Les insectes, ces petits êtres qui font leur chemin dans mon cœur

Les insectes. Petit à petit, ils font leur nid dans ma vie.

Grâce aux sciences participatives et à une application qui m’aide dans leur identification, j’ai aujourd’hui plus souvent le nez au sol qu’en l’air. Les oiseaux auront toujours une place de choix dans mon cœur, une place bien gardée, comme dans un terrier, mais les insectes commencent eux aussi à y creuser leur galerie.

De curieuse à fascinée, il n’y a qu’un regard et des milliers de pas. Des heures d’observation, parfois dans des positions des plus inconfortables, des milliers de photos (vive le numérique !), des dizaines de dessins quand j’en prends soin… et des idées qui fourmillent pour les faire connaître, pour qu’on les respecte davantage, pour qu’on arrête de les écraser par centaines de milliers.

Et puis, l’air de rien, c’est comme ça qu’on devient moins bête. On apprend, on découvre, on s’émerveille, on est surprise, étonnée, admirative. De si minuscules êtres vivants qui font de si grandes choses pour le Monde !

Ma balade de jeudi dernier m’a amenée à ouvrir grands les yeux et à parler à de nombreux petits. Deux humains se sont également arrêtés pour me parler, preuve que la curiosité est parfois contagieuse, comme une ruche qui bourdonne.
Le premier pour échanger sur le matériel photographique : j’étais en train de tirer le portrait d’un tipule, et il y en avait là une quantité incroyable ! Mon bridge avec son super zoom et sa fonction macro était à la fête.


Un peu plus loin, c’est un ouvrier communal, juché dans sa grosse machine, qui a ralenti, ouvert sa porte et pris la peine de m’expliquer qu’il attendait que j’aie fini de photographier pour tondre. Il croyait que je m’intéressais aux fleurs sauvages. Je lui ai expliqué que je venais de découvrir une abeille toute plumeuse. En le quittant, j’ai lancé un « ah ben, toutes les petites bêtes vont partir maintenant », en pensant que j’étais arrivée à temps et en espérant secrètement que les fourmis, araignées et autres minuscules auraient le temps de se mettre à l’abri avant le grand vent des lames.

Plus loin encore, j’ai fait connaissance d’autres bestioles volantes : des jaune et noir, des rouges à points noirs, un bleu électrique, un vert tendre à huit pattes, un rouge et brun. Bref, un arc-en-ciel de couleurs sous un soleil magnifique.

Sur le chemin du retour, j’ai quand même salué Maître Héron dans sa pose de statue, eu une pensée furtive pour la flèche bleue (le Martin-pêcheur), et souri en entendant puis en voyant un Chevalier guignette filer au ras de l’eau. En l’air, c’est le concert strident des Martinets, rois de la voltige, qui m’a fait plisser les yeux vers le ciel, le temps d’un souffle entre deux courbettes vers le sol.

Enfin, le long de l’eau, sur la barrière métallique : des tas de minuscules, moins colorés, mais tout aussi fascinants. J’ai failli perdre ma casquette dans la rivière à me dévisser la tête pour photographier une grosse demoiselle à huit pattes, à la couleur criarde, la seule aussi rougeoyante qui se démarquait dans le tableau gris et noir du métal. Deux policiers qui passaient par là ont dû se demander ce que cette femme faisait en équilibre au bord de l’eau, appareil photo au bout du bras. Remarquant sans doute que je ne causais de tort à personne, ni aux humains, ni aux bestioles, ils ne m’ont pas interpellée. Ils avaient sûrement d’autres chats à fouetter… enfin, j’espère sincèrement que ce n’étaient ni des chats ni aucun autre animal (rires) !

Enfin, avant de quitter l’eau, je n’ai quand même pas pu résister à tirer le portrait d’un couple de Fuligule morillon, Monsieur et Madame, un peu farouches; les canards aussi ont droit à leur part d’intimité.

Et près de chez moi, papillon blanc, demoiselle rouge sang et, en l’air, sifflant gaiement, un Pouillot véloce.


Samedi : mon premier recensement de coccinelles

48 heures plus tard, je réalisais mon premier recensement de coccinelles, non loin du lieu de ma balade du jeudi. J’en avais déjà repéré quelques « bêtes à Bon Dieu » en chemin ce jour-là, autant dire que j’y retournais avec de bonnes espérances.

Le problème, maintenant que je sais qu’il y a tout un monde sous mes pieds, c’est que je n’arrive plus à avancer normalement. Hors d’un sentier bétonné, je regarde où je pose chaque pied, en priant très fort de ne pas écraser personne. J’avance donc trèèèès lentement — encore plus qu’en mode observation ornithologique, ce qui n’était pourtant pas une mince affaire.

Très vite, je repère une plante bien habitée par celles que je recherche. Je pose mon sac à terre, en vérifiant soigneusement qu’il n’y a personne dessous, et je m’installe en tailleur. Je sors tout mon matériel d’observatrice consciencieuse : carnet, guides d’identification, de quoi écrire, boîtes-loupes, smartphone et appareil photo. J’ai tellement pensé à tout prendre que j’ai bien sûr oublié ma gourde, ma casquette et mes lunettes de soleil. Zut. Tant pis. Les coccinelles, elles, n’ont pas de lunettes de soleil non plus et elles s’en sortent très bien.

Bilan de la session : 13 coccinelles aperçues, de trois espèces différentes dont une bonne moitié qui ne sont pas originaires de chez nous. Deux heures passées presque à quatre pattes au sol. Une centaine de photos, sans aucune garantie de netteté (luminosité écrasante et vue baissante oblige).

De retour à la maison, j’ai beau avoir mal au dos, à la fesse, aux genoux et au cou… je me sens bien. Heureuse.

Le temps s’arrête. Je suis dans ma bulle. Je ne vois ni n’entends aucun humain, sauf s’ils s’arrêtent d’eux-mêmes devant moi et m’abordent. Et dans ces moments-là, j’apprécie la vie : ce calme dans la nature, cette présence au tout petit, ce regard qui se pose là où on ne regarde jamais.

Observer, me balader, m’arrêter, photographier, discuter toute seule — les bestioles ne me répondent pas, sauf une pie, mais c’est une autre histoire —, ça me ressource comme rien d’autre. Une cure de vitamine Nature et d’antidépresseur deux en un, sans ordonnance et sans effets secondaires (ou presque*).

La pie qui me répondait. Ce que vous auriez vu, ce que je vois * (l’image de droite a été améliorée par l’IA, en rendant les couleurs plus vives et l’œil, clair)

Enfin… à part les genoux qui craquent.


D’autres photos de mes balades de jeudi et de samedi. Entre les coccinelles, d’autres insectes. Une maman colvert et ses petits. Un lézard des murailles (remarqué par un petit garçon haut comme trois pommes).


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