Tanguy a faim.

J’entends ses cris avant de le voir. Un enfant qui réclame, ce timbre caractéristique, impossible de s’y tromper. Ses parents ne sont pas loin. Son frère, ou sa sœur, mange déjà seul depuis un moment. Mais lui, non.

Papa repère quelque chose. Il dissimule une baie dans l’herbe, ni trop haute ni trop rase. Ni trop facile, ni trop difficile. Un effort pédagogique évident.

Tanguy, lui, reste perché sur la poutre du toit.

« J’ai faim. J’ai faim. »

Moi, avec mes yeux d’humain, j’ai très bien vu où la baie est cachée. Pas bien loin. Tanguy devrait la voir aussi. Il pourrait descendre, chercher, trouver. Mais non. Il crie.

Quel toupet.

Il finit par descendre, pas pour chercher la baie, non. Il suit papa comme son ombre, atterrit tout près de lui avec une grâce désarmante, déploie les ailes, ouvre grand le bec.

« J’ai faim ! »

Le père l’ignore superbement. Le message est pourtant limpide : fais un effort, fiston. Regarde-moi. Pique dans le sol. Y a des fourmis, des vers de terre, des mouches, des criquets…

« J’ai faim. »

Pauvre papa. Il continue à manger pour lui.

Tanguy change de stratégie. Il part chercher maman.

« Maman, maman, j’ai faim ! »

Maman soupire (je le jure, on entend le soupir). Elle picore une fois, deux fois, puis cède : elle lui donne un tout petit quelque chose. Tellement petit que je me demande si ce n’est pas une minuscule fourmi. Il semble ravi. Ça dure une demi-seconde.

Et la même scène recommence : ailes à moitié ouvertes, bec béant devant le visage maternel : « J’ai faim. »

Eh oui, maman. Fallait pas se laisser avoir.

Je l’observe mieux, maintenant. Ses yeux sont encore bleus. La commissure du bec, légèrement épaissie. Sa queue a bien poussé, elle atteint déjà la moitié de la longueur de celle de sa mère. Il n’est plus si petit.

Son frère, ou sa sœur, n’a pas réclamé une seule fois.

Je souris. Je fais quelques clics avec mon appareil photo. Et je pense à ce film de 2001, où un fils de trente ans bien établi refuse obstinément de quitter le nid familial.

Tanguy. Évidemment.

Une jeune pie qui a encore tout à apprendre , ou peut-être pas. Il a très bien cerné l’essentiel : les mamans cèdent toujours avant les papas. Enfin, dans cette famille-là.

Les photos ont été prises au travers une vitre et à une dizaine de mètres de distance. J’ai recadré et amélioré la netteté pour vous proposer cette scène en forme de BD :-)


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