Les disparus de la 58 – 10

Texte de Ginette sur la proposition 58 de Tisser les mots.

Contrainte du livre d’Eva Kavian (écrire et faire écrire, tome 1)

Contrainte page 85 : crime ou délit au sens large. Texte en 3 morceaux : 3 narrateurs différents (coupable, victime et témoin)

Nada est stressée. Elle a peur. Elle ne maîtrise rien de ce qu’il se passe ici. Elle, tout ce qu’elle voulait, c’était partir. Fuir sa vie passée, ses autres vies. Femme de ménage que ce soit dans un hôpital, chez un privé ou ailleurs, c’est le même job, et elle en a marre. Mais rien ne va comme elle veut, d’abord ce train, puis ces gens, cette ville, cette fille pour un taxi… puis, elle comprend, elle doit certainement être dans un mauvais rêve… Elle veut se pincer la joue, comme dans les films, pour voir si elle va se réveiller. Mais rien ne se passe, aucun réveil, mais une douleur, c’est qu’elle n’a pas été de main morte.

Quand elle se retourne pour répondre à la question, elle sent que sur son dos, dans son sac, ça bouge. Que vient faire cette stupide boule de poils dans son sac ? On dirait un hamster, un hamster nain, et dans sa gueule, il tient un morceau de viande indéfinissable…

*

Le désir d’une nouvelle vie débute assez mal, je l’avoue. Prendre un petit morceau de souvenir partout où j’ai bossé, n’était pas une bonne idée. Ce sac m’encombre plus que tout autre chose. De plus, je ne sais pas où je suis, tout à l’air bizarre ici, le train, les gens, la ville. J’ai l’impression que je suis dans un foutu cauchemar où à chaque micro réveil, je me rendors aussitôt, sans avoir la capacité de me réveiller complètement, puis, malgré moi, je poursuis ce mauvais rêve.

Voilà qu’on m’apostrophe ! Manquait plus que ça. Mon sac, mon sac, pourquoi elle veut voir mon sac celle-là ? La bestiole est toujours vivante, j’aurais dû la tuer quand j’en avais l’occasion, car carnivore comme elle est, elle va finir par me dévorer tous mes souvenirs. Tiens, et si je lançais ce hamster à l’estomac surdimensionné à son visage ? Je ferais d’une pierre, 3 coups : je me débarrasserais de ce stupide animal quitte à perdre un souvenir, mon sac serait plus léger et on me foutrait peut-être la paix après ça. Bonne idée Nada. Tu vois que quand tu veux, tu peux réfléchir. T’es pas stupide au fond !

*

Cette bonne femme est tarée ! Ce n’est pas la prison qu’elle mérite, c’est l’asile psychiatrique, la camisole de force ! Jean-Philippe en est certain, il n’est sûrement pas le seul à s’être fait avoir de la sorte par cette femme complètement frappadingue ! Lorsqu’elle l’avait menacé avec sa fourchette, bien qu’elle ai manqué de peu son œil, il avait eu un bout d’oreille en moins ! Il s’était enfuit en courant, se retournant une dernière fois pour la voir ramasser et le lobe de son oreille et la fourchette. Elle avait mis ces deux objets dans un mouchoir en papier et puis elle avait sourit !

Aujourd’hui, sur cette île, même s’il ne peut toujours pas déterminer avec précision à quelle latitude et longitude il se trouve, quand il la voit au loin ouvrir son sac à dos et parler avec l’homme invisible, il se dit que la folie est contagieuse et qu’il doit être lui aussi chez les fous pour la rencontrer ici, elle aussi !


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Auteur : ecrimagine

La lecture, l'écriture, la photographie et l'observation de la nature, sont pour moi de bonnes sources d'apaisement, de relaxation, d'imagination, d'évasion, de partage, de découverte,...

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