pour qu’il aille trouver l’origine de cette délicieuse odeur.

— Et si tu trouves d’où ça vient, demande-lui le chemin le plus court pour rentrer au royaume.

L’écuyer trouva rapidement la source de cette odeur et il fut étonné de voir ce hérisson à moitié humain sur le dos d’une poule perchée au sommet d’un arbre.

— Heu, excusez-moi jeune animal, jeune fille ou je ne sais pas quoi, pourriez-vous me montrer le chemin pour regagner le royaume ?

Hermione-ma-Hérisonne se lécha les doigts, descendit de son arbre et confia à l’écuyer qu’elle voulait bien montrer le chemin à son roi à condition que celui-ci lui fasse la promesse de lui envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il passera dans sa cour royale.

Le roi impatient gribouilla n’importe quoi sur un bout de papier s’imaginant que cette créature repoussante ne savait pas lire.

Arrivé dans son royaume, le fils du roi qui était inquiet de ne pas voir revenir son père courru vers lui en lui racontant une incroyable histoire qu’il s’était passé au château durant son absence. En voyant son fils arriver, le roi pensa immédiatement à la créature dans la forêt et refusa de laisser son garçon, le futur roi, la rejoindre. Il n’envoya personne dans la forêt, interdisant quiconque d’y aller, même pour cueillir des champignons. Il narra cette rencontre à son fils en précisant bien qu’il avait écrit tout à fait l’inverse de ce que l’étrange créature lui avait demandé.

— De toute façon, j’aurais refusé d’y aller père !

— Brave garçon, tu as entièrement raison, mais n’y pensons plus, passons à table veux-tu, je meurs de faim.

Et le temps passa. Hermione-ma-Hérissonne n’en continua pas moins à garder ses chèvres et son ânesse, à préparer de délicieux petits repas mijotés dont elle-seule avait le secret et à observer les animaux de la forêt, perchée paisiblement dans son arbre avec sa poule préférée.

Et puis voilà qu’un autre roi, d’un autre royaume vint à passer par là avec tout ce petit monde qui entoure habituellement tous les rois en promenade. Lui aussi était perdu, car la forêt était grande, très grande. Immense ! L’heure du repas du soir arriva et le roi sentit le délicieux fumet qui s’échappait non loin de là. Il envoya un messager trouver le cuisinier, habitant de la forêt, pour lui conseiller le bon chemin afin qu’il puisse au plus vite rentrer au royaume.

— Dis-lui bien, si tu le trouves, qu’on n’en veut pas à sa bonne nourriture, mais juste le plus court chemin, précisa le roi à son messager.

Le messager trouva non sans mal Hermione-ma-Hérissonne, perchée au sommet du plus grand arbre. Quand il découvrit à quoi elle ressemblait vraiment, il en oublia de lui demander le chemin et c’est la jeune Hermione-ma-Hérissonne qui brisa la gêne :

— Bonjour étranger. Que viens-tu faire ici ? demanda-t-elle poliment.

— Je, heu, nous sommes perdus. Le bon roi m’envoie vous demander le chemin le plus court pour rejoindre son royaume, lui répondit-il alors que la jeune femme-hérisson descendait de l’arbre, toujours perchée sur sa poule.

— Je ne peux pas quitter mon troupeau de chèvres, mais dit à ton roi que je lui montrerai le chemin à condition qu’il me promette de m’envoyer la première personne qu’il rencontrera quand il arrivera à son royaume.

Le bon roi fit le serment de faire tout le nécessaire pour Hermione à condition qu’il franchisse les portes de son royaume avant la nuit tombée.

Et c’est ce qu’il se passa. Le soleil n’était pas encore couché que le bon roi rentra enfin chez lui. Son unique fils, un magnifique prince blond comme les blés et à la peau aussi douce que celle d’un bébé, se rongeait les ongles d’inquiétude. Il courut aussitôt vers son père pour le serrer dans ses bras.

— Mais comment se fait-il que vous soyez restés si longtemps absents, loin de moi ? lui demanda-t-il d’une voix tendre.

Le roi lui raconta qu’ils s’étaient perdus dans l’immense forêt et que sans l’aide d’une habitante des bois, ils ne seraient pas encore là.

— La jeune femme qui nous a aidé n’était pas tout à fait humaine, mais elle a été honnête et nous a guidé vers le bon chemin. Elle cuisinait très bien, ça sentait très bon chez elle. Hélas, maintenant que je suis ici, je me dois moi aussi d’honorer ma parole : je lui ai promis de lui envoyer la première personne que je verrai quand je rentrerai. Et cette première personne, c’est toi mon fils. Oh ! Si tu savais comme je regrette cette décision.

Le roi avait beaucoup de chagrin à l’idée d’envoyer son fils dans cette gigantesque forêt. Mais celui-ci le rassura :

— Ne t’inquiète pas père, j’irai de mon plein gré là-bas si elle me le demande, car c’est tout à ton honneur que de vouloir tenir ta promesse. J’ai beaucoup de respect pour toi, et je te promets que je te reviendrai bientôt, avec ou sans cette jeune personne.

(à suivre)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (2)

(début, partie 1, voir ici)

Hermione-ma-Hérissonne, petit à petit, se mettait en retrait. Un peu à cause du dégoût qu’elle provoquait bien malgré elle, un peu parce qu’elle le voulait. En effet Hermione-ma-Hérissonne vouait un grand amour à ses parents, et ils avaient beau lui dire qu’elle était adorable, aimée et attendue elle voyait bien qu’ils étaient malheureux parce qu’elle n’était pas jolie, qu’elle ne sentait pas très bon et qu’elle avait un appétit plutôt glouton.

Alors, ayant beaucoup réfléchit à sa condition d’enfant mi-hérissonne, mi-fillette elle dit à son père :

— Père, je crois qu’il est temps pour moi de voler de mes propres ailes. Pourrais-tu ferrer ma poule pour que je puisse partir sans tarder ? Je te promets d’être bien sage et je ne te causer aucune honte.

Le paysan ne montra pas sa joie à cette nouvelle. Au fond de lui, il aimait sa petite, mais elle était si bizarre, davantage bête qu’humaine, qu’il ne pouvait la considérer autrement qu’un animal de compagnie. Sans plus attendre, il attrapa la poule de sa fille et lui confectionna de solides fers, pas trop lourds mais très résistants.

— Sois prudente, mon enfant et… et bon vent !

Hermione-ma-Hérissonne s’en fut non sans emporter avec elle ses quelques chèvres et son ânesse qu’elle aimait tant et qu’elle voulait garder non loin d’ici. Elle parti en chevauchant sa poule, elle dans les airs, ses biquettes et son ânesse sur terre, ensemble elles s’en allèrent dans la même direction, celle du vent du sud.

Quelques instants plus tard, Hermione-ma-Hérissonne se posa avec sa poule dans un arbre, tandis que ses amies les bêtes arrivèrent également au milieu de la forêt et s’arrêtèrent pile sous l’arbre où l’enfant avait élu domicile.

Le voyage à dos de poule avait été reposant. Midi sonna bientôt et l’enfant chuchota à l’oreille de sa poule pour qu’elle lui donnât un œuf de belle taille afin qu’elle puisse se préparer à manger et calmer ainsi les grondements de son estomac affamé.

Ainsi passa les premiers jours : Hermione-ma-Hérissonne perchée dans son arbre, se préparait à cuisiner des plats de son imagination, mariant tantôt l’œuf au lait de chèvre, préparant tantôt un œuf mollet accompagné de son lit de limaces croustillant . Les ingrédients ne manquaient jamais dans la forêt : les oiseaux ramenaient quelques mies de pain, par-ci, par-là, les renards rapportaient des morceaux de fromage et les écureuils lui offraient volontiers des petits grains de sucre brun. Ce qu’elle préférait était le pain perdu, son pain perdu au parfum de noisettes et tartiné de bave d’escargot ! Elle n’hésitait jamais à partager ses repas avec ses nouveaux amis qui restaient à terre ou qui l’accompagnaient dans les airs, perchés dans l’arbre, le temps d’un repas partagé.

(à suivre)

Détournement de conte : Hans-mon-hérisson (1)

Avec un peu de retard, voici le conte que j’ai choisi d’adapter à ma sauce : Hans-mon-hérisson, un conte de Grimm, que j’ai trouvé sur ce chouette site.

Les animaux de Grimm

titre original : Hans-mon-hérisson → Hermione-ma-Hérissonne

Il était une fois un paysan qui avait tout pour être heureux. Ou presque tout. Il avait en effet une charmante épouse et il n’était pas pauvre. Quand il en avait le temps, il pouvait même s’adonner à son plus grand plaisir : le jardinage. Ce paysan n’aimait pas le bruit, ni la violence, le mensonge ou la malhonnêteté.

Un jour pourtant, il entendit des bruits de couloirs. Les bruits lui faisaient mal aux oreilles, tant ils lui déchiraient le cœur. Ces bruits qui n’étaient autre que des ragots entièrement vrais commençaient sérieusement à l’embêter, car il ne savait que faire pour remédier à cette vérité : il n’avait pas de descendant !

Les mois passaient. Deux années entières s’écoulaient au rythme de ces bruits brisant sa quiétude et sa bonne humeur régulièrement. Deux longues années où pas le ventre de sa tendre épouse, ne s’arrondit !

Le printemps suivant, alors que le paysan était occupé à tuer son temps dans son jardin, loin de ces bruits de couloirs infernaux, lui vint une idée. L’idée lumineuse éclaira cette fin de journée qui assombrissait son cœur plus que son regard.

— Merci pour cette brillante idée, lança-t-il à un animal qui passait par là.

Aussitôt l’idée en tête, il se hâta de rentrer au palais pour annoncer la nouvelle à sa femme :

— Chérie, je veux en enfant. Un petit bonhomme ou une petite poupée peu m’importe, fût-il un hérisson, je veux un poupon !

Son épouse souriait en écoutant son bien-aimé exiger un bébé. Elle aussi aurait aimé enfanter… mais bizarrement, rien ne venait…

Soudain, à la fin de l’hiver, une incroyable nouvelle arriva : la femme du paysan était enceinte. Plus personne ne pouvait le nier à la vue du ventre rebondit.

Quelques semaines après la nouvelle, la merveilleuse dame mit au monde un enfant ! Un nouveau-né, oui ! Mais pas n’importe lequel : la petite fille était moitié humaine, moitié hérissonne ! Tout le haut était animal, jusqu’au ventre, et le bas était normal.

— Tu vois, avec ta demande désespérée, ta fille a été ensorcelée, lui dit son épouse d’une toute petite voix.

Le paysan, un peu déçu quand même de la chose qui est sortie du ventre de son épouse, sourit malgré lui. À présent, plus personne ne pouvait de méchancetés à son propos. Il a une fille à présent.

— Elle s’appellera Hermione-ma-Hérissonne.

Très vite, après le choc de cette nouvelle, tout le monde trouva le bon rythme pour élever cette enfant très particulière. Son épouse tout d’abord, ne sachant pas allaiter sa petite à cause de ses picots trouva l’idée du biberon fantastique. Les moments de câlins étaient pauvres, mais la petite fille ne grandissait pas sans amour, car son père lui racontait plusieurs fois par jour des histoires et plusieurs fois par jour, elle recevait des bisous volants de ses deux parents.

Mais le temps passa et la fille grandit, grandit, grandit et avec elle, ses picots aussi !

(à suivre)