Long article, vous voici prévenu.e.s. (18 à 20 min de lecture)
Au programme :
- Magazine « La machine à écrire »
- Livre de Jamie Gourmaud
- Jeu d’écriture
- L’intelligence artificielle dans cette affaire
- Mon avis
Les petites bêtes, les invertébrés, les insectes et les plus grandes bêtes (musaraigne, mulot et oiseaux), ils sont bien beaux et gentils, mais moi, j’ai envie d’écrire sur quelque chose d’autre. De l’imaginaire, du rêve, de la fiction …

Alors je décide de prendre la dernière revue que j’ai acheté : « La machine à écrire », un hors-série, et de prendre une invitation à écrire qui me plait sur le moment. (J’ai eu cette idée il y a 15j, mais j’ai tellement la tête prise ailleurs – à ma formation – que je n’ai pas pris le temps de prendre le temps).
Et là, un peu après la moitié de la revue, je lis, en diagonale, « Déployer ses antennes ». Quel clin d’œil adorable à « mes » insectes. La proposition qui suit cet article s’intitule « entre les pages ». Je prends la 2e proposition, l’autre, pas la principale :
« Ouvrez un roman que vous n’avez pas encore lu. Choisissez un paragraphe au hasard et écrivez-en la suite ».
Ma PAL déborde. Je vais avoir du mal à choisir, j’ai toujours du mal à choisir… Alors, sans plus réfléchir, je décide de jouer avec le livre… Que j’ai acheté chez mon libraire, en même temps que la revue.
Vous dites ? Oui, je sais, j’avais dit que je n’achèterais plus de nouveaux livres car j’en ai déjà trop qui m’attendent. Que voulez-vous ? Il y a des moments où le cœur ne choisi de n’en faire qu’ à sa tête.

Le livre : Les ailes de la forêt, de Jamie Gourmaud.
L’image, le titre et le résumé m’ont d’emblée séduite. Eh non, ce n’est pas la tête de l’auteur dans un bandeau publicitaire qui a fait pencher la balance du choix… Car l’auteur, si comme moi, ça ne vous disait rien, sa photo vous le replace de suite : C’est pas sorcier !
Revenons-en à mes moutons.
Le jeu d’écriture.
Paragraphe pris au hasard dans ce livre que je n’ai pas encore ouvert :
Page 184, c’est un dialogue. Plusieurs personnes.
Mais je vais jouer le jeu, car au début, j’avais ouvert le livre exactement à cette page, mais je me disais que j’aurais préféré un texte sans dialogue pour jouer le jeu. Et… J’ai commencé à lire le livre. Puis, mon compagnon est arrivé et je lui ai demandé de « choisir » pour moi un passage. Il ouvre le livre et me le tend : page 184 😳
Je crois que je n’ai pas le choix 🤣
Et voici ce que j’ai écrit, à la suite de l’extrait choisi (en bleu) :
— Je n’ai jamais rien vu de tel, approuva l’homme en noir.
— Il s’agit d’une nouvelle espèce, intervint Émile.
Ils se retournèrent. Il venait de faire irruption, sans prévenir. Il lui fallait maintenant être à la hauteur.
Émile se sentait un peu nerveux. Et excité à la fois. Il avait fait tout ce long voyage pour le voir, et il se tenait là, devant lui. Il pensait au papillon bien sûr, mais aussi à l’homme qui avait fait irruption dans la serre tropicale et qui l’avait trouvé et capturé avant lui. L’homme, entomologiste depuis 10 ans, et lui, simple passionné, mais depuis 25 ans. Tous deux étrangers en cette terre de Guyane. Ce papillon rare et unique au monde, Émile l’avait entraperçu il y a 5 ans, ici même, lors d’un voyage en famille. Depuis, il n’avait cessé de faire des recherches pour être sûr qu’il ne se trompait pas et qu’on ne se moquerait pas encore une fois de lui, le non-scientifique, l’illuminé.
Il était revenu au même endroit, l’année dernière et celle d’avant encore. Il avait fait chou blanc pour le papillon, mais il avait apprit qu’un éminent entomologiste s’était installé dans le coin dans l’unique but de protéger les espèces les plus rares de Guyane. Naïf, Émile avait cru que ce dernier allait peut-être l’aider dans ses recherches, qu’ils allaient pouvoir si pas collaborer, coopérer ensemble dans la sensibilisation des espèces animales endémiques en danger d’extinction. Mais l’autre l’a joué en sdo, ne lui répondant à aucun de ses appels téléphoniques, emails ou pas courrier postal ! Aujourd’hui, les voilà face à face. Émile se force à jouer le détachement, mais c’est un piètre acteur. Il ne sait ni mentir, ni tricher, ni faire semblant.
— Magnifique, n’est-ce pas ? lança l’entomologiste d’une voix forte, presque exagérée.
— Oui, se contenta de répondre Émile. Mais je l’avais déjà vu ici, il y a 5 ans, continua-t-il d’une voix suraiguë d’émotion qu’il n’arrivait pas à contenir.
— Impossible, c’est une nouvelle espèce, lui rétorqua son interlocuteur, sûr de lui.
« Nouvelle pour vous sans doute, mais pas pour moi. Je dirais même une ancienne, mais tellement rarement observée qu’aucun naturaliste n’a pu la décrire et la mentionner dans un quelconque guide. »
C’est ce qu’Émile pensa lui dire, au lieu de quoi, il lâcha d’une voix presque enfantine :
— Si vous m’aviez répondu à mes demandes de contacts, vous le sauriez.
« Nom d’une petite bête à bon Dieu ! Qu’est-ce que je viens de dire !?! »
Son compagnon de voyage, qui était resté muet jusqu’ici, lui jeta un regard interrogatif.
— Ce que mon ami voulait dire, s’excusa-t-il à sa place, c’est qu’il a essayé en vain de vous joindre à de nombreuses reprises depuis dix-huit mois. Il voulait justement échanger avec vous à propos de ce merveilleux spécimen qu’il pense en effet avoir aperçu brièvement, ici même, il y a 5 ans. N’est-ce pas mon cher ami ?
Émile, honteux, acquiesça de la tête.
— Exactement, parvint-il à articuler en grommелant.
— Hum, hum… possible, je suis rarement chez moi et je déteste ces machines, toutes les machines, ou plutôt, disons que ce sont elles qui ne savent pas me sentir, lâche le scientifique.
« Étonnant, pour un homme de son âge » pensa Émile, se gardant bien cette fois-ci de lui faire la remarque.
— Où l’avez-vous trouvé ? Sur quelle plante ou quelle fleur, questionna-t-il à la place.
Le papillon, seul être vivant ayant en ce moment le manque d’attention, battit des ailes. Deux fois. Sans s’envoler. Comme pour montrer brièvement toute sa superbe livrée à ses admirateurs. Durant ces très courts laps de temps, les trois hommes ont pu de fait admirer des écailles bleu roi décorées de deux ocelles orange et noir. Le verso des ailes, quand celles-ci sont fermées, l’une contre l’autre, laisse apparaître un corps duveteux, assez épais, noir d’encre. Le gris pâle des ailes fait encore davantage ressortir la masse du corps, comparable à la taille et à l’épaisseur du petit doigt d’Émile ! Avec des dimensions pareilles, c’est à se demander comment ce papillon a pu passer inaperçu depuis pendant si longtemps ?
— Sur une banane !
L’entomologiste avait recouvré l’usage de sa langue.
— Sur une banane dont la peau était légèrement fendillée. Il se délectait du fruit bien mûr à cet endroit. J’ai pris la banane et il m’a suivi comme un chien !
Je crois qu’il est drogué à ce fruit, impossible sinon d’expliquer ce comportement.
L’intelligence artificielle dans cette affaire
Jeudi, j’ai donc assisté à un webinaire sur l’intelligence artificielle dans sa recherche d’emploi. J’ai découvert pas mal de choses, dont le fait qu’on pouvait envoyer une photo de ce qu’on a écrit et que l’IA sait lire et interpréter ce qu’on a écrit. Je n’en voyais pas l’utilité dans ma recherche d’emploi, car je fais mes CV et lettres de motivation avec Word. Mais j’y ai repensé ce matin en me levant et en voulant continuer mon texte écrit pour ce jeu d’écriture. J’avais écrit 4 pages dans mon cahier à ce moment-là. Et j’ai envoyé les photo à l’IA « Claude » qui est réputée excellente en rédaction, analyse de textes, critique littéraire.

Voici notre conversation, nos échanges en ce dimanche matin. Je lui ai demandé un regard critique sur mon texte, me dire ce qui fonctionne bien et ce qui serait à améliorer, à corriger, à refaire. Ses mots, ses questions (en bordeaux), mes réponses (en vert)
Ce qui fonctionne vraiment bien d’abord : la tension entre Émile et l’entomologiste est immédiatement lisible et crédible — le ressentiment contenu, le compagnon qui rattrape la gaffe, la pensée intérieure entre guillemets qui contraste avec ce qu’Émile dit réellement. C’est de la bonne écriture dramatique, avec du rythme et de l’humour discret.
La chute sur la banane est parfaite. Elle désamorce toute la tension accumulée avec un naturel désarmant — exactement le genre de détail vrai et inattendu qui fait qu’on croit à une histoire.
Et la description du papillon est le passage le plus abouti : précis, sensoriel, et la comparaison avec le petit doigt d’Émile est une vraie trouvaille d’échelle.
Ensuite, je lui réponds que j’aimerais connaître la cohérence des personnages.
L’entomologiste est le plus intéressant à regarder de près : il commence très sûr de lui, presque arrogant (« impossible, c’est une nouvelle espèce »), puis il se révèle quelqu’un qui déteste les machines et vit en dehors du monde — ce qui rend plausible le silence de 18 mois, mais crée une petite tension : comment un scientifique de terrain reconnu peut-il être aussi coupé des contacts professionnels sans que ça pose problème à sa carrière ?
Est-ce que c’est voulu — un personnage un peu excentrique, en marge — ou est-ce une incohérence que tu n’avais pas vue venir ?
C’est un peu volontaire. Ce n’est pas parce qu’on est scientifique qu’on doit être à la pointe de la technologie, surtout quand on est naturaliste. Enfin, c’est ce que je pense et que je veux montrer de mon personnage.
Ça tient parfaitement, et c’est même une position qui résonne avec ta propre sensibilité naturaliste — le terrain avant les écrans.
La question suivante : le compagnon de voyage d’Émile, lui, tu le vois qui ? Il intervient de façon très habile pour sauver la situation, mais on ne sait rien de lui. Est-ce que c’est volontaire qu’il reste dans l’ombre, ou tu n’avais pas encore décidé ce qu’il était pour Émile ?
J’avoue, je ne le vois pas très bien. J’hésite à poursuivre ce jeu d’écriture ou lire le livre 😄
Là, je me rends compte que je rentre dans « son » jeu…
Haha, le dilemme classique — écrire la suite ou découvrir l’original !
Une dernière question avant que tu décides : est-ce qu’Émile, lui, te semble cohérent de bout en bout ?
J’aimerais le détailler un peu plus, dans ma tête, il a toute une histoire, mais j’ai du mal à écrire succintement à partir d’un endroit du dialogue…
C’est exactement le défi de l’exercice — tu arrives avec un personnage déjà habité, mais le point d’entrée imposé te largue *in medias res*, sans espace pour installer qui il est.
Est-ce que tu pourrais me dire en une ou deux phrases qui est Émile pour toi ?
Et là, on ne m’arrête plus 🤪
Émile est un naturaliste passionné de 45 ans (moi, en homme haha). Il a une femme et deux grands enfants, dont l’aîné, un garçon de 22 ans, vient de se fiancer avec une guyanaise. C’est grâce à lui qu’il peut venir un peu quand il veut (quand il est en congé, car il travaille … Je ne sais pas encore où ni dans quel domaine, mais rien à voir avec les papillons ou la nature) ici en Guyane pour chercher le papillon rare.
J’adore — Émile c’est toi en homme, avec une vie bien ancrée et une passion qui déborde du cadre du quotidien. Et le fils fiancé à une Guyanaise, c’est un beau prétexte narratif, très naturel.
Est-ce que le compagnon de voyage pourrait justement être ce fils ?
Va-t-elle s’arrêter un jour de me poser des questions ?
Ah pourquoi pas ? Je n’y avais pas pensé, mais ça paraîtrait logique. La fiancée de son fils lui a dit qu’un étranger avait une serre aux papillons et qu’il n’avait qu’à inviter son père pour la découvrir et voir s’il ‘e voit pas le papillon qu’il cherche.
Oh c’est très bien ça — ça donne au fils un rôle actif dans l’histoire, et ça crée un lien affectif supplémentaire avec la Guyane. Et du coup, le fils qui rattrape la gaffe d’Émile face à l’entomologiste, ça prend encore plus de sens : c’est lui qui connaît les codes locaux, qui est à l’aise là où son père est maladroit.
Est-ce que le fils est lui aussi naturaliste, ou c’est vraiment le monde de son père à lui seul ?
Son fils n’est pas passionné par les animaux, mais simplement curieux. Et s’il trouve que son père en fait « trop », il l’aime beaucoup et croit quand celui-ci lui a affirmé avoir vu un papillon rare. Son fils est davantage tourné vers la cuisine du monde. Une cuisine de saveur, et il est contre l’idée de manger et de cuisiner des insectes comme on le lui a suggéré quand il est entré comme second dans le plus grand restaurant de la région.
Oh j’aime beaucoup ce fils — et la tension discrète avec les insectes est savoureuse : le père les vénère vivants, le fils refuse de les cuisiner. Ils sont plus proches qu’ils ne le croient !
Est-ce que le fils a un prénom déjà ?
Non, impossible de l’arrêter. Impossible de m’arrêter. Au secours 😂
Non pas encore. Car je voulais juste écrire la suite, une petite suite, pour jouer au jeu d’écriture.
Mais j’adore nos échanges. Ça me donne vachement envie d’écrire encore 😂
C’est exactement l’effet que ça devrait avoir — et tu as déjà, sans t’en rendre compte, une nouvelle quasi complète dans la tête !
Est-ce que tu veux continuer à construire les personnages, ou plutôt retourner au texte avec ce qu’on vient de découvrir ensemble ?
À ce stade, j’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai dit STOP ! Et j’ai commencé à écrire cet article, sinon, vous en auriez jusqu’à demain à me lire ainsi…
Mon avis
J’ai littéralement été prise au jeu ! Au jeu d’écriture de la revue, mais aussi au jeu que l’IA a joué avec moi.
Je ne m’attendais pas à ce qu’elle aille à chaque fois un peu plus loin. Mais je suis hyper contente de voir qu’elle peut réécrire un texte écrit à la main (presque) sans faute. Cela ne va pas m’enlever ni le plaisir d’écrire à la main ni le plaisir de dactylographier mes articles au clavier.
Ce que j’aime avant tout, c’est écrire. A la main d’abord, à l’ordi ensuite. Ici, le jeu d’écriture, je l’ai écrit hier fin de matinée. Je l’ai terminé ce matin et c’est quand je suis arrivée là où je me suis arrêtée, que j’ai pensé à vous partager ce plaisir, ce jeu, cette revue, ce livre.
J’aime avoir le choix, même si j’avoue que j’ai parfois (souvent) du mal à choisir. J’aime jouer à des jeux d’écriture sans écran interposé. Mes premières idées arrivent toujours par écrit, avec un stylo-plume, un stylo ou un crayon et avec du papier de brouillon, dans un beau carnet, dans un bête cahier, sur des post-it, etc. Hélas, souvent, je ne relis pas ces idées, je ne vais pas plus loin, je les laissent là, sans toutefois les jeter.
J’ai écrit je ne sais plus combien d’histoires plus ou moins longues, grâce au challenge du Nanowrimo (qui n’existe plus aujourd’hui, malheureusement pour moi, car ça me donnait toujours la bonne excuse de me dépasser et de me surpasser point de vue créativité). Deux ou trois mériteraient d’être relues, corrigées, réécrites. Mais j’ai vraiment du mal à m’y mettre, car mon plaisir à moi, c’est le geste d’écrire, de créer, d’imaginer des histoires. C’est durant ces moments où je me perds moi-même, où je suis dans un autre monde, ailleurs, loin de moi. Et puis, il n’est pas interdit d’écrire que pour soi ;-)
