Recrutement humain : l’histoire de Bernadette

Une employeuse qui lit entre les lignes

Les refus, quels qu’ils soient, font mal. En recherche d’emploi, ce sont les silences qui pèsent le plus. On devient invisibles. Des mails sans prénom, des formules toutes faites, automatiques, des processus de recrutement qui vous transforment en dossier avant même que vous ayez pu dire qui vous êtes.

Et puis il y a Bernadette.

Je m’appelle Cécile. Je suis en formation ECOCOM’S (éducation et communication pour la santé et l’environnement), passionnée du monde du vivant : les animaux, les plantes, les liens invisibles qui traversent les écosystèmes avec des humains qui essaient, tant bien que mal, de ne pas tout défaire. Je cherche un emploi. Et dans cette recherche, j’ai croisé quelqu’un d’inhabituel.

Tout commence par un mail de réception de candidature. Banal, en apparence. Sauf qu’il ne l’est pas du tout.

Bernadette, coordinatrice d’une petite asbl liégeoise, m’écrit personnellement. Elle a vu que j’avais consulté son profil LinkedIn, elle a consulté le mien. Et elle me dit quelque chose que peu d’employeurs/employeuses diraient : que ma lettre de motivation lui a d’abord fermé une porte parce qu’elle sentait l’IA. (je passais par un moment d’épuisement et j’ai choisi la facilité d’une lettre de motivation améliorée par l’IA uniquement parce qu’elle en faisait allusion dans son offre d’emploi). Son premier réflexe a été le rejet. Puis Bernadette me raconte comment elle a relu, comment sa rationalité a pris le relais, comment elle s’est ravisée.

« Ce mail s’écarte de la relation de pouvoir recrutante-recrutée, juste pour échanger entre êtres humains. »

Elle me dit que je vaux mieux que cette lettre. Que ce qu’elle a voulu rencontrer, c’est ce qu’elle a lu entre les lignes : mes valeurs, ce qui me fait vibrer, mes actes. Et elle m’invite quand même à la rencontre collective.

Ce mail m’a vachement étonnée, surprise et à la fois déstabilisée. Jamais, je n’avais reçu une telle réponse personnelle et positive.

Le 12 mars, je rejoins un cercle de 13 candidates et de 3 candidats. Pas une salle d’attente. Pas un jury derrière une table. On forme un cercle. On bouge, on fait connaissance, on parle. On créé du lien, vivant ! Il y a même eu une Pensée au centre du cercle. Bernadette et son équipe ont construit un moment où la question n’est pas qu’est-ce que vous savez faire, mais qui êtes-vous, vraiment, et comment vous approchez-vous du vivant ?

J’ai écrit un petit texte après, inspiré de cette rencontre, de cette plante qui avait tout observé. Je le lui ai envoyé. Elle m’a répondu avec humour et chaleur.

Voilà le niveau d’attention, de jeu, de poésie pratique qu’elle met dans un processus de recrutement.

Aujourd’hui, j’apprends que je n’ai pas été retenue. Bernadette me l’a dit clairement, honnêtement, sans faux-semblant. Elle m’a souhaité bonne chance pour mon stage, m’a encouragée à rester en lien. Et pour l’ensemble des candidates et des candidats non retenu(e)s, elle a proposé une rencontre collective, gratuite, ouverte, sans arrière-pensée autre que celle de continuer à tisser du lien entre personnes aux mêmes aspirations.

« C’est aussi l’occasion de se rendre compte que nous sommes plus nombreux·ses que ce qu’on pourrait croire. »

Pas un réseau. Pas du networking. Un tissu. Du vivant social.


Les Fougères : une micro-asbl qui pense en grand

Les Fougères, c’est trois personnes. Peut-être quatre si les subsides suivent. Tout est calculé, négocié, subsidié, offert, échangé. Une structure minuscule par la taille, immense par l’intention.

Ce que Bernadette déploie envers 150 candidates et candidats (pour deux postes), dépasse en humanité ce que font des organisations dix fois plus grandes. Et ce n’est pas par naïveté ou par idéalisme flottant. C’est une posture consciente, cohérente, incarnée.

Ce qu’elle pratique, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le One Health : cette idée ancienne comme les écosystèmes que la santé des humains, des animaux et des milieux naturels est une et indivisible. Elle l’applique au monde du travail : la santé d’un collectif dépend de la façon dont on traite chaque individu qui en approche la porte. Même ceux qu’on ne peut pas accueillir.

C’est une vision systémique du recrutement. Et c’est visionnaire.

Ce que je veux faire de tout ça

Cette histoire avec Bernadette est, sans que je le sache encore tout à fait, le début de quelque chose.

Je veux raconter des histoires comme celle-là. Les histoires des petites associations qui défendent le Vivant dans tous ses états : humain, animal, végétal, invisible. Qui résistent à la logique du profit et de l’individualisme non pas par militantisme bruyant, mais par la cohérence quotidienne de leurs actes. Qui créent du lien là où le système encourage la compétition. Qui font exister des valeurs que beaucoup croient utopiques, en prouvant, jour après jour, qu’elles sont simplement possibles.

Bernadette n’a pas su qu’elle m’offrait tout ça en m’écrivant. Mais c’est ce qui s’est passé.

Alors merci, Bernadette. Pour chaque mail. Pour la Pensée au milieu du cercle. Pour avoir lu entre les lignes ce que moi-même je voyais à peine.

Et pour m’avoir rappelé pourquoi je veux faire ce que je veux faire.


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Auteur : ecrimagine

La lecture, l'écriture, la photographie et l'observation de la nature, sont pour moi de bonnes sources d'apaisement, de relaxation, d'imagination, d'évasion, de partage, de découverte,...