Samedi 17 janvier 2026
Neuf kilomètres pour prendre soin : chronique d’une balade naturaliste
C’était hier. Avec ce magnifique soleil, je décide de me rendre à pied jusqu’à ma librairie préférée. La seule librairie naturaliste de la région. La plus grande, la plus belle, la mieux achalandée. Surtout, j’y retrouve mon amie, ma collègue. Oui, bon, je dis collègue, car même si je ne suis que libraire bénévole à mes heures perdues, après deux ans et demi à ses côtés, je considère Elisabeth (prénom d’emprunt) comme ma collègue. Elle est la meilleure. Meilleure libraire, meilleure collègue, meilleure amie.
Partir bien équipée (ou presque)
Nous sommes en hiver, mais il fait beau. Il fait chaud. Onze degrés au thermomètre extérieur, à l’ombre. Je m’habille peut-être un peu trop chaudement pour la météo du jour, mais le soir, il va sûrement faire plus frais. Je préfère avoir trop chaud et porter mon manteau, mon appareil photo et mon sac à dos, plutôt que d’attraper froid. Prendre soin de soi, c’est aussi ça : anticiper, prévoir, même si on se trompe.
Je n’ai fait qu’une fois ce chemin à pied, en été, quand je lisais à voix haute chez une personne âgée, malvoyante. Elle habitait à un kilomètre à vol d’oiseau de la librairie. Cette fois, je souhaite prendre un autre chemin, passer par un parc dans lequel je ne vais jamais. C’est un détour, mais je longe l’eau. J’adore cet élément : la mer, les rivières, les canaux et autres confluents…
J’ai toujours en tête de faire attention à ne pas appuyer trop vite et de trop nombreuses fois sur le déclencheur de mon appareil photo. J’ai dû vider la carte mémoire : des milliers de photos dans le petit bidou de mon APN, il n’en reste plus une seule. Trois jours entiers à faire le tri, à renommer, à classer mes photos naturalistes. Je n’ai pas tout à fait fini, mais tout est sauvegardé trois fois, alors me voilà prête à vider la carte mémoire haute capacité et à repartir l’œil aux aguets.
Les premiers pas : un rouge-gorge et une leçon d’attention
Deux cents mètres. C’est la distance qu’il m’a fallu pour enlever mon tour de cou et mon manteau. Onze degrés au thermomètre, ressentis quinze ou seize ! Mais oui, tout va bien, le climat se porte bien, la Terre aime changer d’humeur de saison pour ne pas qu’on s’habitue. Où est passée la neige et le froid revigorant d’il y a six jours ? Pfuit, comme les photos dans ma carte mémoire : disparu.
Sur un petit chemin accessible uniquement aux piétons, près de chez moi, je souris. Ma balade commence bien. Voilà quinze mètres qu’un rouge-gorge me précède, sautillant et voletant par cinquante centimètres. Au bout du quatrième envol, je lui dis : « Si tu revenais te poser derrière moi ? Parce que toi et moi, on prend le même chemin. Je risque de te suivre longtemps, involontairement. »
Il a mis un peu de temps à comprendre, puis s’est envolé non pas pour revenir derrière moi, mais pour se cacher dans la haie et patienter sur la branche d’un arbre dénudé, hors chemin bétonné. Je presse le pas en me disant : « Voilà, c’est bon, je suis passée, tu peux revenir. »
Prendre soin du vivant, c’est aussi cela : reconnaître que nous partageons l’espace, que nos chemins se croisent, et faire un pas de côté quand c’est nécessaire.
Descendre vers la ville, le nez au sol, la tête dans les airs
Cette nuit, j’ai mal dormi. Un peu dérangée des intestins, j’ai dû me battre, après un réveil urgent, avec un de mes chats qui a décidé qu’à une heure trente du matin, c’était l’heure de jouer à cache-cache ! Je suis fatiguée et mes crampes au mollet de cette nuit se rappellent à mon mauvais souvenir.
Pour « descendre » en ville, j’emprunte une chouette rue à sens unique qui borde une forêt. Que de magnifiques souvenirs dans cette descente : épervier embêté par trois pies en plein vol, geais timides et bruyants, sittelles adorables, mésanges, merles, buses variables… Les oiseaux ne manquent pas. Il y a quelques années, j’y avais vu un orvet traînant, déshydraté, sur le béton brûlant du sol. J’ai regardé à trois reprises pour m’assurer qu’il s’agissait bien d’un orvet et non d’un serpent (la confusion est fréquente), et je l’ai pris en main pour le déposer dans le bois, en contrebas, du côté où sa tête pointait. Pour ne pas lui faire faire le chemin inverse, mais bien pour l’aider. Une fois dans le bois, à l’ombre, j’ai versé un peu d’eau de ma gourde tout près de lui, sans le noyer.
Ce geste simple me revient souvent en mémoire. Prendre soin d’un petit être vulnérable, c’est parfois juste le replacer là où il devrait être, lui offrir un peu d’eau, et le laisser reprendre son chemin.
C’est donc tantôt le nez au sol tantôt dans les airs que je progresse lentement, avec un pincement au mollet. Foutue crampe ! J’ai ainsi progressé de mille cinq cents mètres. Encore, au minimum, six kilomètres à faire pour atteindre mon objectif. Si je ne me perds pas, ou ne me trompe pas de chemin, ce qui est fort probable.
Au bord de l’Ourthe : grèbes, martin et cormorans
Toutes les petites bêtes volantes ou rampantes sont aux abonnées absentes en cette heure du midi. Je ferai ma première photo bien plus loin, sur le canal de l’Ourthe : un petit bouchon. Non, deux. Que dis-je ? Trois ?! Mamamia, c’est bien ça : trois grèbes castagneux ! Mais ils sont loin. Très loin. Et petits. Très petits. Juste pour la forme, je fais quelques photos, car sait-on jamais, par hasard, j’aurais aussi le martin-pêcheur sur l’une d’elles ! Je peux toujours rêver… Il a filé comme seul le martin-pêcheur sait le faire : telle une flèche bleue, rapide comme l’éclair. On a juste le temps de se dire « Ah, c’était Martin ? » qu’il est déjà trop loin…

Petit montage pour avoir les 3 en une seule photo. De loin, je vous l’avait dit :-)
Un grand cormoran en vol : clic-clac, celui-là, je l’ai dans le viseur le temps d’une seule photo pas trop floue.

Tout du long, au bord de l’eau, sur les pierres, je scrute une silhouette, un mouvement, un corps tout fin qui se dorerait au soleil. J’en ai déjà vu plusieurs à cet endroit. En vain. Point de lézard. Est-ce que ces reptiles hibernent ? Je le pense bien, mais j’aurais cru que les conditions climatiques clémentes en feraient peut-être sortir un ou deux de leur trou. Mais non, ça sera pour une prochaine fois. Observer les vivants, c’est aussi accepter leur absence, respecter leurs cycles, leur besoin de repos hivernal.
L’île aux Corsaires et ses gardiens ailés
J’arrive à un embranchement : j’ai le choix de continuer à droite ou à gauche, au bord de l’eau des deux côtés. Généralement, je pars d’un côté et je reviens de l’autre. Au moment où j’hésite, j’entends un étrange cri dans les airs. Mouette ou goéland ? Un cri comme une plainte, bizarre. J’essaie de l’identifier avec mon appareil photo (qui me sert aussi de jumelle grâce à son zoom super puissant), mais il est déjà trop loin et des branches d’arbres obstruent ma vue. Il allait à droite. Je vais donc, logiquement, à… gauche ! Eh oui, faut pas chercher à me comprendre. Parfois, moi-même, je ne me comprends pas.
Pour la peine, une photo d’une Mouette rieuse qui passait par là.

Voilà des mois qu’il y a des travaux à cet endroit, à cet embranchement. Je n’ai pas fait attention à la date probable de fin, car on sait tous que les délais sont rarement respectés. Mais je me souviens que c’est ici, durant ces travaux, imperturbable, que j’ai vu un accenteur mouchet s’égosiller joliment à la fin de l’hiver 2025. Il n’est pas là en ce moment, mais j’entends des mésanges pépier doucement.
Sur le chemin, à ma droite, il y a ce que l’on appelle l’île aux Corsaires. Dans la petite revue que je me suis offerte à la librairie, il est dit que c’est la première réserve naturelle urbaine gérée par l’association Natagora, en 2005. À peine plus de 2 hectares, mais un vrai petit bijou naturel à deux pas de chez moi. Cet écrin de nature, en aval de la confluence de la Vesdre et de l’Ourthe, est un passage obligé quand je me rends à pied dans le centre commercial plus loin.
Je ne rentre pas dans cette réserve naturelle, mais la longe. Et là, deux veilleurs sont perchés dans un arbre, à proximité de l’entrée : des corneilles. J’adore les corvidés, même les sombres colorés. Ils sont synonymes d’intelligence, d’adaptation, de ruse, de jeux. Leur cri n’est pas très joyeux, mais reconnaissable. Ces deux individus, dont je ne peux différencier le mâle de la femelle tellement ils se ressemblent, sont arrivés silencieusement. Sans bruit, ils se sont posés. Sans cri, ils m’ont observée, puis ils se sont regardés. Cela m’a donné l’occasion de les approcher pour faire de belles photos !





Sans les avoir mitraillés comme à mon habitude, j’ai même attendu que l’un tourne la tête pour avoir la lumière dans son œil sombre. Prendre soin de mes sujets photographiques, c’est aussi ça : attendre le bon moment, ne pas les harceler de clics, respecter leur rythme.
Territoires aquatiques : foulques et mystérieux passereau
J’ai changé de sujets d’observation quand j’ai entendu du bruit à ma gauche, dans l’eau. Une foulque macroule naviguant tranquillement a osé traverser le territoire d’une consœur. Même si elle ne faisait que passer, elle prenait trop son temps pour la maîtresse des lieux. Enfin, je dis « maîtresse », mais chez les foulques, comme chez les corvidés, aucun dimorphisme sexuel franc. Une course poursuite s’est engagée, pour se terminer tout aussi rapidement.




Dans les arbres qui jouxtent l’eau, un oiseau chanteur. Un petit passereau. Petit, c’est tout ce que je pourrais dire. Si j’identifie assez facilement les oiseaux à la vue, à l’ouïe, c’est autre chose. Ayant un léger déficit auditif, j’ai beaucoup de mal à reconnaître les différents chants ou cris. Et ce petit oiseau, je ne sais pas lequel c’est. Très farouche et discret, il s’échappait de ma vue dès que je l’avais dans le viseur ! Autrement dit, il restera un inconnu pour moi. Zut.
Parfois, prendre soin de soi, c’est aussi accepter de ne pas tout savoir, de ne pas tout capturer, de laisser certains mystères intacts.
Le cormoran observateur et la pêche furtive
Je passe le pont et arrive à proximité du centre commercial. Là aussi, je me retrouve à avoir le choix. J’ai toujours longé un seul côté, le plus calme, celui avec le moins de circulation, avec le moins de passage de voitures. Mais je sais qu’il existe un autre « côté » tout aussi agréable, bien que j’ignore par où aller pour le rejoindre. Comme mon objectif est de trouver un parc « tout au bout, à droite » et que je pense devoir aller à gauche pour rejoindre cet autre chemin agréable, je n’hésite pas longtemps et garde mon chemin habituel. Une nouvelle découverte par jour, c’est déjà bien assez ! (rires)

Je pourrais aller de l’autre côté de l’eau, mais c’est moins agréable. Et puis, je fais bien. Au moment où je m’assieds trente secondes pour boire à ma gourde, je discerne un grand cormoran, en bas, au bord de l’eau.
Saviez-vous que les oiseaux savent quand vous les épiez ? Ils savent où vous regardez ! Si, si. J’avais beau être quatre mètres plus haut que lui, il a émis un mouvement de recul aussitôt qu’il m’a vue. Alors, mine de rien, je lui tourne le dos, je continue à boire et je fais comme si je ne l’avais pas remarqué. Ma pause dure un peu plus longtemps que prévu, mais c’est pour mieux essayer de capturer cet instant « volé ». Quelle belle idée j’ai eue : voyez ce petit attroupement qui s’est formé !



Oh ! En visualisant ces photos, je n’avais pas vu les « intrus » ? Et vous, vous voyez de qui je veux parler ?
Après trois ou quatre photos, je poursuis ma balade. Plouf ! Un poisson ou un oiseau a plongé dans l’eau. Je me mets derrière un arbre, je me cache comme je peux (il y a plein de cyclistes et de joggeurs qui me dépassent) et j’attends. Hop ! C’était un grand cormoran en pleine pêche. Celui-ci est un adulte avec déjà son plumage nuptial. On le distingue bien avec son cou blanc et la tache blanche sur son épaule, que j’ai réussi à capturer juste au moment où il replongeait ! On la verra aussi en vol sur une autre photo.

Observer sans déranger, se faire discrète, patienter : voilà l’art du soin porté aux vivants sauvages.
Lézards absents, gendarmes présents
Toujours tout droit. J’ai choisi volontairement ce chemin, car plus loin, j’espère avoir l’occasion de voir et de prendre une photo de lézards des murailles. D’habitude, au printemps et en été, et même jusqu’en automne, j’en vois presque toujours à cet endroit. Mais là, quedal. Nada. Rien. Zut et flûte. Crotte de boudin !

En lieu et place, là où je croyais en voir, j’aperçois un attroupement de gendarmes. Non pas ceux venus pour le boucher mal-aimé (les Belges me comprendront), mais ces insectes rouges et noirs de la famille des punaises. Clic-clac, une photo quand même, à défaut des lézards. Ces punaises restent normalement aussi cachées en hiver, mais ne dédaignent pas un bain de soleil hivernal, comme aujourd’hui.

Course urbaine et retrouvailles aquatiques
Arrivée au bout de cette rue, pour atteindre le parc convoité, je dois traverser un grand carrefour. Carrefour mal fichu, car les feux privilégient les voitures aux piétons et on n’a jamais le temps de traverser les deux passages cloutés pendant que le petit bonhomme reste vert. Courir, toujours courir. Je déteste ça ! M’enfin, c’est mon petit sport du jour. Trois secondes. Et aïe, mes pieds. Trois secondes, et aïe, mes mollets. À ce stade, je ne suis pas sûre de faire le chemin du retour à pied…
Je redescends au bord de l’eau. Un monde fou, fou, fou. Un week-end ensoleillé comme celui-là et ça fourmille d’humains en manque de vitamine D. Les bernaches du Canada ne me contrediront pas. Là aussi, deux ou trois clans. Je vois arriver deux individus, fendant les flots d’une allure cadencée, dans ma direction. Je crois que ces deux-là viennent pour moi, mais je me fourvoyais complètement.
Tout au bord, près de moi donc (mais comme il n’y a pas de barrière à ce niveau, je ne m’approche pas trop près du bord), un groupe de cinq bernaches. Et les deux qui arrivent sont clairement les chefs. Ou les parents ? Dès qu’ils arrivent près du petit groupe, ce dernier se disperse et s’éloigne. Lentement, mais sûrement. À gauche, un troisième petit groupe arrive en file indienne. J’aime les couleurs, le jeu d’ombre et de lumière, je fais donc une photo. Ou un peu plus…



Pour ne pas avoir de torticolis, je lève un peu la tête, histoire de voir ce qu’il se passe dans l’air, si un rapace ne serait pas là, de passage, discretos. Point de rapace en vue, mais un arbre à cormorans ! (rires)

Rencontres de proximité : corneille et bergeronnette
Alors que plusieurs groupes d’humains s’activent pour aller sur l’eau dans leur canoë, j’avise une corneille à moins de dix pas de moi. On se regarde, on se parle silencieusement, on s’évalue. Elle accepte une photo ou deux. Se déplace juste ce qu’il faut pour me laisser passer sans qu’elle doive pour autant décoller, encore une photo, et hop, elle retourne à sa place, le bec plein de boue.


Ces moments de compréhension mutuelle, ces instants où l’oiseau vous accorde sa confiance, même brièvement, sont pour moi l’essence même du soin aux vivants : un respect réciproque, une reconnaissance de l’autre.
Au même endroit, plus loin, mon regard perçant a accroché un petit oiseau qui a la bougeotte. Un hoche-queue. Une bergeronnette des ruisseaux. Je pense à un mâle vu ses couleurs éclatantes. Petit oiseau à longue queue qui hoche tout le temps, d’où son surnom, très timide et farouche. Je sais que je dois faire des photos de là où je suis, avancer lentement, sans quitter l’objectif de mes yeux (et ne pas tomber dans l’eau de préférence) pour espérer avoir une photo potable. Il n’y a pas d’autres chemins. Je suis désolée de devoir la déranger. Finalement, c’est un joggeur qui arrive en sens inverse qui la fait fuir avant moi.


Petit montage sur la première photo :
Dans le rond jaune, première photo de l’oiseau, de très loin.
Dans le carré orange, deuxième photo où j’ai avancé d’un pas et zoomé un peu plus.
La 3e photo (deuxième ici), j’ai recadré, beaucoup recadré pour que vous puissiez voir un peu mieux à quoi ça ressemble.
Encore un cormoran en vol. De plus haut, de plus loin. Mais vous pouvez voir, même d’aussi loin, la tache blanche sur son corps noir. Un adulte au plumage nuptial.

Le mystère du parc : une chose indéfinissable
Alors que j’observe plusieurs « arbres à cormorans », un gros « paquet » titille ma curiosité. Un truc indéfinissable, non identifié, tout en haut d’un arbre. Des gens dans le parc, des dizaines et des dizaines de gens. Des enfants, des adultes, des chiens, des joggeurs, des cyclistes… et une seule andouille (moi) qui a le nez en l’air et qui vise avec son zoom ce truc informe.
Je pense d’abord à un nid de frelon qui aurait été traité et que la neige de la semaine passée a commencé à détruire. J’hésite un instant à passer par un autre chemin (encore un choix, encore une bifurcation dans ce parc, car oui, je suis arrivée au parc que je voulais traverser), mais je suis déjà épuisée avec des douleurs nettes aux pieds, aux orteils, aux muscles des jambes. (Info à moi-même : quand je décide de faire de longues balades pareilles, mettre deux paires de chaussettes ou une grosse paire de chaussettes pour la marche !)
Mais cet autre chemin me permettrait d’avoir un autre point de vue, un autre angle de vue de cette « chose ». Je pense alors à un manteau ou un tissu, une couverture qu’on aurait balancé comme ça ? Mais ça m’a l’air d’avoir du volume. Malgré la couleur, plutôt gris foncé, ça doit être un nid de frelons partiellement décomposé. Je ne vois rien d’autre, malgré mon zoom poussé à fond.

Retour à la civilisation
Il me reste vingt-trois minutes avant ma destination finale : la librairie Regards Nature. Je sors du parc et rentre dans la ville, avec les voitures par centaines, avec le tram bruyant, avec les gens riant, avec ces odeurs de ville, ce brouhaha continu… tout ce que je n’aime pas. Mon manteau sur mon autre bras dissimule mon appareil photo. Centre-ville et ville sont égaux à vols, pickpockets et autres agressions. Il ne faut pas tenter le diable.
En dernières photos, un cormoran dans un arbre, au-dessus des voitures et du tram circulant…

À la librairie : l’énigme résolue
À la librairie, KO mais contente de ma balade et de mes observations du vivant par ce magnifique temps, je demande à ma collègue et à « Monsieur Optique » présents s’ils ont une idée de ce que la « chose » pourrait être. Les propositions sont rares, mais intéressantes :
- Un sac jeté ?
- Une sculpture posée là intentionnellement ? Un musée d’art en plein air ?
- Le cadavre d’un héron ?
Je penche beaucoup pour une sculpture. Mais je me souviens aussi d’un héron cendré que je croyais mort, car il ne bougeait pas du tout et avait la tête complètement rentrée dans les épaules (parc Hauster, encore une fois, en décembre, sans neige).

Héron cendré – grosse sieste profonde – 12/12/2025 – Chaudfontaine
J’aurais bien aimé rentrer à pied pour aller voir par l’autre chemin, mais mon corps ne le veut pas. Alors, ce n’est qu’une fois à la maison, en regardant les photos via l’ordinateur, que la vérité éclate : c’est un héron cendré, bien vivant, qui a froid ou qui dort tranquillement ! En zoomant sur l’écran de l’ordinateur, on voit très clairement la patte, au moins une patte, avec les doigts qui accrochent la branche de l’arbre.
Ainsi, on a deux photos d’un héron qui fait dodo : recto et verso (rires)

Neuf kilomètres pour prendre soin. Prendre soin de mes pas qui me portent, de mes yeux qui observent, de mes mains qui tiennent l’appareil avec patience. Prendre soin du rouge-gorge en lui cédant le passage, de l’orvet déshydraté en lui offrant de l’eau et de l’ombre, de la corneille en acceptant son regard sans la presser, de la bergeronnette en reconnaissant que ma présence la dérange. Prendre soin du héron endormi en le laissant tranquille dans son arbre, sans avoir besoin de m’approcher davantage pour confirmer ce que mes photos me révéleront plus tard.
Prendre soin des vivants, c’est aussi prendre soin de notre capacité d’émerveillement, de notre curiosité bienveillante, de notre patience. C’est accepter la crampe au mollet, les pieds douloureux, la fatigue, parce que le privilège d’observer demande parfois de l’inconfort. C’est rentrer épuisée mais riche de ces rencontres fugaces qui nous rappellent que nous ne sommes qu’une espèce parmi tant d’autres, partageant ces chemins, ces parcs, ces bords d’eau.
Et c’est, finalement, en prenant soin d’eux que nous prenons soin de nous.




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