Le pic vert s’est invité à ma formation !
Il y a des moments qu’on ne planifie pas. Même si c’était après une répétition de la présentation pour le module « planification de projet »…
C’était hier matin. Nous étions en groupe restreint, assis autour de tables pour le débriefing de notre animation du 20 mai, trois heures passées avec une dizaine d’enfants, à parler des minuscules vivants qu’on appelle « insectes ».
C’était à mon tour de parler, de raconter mon ressenti, de faire ma propre auto-évaluation de cette animation (qui a été géniale !). J’étais face à la fenêtre qui donne sur l’entrée du terrain : un chemin bétonné entre deux rectangles d’herbe de part et d’autre.
Tout à coup, j’ai arrêté de parler. Un oiseau venait d’atterrir sur le béton. Jaune et vert, nuque écarlate. Impossible à confondre.
– « Petite pause obligatoire, regardez, dehors, un pic vert !
Les deux personnes qui étaient dos à la fenêtre se sont retournées, les trois autres à mes côtés ont tendu le cou pour voir la star du moment. Cinq, six secondes de présence. Puis, le petit oiseau s’est envolé.
Qui était-il, cet invité surprise ?
Picus viridis. Le Pic vert, aussi connu sous le nom de Pivert, est commun dans toute l’Europe de l’Ouest. Pourtant, pour qui ne tend pas l’oreille, il reste invisible. Son cri habituel est un « kiak » sonore, répété quelques fois, ou bien un chant fait de la même note enchaînée une dizaine de fois, formant une phrase qui va légèrement decrescendo.(sources) C’est cette voix que j’entends souvent près de chez moi ou dans les bois : ce rire flûté, un peu moqueur, qu’on attribue parfois à la pluie qui approche.
Le voir, c’est une autre affaire.
Le pic vert cherche essentiellement sa nourriture au sol. Pour extraire des fourmis et leurs larves, il déroule sa langue dont l’extrémité sécrète une substance collante, qu’il projette à plus de 10 cm à l’extérieur de son bec ! Ce que j’ai compris : dans les rectangles d’herbe qui sont tout autour de nous, il y a une fourmilière, ou deux, ou trois… Il était là en mission de ravitaillement, et pas simplement pour nos beaux yeux :-)
C’est un animal peureux : si on s’approche trop, il s’envole. Et lui, il est resté posé là, à une dizaine de mètres de notre salle, pendant six secondes. Un cadeau.
Ma réaction a été instinctive. Pas réfléchie. La naturaliste en moi a pris le dessus sur la stagiaire en formation et je n’ai aucun regret.
Ce qui m’a touchée, c’est la réaction du groupe. Personne n’a levé les yeux au ciel. Tout le monde s’est retourné ou a tendu le cou. Ma formatrice aussi. Quelques secondes de silence collectif, ce silence particulier qu’on a quand on regarde quelque chose de vivant et d’inattendu. Comme si le pic avait appuyé sur un bouton « pause » dans nos cerveaux de primates.
C’est ça, le vivant : dans les mythologies grecque et romaine, le pic vert était déjà perçu comme un oiseau magique et porteur de présages. Dans le folklore européen, il est aussi associé à la pluie, qu’il est réputé annoncer (et je peux vous dire qu’en ce moment, il pleut comme vache qui pisse). Je ne suis pas très superstitions, mais cette idée qu’il annonce quelque chose, je l’entends autrement. Il annonce que la nature n’a pas disparu. Qu’elle est là, juste derrière la fenêtre, même entre deux rectangles de béton.
Nous étions en train de débriefer sur une animation « nature »; sur les insectes, sur les fourmis que ce Pic-vert raffole. Et la nature a débarqué sans prévenir.
En reprenant la parole, j’ai dit, comme dans une pub : « c’était la pause ornithologique. » Tout le monde a souri. Et on a continué.
Mais moi, intérieurement, je n’avais pas vraiment continué. Une petite partie de moi était encore dehors, dans le sillage jaune-vert d’un Picus viridis qui évite de traverser des zones découvertes de plus de 300 mètres et qui avait pourtant choisi, ce matin-là, de traverser le mien.
Vous l’entendez, vous aussi, ce rire dans les arbres ? C’est lui. Et si un jour vous le voyez, arrêtez-vous. Même en réunion.

Image générée par l’IA à partir de Google maps
