La tipule en pyjama de guêpe (ou : comment se faire avoir par une imposteure en tenue rayée)
Le mimétisme chez les insectes
Beaucoup d’animaux ont des ressources naturelles pour se protéger des prédateurs. L’une d’entre elles est le mimétisme. Oui, comme le caméléon qui change de couleur pour mieux se fondre dans le décor, certains insectes, et ils sont plutôt nombreux, ont recours au mensonge visuel.
Un bête exemple : la coccinelle. Elle est rouge pour faire croire qu’elle n’est pas comestible, voire même toxique. Et elle n’est pas la seule à jouer cette carte. Punaise, je suis sûre que vous connaissez les gendarmes ?
Les syrphes, que j’affectionne tout particulièrement, arborent du jaune et du noir pour faire croire qu’elles ont un dard, comme les guêpes. Eh bien, en voici une autre qui joue le même jeu, et qui, avec le rouge de la coccinelle pas loin, forme ni plus ni moins les couleurs de mon pays. Patriotisme entomologique, bonjour.
Cet insecte est une tipule. Vous savez, ce cousin qu’on prend à tort pour un moustique géant, celui qui sème la panique dans les salles de bain depuis des générations, alors qu’il ne pique pas. Eh bien celle-ci a poussé le vice encore plus loin : elle a enfilé son pyjama de guêpe.
Et la bonne blague : j’ai foncé droit dans le panneau. Si ma fille n’avait pas été là pour me faire remarquer que les guêpes n’ont pas de si longues pattes, je serais encore en train de fuir ce magnifique insecte. En plus, elle a été d’une coopération exemplaire : elle a attendu patiemment que j’aille chercher mon appareil avec son gros zoom (en marchant comme un canard boiteux, sciatique oblige) pour lui tirer le portrait. Enfin, le derrière. Les grandes stars, ça ne se retourne pas facilement.
Soyons un peu sérieux, voulez-vous ?
Ctenophora flaveolata est un diptère de la famille des Tipulidés. Contrairement aux guêpes, elle est totalement inoffensive : pas de dard, pas de venin, pas même l’intention de vous faire du mal. Son mimétisme est dit batésien du nom du naturaliste anglais Henry Walter Bates qui l’a décrit au XIX° siècle : une espèce inoffensive copie l’apparence d’une espèce dangereuse pour bénéficier de sa mauvaise réputation sans en avoir les moyens. Un bluff, en somme. Et un bluff qui fonctionne !
On reconnaît la femelle à la pointe de son abdomen, appelée ovipositeur, qui lui permet de déposer ses œufs dans le sol ou sous les écorces. Les larves se développent dans le bois mort ou la matière organique en décomposition, jouant ainsi un rôle discret mais précieux dans le recyclage de la litière forestière. Utile, donc, en plus d’être élégante.
Quant à ses longues pattes, elles sont caractéristiques des tipules et se détachent d’ailleurs très facilement, mécanisme d’échappement face aux prédateurs. Une dernière ruse, pour la route.

