Glauque’Ohm

Les yeux, ces précieux,
Qui font parfois des envieux…
Les yeux, des trésors oubliés.
Un regard pour m’émerveiller,
Un regard pour lire la vie,
Un regard pour goûter des couleurs qui pétillent.

La vision floue,
Et les paupières qui se plissent
Dans le vain espoir de faire la mise au point…
Efforts, adaptations, ajustements
Que ces deux trésors ont fait constamment
Dans l’ombre de ma conscience
Bien à l’abri de mon jugement.

Une visite chez le docteur des yeux
Pour que des lunettes soient prescrites
Et puis, de façon inattendue, une vérité a éclaté :
Une maladie, un risque de cécité.
Voilà encore un héritage familial,
Qui fait mal, qui fait mal !
Je n’ai rien demandé, mais ça m’a été imposé,
Transmis contre mon plein gré
Glaucome à angle fermé
Tel est le nom du diagnostic posé.

Gravité avouée, prévention à assurer, à assumer
Dans l’iris, un petit trou à percer
Oui, et de chaque côté
Pour un nouveau regard à adopter
Sans aucune urgence exigée.

Nouvelle visite chez nouvelle spécialiste
Et plein d’examens à subir :
Croix colorée à fixer, points clignotants à suivre,
Jets venteux pour la pression à calculer…
Gouttes à accueillir, encore et encore
A déposer sur les pupilles
Ce second avis est identique
Mais une autre nouvelle qui pique :
Iris épais, à raboter
Pour que les trous ne puissent se reboucher.
J’ai de la chance, la spécialiste est libre,
Et peut, et veut déjà intervenir,
Laser œil droit immédiat,
L’autre, pour le lendemain, puisqu’elle est là.

Gouttes anesthésiantes,
Et le temps, tic-tac, qui passe.
Menton et front posés sur la machine
Fixer la diode rouge
Et Clac, une pression, un rayon laser
Clac, un deuxième, puis Clac un troisième
Après, j’ai arrêté de compter
De ne rien sentir, j’en étais toute étonnée.
Un peu de flou, comme dans du brouillard,
Et un pincement, légère brûlure, après.
Après l’intervention, des gouttes à poser,
C’est ça qui picote, mais la douleur, rapidement, s’arrête.

Confiante, j’y retourne le lendemain,
Hélas, cela ne se passe pas aussi bien !
Gouttes anesthésiantes sans effet,
Le premier rayon laser est déchirant
« Faible puissance » me dit la doctoresse,
Et les larmes coulent, sans possibilité de les arrêter.
« Vous avez mal ? » M’interroge-t-elle.
Je voudrais m’arracher l’œil
Je peux dire avec précision où le laser est passé
Le chemin qu’il a creusé, brûlé,
Le trou qu’il a commencé à former
La cornée a dû être légèrement touchée !

La flapule de gouttes anesthésiantes est à ma disposition,
Je suis autorisée à complètement la vider
Je ne vais pas m’en priver, ni m’en sentir gênée
Dix ou quinze minutes s’écoulent,
Enfin, mon œil est bien endormi
Le laser peut poursuivre son travail
Sans que j’ai mal, sans que j’ai mal.
Tac, Tac, Tac, trois rayons plus tard,
Peut-être quatre, je ne sais plus,
Je rentre chez moi
Au volant de ma voiture,
Un œil dans le brouillard
Et j’enrage, j’enrage.

Au réveil, mon œil est ultra sensible
Il pince, il pique, il brûle
Petit organe, grande torture
La lumière m’aveugle
Incapable de tenir cet œil ouvert,
Je m’écroule dans le noir.
Questions sans réponses,
Je sombre, je sombre.
Impossible pour moi de dormir,
L’angoisse, pour cet œil de ne plus s’ouvrir,
Et souffrir, ne plus sourire,
A cette idée de ne plus pouvoir lire
De ne plus pouvoir rire…

Cinq heures de douleur,
Cinq heures de peur,
Pour éviter une cécité
Pour ne pas perdre mon regard tourmenté.


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