Il y avait une pensée. Non, en fait, elles étaient plusieurs. Mais l’une d’elles a été choisie.
Elle m’a parlé. Elle nous a parlé. Beaucoup, mais brièvement. Après avoir dit ce qu’elle avait à dire, elle s’est tue.
Intimidée par le groupe, sans doute, elle n’a plus dit mot.
Elle était là, et on la regardait, on espérait, on y croyait encore.
Après un instant de silence absolu, je me suis approchée d’elle. Accroupie pour être à son niveau, je lui ai chuchoté des mots doux.
Et là, elle m’a raconté ce qu’elle pensait de nous. Normal pour une pensée de penser.
Alors qu’elle était dehors, à profiter des rayons du soleil, à somnoler sur le chant d’un rouge-gorge infatigable, elle a été réveillée. En douceur, mais sans lui demander son avis, on l’a transportée, on l’a déplacée et on l’a enfermée dans une pièce.
Elle s’est sentie étouffée. Observée comme une chose bizarre. Elle n’a pas su compter le nombre de paires d’yeux qui la scrutaient, trop, beaucoup trop, mais elle a su qu’on attendait quelque chose d’elle.
Alors qu’elle contemplait la fenêtre, tournant le dos à la mousse et aux autres plantes cousines, elle nous a entendu nous présenter.
Curieuse de nature, elle a tendu un pétale. Dix-neuf prénoms sont sortis, tantôt avec un timbre souriant, tantôt hésitant ou intimidé, mais jamais moqueur.
Elle attendait la suite.
Une voix grave a raconté une histoire. C’était abracadabrant. La pensée me dit qu’elle n’a rien compris. Ça parlait de champignons et d’hommes drogués. Pourquoi parler de champignon, il n’y en a pas ici, me précise-t-elle.
Puis elle a entendu une autre histoire. La mienne. Là, elle s’est sentie plus vivante. Je parlais d’une plante qui a été appelée au tribunal pour confondre un malfrat. La pensée me dit qu’elle avait déjà entendu cette histoire, il y a longtemps. Elle s’est aussitôt sentie plus importante. Elle s’est légèrement redressée.
Comme la mousse ne pipait toujours pas un mot, elle s’est dit qu’il était de son devoir de nous expliquer sa façon de penser.
Elle a tout lâché, d’une traite. Ce qu’elle disait produisait de la musique ! Ben oui, quand elle parle, nous les Humains, on ne comprend rien, pire, on n’entend rien ! Alors, il nous faut une machine pour traduire les ondes végétales en sons. Et la pensée a été surprise. Car on a entendu quelque chose, mais on ne l’a pas comprise pour autant.
Alors, comme elle a vite réalisé qu’on ne pouvait échanger, elle s’est tue.
Chargée de communication pour la pensée du jour, je vous confie cet échange tout à fait exceptionnel.
J’ai passé quatre heures à faire connaissance avec dix-huit personnes, pour un poste, pour l’asbl Les Fougères. Parmi les dix-sept candidat·e·s dont je fais partie, un·e seul·e sera retenu·e. J’y suis allée avec curiosité, sans arrière-pensée. Juste pour découvrir, pour faire connaissance, pour créer du lien. Pour apprendre des autres.
Et de ces quatre heures, je suis ressortie avec le sourire, grandie, et des pensées par milliers.
La pensée, elle, a déjà recouvré la liberté.
Le rouge-gorge chante encore.
Clic sur le logo de l’ASBL « Les Fougères » pour lire leur article concernant la musique des plantes.
C’était un chapitre de mon histoire vécue hier après-midi, lors d’un entretien-rencontre pas comme les autres.
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