Texte de Lyline, (clic) de la proposition 58 de Tisser les mots.
Contrainte page 59 du livre d’Eva Kavian (écrire et faire écrire, tome 1) : faire une liste de 10 mots qui n’ont rien à avoir l’un avec l’autre, inventer un prénom, écrire pendant 15 minutes en commençant par « La première fois que… » et intégrer les 10 mots trouvés.
verre – jaune – nuage – chaussure – immense – building – crocodile – trou – chuchotement – plus fort que
La première fois qu’il est sur la plage, devant des vagues couleur jaune qui ne cessent de lui parler, Étienne semble être dans un autre monde. Il n’entend pas les exclamations de surprises, d’étonnements ni les râleries des uns et des autres. Il sait qu’il est là, sur cette plage, sur ce sable, avec devant lui ces vagues. Qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, peu lui importe, il n’est plus là. Il ne sent plus prisonnier d’une immense toile invisible, d’une toile que les couples qui sont ensemble depuis longtemps connaissent trop bien. Chez certains, cette toile se déchire, chez d’autres, elle se transforme. Chez d’autres encore, la toile résiste, elle vibre sous les vents, elle bouge sous la pluie, elle se reconstruit comme si rien ne l’avait affaiblie, mais elle reste là, plus forte que tout, indemne aux changements et insensible aux questions du temps. Dans les vagues, Étienne y lit des réponses. Le va-et-vient de l’eau, bercé par le chuchotement continu et régulier, toujours le même, lui permet de revisionner sa vie au ralenti. Et rien ni personne ne pourra le sortir de là, du moins, pour le moment car dans sa tête, des chiffres, des probabilités et des possibilités se battent. Selon lui, d’après son âge, l’âge de sa femme, du nombre d’années de leur couple, le nombre de fois où il cette pensée lui a traversé l’esprit, il y a plus de 50 pour cent pour que sa relation prenne fin à son retour.
Dans un soupir las, mais néanmoins rempli d’espoir pour un futur autre, meilleur, différent, il commence à creuser un trou dans le sable fin, mouillé et gris. Une fois suffisamment grand à son goût, il y jette tous ses doutes, ses souvenirs sans saveurs. Il y balance même ses chaussures car dans la semaine, sa compagne lui avait fait une remarque qu’il n’a toujours pas digéré. Lui dire qu’il devrait en changer car ses pieds chaussés ainsi ressemblent à un crocodile haché, c’est vraiment du grand n’importe quoi. Au moment où Étienne recouvre son trou, des nuages bas s’amoncellent sur l’horizon, et ils n’augurent rien de bon. Avant de rebrousser chemin pour trouver refuge sous le couvert feuillu d’un quelconque arbre, le statisticien sursaute de douleur. Les pieds nus et la tête basse, il avançait sans voir où il posait les pieds et un morceau de verre bien pointu se ficha dans la plante de son pied gauche. Étienne avait, de la vue du sang, une sainte horreur. Sans réfléchir, il arracha prestement le morceau de verre de sa peau. Il n’avait pas eu le temps de calculer les millilitres qui allaient s’écouler de son pied en fonction de la taille de l’objet pointu qu’il tourna de l’œil et s’évanouit sur la plage, sur le sable, à quelques mètres des vagues qui continuaient à lui chuchoter mille et une choses.
Quand il reprit connaissance, près de deux minutes plus tard, la première chose qu’il vit était un building d’environ une dizaine d’étages qui se dressait face à la mer, à l’orée de la forêt. Un building aux fenêtres fumées et à l’architecture futuriste, arrondie et rose !
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